Cu chariUiblu uiccting se tenait le Bainedi
Un autre conseilla à ses frères de prier chaque jour pour la conversion de Théodore Parker, en quelque lieu qu'ils fussent, à leurs affaires ou dans la rue, au moment où les cloches sonneraient le coup d'une Heure. — C'est un des traits de ce nvival, en Angleterre et en Amérique, d'avoir attribué beaucoup de puissance à la simultanéité des prières prononcées par un grand nombre de fidèles au même moment et dans le même but.
On sait ce que les artilleurs entendent par des feux concentriques : c'est, disent-ils, la manœuvre la plus meurtrière de leur arme spéciale. Il semble, en vérité, qu'on ait reporté cette théorie sur, cet élan de l'âme vers Dieu que nous nommons prière.
En même temps, Parker recevait des lettres sans nombre, toutes l'engageant à se convertir. Nous nous bornerons à reproduire la réponse qu'à la date du 9 avril 1858 il adressa à une dame qui lui avait écrit dans cette intention.
Chère madame, — Je vous suis bien reconnaissant de l'intérêt que vous prenez à mon bien-être spirituel et de la lettre que je viens de recevoir de vous. J'en infère que vous désirez me voir adopter les opinions théologiques que vous professez vous-même. Je ne vois pas que vous désiriez rien de plus.
Je ne doute nullement que ceux qui prient pour ma conversion à la théologie ecclésiastique ordinaire et (lue ceux qui prient pour ma mort ne soient également honnêtes et sincères. Je ne leur envie pas l'idée qu'ils se font de Dieu quand ils lui demandent de venir dans mon cabinet pour me confondre, ou de me mettre un crochet dans les mâchoires pour que je ne puisse parler. Plusieurs personnes sont venues « travailler avec moi, » selon leur expression, ou m'ont écrit des lettres pour que je me convertisse. C'étaient ordinairement de braves gens ne sachant absolument rien des choses qu'ils voulaient m'enseigner. Ils se prétendaient en possession d'une illumination divine dont je ne voyais la preuve ni dans leur vie ni dans leur doctrine. Mais je trouvai bientôt qu'il en était d'eux comme de vous. Us ne cherchaient pas à m'inculquer, soit la piété qui est l'amour de Dieu, soit la moralité qui est l'observation des lois naturelles que Dieu a écrites dans la constitution de l'homme ; mais ils tachaient seulement de me faire croire à leur catéchisme et de me faire entrer dans leur église. Je ne vois aucune espèce de raison pour faire Tun ou l'autre. Je m'efforce d'user des talents et des occasions que Dieu me fournit de la meilleure manière que je puis. Je ne crois pas qu'il y ait de ma faute quand j'ai à déplorer les absurdités que je découvre dans la croyance de ceux qui veulent m'instruire sur des matières dont ils sont profondément ignorants.
C'est ainsi que les catholiques ont traité les protes-
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taiits, que les juifs et les païens ont traité les chrétiens. Je vois des hommes de bien et des hommes religieux parmi toutes sortes d'hommes, trinitaires, unitaires, salvationistes , damnatiomstes , protestants, catholiques, juifs, mahométans, païens. Un seul Dieu est père de tous, et j'ai de ce Dieu un tel amour que depuis longtemps cet amour a chassé de mon cœur toute peur de lui. — Croyez-moi, etc.
Hélas! les bonnes âmes ne savaient pas que leurs prières étaient déjà superflues. Déjà s'étaient montrés les premiers symptômes du mal inexorable qui devait réduire au silence cette voix courageuse. L'heure était venue où l'amour de Dieu chez Parker allait se trouver aux prises avec la douleur de se savoir désormais incapable de travailler « à la cause sacrée de Dieu et du pays. » Depuis plusieurs années, il avait dû disputer à des indispositions sans cesse renaissantes un temps qu'il employait avec l'activité que nous savons. Sa santé, déjà ébranlée par ses excès de travail à runiversité, n'était jamais redevenue robuste. 11 fallait le feu intérieur qui brûlait en lui pour le soutenir dans la vie prodigieuse qu'il avait réussi à mener jusqu'alors* Le 11 février 1858, il écrivait à l'un de ses bons amis, le Rév. May :
Cet hiver est stupide pour moi. Je n'ai pas la moitié de ma vieille et joyeuse cai)ucité de travail. Voilà pour-
LES DERNIERS JOURS IVUN JUSTE. iOT
quoi je ne vous ai pas écrit ces trois derniers mois. Je brasse un sermon par semaine; c'est à peu près tout ce que je puis faire. Tai lecture soixante-treize fois, coup sur coup; j'ai fini pour cette saison. L'an dernier, je fis quatre-vingts lectures tout le long du Mississipi, j'ai tenu aussi des discours sur la tempérance et contre resclavage, prêché chaque dimanche à deux congrégations *, lu de plus une forte dose de rudes choses, écrit aussi beaucoup. JTai quarante-sept ans, selon le compte de ma mère ; selon le mien, j'en ai soixante-quatorze. Je suis un vieillard. Quelquefois, Je songe à frapper de ma canne aux portes de la terre en disant : Liebe Mutter, ouvre à ton enfant I Je ne sais ce^ qu'il en sera. Mon père est mort à soixante-dix-sept ans : c'était un grand et robuste corps, il a eu peu1>^tre dix jours de maladie. Ma grand-mère a vécu jusqu'à quatre-vingt-treize ans, et je crois qu'après la naissance de son huitième poupon, qu'elle eut à trente-six ans ou à peu près, elle ne revit plus de médecin de sa vie. Mais sur dix de mes frères et de mes sœurs, neuf sont déjà partis. Aucun n'a vu sa quarante- neuvième année. Je n'ai plus qu'un frère, âgé de soixante ans. Il y a pourtant encore bien à faire. Je m'étais enrôlé « pour toute la guerre , » et la moitié de la campagne n'est pas faite !
La terrible maladie qui met en coupe réglée les générations des pays du Nord, la phthisie pulmo-
1. Un second auditoire hebdomadaire fiY^tait conMitui'' pour lui à Watertown. * •
naire, était entrée dans la famille du vigoureux cultivateur de Lexington. Il se pourrait bien que les germes en eussent été déposés dans la constitution de ses enfants par les miasmes sortant des prairies marécageuses voisines des lieux où s'était écoulée leur adolescence. La mère de Parker était morte à soixante ans, aussi de la phthisie. Peutêtre, en se mieux ménageant, Parker aurait-il pu prolonger son existence au delà de la date funèbre qui semblait assignée à ses frères et à ses sœurs. Mais l'existence qu'il s'était faite ne pouvait que favoriser le développement de ce mal redoutable. Une nuit d'hiver, passée tout entière en wagon au milieu des prairies inondées de l'État d'Albany et suivie de lectures fatigantes, lui fut fatale. Depuis lors, une toux opiniâtre ne cessa de le tourmenter. Cependant, et sauf quelques interruptions, il voulut continuer ses prédications. Mais le dimanche 9 janvier 1859, presque au moment de monter en chaire, il fut atteint d'une hémorragie pulmonaire du plus mauvais augure, et il dut écrire à sa communauté déjà réunie qu'il lui était impossible de prêcher ce jour-là :
Amis bîen-aimés et depuis longtemps éprouvés, je ne vous parlerai pas aujourd'hui. Ce matin, un peu après quatre heures, j'ai été atteint d'une émission sanguine
dans les poumons ou dans la gorge. Mon intention était de prêcher sur « la religion de Jésus et le christianisme de l'église, ou supériorité du bon vouloir envers l'homme sur l'arbitraire théologique. » J'espère que vous n'oublierez pas la collecte pour les pauvres que nous avons toujours avec nous. Je ne sais si je reverrai jamais vos visages qui, si souvent, ont relevé mon esprit quand ma chair était faible,
Puissions-nous agir justement, aimer la miséricorde, marcher humblement avec notre Dieu, et sa bénédiction sera sur nous maintenant et toujours : car son amour infini est avec nous à jamais.
Votre fidèle ami,
La communauté décida que son traitement lui serait continué sur le pied ordinaire jusqu'à parfaite guérison, et les médecins lui imposèrent un congé d'un an en lui conseillant d'aller le passer à Santa-Gruz, Tune des Antilles danoises.
Les premiers effets de ce repos sous le ciel et près de la mer des tropiques parurent très-favorables. Les forces étaient revenues comme par enchantement. C'est là qu'il écrivit son autobiographie\ sous prétexte de répondre à une lettre des plus affectueuses qu'il avait reçue de ses parois-