‹ Theodore Parker, sa vie et ses œuvresChapitre 10 sur 29 · I. AlluMoa à la parabole des talents · texte numérisé non relu

I. AlluMoa à la parabole des talents

confiance, de leurs sympathies, qui ne s'étaient pas un moment démenties. « Mon désir, leur dit-il, eût été de rester toujours avec vous. Mais le devoir m'appelle ailleurs. » Il alléguait, pour justifier son départ, Texcommunication tacite dont il était Tobjet de la part de presque tous ses collègues , laquelle équivalait pour lui à l'exclusion de toutes les chaires importantes, et la nécessité où il se trouvait de répandre la vérité autant que possible dans les grands centres d'où elle pouvait rayonner au loin.

La société religieuse formée par les paroissiens de Parker ne voulut pas se donner un nom de secte. En réalité, ce n'était pas une Église à part que Parker et ses amis voulaient fonder. Us ne prétendaient nullement renverser les anciennes en se substituant à elles par la voie du prosélytisme. Leur ambition était de reprendre en sous-œuvre le rôle utile et fécond que l'unitarisme» pour le moment , n'avait pas le courage de remplir, c'est-àdire de fomenter un levain réformateur dont l'action régénératrice se ferait sentir tôt ou tard dans les cadres des autres communautés. C'est pour mieux encore marquer ce rôle, qui ne surprendra aucune personne bien renseignée sur les idées régnantes parmi les protestants en matière d'Église, que la paroisse de Parker s'organisa sous le simple

iioui de « Vingt-huitième Congrégation de Boston.» Son sermon d'entrée en fonction roula sur la vraie idée d'xme Église chrétienne *, c'est-à-dire sur le but que doit se proposer une Église, fidèle au caractère chrétien et au principe essentiel du christianisme, pour remplir sa mission au sein d'une société qui a ses grandeurs, ses besoins, ses misères propres, et qui ne trouve la plupart du temps dans les églises traditionnelles que des institutions et des maximes faites pour le moyen âge, tout au plus pour les deux derniers siècles, rien qui réponde réellement et puissamment aux aspirations du nôtre. Une foule compacte accueillit avec sympathie ce mâle et franc discours. Depuis lors, la salle du Mélodéou fut trop petite, chaque dimanche, pour contenir tous ceux qui eussent voulu s'abreuver à cette source vive que le Saint-Esprit venait de faire jaillir sur le sol souvent aride de l'unitarisme américain.

Depuis lors aussi, le désir de l'entendre devint plus grand dans les villes voisines. 11 put monter dans plus d'une chaire dont le titulaire sympathisait avec ses vues générales. Parfois même il put prêcher son christianisme tout à la fois si positif et si avancé sous le voile de l'incognito. C'est à

i . Voir la traduction de quelques fragments de ce sermon vers la fln du volume.

LE PASTEUR DE BOSTON. \n

l'une de ces occasions qu'une bonne dame, Iranspoitée d'aise à l'ouïe de son beau sermon, s'écriait toute ravie : « Oh! si cet incrédule de Théodore Parker avait pu entendre cela! »

Cependant on ne pouvait espérer que la défiance dont il était l'objet, au sein des cercles et des corps ecclésiastiques, flt place d'une manière notable à des procédés plus fraternels. Les ministres et les consistoires qui le repoussaient ne faisaient, il faut le dire, que se conformer à l'opinion de la grande majorité du moment. Dans cet état de choses, et malgré la notoriété que valaient à ses idées ses prédications de Boston , sténographées séance tenante, propagées par la presse jusqu'aux confins les plus reculés du territoire, jusque chez les pionniers des solitudes occidentales \ Parker ne se sentait pas encore en possession d'un levier assez puissant pour soulever le lourd fardeau d'ignorance et d'étroitesse reUgieuse qui pesait sur la société américaine. C'est alors qu'il réalisa en grand un plan qu'il avait conçu depuis quelque temps, et qui même avait déjà reçu un commencement d'exécution. Ce plan était de profiter des puissants moyens de communication que le nord des Étals-

1. On a calculé que quelques-uns de ses sermons avaient atteint un tirage de plusieurs centaines de milliers d'exemplaires.

W THÉODOEE PARKER.

l Bis aiait dèp mnltipliés à k surface de son im- ■mkse tmitoîrp, pour Mre de nombreuses lectures OQ rcMiférnicps dans les différentes villes de rUnion. Des le premier hÎTer il en fit quarante, en autant de lieux différents. Ce chiffine s^ëleva jusqu'à quatre- ¥iB^ el même jusqu'à cent lectures par an . On calcale qu'il pouvait se fiuie entendre annuellement par ce moyen à plus de cent mille personnes. Il était rare que les sujets de ses conférences roulassent directement sur les questions religieuses. Il n*eût trouTé presque nulle part de local ni d'auditoire, s'il avait annoncé de pareils sujets. Mais il faut admirer la naïveté de ceux qui croyaient pouvoir impunément écouter l'orateur de Boston sur les beaux-arts, la politique, la littérature , l'économie sociale, sans être infectés des venins d'hérésie que recelaient nécessairement les prémisses et les conséquences. Du reste, il fallait toute l'énergie^ tout le savoir et toute rimagination de Parker pour tenir* tète à un pareil travail ; car ces excursions, qui l'entraînaient souvent à plus de cent lieues de Boston, ne faisaient aucun tort à ces occupations pastorales. Il soignait beaucoup la composition de ses discours hebdomadaires. Il avait chee lui des réunions à heures fixes, où il recevait ses amis, ceux qui désiraient le devenir, des proscrits de tous les pays qu'il aidait de ses conseils et de sa bourse^ des

esclaves échappés des États du sud, etc. Sa con?ersation était, paralt*il, d'une vivacité entraînante, pleine d*himiour et d'originalité, bien que roulant toujours sur les sujets les plus sérieux. Puis c'étaient des familles en deuil, des pauvres, des malades, des prisonniers qui réclamaient son ministère. Le tiers de son revenu annuel s'en allait en charités de divers genres. Il était aidé par quelques dames dévouées* qui, sous sa direction, faisaient rayonner la bienfaisance dans les plus misérables quartiers. Sa seule dépense considérable consistait en livres, car il lisait toujours beaucoup, et il se montait une superbe bibliothèque : on est littéralement effrayé en voyant sur son journal le chiffre de ses lectures annuelles. Il trouva encore le moyen de fonder, avec quelques amis, la Revite trimestrieUe du Massachussets ', et de la rédiger presque seul pendant trois ans. Il dut y renoncer, faute d'un nombre suffisant de collaborateurs, et parce que des préoccupations croissantes, d'un genre tout spécial, vinrent absorber de plus en plus sa pensée. « Le temps, disait-il parfois, s'étend, quand on veut, comme de la gomme

1. L'une d'elles. M"* Stevenson, est devenue la miss Nigbtingale de l'armée unioniste. Le gouvernement fédéral lui a confié la direction d'un immense hôpital militaire.

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