‹ Théologie bibliqueChapitre 15 sur 37 · XXXII-XLV · texte numérisé non relu

XXXII-XLV

Outre ces transpositions de chapitres entiers, on remar-

que entre les deux textes des variantes plus ou moins considérables, par ex. dans chap. m, 1, 9, 10; v, 13, 15; vu, 13, etc.; quelquefois des suppressions plus ou moins considérables comme vni, 10-12; x, 6-9; xvn, 1-5; xxv, 1; xxxix, 4-13; ou bien des additions faites dans la Septante comme ii, 28, 30; m, 7, 17; v, 1, 17, etc. etc. Nous ferons remarquer encore que dans le Nouveau Testament, il est fait plusieurs fois mention des prophéties de Jérémie *, et que rÉvangile selon Saint-Matthieu xxvii, 9-10 lui attribue un oracle, qui offre bien quelque analogie avec Zacharie xi, 13; mais qui ne se rencontre pas dans les prophéties de Jérémie, arrivées jusqu'à nous. Tout porte à croire que le rédacteur de FÉvangile Fa emprunté à un apocryphe nazaréen où Jérôme Ta lu textuellement '.

EEéchiel.

Bàvemick, Commentar ûber den Prophet Ezechiel, Erlangen, 1843.

Fils de Buzi, de race sacerdotale, Ézéchiel naquit à Jérusalem et fut disciple de Jérémie, s'il faut en croire la tradition. Onze ans avant la ruine de Jérusalem,sous le règne du roi Jéchonias, il fut transporté avec dix mille de ses

« Par ex., Matth. xxr, 13, cf. Jérémie vu, 11; —/ Cor. i, 31; cf. Jér. ix, 24; — Apoc. Il, 23; cf. Jér. xvii, 10.

3 Jérôme, Quaestiones in Matthaeum xxtii, 9; Legi naper in quodam hebraico volnmine, quod nazaren» sect^ mihi hebrsus obtulit, Hieremis apocryphum, in quo haec ad verbum scripta reperi.

compatriotes en Mésopotamie, au confluent du Kébar et de FEuphrate. Cinq ans après, il fut appelé à la charge de prophète, qu'il exerça pendant 27 ans, c'est-à-dire jusqu'à la 16" année après la ruine de Jérusalem. Ses prophéties sont comme un écho de celles de Jérémie; seulement la décadence du prophétisme y est encore plus sensible. Ézéchiel censure les vices des exilés, combat leurs illusions, les exhorte à la soumission envers ï)ieu et s'élève avec force contre les faux prophètes. Véritable esprit sacerdotal, il attache une importance extrême aux rites et aux prescriptions légales {Ézéchiel iv, 14; xx, 16, 20; xxii, 8, 26), et son formalisme étroit lui enlève toute indépendance, toute élévation de pensées. Son imagination ardente et poétique se complait en des visions fantastiques qu'il traduit par des comparaisons bizarres, des allégories obscures, des symboles monstrueux, des tableaux quelquefois ignobles, et il aime à descendre dans ses descriptions jusqu'aux plus minutieux détails. Sa langue est incorrecte, dure et prosaïque, surchargée de répétitions, de néologismes, d'araméismes et d'autres locutions étrangères *; son style terne et diffus est travaillé pourtant avec plus d'art que chez aucun autre prophète, et il paraît affectionner certaines expressions, comme celle de fils de l'homme, qu'il s'applique par humilité en présence de la majesté divine. Ses prédictions enfin oÔrent une précision qui ne se rencontre chez aucun prophète, excepté dans Daniel, et qui serait un sujet d'étonnement pour la critique, si l'on ne savait qu'elles n'ont été fixées par écrit qu'après l'événement.

« Par ex , niNurQ {Ézéch, xvii, 9), nttJlAQ {Ézéch. xxxvi, 5), ^<^aa (Ézéch. XXX!, 5), NHip (Ézéch. xxvii, 31), KH (Ézéch. xvi, 43).

Les oracles d'Ézéchiel ont été classés d'après leur contenu plutôt que dans Tordre chronologique. Ainsi le chapitre xx\i se rapporte à la 11" année de l'exil et le chap. XXIX à la ^0^ Le livre se divise en quatre sections : 1** Chap. i-iu, vocation du prophète, peinture de Jéhovah assis sur son trône; — 2** Chap. iv-xxiv, prophéties sur le royaume de Juda avant la prise de Jérusalem, dont la ruine sera le châtiment mérité de Tinfidélité du peuple et des' vices de ses conducteurs, rois et prêtres; — 3** Chap. xxvxxxu, prophéties contre les Ammonites, les Moabites, les Édomites et les Philistins, ennemis nés de l'État théocratique; puis contre Tyr, Sidon et l'Egypte, toutes postérieures à la prise de Jérusalem; 4** Chap. xxxra- XLViii, promesses consolantes aux exilés : la théocratie sera rétablie par un messie qui les vengera de tous leurs ennemis, mais dont la venue sera précédée par une nouvelle invasion des Scythes. Vision du second temple de Jérusalem, de la Terre promise et de son partage entre les tribus revenues de l'exil; règle pour les rois, les prêtres et le peuple qui Fhabiteront.

Malgré quelques transpositions et interpolations signalées par la critique, par exemple xxix, 17-21; xxxiu, 21-31; XLVi, i 6-24, il n'est pas permis de révoquer en doute l'authenticité de ces prophéties, qui portent d'un bout à l'autre le cachet de l'individualité du prophète : même coloris du style, mêmes images, mêmes allégories, mêmes idées fréquemment exprimées par les mêmes mots, mêmes formules^ chères à l'auteur qui parle toujours à la première personne. Ajoutons que, selon une tradition ', Ézéchiel fiit massacré

* Isidore, De vitâ et morle sanctorum, c. 39. — Epiphane, De vitis prophetarum, c. 9.

par ses compatriotes et qu'on montre encore aujourd'hui son tombeau entre TEuphrate et le Kébar à quelques journées de Bagdad ^

DaMlel.

Bertholdt, Daniel ûbersetzl und erkiârt, Erlangen, 1806-1808, 2 vol. \n^\ -> Hàvemick, Cômmentar tiber das Buch Daniel, Hambourg, 1832, 3 part., in-8''. — LengerkCf Das Buch Daniel, Kônigsberg, 1835, in-8**.

Le livre qui porte le nom de Daniel dans le canon de TAncien Testament, se compose de deux parties bien distinctes, appartenant l'une et l'autre à un auteur tout différent. La première comprend les six premiers chapitres, qui racontent la vie de Daniel, mais avec des erreurs chronologiques et des invraisemblances ^ qui, si elles ne jettent quelque doute sur l'existence historique d'un prophète de ce nom, conduisent au moins à supposer que les événements racontés ont été longtemps l'objet d'une légende populaire, hypothèse qui expliquerait les variantes remarquées entre la Septante et le texte des Massorètes. Selon Daniel i, 1 et suiv., le jeune Daniel, d'une famille notable de Juda, aurait été emmené en exil par Nabuchodonosor, la troisième année du règne de Jojakim. Ici déjà, on signale un anachronisme. D'après les historiens profanes, ce fut seulement l'année suivante que la victoire de Circesium ouvrit à

* Balbi, Abrégé de géographie, Paris, 1833, in-8°, p. 651.

* Lûderwald, dans son ouvrage intitulé : Die VI ersten Kapitel Daniels nach hisiorischen Grûnden geprûft und herichtiget (HelmstSdt, 1787, in -8"), s'est donné un mal infini pour défendre les exagérations et les légendes de la première partie du livre de Daniel.

Nabuchodonosor le chemin de l'Asie antérieure, et selon Jérémie xxxvi, 9 et suiv., l'invasion babylonienne n'avait pas encore eu lieu la cinquième année du roi Jojakim. Nous lisons, en effet, dans le second livre des Rois (// Rois XXIV, 12), que Nabuchodonosor qui, selon Jérémie xxv^ 1 et XL VI, 2, monta sur le trône la quatrième année de Jojakim, n'envahit la Judée que sous Jojachin, huit ans après son avènement à la couronne, ce que confirme Jérémie lu, 28, à une légère différence près, en sorte que l'on ne peut regarder que comme une erreur de chronologie, l'assertion dellChron. xxxvi, 5-6, qui donne pour date à l'invasion du roi de Babylone non pas la troisième, mais la onzième année du règne de Jojakim. Élevé à la cour sous le nom de Beltsazar, Daniel, par son talent à expliquer les songes comme Joseph, se serait élevé à la dignité de chef des Mages, et il serait môme devenu ministre d'état après la prise de Babylone, l'an 538 ou 539 avant notre ère, par Darius le Mède, ou plutôt par Cyaxare II, l'oncle de Cyrus. Sa faveur excita l'envie et le roi le fit jeter dans la fosse aux lions; mais il échappa à la dent des bêtes féroces, comme ses trois amis, Sadrach, MésachetAbednégo avaient échappé déjà aux flammes* d'une fournaise ardente. Selon Daniel I, 21, Daniel vivait encore la première année du règne de Cyrus, c'est-à-dire l'an 536 ou 535 avant Jésus-Christ, et selon Daniel x, 1, il n'était pas encore mort deux ans plus tard. Une tradition veut qu'il ait terminé ses jours en Palestine; ce qui est certain, c'est qu'il jouissait d'une haute considération parmi ses contemporains. Ézéchiel xiv, 14, xxviu, 3,1e cite, à côté de Noé et de Job, comme un modèle de sagesse et de pureté morale. Mais est-ce bien à un contemporain qu' Ézéchiel adresse cet éloge et ne s'a-

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girait-il pas plutôt d'un autre Daniel, personnage mythique célèbre dans la légende populaire? Quoi qu'il en soit, le Nouveau-Testament place sans hésitation le livre de Daniel au niveau des autres livres prophétiques {Matt. xxiv, 15; Jean v, 28; // Thess ii, 4).

La seconde partie du livre de Daniel, qui comprend les chap. vu-xu, renferme quatre prophéties interprétées non plus par Jéhovah lui-même, comme dans Ézéchiel, mais par Fange Gabriel. La première vision montre à Daniel quatre animaux faltttastiques, symboles de quatre empires qui ont successivement joué un grand rôle dans le monde. Selon les Juifs, les premiers chrétiens et quelques interprètes modernes, ces quatre empires sont ceux des Babyloniens, des Médo-Perses, des Grecs et des Romains. Selon Eichhom et de Wette, au contraire, les quatre animaux représentent les États Chaldéen, Mède, Perse, et Macédonien; Mais selon Ewald, ces quatre empires seraient celui des Assyriens, celui des Chaldéens, celui des Perses et celui des Grecs. D est certain que le dernier animal avec ses dix cornes présente un symbole qui répond mieux au royaume fondé par Alexandre qu'à l'empire romain, et l'on doit hésiter d'autant moins à adopter à cet égard l'opinion des trois derniers écrivains que nous venons de citer, que les versets 21, 25, 26 du chap. vn désignent si clairement Antiochus Épiphane, qu'il est impossible de s'y méprendre. Le chap. vui se rapporte tout aussi clairement à l'accroissement rapide et au démembrement de l'empire d'Alexandre. Dans le chaj). IX, la prophétie de Jérémie ne s'étant point accomplie et plus de 70 ans s'étant écoulés sans que le Messie parût, Daniel convertit ces 70 ans en 70 semaines d'années, premier exemple que nous offre la Bible de cette méthode

d'interprétation allégorique, qui trouva depuis d'innombrables partisans. Mais, pour lever une difficulté, il en accumule vingt autres, toutes également difficiles à résoudre, parce qu'il est impossible de faire cadrer avec les dates de l'histoire profane et même avec la chronologie biblique les traits divers de la prophétie * ; on y a dépensé inutilement des trésors de patience et d'érudition. Tout ce qu'on peut affirmer avec certitude, c'est que dans les chap. x-xn, Daniel raconte chronologiquement et avec exactitude, bien que dans le style prophétique, tout ce qui s'est passé entre les rois d'Egypte, qu'il appelle rois du Midi, et les rois de Syrie, qu'il désigne par h nom de rois du Nord, leurs guerres, leurs traités, leurs alliances, jusqu'à la mort d'Antiochus Épiphane, l'an 164 avant J.-Ch. Ce roi, ici encore, est trop clairement désigné (Daniel xi, 28 et suiv.) pour qu'il soit possible de conserver aucun doute à cet égard. On sait que l'intolérance religieuse de ce prince souleva contre lui la haine des Juifs, indignés de la profanation de leur sanctuaire, où Antiochus avait fait mettre une statue de Jupiter. Cette dernière abomination devait amener l'intervention de l'ange Michel, protecteur de la nation juive, qui ressusciterait les morts et fonderait l'empire du Messie sur les ruines des autres États *.

Ce livre n'a presque rien de commun avec les écrits des. anciens prophètes, pas même les images, qui y ont une cou-

« Voici, dans la traduction de Perret-Gentil, ce passage célèbre : Depuis rémission de la parole annonçant que Jérusalem sera restaurée et rebâtie jusqu'à un Oint, un prince, il y a sept semaines ; et dans l'espace de soixante-deux semaines ^lle sera restaurée et rebâtie avec places et fossés, mais au milieu des perplexités des temps. Et après les soixante-deux semaines, un Oint sera retranchéi et il n'aura personne, et la ville et le sanctuaire seront ravagés par le peuple d'un prince arrivant, etc. »

2 Voir Paulu«, Gommentar liber das neue Testament, Lûb., 1805, t. HI, p. 43 et suiv.

leur toiit-à-fait étrangère, et il en diffère essentiellement par une précision dans les détails, qui est une des plus fortes preuves contre son authenticité. Dans la première partie, il est parlé de Daniel toujours à la troisième personne et en termes si louangeurs (flaniW i, 17, 19; v, 11; Yi, 4), qu'il parait impossible de l'en regarder comme l'auteur; cependant la langue révèle un écrivain contemporain des derniers livres canoniques de l'Ancien Testament. La même observation s'applique à la seconde partie, malgré le soin que prend l'auteur de parler de lui à la première personne et d'événements passés ou contemporains comme d'événements futurs, en enveloppant ses récits d'images obscures et de sentences énigmatiques, ou en les présentant sous la forme de visions, forme rarement employée par les anciens prophètes {Ésaîç vi; Jérémie i; Amas vu), mais fréquemment par les prophètes de l'exil, comme Ézéchiel et Zacharie. Plusieurs héllénismes, par ex. Daniel m, 4:

KTi^D x>îpuÇ; — m, 8 : Diin^J) xtÔapaç; K33D (yafxêuxTi; n'»i9D'>D

ffufxçwvia; "inPiaDS «j/aXti^ptov trahissent un auteur d'un âge postérieur aux expéditions d'Alexandre, et les doctrines de la résurrection des morts, des anges protecteurs, de la hiérarchie céleste, du Messie {Daniel m, 28; iv, 13; VI, 22;^, 13; vm, 16; ix, 21; x,'l3; xn, 1-3) sont déjà trop développées pour remonter au-delà de l'époque des Maccabées, époque d'enthousiasme patriotique et de fanatisme religieux très-propre à ranimer le génie prophétique, s'il n'avait pas été complètement éteint. L'esprit pharisaïque qui règne dans tout le livre et qui se manifeste par l'importance attachée à la prière, au jeûne, à l'aumône comme moyens de sanctification {Daniel i, 12; iv, 27; vi, M ; x, 2, 3, 12), fournit une preuve nouvelle de l'âge relati-

vement moderne des prophéties de Daniel, que le Siracide même ne place pas encore parmi les prophètes [Ecclésiastique XLviri-XLrx). Enfin de nombreux anachronismes, comme ruttribution à Darius le Mède ou à Cyaxare II d'une institution de Darius, fils d'Hystaspe * [Daniel vi, 1-2), la mention de Belsatsar comme fils de Nabuchodonosor [Daniel V, 2), et celle des Livres saints [Daniel ix, 2), qui ne furent recueillis que longtemps après Texil; des erreurs géographiques, Suse, par exemple; soumise aux rois Chaldéens {Daniel xiiu â)j tout annonce un auteur qui vécut très-probubleiiieiit du temps des Maccabées, pendant les guerres des Juifs contre les rois de Syrie, et qui se proposa pour but, en écrivant son ouvrage, sous le nom d'un prophète déjà connu par la légende, de relever le courage de ses compatriote!? par la promesse d'un triomphe prochain ^.

Dans le texte massorétique, le livre de Daniel oflfre cette particularité que des chapitres entiers (n, 4-vn, 28) sont écrits eu chuldéen. La Septante, qui s'éloigne souvent de rkébreUj surtout dans les chap. m-vi, y ajoute trois apociyphes, qui se rattachent aux légendes du cycle daniélique et sur lesquels nous aurons à revenir plus bas.

* nérodott, flîiL []I, 89 suiv.

a Voy. Schldermachery Theolog. Zeitschrifl, Berlin, 1819-Î2, 3 vol. in-8% t. lit, p> 171 -29i. ^ U'ivemick, Neue kritische Uutersuchungen ûber das Buch Daniel, Uvxù> i 1838, în-^K

I^eti petite prophètes.

Dathe, Prophète minores latine versi notisqoe philologicis et criticis illustra ti, 3* édit., Halle, 1790, in-8'. -^Hesselherg.Dle 12 kleinen Propheten ausgclegt, Konigsberg, 18j8, in-S"*. — Uitzig, Die 12 kleinen Propheten erkiârt, Leipzig, 1838, in-8*. — irm^r^tl, Praktischer Commentar ûber die kleinen Propheten mit exegetischen und kritischen Ânmerkungen, Hambourg, 1845, in-8*'.

Les petits prophètes, ainsi nommés à cause de leur moindre étendue, sont au nombre de douze. On ignore la date précise où leurs écrits ont été recueillis; mais il est déjà question très- vraisemblablement de ce recueil dans l'Ecclésiastique xlix, 42. Leurs prophéties, qui embrassent une période d'au moins quatre siècles, n'ont été classées chronologiquement ni dans le texte hébreu, ni dans le texte grec. Le tableau suivant présentera leurs noms dans l'ordre des temps où ils ont vécu, Jonas excepté, car on ne connaît aucune circonstance de sa vie.

Joël (840 av. J.-a.). Habacue (610).

Amoa (790). Abdias (588).

Osée (785). Agpée (520).

Michée (730). Zacharie (520).

Nahum (710). Malachie (440).

Sophonie (G40).

Dans l'examen de leurs écrits, auquel nous allons nous livrer, nous croyons devoir conserver la classification du canon hébreu.

Osée.

SchrÔerf Der Prophet Hoseas, mit kritischen, philologischtfn und theologischen Anmerkungen, Dessau, 1782, in-8'. — Kûhnôl, Hoseas, neu tiberseizt Debst êinigen Erlftutepungen, Leipzig, 1789, in-8«. — Stûck, Hoseas propheta, Lips., tS28pin-8». — Simson, Der Prophet Hosea, Hambourg, 1851, ïn-S".

Fils deBééri et né dans le royaume d'Israël, Osée prophétisa^ dit-on, sous quatre rois de Juda, Hozias, Jotham, Achaz et Ézéchias, et sous quatre rois d'Israël, Jéroboam H, Zacliarie, Sallum et Manahem, c'est-à-dire pendant environ 60 ans, période de troubles civils et de guerres fratricides, d'anarchie et de corruption. Ses prophéties forment deux parties distinctes : 1* Chap. i-in, deux tableaux symboliques, décrits et expliqués en prose, représentant sous la figure d'une femme adultère la conduite des Israélites envers Jéhovah. — 2** Chap. iv-xrv, oracles de plus en plus menaçants contre le royaume d'Israël. Le prophète condamne énergiquement l'idolâtrie des Israélites, la corruption des grands et des prêtres, l'esprit de révolte du peuple, et s'élève avec force contre toute alliance avec l'Assyrie ou l'Égyfïte. Le royaume de Juda n'échappe pas non plus à ses censures; mais il le traite avec plus de ménagement et meilleur espoir d'un amendement nécessaire, parce que c'est sur lui que brillera l'étoile du salut. Un repentir sincère et un total changement de vie, peuvent seuls détourner la colère de Dieu et reconquérir sa faveur, car l'obéissance envers lui' et Tamour du prochain valent mieux que les sacrifices. La

langue, poétique, mais rude et altérée par de nombreux provincialismes, le style sententieux et obscur, le rhythme dur et inégal, la rapide transition d'une idée à une autre idée, d'une métaphore à une autre métaphore, en même temps qu'ils révèlent chez le prophète une imagination si riche qu'elle ne lui permet pas d'achever la plupart de ses tableaux, trahissent l'antiquité de ce livre, un des plus difficiles à traduire de tout l'Ancien Testament. Il est à remarquer, en outre, qu'Osée n'a pas encore l'idée que sa nation puisse être transportée en masse sur k terre étrangère; il ne parle que des prisonniers de guerre emmenés en Assyrie ou en Egypte. Osée est cité plusieurs fois dans le Nouveau- Testament {Matthieu n:, 13 et xii, 7, cf. Osée vi, 6; — Luc xxm, 30 et Apocal. vi, 46; cf. Osée x, 8; — Matt. n, 15; cf. Osée XI, 1 ; etc.), et la critique la plus exigeante ne trouve aucune raison de douter de Fauthenticité de ses prophéties.

Von KôlUi, Dissertatio exegetico-critica de Joelis prophet» staie, Marburp, tSI t , in -à'. — Hohhausen, Die Weissagungen de» Propheten Joël, ûbersetzt und erkiârt, Gôtting., 1829, in-8». — Credner, Der Prophet Joël ûberseUt und erkiârt, Halle, 1831, in-S".

Joël était fils de Pethuel et paraît avoir vécu en Judée à la fin du règne de Joas ou sous son successeur; en tout cas, il est antérieur à Osée; car il florissait à une époque où les Israélites n'avaient encore rien à démêler avec les Assyriens,

où leurs seuls ennemis étaient les Phéniciens et les Philistins, les Égyptiens et les Édomites, et où l'obéissance aux prophètes était toujours entière. On ne connaît d'ailleurs aucune particularité de sa vie. La régularité du rhythme, la pureté de la langue, la beauté des images, l'élévation et la noblesse des pensées le placent sans contredit parmi les meilleurs poètes hébreux. Son livre fut écrit à l'occasion d'une invasion de sauterelles, qu'il présente comme un châtiment de Dieu. On a voulu y voir une allégorie, quoique pas un mot n'indique qu'il s'agisse d'un événement futur. Dans un second discours {Joël n, 18-in, 21), où le poète se surpasse encore par le charme de ses tableaux et la beauté de ses fictions, Joël promet le retour de l'abondance et un avenir brillant où chaque hébreu serait prophète et jouirait de la félicité de l'âge d'or, sans faire néanmoins la moindre allusion au Messie, preuve certaine que les idées messianiques ne se développèrent que plus tard. Longtemps Joël resta im modèle pour les prophètes qui lui succédèrent. Amos déjà lui emprunta une image [Amos i, 2, comp. à Joël IV, 16). L'authenticité et l'intégrité de son livre sont d'ailleurs hors de doute. Les Actes des Apôtres le citent {Ad. II, 16.), en appliquant un de ses tableaux poétiques au règne Messie.

Amofl.

Voter j Amos ûbersetzt und erlëutert, Halle, 1810, in-S". — Juynball, Dissertatio de Amoso, Lugd. BaUv., 1828, iu•4^ — G, Baur, Der Prophet Amos erkUrt, Giessen, 1847.

Amos, berger de Thékoa, bourgade située à cinq lieues de Jérusalem, au sud-ouest de Bethléem, laissa son troupeau pour aller exercer son ministère à Béthel, un des principaux centres de Tidolâtrie dans le royaume d'Israël, où régnait alors Jéroboam H. Ses censures contre la corruption et le luxe qui s'étaient introduits dans le royaume à la suite des conquêtes de Jéroboam, irritèrent contre lui le peuple et les prêtres, et il fut banni par le grand-prêtre Amatsîa, avec le consentement du roi. Il retourna dans le royaume de Juda, où il continua à prophétiser sous Hozias. Une tradition raconte qu'il fut massacré à Béthel.

Son livre se divise en deux parties : l*" Chap. i-vi, censures contre Damas, Gaza, Tyr, Édom, Ammon et Moab, les seuls peuples étrangers qu'il connût; puis contre Israël et incidemment -contre Juda, qu'il menace de châtiment et de ruine. —2*^ Chap. vu-ix, histoire symbolique de ce qui lui est arrivé à Béthel; menaces contre Israël coupable et prophétie de la restauration du royaume de David. Malgré quelques locutions populaires, le style est assez pur, vif et concis; il se distingue, surtout dans la seconde partie, par une régularité durh3rthme et ime clarté de l'expression qui

placent Amos au premier rang des prophètes; dans certains passages {Amos vi, 3-6, comp. à Ésate v, li, 12), il surpasse Esaïe lui-même par le charme et la vigueur de ses images, presque toujours puisées dans la nature, comme par la fraîcheur et la justesse de ses comparaisons ordinairement tiréies de la vie des cftamps; sa symbolique ne choque en rien le goût; le rhythme arrondi et périodique, s'élève phis d'une fois (chap. i-ii) jusqu'à la strophe. Enfin on remarque tant d'art dans sa composition *, joint à des connaissances en histoire et en géographie si remarquables chez un pâtre [Amos u, 9; v, 26; vi, 2, 6, 14; vni, 8; ix, 7), qu'on serait tenté de lui contester la paternité d'une œuvre qui ne peut-être évidemment le produit pur d'une imagination enflammée ou de Textase prophétique. Cependant Tanthenticité n'en est pas contestée. Les Actes des Apôtres citent deux fois Amos [Actes vu, 42, cf. Amos v, 25, 26, et Actes xv^ 46, 17 cf. Amos ix, il-12), la seconde avec une variante d'après la Septante.

Bohapfel, Obadjah, neu ûberselzt und erklârl, Rintcln, 1798, in-8*. — Krahmer, ObsenraUones in Obac^am, 1833, in-S*. — Caspari, Der Pfopbet Obadja ausgelegt, Leipz., 1842, in-8».

La vie de ce prophète est complètement inconnue, car on ne saurait le confondre avec trois Abdias cités / Rois xvni,

1 Amos est le premier prophète hébreu qui ait choisi la forme de la vision pour peindre la décadence d'Israël. Phis tard, sous rinlluence de la civilisation chaldéenne, cette forme prédomine dans les écrits d'Ézéchiel, de Daniel et de Zacbarie.

3, llChron. xvu, 7 et // Chron. xxxiv, 42; la chronologie s'y oppose, puisque notre Abdias vécut après la ruine de Jérusalem {Àbdias 10-14). Sa prophétie menace les Édomites qui se réjouissaient de cette catastrophe. Le style oflfre de l'analogie avec celui de Jérémie * . Seulement il est plus animé, plus impétueux ; le prophète procède par exclamations, par interrogations, et il lui arrive fréquemment de passer rapidement d'une personne à une autre ou d'employer ce que les grammairiens appellent énallage, de répéter la même idée en d'autres mots ou de la présenter sous ses différentes faces. Selon Eichhom *, la prophétie d' Abdias ne remonte pas au-delà de l'exil, et se rapporte à la conquête de l'Idumée par Nabuchodosor, sauf les derniers versets qui y auraient été ajoutés à l'époque de la conquête de l'Idumée par Alexandre Jannée, entre 106 et 80 avant Jésus- Christ.

SonwM,

Lessing, Obsenrationes ad vaticinia Jon» et Nahum, Chemnitz, 1780, in-S**. — Friedrichsen, Kritischer Ueberblick der merkwûrdigstea Ansichten vom Bûche Jonas, Aitona, t817, iii-8*; 2* édit. augm., Leipzig, 1841, in-S*". — Krahmer, Bas Bach Jonas historisch-kritisch .antersucht. Kassei, 1839, in-8a. — Jàger, Uêber den sittlichen reiigiësen Endzweck des Bochs Jonah, Uber die Zeit seiner Abfassang und ûber den Grund seiner Stellung im Kanon des Alten Testaments, Tûbing., 1840, in-8».

Ce livre n'est point, à proprement parler, une prophétie ; c'est, sous la forme d'une allégorie ou d'une parabole, l'histoire légendaire du prophète Jonas, fils d'Amithaï, qui

* Voy. surtout Jérémie xlix, 7-22; cf. Abdias 3-6.

> Eichhom, Eînieitung in das Alte Testament, t. I, p. 40; IV, p. 323.

vécut sons Jéroboam !!( // Rois xiv, 25). Seul spécimen d'un genre nouveau dans la littérature hébraïque, cette fiction a donné lieu aux plus singulières interprétations. L'opinion la plus vraisemblable, c'est que l'auteur a voulu ' rendre sensibles par un mythe philosophico-historique ces trois vérités dont la seconde au moins était tout-à-fait étrangère à la théocratie juive et très-opposée à la haine farouche des Juifs contre les étrangers : le prophète doit bon gré mal gré remplir sa charge et rien ne saurait le soustraire à ce devoir sacré; Dieu est le Dieu des païens comme celui des Juifs; il pardonne plus volontiers qu'il ne punit. La forme du livre,, qui est écrit en prose, sauf la prière de Jonas dans le ventre de la baleine, composée presque uniquement de pensées et d'images empruntées surtout aux psaumes ', suivant un usage fréquent dans la période de la décadence, le désaccord qu'on remarque entre cette prière d'actions de grâces et la situation critique de Jonas, des expressions araméennes assez nombreuses *, tout annonce un écrit postérieur à la ruine de Jérusalem; mais, d'un autre côté, comme l'auteur n'est point animé, loin de là, de cett haine ardente que les persécutions des Séleucides inspirèrent aux Juifs, il faut en conclure qu'il vécut avant l'époque des Maccabées. Si le prophète, en eflfët, dont le caractère est peint sous des couleurs véritablement odieuses, se montre mécontent du pardon accordé aux Ninivites, ce n'est point parce qu'il les abhorre comme étrangers, mais uniquement parce que son amour-propre est en jeu et

* Voyez Jonas ii, 3, cf. Ps, xviii, 7; --Jonas ii, 4, cf. Ps. xlii, 8; — Jonas ii, 5, cf. Ps. XXXI, 23; — Jonas ii, 6, cf. Ps, xviii, 5 et lxix, 2; — Jonas ii. 8, cf. Ps. V, 8; XVIII, 7; cxLii, 4; — Jonas ii, 9, cf. Ps. xxvi, 7; xlii, 5; l, 14, 23.

2 Par ex., ^dWi {Jonas i, 7). ptf (Jonas, iv, 10).

qu il craint d'être traité de faux prophète. Le livre de Jonas, déjà cité dans Tobit xiv, 5, Test encore dans Matthieu xn, 40^ XVI, 4, et dans Luc xi, 29.

Miellée.

Jusii, Micha, neu Ubersetzt und erlSutert, Leipzig, 1799, in-8". — Hartmann, Micha, nea ubersetzt und erlâutert, mit fûnt Excursen begleitet, Lemgo, 1800, in-8». — Caspariy Uebcr Micha den Morasthiten, Christian., 1852, in-fi».

Originaire de Moraseth, et non de Marésa dans la tribu de Juda {Josué xv, 44), Michée ne doit pas être confondu avec le prophète du même nom qui vécut sous Achab {IRois, XXII, 8). D fut contemporain d'Ésaïe et prophétisa dans les dernières années d'Achaz et les premières du règne d'Ezéchias. Ses courageuses censures, réparties en cinq discours : i, 2-16; n, 1-13; m, 1-iv, 4; iv, 6-v, 14; VI, 1-vii, 20, s'adressent au royaume de Juda bien plus qu'à celui d'Israël, qui penchait déjà vers l'abîme. Il s'élève avec force contre l'impiété et l'avarice des grands, la vénalité des juges, la corruption des prêtres, la servilité des faux prophètes, l'idolâtrie des habitants de Jérusalem, et il voit le mal si grand, qu'il ne pourra se guérir que par la ruine de l'État et du temple lui-même. L'espoir pourtant rentra dans le cœur de Michée lorsque Ézéchias entreprit sa réforme et rétablit le culte de Jéhovah. Son style plein de mouvement, de force et de vie présente beaucoup d'analogie avec celui d'Ésaïe et d'Osée : même élévation de pen-

sées, même abondance d'images, même transition rapide d'une menace à une promesse; il oflfre même des périodes mieux arrondies, plus pleines et plus rhythmiques; mais d'autre part, il est plus obscur, plus concis, hérissé de jeux de mots, de paronomases et d'antithèses. Le poète a employé avec bonheur la forme du dialogue. Le livre de Michée est certainement authentique, à l'exception peutêtre de Michée iv, 9-14 et vu, 7-30, qui sont suspects d'interpolation; on le trouve cité dans Jérémie xxvi, 18, ainsi que dans le Nouveau Testament {Matt. ii, 8, 6, et Jean VII, 42; cf. Michée y, 1; — Matt. x, 35, 36, cf. Michée vu, 6),

IWabiim.

Grimm^ Nahum, neu ôbenetzt mit erkiërendeo Ânmerkungen, Dusseldorf,

1799, in-8».

Nahum vécut à Elkosch, petite ville, non pas de la Galilée, comme on l'admet assez généralement, mais de l'Assyrie, située. sur le Tigre à peu de distance de Mossoul et appelée encore aujourd'hui Alqush. C'est ce qui explique la connaissance qu'il possédait, mieux qu'aucun autre prophète, des afiaires de l'Assyrie. Cependant tout semble prouver qu'il était né en Palestine, car c'est à ce dernier pays et à sa littérature qu'il emprunte ses descriptions et ses images (Nahum i, 3, 4, 18; m, 4, 5). Sa vie d ailleurs n'est point connue. Ses prophéties sont dirigées

contre TAissyrie et Ninive que Phraorte menaçait alors à la tête de ses Mèdes. Enflammé d'un patriotique enthousiasme et plein de confiance en la justice rémunératrice de Jéhovah, Nahum annonce aux Assyriens le châtiment de leur conduite envers Israël, dans. un style vif, coloré, énernique, original et presque pur d'araméismes. Le rhythme est vif et régulier; les tableaux variés et toujours finement dessinés; la couleur appropriée au sujet. L'authenticité de son livre n'est pas contestée.

Habacne.

Ranitx, Introductio in Habacuci vaticinia, Lips., 1808, in^**. ~ Justi, Habakuk neu ttberseUlundeplSulerl, Leipzig, 1820, in-8".— TFoIfl^, Der Prophet Habakuk, Darautadt, 1822, in-8^ — DeHtzsch, Der Prophet Habakuk, Leipzig, 1843, in•8^

Ce prophète, qui ne nous est connu que par des légendes apocrjirphés, était, selon la tradition, un lévite de Thékoa, et mourut à Kehila. Il paraît avoir écrit après la réforme de Josias, mais avant la ruine de Jérusalem, que rien dans sa prophétie ne fait encore prévoir, et probablement pendant la première invasion des Chaldéens en Judée sous^ Nabuchodonosor. Malgré quelques passages imités des écrivains qui l'ont précédé {Habacuc n, 12, cf. Michée m, 10; Habac, in, 19, cf. Ps. xvnj;, 34), Habacuc est un poète très-original et Ton peut encore admirer dans ses plaintes éloquentes sur la misère et l'oppression de son peuple les dernières clartés de l'ancien prophétisme. Il réunit toutes les qualités

d'un grand poète, vivacité d'imagination, jugement exquis, style plein tour à tour de douceur et d'harmonie, de force et d'éclat. L'hymne, qui termine sa prophétie, sur la puissauce et la bonté dé Dieu, est considéré comme un des plus beaux morceaux de la littérature hébraïque et place Habacuc au premier rang des poètes hébreux ' Des versets ou plutôt des fragments de versets, de sa prophétie sont cités dans les Actes xm, 41 et dans les épitres de saint Paul {Rom. i, 17; Galat. m, 11; Hébr. x, 38).

ftophonle.

Eîtaid, Der Propbet Zephanja Ubersetzt mît Anmerkungen, Erlangen, 1827, in-S", — i. Strauss^ Vaticinia Zeplianjse commentar. illustrât., Berlin, 1843, in-8*.

Contemporain de Jérémie, Sophonie censure comme lui les vices des grands et l'idolâtrie du peuple; il prédit la ruine de Jérusalem, mais annonce en même temps le châtiment des ennemis d'Israël et prophétise des temps meilleurs [ïour ceux qui se repentiront et s'adonneront à la justice. Son style généralement lâche et traînant, sans élévation poétique, ne manque pourtant ni de vivacité, ni de clarté. Le rhythme dégénère souvent en prose; mais la langue est encore pure, quoiqu'on sente la décadence de l'esprit prophétique dans les nombreux emprunts que Sophonie fait aux anciens prophètes ^. On ne sait rien de la vie de ce

* Eichhom, ouv. cité, t. IV, p. 140.

■ Comparez, par exemple, Sophonie i, 7, cf. Ésaie xiii, G; — Sophonie i, 13,

— Ii5 -^

prophète, qui vécut sous Josias, avant la réforme entreprise par ce prince, et à l'époque de l'invasion des Scythes; son livre est d'une authencité incontestée.

Aggée,

,Hessler, Vaticinia Haggaei versa et illustrata, Lund., IJ99, in-i*. ~ Scheibelf Observationes crilic» et exegeticae in Valicinia Haggaei, Vratislav., 1822, in-4*.

Un des plus actifs stimulateurs de la construction du second temple, que la négligence des Juifs et l'hostilité des Samaritains avaient fait abandonner jusqu a la deuxième année du règne de Darius, fils d'Hystaspe, Aggée est le premier prophète qui ait paru après le retour de l'exil. Ce fut à l'occasion d'une sécheresse prolongée qu'il commença à prophétiser pour réveiller le zèle du peuple, et dans l'espace de trois mois, il lui adressa quatre discours dans un style prosaïque et maniéré, qui prouve, aussi clairement que le soin avec lequel Aggée recommande les pratiques du culte, combien la poésie hébraïque et l'esprit prophétique étaient dégénérés. Dans le premier de ces discours [Aggée i), le prophète exhorte ses concitoyens à se mettre à l'œuvre, promettant qu'alors la sécheresse cessera. Dans le second [Aggée îîy 1-9:, il promet que le nouveau temple, quelque modeste qu'il soit, surpassera en jrloire celui de Salomon, parce qu'une foule de peuples étrangers y appointeront leurs

cf. Àttws V, 11; — Snphonic i, 14, 15, cf. JoH ii, 1, 2; — Sophonie ii, 8, cf. Ésaie XVI, 6; — Sophonie ii, 14, cf. ÉsaXe xiii, 21 ; xxxiv, 11, etc., etc.

oflFrandes, prophétie qui ne s'est jamais acccomplie. Le troisième {Aggée n, 10-19) contient des remercîments aux ouvriers jjue Dieu récompensera de leur zèle, et le quatrième {Aggée ii, 20-23), semble n'être qu'un éclaircissement complémentaire des versets 6-9. La Septante attribue en outre il Aggée trois psaumes, dont tout ce qu'on peut dire avec quelque certitude, c'est qu'ils datent de son siècle.

Sacharle.

Kosder, Meletemata critica et exegetica in Zachari» prctphet» capita ix~xiv, Gôtting, 1818, in-8*. — Forbergr, Commentarius criticusetexegeticusinZacharie Vaticiniorum partem posteriorem, Gob., 1824, in-4''. — Burger, Études exégétiques et critiques sur le prophète Zacharie, Strasbourg, 1841, in-4°.

Zacharie, fils de Barachie ' , — qu'il faut se garder de confondre, soit avec Zacharie, fils du grand-prêtre Jpïada, lapidé dans le parvis du temple sous le règne de Joas {Il Chroniques XXIV, 20 etsuiv.), soit avec un autre Zacharie, fils de Jerébecja ou de Barachie, qui fut le contemporain et l'ami d'Ésaïe {Ésaîe vin, 2) — vécut dans le même temps qu' Aggée et travailla, comme lui, à hâter la reconstruction du temple. Nous possédons sous son nom un li\Te de prophéties qui se divise en deux parties très-distinctes ; 1** Chap.-i-vra, vision symbolique se rapportant à la reconstruction de la ville de Jérusalem et de son temple. L'autlienticité de cette première partie ne saurait être révoquée

t Esdras v, 1 et vi, U, Tappellc fils dlddo.

en doute. On sent que le prophète était un jeune homme à rimagination ardente revenu depuis peu de Texil; ses idées et' son style, son orthographe même ', trahissent également une éducation étrangère. Ce n'est plus Dieu luimême qui se révèle; c'est Tesprit prophétique personnifié qui parle, ou bien un archange, au-dessous de qui figurent déjà d'autres anges d'un rang moins élevé. Le prophète connaît la doctrine des sept archanges, qu'il appelle, à la manière des Perses, lés sept yeux de Dieu, et pour la première fois nous voyons Satan apparaître comme l'accusateur des hommes devant l'Éternel {Zach, m, 1-2). Ces doctrines, inconnues aux Hébreux avant l'exil, lui sont familières, et il les expose dans une narration symbolique souvent obscure, surchargée de répétitions; dans un style sec et prosaïque, qui rappelle la grammaire chaldéenne dans le choix et l'arrangement des mots. Zacharie annonce de grandes catastrophes qui frapperont les nations ennemies de Juda et d'Israël; à la suite de révolutions terribles, les Juifs seront rassemblés et Jérusalem rebâtie avec magnificence; le grand sacrificateur Josué présidera au gouvernement de la nation, le temple sera achevé et la fête commémorative de. sa destruction deviendra une fête non plus de deuil, mais d'allégresse. — 2*" Chap. ix-xiv, recueil d'oracles qui, ni pour le fond ni pour la forme, ne peuvent appartenir à notre Zacharie, car non-seulement la langue est plus pure, plus énergique, plus poétique, et la narration moins symbolique; mais l'horizon politique est tout-àfait difierent. La maison de David existe {Zach. xii, 7, 12;

* Par ex. il écrit T^n comme daos les Chroniques; n^nrUîT avec une terminaison féminine {Zàch. iv, 12).

XIII, 4,7); ni le royaume de Juda, ni celui d'Israël n'a été détruit {Zach. ix, 13; x, 6; xi, 14); Tidolâtrie règne parmi le peuple, qui écoute toujours les faux prophètes {Zach. X, 2; xm, 2); F Assyrie et TÉgypte sont encore présentées comme menaçant Israël {Zach. ix, 1 et suiv.; x, H); Gaza est encore gouvernée par un roi [Zach. k, 5), toutes circonstances qui ne peuvent se rapporter au règne de Darius, fils d'Hystaspe. On ne peut donc regarder cette seconde partie que comme un recueil de prophéties faites soit par le Zacharie contemporain d'Ésaïe, soit plutôt par divers prophètes ayant vécu en des temps difiërents, ce que confirme le caractère fragmentaire et incohérent de ces oracles. Le premier se rapporte [Zach. ix et x) à la prise de Damas, de Sidon et de Tjr, avec allusion aux temps messianiques. Le chap. xi, auquel se rattache incontestablement le chap. xin, 6-9, qui a été transposé, contient une parabole pleine d'allusions aux troubles qui suivirent le meurtre du roi dlsraël, Zacharie, Tan 770 avant notre ère, ainsi que Ta prouvé Hitzig * . Les trois derniers enfin contiennent la prédiction d'un prophète inconnu, qui vécut après la mort de Josias {Zach. xii, 11), mais avant la prise de Jérusalem, dont il espère la délivrance par le Messie. Les Evangiles de Matthieu, de Marc et de Jean citent plusieurs fois le livre de Zacharie {Matt. xxi, 5 et Jean xii, 15, cf. Zach. IX, 9; Jean xix, 37, cf. Zach. xu, iO; Matt. xxvi, 31 et Marc, xiv, 27, cf. Zach. xiii, 7).

* Hitzig, Ueber die Abfassungszeit der Orakel Zachariœ ix-xiv, dans les Studien undKriUkeo. t830, cah. 1.

Malaehle.

Fischer, Observationes criticaBÎnMalachiam, Lips., 1759, in-4». — Faber, Cominentatio in Malachiam prophetam, Onold., 1779, in-4*.

Malachie, le dernier des prophètes, vécut probablement du temps de Néhémie. Ce qui confirme cette supposition, c'est qu'il ne fait aucune mention ni d'Esdras ni de Zorobabel; qu il parle du temple comme rebâti depuis longtemps; que les abus du sacerdoce se faisaient déjà sentir, lorsqu'il commença à exercer sa charge, et qu'il manifeste un grand zèle pour le culte déjà complètement organisé, ainsi que pour le paiement des dîmes et des offrandes [Malachie m, 7 et sùiv.j. Il combat d'ailleurs les mêmes vices que Néhémie, notamment les mariages mixtes [Mal. ii, 10) et il promet au peuple, qui n'était pas content de' son sort, la venue prochaine d'Élie, le précurseur du roi messianique. Quoique son style soit plus pur que celui de ses contemporains, parce qu'il prend pour modèles les anciens prophètes, on sent que Malachie écrivait dans une langue morte et que l'enthousiasme prophétique avait fait place à l'argumentation scolastique. Il pose une thèse générale dont la suite n'est que le développement logique, et sa manière d'écrire, plus didactique jq[ue poétique, se rapproche de la forme du dialogue. Ses prophéties sont citées quatre ou cinq fois, non-seulement dans les Synoptiques Mail, xvii, 11; Marc ix, 11, 13, cf.

Malachie iv, 8; — Lue, i, 17, cf. Malachie rv, 6), mais dans l'épître aux Romains (a, 13).

liiTres Apocryphes.

Heneke, Prodromus ad libres apocryphos Veteris Testamenti, Halle, 1711, in-8*. — WilsoTif The books of the Apocrypha with critical and historical observations, London, 1801, in-S". ^ Eichhom, Einleitung in die* apokrypbischen Schriften des A. T., Leipz., 1795, in-8».

Les Apocryphes de T Ancien Testament, aniaa, 'Aroxpoçot, sont des productions assez récentes de la littérature juive. Ecrits ou traduits en grec à des époques différentes, les uns ont été composés par des Juifs palestiniens, tandis que les autres ont pris naissance dans la colonie juive d'Alexandrie; mais dans les uns comme dans les autres se font remarquer les défauts, encore exagérés, des écrivains hébreux, sans qu'ils en présentent les beautés. La chronologie s'est plus exactement fixée, il est vrai; mais le récit s'est surchargé d'ornements de mauvais goût; la pensée y est lourde, les idées religieuses étroites, la morale vulgaire, la crédulité moins naïve, les symboles bizarres, les visions apocalyptiques, et le style, malgré son enflure;^ reste pâle et froid même dans les morceaux imités des anciens.

Dans nos bibles protestantes, ces livres sont au nombre de douze seulement.

Tobli.

llgen, Die Geschichte Tobits, lena, 1800, in-8*.

Ce livre raconte, comme celui de Job, rhistoired'un homme juste rudement éprouvé par l'adversité. C'est assurément aussi un ouvrage d'imagination, sous forme de légende brodée sur un fond historique, destiné à mettre en lumière ce philosophème : Le juste peut être éprouvé, mais il ne saurait être malheureux toujours; sa prière, s'il reste fidèle à Dieu et persiste dans les bonnes œuvres, finira par être entendue, et il parviendra au plus haut degré de la félicité. Les doctrines des bons et des mauvais anges y sont déjà fort développées; les premiers offrent à Dieu les prières des hommes et descendent sur la terre sous une forme apparente. Les seconds, dont l'un est même appelé par son nom d'Asmodée ', habitent les déserts, mais ils Visitent les demeures des hommes d'où on peut les chasser par certaines fumigations, et ils succombent toujours dans leurs luttes contre les anges. L'auteur proclame la prière, l'aumône, le jeûne et les bonnes œuvres comme les vertus cardinales; cependant on rencontre dans son livre des maximes très-pures

* G*est le dew Aschmogh du ZendavesU (Fendtdod, trad. par Kleuker, p. 353, 383). L'édition du Zendavesta que nous avons entre les mains, est divisée en trois parties : I, contenant Tlzeschné et le Vispered, 2* édit., Riga, 1786; H, le Jeschts Sades, le Si-ruze et le Vendidad, Riga, 1777; Hl, le Bun^Dehesch, Riga, 1777, in-4'', tans parler de plusieurs dissertations.

de momie, par ex. iv, 6, 16, 17, et il y règne un sentiment profoiifl d'ainour filial et de tendresse paternelle. Le théâtre du dmme'cst T Assyrie et la Médie, lieux d'exil des dix tribus, et sa date tombe sous les derniers Assyriens. On ne sait ricïî d'ailleurs ni de Tccrivain ni du temps où il écrivit ; le style et Tesprit général du livre prouvent seulement que eY\st Tœuvre d'un Juif palestinien.

Ifc^r/aucon, La vérité. de l'Histoire de Judith, Paris, 1790, in- 12.

Judith nous est présentée dans ce livre comme une héroïne ]\x\\'t qui, par des moyens assurément peu édifiants, réussit à délivrer la ville de Béthulie assiégée par Holopherne, général de Nabuchodonosor. Relevons d'abord les erreurs hi^storiques et géographiques qui abondent dans ce récit. Il n\ rft parlé nulle part ailleurs, ni dans l'histoire sainte, ni dans l'histoire profane, d'une ville nommée Béthulie ; mais seulement de la forteresse Bethar, où, pendant trois ou quatre ans, les Juifs se défendirent avec une bravoure inouïe contre les Romains, sous le règne de l'empereui- Adrien. Nabuchodonosor règne à Ninive; or son père Nabopukssar avait détruit cette capitale de TAssyrie depuis plusieurs armées, 625 ans avant notre ère. Les Juifs sont gouvernés \mx des grands-prêtres, fait qui ne peut remonter au-delà de la période persane et qui contredit par con-

séquent les autres circonstances du récit. Enfin, il règne dans tout le livre une haine féroce de l'étranger, contre qui tout est permis, la fraude, le mensonge, l'assassinat, haine qui, on doit le dire à Thonneur de la nation juive, n'arriva à ce degré d'intensité que pendant ses luttes contre les Rom^s. Tout porte donc à croire que l'auteur de cette* légende vivait, au plus tôt, au commencement du second siècle de notre ère, et que son but était d'animer le courage de ses compatriotes, en leur montrant comment Dieu peut secourir contre toute espérance, ceux qui se confient en lui, pourvu qu'ils soient purs. Ce livre est cité pour la prenîière fois par Clément de Rome ', et il n'a été reçu dans le canon des Apocryphes qu'au concile de Nicée. Il a vraisemblablement été écrit en araméen par un juif d'origine palestinienne ; mais il ne nous en reste qu'une mauvaise traduction grecque, qui, comparée à la Vulgate, présente de très-nombreuses difiërences.

li» Saplemce.

NaehtigaU, Das Buch der Weisheit als GegenstUek des Kaheleth, Halle, 1799, in-S*. — Bauermeister, GommenUrius in Sapiendam Salomonis, Gôtting., 1828. — Grimnif Commentar tiber das Buch der Weisheit, Leipzig, 1837, in-8''.

La Sapience, dite de Salomon, 2o^(a ïoXofAwvTo;, n'est certainement pas Tœuvre du successeur de David; c'est celle d'un juif alexandrin, versé dans la langue grecque

* Clément de Rome, Epislola ad Corinthiop, c. 55.

et dans la connaissance des systèmes de philosophie qui régnaient de son temps. On y reconnaît Tinfluence évidente de la théosophie, mélange de la sagesse juive et de la philosopliie platonicienne, qui était cultivée avec prédilection dans la colonie juive d'Alexandrie. Les idées qui y sont exposées sur Dieu sont plus nobles, plus nettes et plus spiritualistes que dans aucun autre livre de FAncien Testament. Comme être moi*al et image de la divinité, le sage attend l'immortalité et la félicité céleste. Les hommes ne sont déjà plus divisés en Juifs et en Gentils, mais en bons et en méchants. Ce livre, bien que formant un tout par son contenu et la marche des idées, peut se diviser en quatre parties : 1** Chap. i-vi, exhortation aux princes de rechercher la sagesse, source de tout ce qui est vrai, bon et grand, de se rendre dignes de la recevoir par la piu'eté de leurs mœurs et leur piété; de combattre leurs mauvais penchants, le but de la vie terrestre n'étant pas de bien vivre, mais de mériter la vie éternelle par sa sagesse, sa justice, son innocence, par la fermeté de son caractère, son courage à combattre la chair et sa chasteté. Le sage d'ailleurs obtient déjà sur cette terre une grande récompense, et le méchant sa punition. — 2** Chap. vi-xc, 6 ; l'auteur cite à l'appui de ses maximes plusieurs exemples tirés, de l'histoire juive depuis Adam jusqu'à Moïse et propres à démontrer que la sagesse est la source de tout ce qui est bon, qu'elle a conduit les saints et le peuple de Dieu, et que les hommes vertueux sont récompensés dès cette vie. — 3** Chap. xi, 17-xix; autres exemples tendant à prouver que Dieu a châtié l'idolâtrie, notamment des Égyptiens, et des Cananéens, tandis qu il en a préservé son peuple choisi. Telles sont en peu de mots les idées mo-

raies de Fauteur '. Quant à ses idées religieuses, elles peuvent se résumer ainsi j L'homme créé à l'image de Dieu et destiné à la félicité céleste, déchut de son état d'innocence en se laissant séduire par le diable, qui a introduit la mort et le péché dans le monde. Cependant le chemin de la vie éternelle n'est fermé à personne, pourvu que Ton se rende digne de recevoir la sagesse céleste. Après la mort, le méchant est puni et l'homme pieux jouit d'un bonheur inexprimable. Il est à noter que dans son récit de la création, la Sapience s'éloigne de la Genèse et qu'elle * admet un chaos. Par contre, sa peinture de la sagesse oflfre une grande ressemblance avec la notion chrétienne du Logos. Ajoutons que le style, assez pur pour le temps, s'élève, par moments, jusqu'à l'éloquence et que des allusions nombreuses aux usages des païens témoignent du savoir de l'auteur.

Ei'Bceléfllafltlque.

Zange, Die Denkspriiche Jésus, des Sohns Sirach, Arnst., 1797, in-8*. — Bretschneider, Liber Jesu Siracidas, Ratisbon., 1806, in-8".

L'auteur de l'Ecclésiastique, Jésus, fils de Sirac, ou le Siracide, comme il s'appelle lui-même [Ecclésiastique l, 28), n'est connu par aucune particularité de sa vie. On voit seulement par son ouvrage qu'il était versé dans l'histoire

< Winxir, De philosopbiâ morali in libro Sapienti», quae vocatur Salomonis, expositio, Viteb., 1811, in-4*.

de son peuple, qu'il avait lu les ouvrages attribués à Salomon, et qu'il possédait des connaissances assez étendues en histoire naturelle. Très- vraisemblablement, — car les données sont difficiles à concilier, — il vécut à Jérusalem sous le pontificat de Simon H, l'adversaire de Ptolémée Philopator, c'est-à-dire l'an 237 avant J.-Ch., dans le temps où les Samaritains bâtirent un temple sur le mont Garizim. Son livre fut écrit en araméen, vers l'an 180 de notre ère; mais, une cinquantaine d'années après, il fut traduit enr • grec en Egypte sous Ptolémée Évergète (Physcon), par un de ses descendants qui portait le môme nom que lui, et la traduction a fait oublier l'original si bien qu'on n'en connaît plus que quelques fragments conservés dans le Talmud '.

L'Ecclésiastique offre beaucoup de ressemblances avec les Proverbes ; c'est aussi un recueil de sentences morales basées sur la doctrine de la rémunération; mais la réflexion est plus ferme, certaines parties sont mieux développées, et quoiqu'on n'y remarque pas de plan proprement dit, il y a plus d'unité et plus d'ensemble. On reconnaît le fruit des méditations d'un ancien sage qui a beaucoup réfléchi sur la destinée humaine et a su profiter des observations de ses devanciers. La sagesse, qu'il personnifie, nous est peinte par lui comme étant d'origine divine et la mère de toutes les vertus. Malgré un particularisme a^ez étroit, les idées religieuses sont généralement élevées, et la prière est placée bien au-dessus des sacrifices. Quant aux idées messianiques émises dans ce livre, elles se réduisent à une allusion au futur retour d'Elie; encore le

* DukêSy Rabbinische Blumenlesc, p. ^4, 67.

— loi

chap. XLViii, où il en est parlé, passe-t-îl à bon droit pour suspect, parce que les idées qui y sont exposées sur la vie future offrent un contraste marqué avec le reste du livre.

AddltloHfl a« livre d'BsUier.

Quoique écrit avant Jésus-Christ, vraisemblablement par un juif alexandrin, et classé par la Vulgate parmi les livres canoniques, cet opuscule ne mérite pas de nous arrêter un seul instant. Ce qui prouve qu'il est apocryphe, c'est, outre les contradictions qu'on y remarque avec le livre d'Esther, par ex. chap. i, 17; cf. Esther m, 3; — chap. 1, 18; cf. Esther m, 5 ; — chap. ii, 6 ; cf. Esther m, 13, une enflure de style tout à fait dans le goût des juifs d'Alexandrie, la métamorphose de l'agagite Aman en un Macédonien et l'anachronisme étrange qui fait vivre Mardochée, emmené captif avec Jéchonias, l'an 599 avant Jésus-Christ, sous le roi de Perse Artaxerxès, l'an 464 de notre ère, d'où il suit que sa cousine Esther était une beauté un peu mûre pour plaire au grand roi.

Barnc.

Grûnt^bergf Exercilationes de libro Baruchi apocrypho, Gotting., 1796, in-S".

Le livre de Baruc se compose de deux parties réunies [rar k* liasard : 1"* Chap. i-v, lettre prétendue de ce disciple Je Jerémie aux Juifs de la Palestine, pour les exhorter à lu repentaiice et à la fidélité envers leur Dieu, eu l( ui^ préî^eiitant Fexil comme le châtiment de leurs péchés. Les anachronismes y abondent; L'auteur écrit sous le règne <:le Nabuchodonosor et parle des vases sacrés rejnntért h Jérusalem, ce qui n'eut lieu que sous Cyrus [Esfiras i, 7) ; il fait mention d'un grand prêtre Joakim dont on ne trouve le nom nulle part ailleurs; il donne poiu» fils ît Nabuchodonosor le roi Balthasar, qui n'était que son petit -fils et qui n'était pas né au moment où la lettre est censée écrite ^ enfin cette lettre doit être lue l daii?? le temple, en présence de Jéchonias; or le temple

! n'existait plus; et Jéchonias était prisonnier à Babylone

t{lf lioïa XX Y, 27\ Il était difficile d'accumuler plus d'er- ^ reurs eu moins de mots. — 2° Chap. vi, lettre prétendue de

» Jéréiijîe, qui n'est qu'une satire contre le culte des idoles,

imitée de Jérémie x, 1-16 pour le fond et de Jérémie xxrx^ 1 -23 pour la forme. Ces deux rapsodies sont écrites en tiiie mauvaise prose grecque, qui trahit le siècle des Mâccabées.

lie cantique des trois enfants.

Production d'un âge où la décadence était complète, où le sentiment du beau était mort et Finspiration éteinte, ce chant se compose de versets de psaumes soudés à la suite les uns des autres et pouvant, dans leur généralité, s'appliquer à toute espèce de situations. D est évident pourtant qu'il se rattache directement au texte chaldéen de Daniel (m, 23-24), et qu'il y comble une lacune; car rien dans ce texte ne nous apprend d'où provenait l'étonnement de Nabuchodonosor.

Histoire de i(nsanne.

Cette légende, qui nous ofire dans la personne de Susanne un modçle de chasteté et de fidélité conjugale, a été composée évidemment pour célébrer la sagesse de Daniel et rentre par conséquent dans le cycle des légendes danié- Kques, toutes d'une date assez récente.

Histoire de Bel et do Draipon.

Autre vouip inventé pour célébrer la gloire de Daniel. Nou8 ne nous arrêterons pas aux invraisemblances dont il iibuiide, mais nous reIèvi*rons une singulière méprise de Tauteur tpii transporte le culte égyptien du serpent à Babylune suu^ le rtgiie de Cyrus.

Prière de Manassé.

Cette priiTe nV^t aussi qu'une compilation de passages tirés des psiiumes; c\'st pom* cela sans doute qu'on Ta admij^e (ians L'S Bibles protestantes, quoiqu'elle n'ait pas été re(;ue dans la Vulgate. On ne la trouve mentionnée que chez les Pères de T Eglise dans le m* ou le iv* siècle.

k.* I«ra llvrcH des Maccabées.

MicfifiHis, Brutâdic Ut'^berï^Lazunp des crsten Buchs der Maccabâer mit Anmerkungû(i, GiHting:., I77S, in-iv — l/ns^e^ Das andere Buch der Maccabâer neu ttber- ««l7.t mil Anmerkmi^r^n iiniJ Unteri^urhungen, lena, 1786, iii-S". — Beriheau, De seeundo libro JUaccaba^amin. (^tiHlint'^» 1836, in-8".

Les* livrpsdes Marniliées racontent Thistoire du soulèvement des Juifs contri! Aîitîucluis Epiphane, leurs victoires

sous la conduite des fils du prêtre Matthathias, Judas, surnommé le Marteau njja , Jonathan et Simon qui eut la gloire d'afiranchir sa patrie et qui mourut Tan 135 avant J.-Ch. Le premier livre, le plus important, embrasse une période de 40 ans, de 175 à 135 avant Tère chrétienne. Ce n'est point une narration complète des événements qui ont signalé cette lutte héroïque ; on y remarque même d'assez nombreuses erreurs, surtout dans les faits relatifs aux peuples étrangers, une absence presque complète de critique et beaucoup d'exagération dans les récits; cependant l'historien est sincère et véridique, et la chronologie, d'après l'ère des Séleucides, est généralement exacte *. Ce qui distingue pourtant le plus avantageusement son travail de toutes les autres productions historiques de son temps, c'est qu'on n'y trouve pas de miracle. Ecrit d'abord en hébreu, comme le prouve le style, mais traduit de bonne heure en grec, le premier livre des Maccabées est l'œuvre d'un juif palestinien qui vécut, après la mort de Jean Hyrcan, successeur de Simon, vers Tan 100 av. J.-Ch., et qui puisa ses renseignements dans d'autres documents écrits (/ Macc. XVI, 24), mais surtout dans la tradition, ainsi que le montre la partialité de sa narration. On sait que la tendance de la tradition n'est pas tant historique, que patriotique. Or le patriotisme veut être flatté, même auSc dépens de la vérité. Si le premier livre des Maccabées se tient fermement sur le terrain historique, le même éloge ne peut s'adresser au second qui est rempli de fables merveilleuses {II Macc. m, 25; v, 2; xi, 8), d'anaclironismes et

* Vère des Séleucides commence à la prise de Babylone par SéleacQS, dans Tautomne de Tannée 312 avant Jésûs-Christ. Le second livre des Maccabées la fait commencer seulement en 311, selon Tusage dominant en Sjfrie.

d'autres erreurs {II Macc. i, 13-14; rx, 4-28, cf. IMacc. vi, 4-6; — U Macc. i, 10; cf. / Macc. ix, 3-18; — II Macc. ix, 19-27). La conscience historique fait complètement défaut à l'écrivain. Cependant cet ouvrage, sans valeur au point de vue de l'histoire, est importaat pour la théologie juive, à cause de la doctrine de la résurrection, La langue ampoulée et pleine d'affectation trahit son origine alexandi*ine. Il se divise en deux parties; l"" Chap. i-ii, 18, deux lettres prétendues des Juifs de la Palestine à leurs coreligionnaires en Egypte pour les inviter à assister à la dédicace du temple; l'inexactitude des dates en prouve la fausseté, sans parler de l'invraisemblance des récits. — 3* Chap. II, 18-xv, histoire légendaire, depuis le pillage du temple sous Séleucus Philopator, l'an 176 av. J.-Ch., et racontant l'insurrection des Juifs sous les princes Asmoiiéens, (175-161 av. J.-Ch.) d'après une histoire des Maccabées écrite par un Jason de Cyrène (// Macc. ii, 20), perstjnnage aussi inconnu que son livre. L'abréviateur paraît avoir écrit en grec.

C'est aussi en grec et probablement par un juif d'Alexandrie qu'a été composé un troisième livre des Maccabées, qui a été inséré dans la Septante, mais rejeté de la Vulgate et des Bibles protestantes. Cette légende, dans le goût des livres à'Esther et de Judith, n'ayant aucun fondement historique certain, puisque Josèphe ne fait aucune mention des événements qu'elle raconte, n'a aucune importance pour la théologie biblique; mais elle fournit un témoignage de l'orgueil extravagant des Juifs et de leur goût pour les fables pieuses ^dans le second siècle avant Jésus-Christ.

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IVovTeaii Testamemi.

Jf ichoêiû, Einleitung in die gôttlichen Schriften des Neuen Bundes, 4* édit., 1788, ? vol. in-4«; trad en anglais avec notes et supplément, Cambridge, 1792«1801, 4 vol. in-8'. ~ Eichhom, Einleitung in das Neoe Testament» Leipzig, 1804-1827, 6 vol. in-8*. — Berthold, Historisch-kritische Einleitung in sâmmtlicbe kanoniscbe und apokrypbische Schriften des Alten und Neuen Testaments, Erlangen, 181^-1819, 6 vol. in-8\ ^Mug, Einleitung in die Schriften des Neuen Testaments. 3* édit., Tûbing., 1826, 2 vol. in-8'. — Schott, Isagoge historico-critict in libros Novi Fœderis sacros, lena, 1830, in-8«. — Credner^ Einleitung ins • Neue Testament, Halle, 183C. in-8°. — Guericke, Einleitung in das Neue Testament, Leipzig, 18)2, in-8*. — Retus, Gescbicbte der heili^en Schriften des Neuen Testaments, Halle, I8V7, in-8*. — De Wette, Lehrbuch der historisch-kritischen Einleitung in die kanonischen Bûcher des Neuen Testaments, 5* édit., Beriin, 1848, il^8*>. — migenfeld, Kanon und Kritik des Neuen Testaments, 1863, in-8*.

L'hébreu qui,| dès le vi* siècle avant notre ère, avait commencé à s'altérer, avait, depuis Fexil, fait place assez rapidement à Taraméen dans les relations de la vie ordinaire et, sans avoir entièrement disparu, était devenu la langue rituelle ou savante. Au temps où Jésus naquit, le peuple juif ne parlait plus, même en Palestine, que le dialecte syro-chaldéen, excepté dans quelques villes, comme Césarée et Scythopolis, où la langue grecque était en usage depuis les conquêtes d'Alexandre, et sans doute à Jérusalem, où il y avait des synagogues pour les Juifs hellénisants. Le grec avait été adopté, en effet, comme langue maternelle par les colonies juives répandues dans FÉgypte, la Cyrénaïque, la Syrie, l'Asie mineure^ la Grèce, en un mot, dans tout l'Empire romain^^ où les sectateurs dir

mosaïsme jouissaient de la liberté du culte * et d'autres privilèges. Il s'était ainsi formé avec le temps un dialecte particulier, le dialecte hellénistique, qui servit déjà à la traduction de la Septante, et qui se répandit de plus en plus, non-seulement dans la classe lettrée, mais parmi le peuple ^. Dès que le christianisme francliit les limites de la Judée, il se vit forcé d'employer ce dialecte, devenu le dialecte vulgaire dans les colonies juives, et il n'y a pas lieu de s'étonner, si, à l'exception d'un seul, tous les livres du Nouveau Testament ont été écrits en grec.

Mais le grec du Nouveau Testament n'est pas le grec attique, ni même le grec macédonien ; il en diflere et par la grammaire et par la phraséologie. Juifs de naissance et d'éducation, habitués à lire la version des Septante pour y chercher la confirmation de leurs espérances messianiques, s'adressant généralement aux classes les moins cultivées, forcés de créer des mots nouveaux ', d'inventer des tournures nouvelles, ou pour le moins d'employer des termes usuels dans une acception très-différente ^ pour exprimer des idées étrangères à ceux qu'ils instruisaient, on comprend que les premiers propagateurs du christianisme ne pouvaient pas parler la langue grecque dans sa pureté. Dans leurs écrits comme dans leurs prédications, ils firent donc usage du dialecte hellénistique, mais en le modifiant encore par l'introduc-

* Levyssohn, De Judsorum sub Cœsaribus condilione et de legibus eos specUniibu8^ Lugd. Bat., 1828, in-8*.

î* Droysen, Geschichte des Hellenismus, Hamb., 1836, 2 vol. in-8» ' • Par exemple, avriXuxpov, ixfjLuxTYipCl^eiv, 6(>ôp(Çeiv, piTcrifffJia, etc.

* Par ex., SixaioauvY), eîpi^vT], xp{atç, aàp^, ^X^' irpoo^ncov Xot(JiSaystVy ÇïjTiiv ^'/jfi^i '^pi'f^jÇ T^^ (îSixiaç, etc.

tion de nouveaux hébraïsmes et d'un cei*tain nombre de mots et de locutions empruntés au latin *, eh sorte que la langue du Nouveau Testament, amalgame peu harmonieux d'araméen , de grec et de latin *, est un idiome qui ne '"peut guère se comparer qu'au latin du moyen âge.

Les originaux des livres admis dans le canon du Nouveau Testament n'existent plus depuis des siècles. Écrits vraisemblablement sur papyrus, le parchemin étant trop cher, et détériorés par un fréquent usage, ils n'ont pas dû se conserver longtemps *. Il ne nous en reste que des copies, les unes sur parchemin, — ce sont les plus anciennes, — les autres sur papier de coton, ne remontant guère au-delà du X* siècle *. Les plus anciennes sont écrites en lettres oncîales, assez semblables aux majuscules des inscriptions lapidaires et métalliques; ce fut seulement vers le i* siècle que les copistes commencèrent à faire usage de l'écriture cursive. Ordinairement les mots se suivent sans séparation, sans accent, sans iBsprit, sans iota souscrit, sans signe diacritique quelconque. De là les grandes difficultés que les plus anciens manuscrits offrent à la lecture courante, et les différentes manières dont les mots et les phrases peuvent se couper; de là augsi. une bonne partie des 50,000 variantes qui ont été relevées dans le texte du Nouveau Testament ; les autres proviennent soit d'erreurs involontaires commises

• Comme xoSpavnrj;, oirexouXatcop, Sirivapiov, Xe^ccov, irpaiTcopiov, x£v- Tupiwv, xoXcovCs, xou9T(i>$(a, x^vaoç, xh Ixav^v itovr^^oit, aufjiêouXiov Xaêeîv, ïyt tu TcapijTTifJievov, i^dx(ù^ 'x'*^» *^^'

' Winer, Grammatik des neutestamentlichen Sprachidioms, 5* édit., Leips., 1845, in-8*.

. > Jérôme, Epistola CXLI : Ex illo codicum génère, cui papyrus inserviit, nulli supereant.

* Montfaucon, Palaeographia grxca, Paris, 1708, inrfol., p. 15.

pîir les copistes ignorants ou inattentifs, soit de falsifications préméditées dans l'intérêt d'un système. Ce fiit au Y* siècle seulement, Tan 462, qu'Euthalius, diacre de rÉgUse d'Alexandrie, introduisit la coutume de couper le texte en stiques, axCyoi, dont chacun contenait les mots qui de\ aient se lire ensemble ^ Une foule de manuscrits, dont quelques-uns sont arrivés jusqu'à nous, furent divisés d'après cette méthode, appelée stichométrie; mais plus tar^l, afin d'épargner la place, on cessa de recommencer la lîgoe à chaque pause et on se contenta d'un point. Longtemps encore les signes de la ponctuation restèrent tout à fait arbitraires; ce ne fut qu'au xvi* siècle, qu'on en fixa le nombre et la forme, c'est-à-dire quand, depuis cinq siècles déjii, les accents, les esprits et le iota souscrit étaient d'iiji usage général. La division en chapitres est une'inventîon du cardinal Hugues de Saint-Cher (f 1262), et celle en versets ne remonte qu'à Robert Estienne, qui se contenta d'abord d'indiquer les passages en marge dans son édition du Nouveau Testament, de 188j ; ce fut Bèze qui les intercala dans le texte en 1565 *. Mais si la division en chapitres, telle qu'elle est reçue aujourd'hui, est d'une date assez récente, de très-bonne heure au moins, le Nouveau

^ 11 coupait ainsi, par exemple, / Timothie ni, 14-15 :

ilnil^tay AOelv Ttpoï ae Tot/iov £^v èl Ppa$'jvo3

Tuûif $st ev otxcj) Beou dvaatp^^eaOart ^tiç icTiv lxy)r)ff(a Beou Çwvtoç, etc., etc.

3 Sinner, De distiaclionibus Novi Testaroeati in capitula, versus, etc., Lips., IC9^, in 4*.

Testament fiit partagé en anagnosmes ou péricopes, sans doute à rimitation de FAncien. Euthalius déjà divisa, dans son édition stichométrîque, l'Apôtre en 53 péricopes dominicales et 4 péricopes festales *, et TEvangile en 57 péricopes selon le nombre des dimanches et des fêtes; mais les péricopes se raccourcirent à mesure que le rituel se compliqua; celles qui sont aussi en usage dans TÉglise latine remontent, dit-on, à Alcuin ^. Quant aux titres ou inscriptions des diflférents livres de la Bible, ils ne sont, pas plus que les suscriptions, des auteurs eux-mêmes. Us ont été ajoutés à une époque plus ou moins reculée, d'après de simples conjectures fondées principalement sur la tradition.

Fixés à 27 par l'autorité des conciles '*, les livres du Nouveau Testament se divisent en livres historiques, com* prenant les quatre Évangiles, selon Mathieu, Marc, Luc et Jean, avec les Actes des Apôtres; en livres didactiques, catégorie dans laquelle se rangent les quatorze épîtres attribuées à Paul, celle de Jacques, les deux de Pierre, les trois de Jean et celle de Jude; en livres prophétiques, nom qui ne s'applique qu'à l'Apocalypse. On n'y trouve pas de livres poétiques analogues aux Psaumes.

* Savoir : Actes, 16; — Romains y 5; — 2 Corinthiens, b; — II Corinth,, 4; — Calâtes, 2; — Ephésiens, 2; — Philippiens, 2; — Colossiens, 2; — / Thessa» loniciens, \; — II Thess., 1; — i Timothée, 1 ; — ii Ttm., 1; — Tite 1; — PhiUmon, l; — Uébreiix, 3; — / Pierre, 1; — Il Pierre, 1 ; — i Jean, 2; — Jacques, 2; — IlJean, \; — IH Jean, l; — Jude, t. L'Apocalypse ne se lisait pas dans les églises.

2 Schmid, De lectionariis occidentalis et orientais Ecclesi», Helmstadt, 1703. in-4».

' Haag, Histoire des dogaies chrétieis, Paris, tS62, in-S^", 1. 1, § 8.

Kuinol, Gommentarius în libres historicos Novi Testament!, Lipsix, 1807-1818, 4 vol. iD-8*. — Gieseîer, Historisch-kritischer Versuch ûber die Entstehung und die frûbesten Schicksale der schriftlicben Evaiigelien, Leipzig, 1818, in-8". — ReUig,De quatuor Evangelionim caDonicorum origine, Giessen. 1824, in-8'*. — Wilke, Der Urevangellst, oder exegetiscb-kritiscbe Uutersuchungen Uber das Verwandtscbaftsverhâltniss der drei ersten Evangelien, Dresden, 1838, in-8*.— HoUxrrumn, Die synoptischen Evangelien, ihr Ursprung und gescbicbtlicber Charakter. — Baur, Kritische Untcrsucbungen ûber die kanonischen Evaogeliln, Tiibing., 1847, in-S*". — Guericke^ Gesammtgeschicbte des Neuen Testaments, Leipz., 1854, in^**. — Kôstliny Der Ursprung und die Komposition der synoptischen Evangelien, Stuttgard, 1855, in*8''.

Les Évangiles — si Ton applique le mot d'eùaYré^iov à la vie de Jésus plutôt qu'à sa doctrine — étaient en grand nombre dans les premiers siècles de TÉglise * ; mais la plupart ont disparu sans laisser d'autre trace qu'une mention plus ou moins vague dans les écrits des Pères; quelques-uns seulement, après avoir joui d'une autorité considérable, comme l'attestent les témoignages contemporains et les manuscrits assez nombreux qui s'en conservent dans les bibliothèques^ sont arrivés jusqu'à nous, indépendamment des quatre que l'Église a placés dans le canon '. Un des plus célèbres de ces évangiles apocryphes, qui tous sont

• Fdbriciusy Codex apocryphus Novi Testamenti, Hamburg., 1719-1743, 2 vol. in-8% t. I, p. 335 et suiv. — T/itk), Codex apocryphus N. T., 1. 1, Leipz., 1832, in-S*", trad. en français et annoté par G. Brunet, Paris, 1848, in-12.

> SchûtXt Dissertatio critica de evangeliîs, quae ante canoiiica in usu Eccksis chrisliana fuisse dicuntur, Regiomont., 1812, in-4*. -- Borherg^ Die apocryphischen Evangelien und Apostelgeschichten, Stuttgard, 1841, jn-S**. — M. NicolaSy Etudes sur les Évangiles apocryphes, Paris, 1866.

remplis de légendes bizarres, souvent absurdes, sur la famille de Jésus, sur sa naissance et sur éa vie, est le Protévangile de Jacques, frère du Seigneur, où est racontée la vie de Marie jusqu'à la naissance de son fils et qui est Tœuvre d'un écrivain de la fin du ii' siècle. A côté se place rÉvangile de Thomas, presque aussi ancien et aussi* célèbre, dont divers fragments ont été récemment publiés '. H raconte, comme FÉvangile de Tenfance, qui est encore aujourd'hui répandu chez les Nestoriens, les faits et gestes de Jésus jusqu'à Tâge de douze ans. C'est, ail contraire, des parents de Jésus qu'il est surtout question dans l'Histoire de Joseph le charpentier et dans l'Évangile de la nativité de Marie. L'Évangile du pseudo-Matthieu est une histoire légendaire de la naissance de Marie et de l'enfance du Sauveur. Enfin, dans TÉvangile de Nicodème, qui ne remonte pas au-delà du v* siècle, sont racontés le jugement de Jésus, sa mort et sa descente iaux enfers. Ces évangiles, produit d'un enthousiasme religieux éveillé par la personnalité du Christ, fortifié et nourri par la foi à sa résurrection et l'attente de sa prochaine parousie, portent tous le cachet d'une piété, crédule sans doute, mais pleine de naïveté et de bonne foi, et durant des siècles, ils ont été la source principale où l'art chrétien a puisé ses inspirations, quoiqu'ils n'aient point été adoptés par l'Église, qui, comme nous venons de le dire, a réduit à quatre le nombre dès évangiles canoniques, en se fondant sur des raisons cabalistiques sans aucune valeur aux yeux de l'historien. Quel est l'homme sérieux aujourd'hui qui entendrait, sans sourire, même un Père de

• Twcfcendor/; Evangelia apocrypha, LipsiaB, 1853, in-8».

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rÉglise, affirmer qu'il ne peut y avoir plus de quatre évangiles parce qu'il n'y a que quatre points cardinaux et quatre vents, quatre fleuves dans le Paradis et quatre chérubins qui portent le trône de Dieu? *

Au reste, même entre les quatre Évangiles reçus comme canoniques, on remarque, à côté de frappantes analogies qui s'étendent quelquefois jusqu'aux mots, des diflférences très-notables. Le quatrième surtout difière des trois autres, que l'on a appelés synoptiques à cause de leurs nombreuses ressemblances, et qui étaient déjà assez répandus dans les églises vers l'an 120, ainsi que Ta démontré Gieseler*; c'est au point que, si on le lisait seul, on se ferait une tout autre idée du Christ et de sa doctrine qu'après la lecture des trois autres. Dans les synoptiques, Jésus se tient sur le terrain de la morale, et comme il s'adresse à la multitude, il aime à revêtir ses leçons d'une forme gnomique ou parabolique plus propre que la forme dialectique à faire pénétrer ses enseignements dans l'intelligence de ses auditeurs ignorants; son enseignement est populaire. Dans Jean, au contraire, il se place au point de vue mystique et spéculatif, ses discours sont symboliques et allégoriques, rarement semés de courtes sentences morales^ partant, souvent obscurs et énigmatiques; Jésus se présente non pas comme le Messie attendu par ses compatriotes, mais comme le Sauveur du monde, et son enseignement offre quelque chose de mystérieux ' et de paradoxal qui fait un singulier contraste avec la clarté et la simplicité du sermon de la

< Irénée^ Advers. Haeres., 1. III, c. xi, 8 8. — Cyprien, Epistol. LXXIII.

2 Gieseler, ouv. cité, p. 179 et suiv.

' Celte obscurité mystérieuse tient surtout au caractère mystique du lÎTre. Le mysticisme est la religion du sentiment; or, le sentiment, toujours subjectif et personnel, ne se démontre pas plus qu'il ne se communique.

montagne par exemple. En un mot, les synoptiques nous donnent une histoire de Fiçostolat de Jésus, tandis que Fauteur du quatrième Évangile nous présente l'exposition bien coordonnée d'un système spéculatif sur la personne du Sauveur. Les synoptiques, simples compilateurs de modestes diégètes, se bornent à recueillir fidèlement les traditions apostoliques, à les lier, à les coordonner entre elles, et à les présenter chacun à son point de vue particulier, sans suivre toujours exactement Tordre chronologique • ; le quatrième Évangile ne se propose nullement de compléter les trois autres, comme on Ta prétendu; il ne songe ni à rectifier la tradition, ni à en combler les lacunes; le but qu'il a en vue, c'est de relever la dignité du Christ, organe du Logos étemel, et il veut y atteindre en (^posant la sagesse et la pénétration de Jésus, sa bonté inépuisable et sa puissance siu^humaine, à la bêtise des Juifs, à la méchanceté opiniâtre de ses ennemis et à l'impuissance de ses adversaires, tant que son heure n'est pas venue.

Autant l'Évangile selon saint Jean diffère des autres et pour le fond et pour la forme, autant les synoptiques ofirent entre eux de ressemblances. La plupart des événements de la vie de Jésus qu'ils racontent, sont relatés avec les mêmes circonstances, le plus souvent dans le même ordre et quelquefois dans les mêmes mots, comme on s'en convaincra aisément en consultant le tableau suivant.

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