I . To kidnap, proprement détourner, enlever un enfont
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pense de 10 dollars était alloaâe & chaque commissaire par tète de nègre kidnappé. Pour le coup* le Nord commença à se demander si les exigences de ses confédérés du Sud ne tournaient pas à la tyrannie la pli» détestable que Ton pût imaginer.
C'est à partir de la promulgation de cette loi abominable que la part prise par Théodore Paiicer à la grande croisade abolitionnlste devint ardente et active. Son adhésion déclarée fut une bonne fortune pour le parti de Témancipation. Elle lui valut un orateur de premier ordre, un défenseur dont le désintéressement n* était pas suspect, et qui excellait dans l'art de réveiller les consciences assoupies. Avec les Parker, les Sumner, les Wendell Phillipps, les Beecher Stowe, frère et sœur» l'abolitionnisme put se glorifier d'avoir pour organes les voix les plus éloquentes de l'Union.
Les idées de Parker sur l'esclavage n'avaient pas pris dès son adolescence le même tour décidé que ses vues religieuses. Non pas que jamais il ait été partisan de cette institution : le pieux et doux Channing avait déjà, autour de lui et pour les oreilles intelligentes, dénoncé les dangers, les hontes et les immoralités de l'esclavage. Mais on voit qu'il n'attachait pas encore d'importance particulière à la question. Dans une lettre qu'en 1835
il adressait de Washington à sa fiancée, nous lisons ce qui suit :
Naturellement on voit ici beaucoup de nègres. J'ai vu dans le journal d'aujourd'hui un avis contenant une demande de sept cents nègres des deux sexes, payables argent comptant. Gela sonne désagréablement à des oreilles du Nord. Ce sont de singuliers compagnons que ces nègres. Quelques-uns sont fort gais, dansant et cabriolant sur la promenade comme s'ils n'avaient rien à faire qu'à danser. J'ai rencontré deux amoureux nègres qui se promenaient bras dessus, bras dessous, roucoulant et s'entre-baisant, comme s'ils n'eussent pu retenir leur joie en présence d'un autre. Pourquoi la couleur les en empêcherait-elle?
On le voit, F institution lui répugne théoriquement plus que la vue concrète des esclaves ne Tafflige. Mais à mesure qu'il réfléchit sur les destinées de sa patrie et les obstacles mpraux qui s'opposaient à leur glorieux accomplissement, il vit toujours plus se creuser et s'élargir le gouffre béant qui menaçait d'engloutir l'honneur et la conscience de l'Union américaine. En 1842, le mal lui paraissait tellement sérieux qu'il priait une dame de ses amis, partant pour Georgetown (Virginie), de faire une enquête soigneuse sur les lieux mêmes et de lui faire part de ses expériences. Depuis
18i5, Tannée de l'annexion du Texas, il ne perdit plus une occasion de tonner contre ce grand « péché du peuple. » Plus le temps marchait, plus il voyait Forage grossir, et la grande majorité de ses compatriotes marcher à sa rencontre, ceux-ci avec l'aveuglement de Tégoïsme, les autres avec celui de la frivolité. Sa correspondance, ses discoui-s abondent en intuitions prophétiques du grand cataclysme que les sages de la politique matérialiste s'obstinaient à ne pas prévoir. En 1851, il écrivait ce qui suit au Rév. Allen :
Je crois que, si le pouvoir esclavagiste continue de multiplier ses exigences, comme il Ta fait ces dernières années, il y aura une guerre civile qui dissoudra l'Union ou qui extirpera l'esclavage. Le temps de se battre n'est pas encore venu. Quand viendra-t-il? Nul ne le sait. Il peut encore ne pas venir du tout. Dieu le veuille î
Mais ceci est «px^ w^ivmv xal cCtç» iarlv TO teXo; *.
Au mois de mai 185/i, au moment de la guerre de Russie, il écrivait à M. Desor :
Le Sud prend parti pour la Russie. « Seule de toutes « les nations de l'Europe, elle n'a jamais trouvé à redire
1 . Un commencement de douleurs, et pas encore la fin, paroles de Jésus énonçant ses sombres prévisions de l'avenir. Matth. xxiv, 6 et 8.
ff à l'e8Ql«v9ge américain ; elle sympathise avec nous. » VoiU œ que les journaux du Sud n'ont cessé de répéter tout Thiver. Nous aurons quelque jour un terrible châtiment. Je suppose quMl viendra du sein dé nos propres villes, de la guerre civile.
C'est à peu près en même temps qu'il écrivait à M. Seward, depuis secrétaire d'État de TUnion, le conseiller et Tami de Lincoln, une lettre d'une perspicacité rare et que nous reproduisons en grande partie.
Cher monsieur, — Il me semble que le pays est dans une impasse, et que le peuple doit intervenir pour arracher le pouvoir aux mains des politicians qui le gouvernent aujourd'hui; sinon, l'État est perdu. Permettez-moi de vous dire in extenso ce que j'en pense. Il y a deux éléments distincts dans la nation, savoir : la Liberté et l'Esclavage. Ce sont deux éléments hostiles de nature et, par conséquent, tendant mutuellement à s'envahir. Naturellement le pays manque d'équilibre. Il est clair pour moi que les deux forces antagonistes ne peuvent longtemps durer dans cette condition réciproque. Il y a trois modes possibles de rétablir l'équilibre national :
1. 1\ peut y avoir séparation des deux éléments. Alors chacun d'eux formera un tout bien équilibré, exempt de cQtte cause de dissolution interne et possédant cette unité d'action nationale qui est indispensable. Ou bien
i, La liberté peut détruire l'esclavage. Alors la nation
tout entière continue d'exister comme un tout harmonieux, avec Tunité nationale d'action qui résulte de Tunité du territoire. Ou bien
3. L'esclavage peut détruire la liberté, et alors la nation acquiert son intégrité. Seulement ce sera celle du despotisme. Ceci, sans doute, suppose le renversement complet de toutes nos idées et de toutes nos Institutions aationales. Il en doit sortir un despotisme industriel, anomalie étrange. L'autonomie locale doit faire place à la centralisation, Les cours d'État doivent disparaître dans rénorme éponge qui s'appelle la Cour suprême des États-Unis, et la liberté individuelle s'engloutir dans la masse monstrueuse de la tyrannie démocratique. Alors l'Amérique descend dans le gouflfre, ruinée, abîmée, couverte de plus de honte qu'il ne s'en amassa jadis sur Sodome et Gomorrhe. Car nous aussi, dans notre hideuse impudeur, dans notre soif titanique de richesse et de pouvoir, nous avons commis le crjme contre nature.
Maintenant je ne crois pas que la réalisation de la première hypothèse soit probable. Nous avons deux classes gouvernantes : 1° les hommes du commerce, qui veulent de l'argent; 2° les hommes politiques, qui veulent du pouvoir. Il règne un étrange accord entre ces deux classes. Les hommes du commerce veulent de l'argent comme moyen de pouvoir, et les hommes politiques veulent du pouvoir comme moyen d'argent. Donc, tant que l'Union procurera de l'argent aux uns et du pouvoir aux autres, les uns et les autres marche-
ront d'accord et travailleront ensemble à « sauver rUnion. » Et comme ni les uns ni les autres n*ont de grandes idées politiques ni de respect pour la loi supérieure de Dieu, tous s'uniront dans ce qui est leur intérêt apparent à tous, c'est-à-dire dans le maintien de l'esclavage et la centralisation du pouvoir.
C'est pour aviser aux moyens de prévenir ce danger qu'à la fin de sa lettre il annonçait son intention de prendre part à une grande convention des États libres convoquée à Buffalo, et il terminait en assurant son honorable correspondant de la confiance qu'il mettait en lui « dans ces temps de péril pour la liberté. »
En 1856, dans une lettre écrite à M"« H..., alors en Europe, nous lisons ce qui suit :
Il y a deux constitutions en Amérique, l'une écrite sur du parchemin, déposée à Washington; Tautre, écrite aussi sur parchemin, mais sur une peau de tambour. C'est à celle-ci que nous devrons en appeler, et sous peu. Je fais tous mes arrangements pécuniaires dans la prévision d'une guerre civile.
Fragment d'un discours prononcé la même an- '
née :
Nous marchons vers une guerre pire que celle de l Crimée. Elle a déjà commencé. Combien de temps dure- |
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ra-t-elle? « Jusqu*à ce que Tesclavage ait mis la liberté c par terre, » disent nos maîtres du Sud; et nous répondons énergiquement : jusqu'à ce que la liberté ait chassé Tesclavage de TAmérique.
Passage d*un autre discours prononcé en 1858 :
Nous avons trop négligé notre milice; nous pouvons avoir besoin de soldats au moment où nous y penserons le moins.
Fragment d'une lettre écrite de Rome, en 1859, à M. Francis Jackson :
Le peuple américain va, je pense, marcher au son d'une rude musique, et il vaut mieux pour lui qu'il y songe à temps. Il y a quelques années, il ne semblait pas diflScile, d'abord d'arrêter l'esclavage, puis d'y mettre fin sans verser le sang. Je crois que maintenant cela ne se peut plus, ni maintenant, ni plus tard. Toutes les grandes chartes de l'humanité ont été écrites avec du sang. Un jour, j'espérai que celle de la démocratie américaine pourrait être grossoyée avec une encre moins coûteuse. Mais, à cette heure, il est visible que notre pèlerinage nous mène à une mer Rouge où plus d'un Pharaon va sombrer et périr. Hélas! que ne sommesnous assez sages pour être justes, ou assez justes pour être sages^ et gagner beaucoup à peu de frais !
Autre fragment d'une lettre é<^Hte de Rome, même année, à M"'' Osgoôd :
Je ne m'étonne pas de la tentative du capitaine Brown à Harper's Ferry. Ce n'est que le commencement, la fin n'est pas eneore renue. Mais telle est ma confiance dans les institutions démocratiques, je ne crains pas le résultat. L'Amérique a devant elle un bien glorieux avenir, mais de l'autre côté de la mer Rouge.
Ces citations ne font pas seulement honneur à la puissance de prévision de Théodore Parker. Elles nous expliquent aussi le zèle dévorant qu'il déploya contre un fléau dont, avant les autres, il voyait si bien l'horreur et la proximité.