‹ Théologie bibliqueChapitre 14 sur 37 · Épilogue (xii. H- 16) qui, au lieu de résumer sa doctrine, la · texte numérisé non relu

Épilogue (xii. H- 16) qui, au lieu de résumer sa doctrine, la

renverse. Selon FEcclésiaste, la piété elle-même n'est que

vanité; selon l'Épilogue, elle est le tout de l'homme. Selon

l'Ecclésiaste, rien ne survit des œuvres de l'homme après la

mort; selon l'Épilogue, Dieu jugera ses œuvres bonnes ou

mauvaises dans une autre vie ; il semble du moins qu'on

peut le conclure, surtout de xii, 16 *.

* ffânietn, Ueber die Spuren des Glaubens an Unsterblichkeit und Vergeltungszustand imKoheleth, dans le Neues Oieolog. Journal, Nureob., 1793-1801, 17 vol. in-8% t. IV, p. 277 et suiv.

— dOl —

I^e- Cantique deu Cantiques.

Bexel, Frcic Untcrsuchung der Absicht des Hohen Liedes Salomo, 1777, lena, in-8*. — Herder, Lieder der Liebe, Leipz., 1779, in-8*. — Kleuker, Sammlung der Gedichte Salomo's, sonst das HobeLied oder das Lied der Lieder genannt, Harom., 1780, in-8«. — Hufnagel, Salomo's Hohes Lied, geprilft, ûbersetzt, erlSuterl, Erlang., 1784, in-8". — - Ammoriy Salomo's Vcrschmahte Liebe oder die belohnte Treue, Leipz., 1790, in-8*>.' — Ewald, Das Hohelied Saloroo's ûbersetzt mit Anmerkuniren, Gôlt., 1826, in 8«. — Vôpke, Philologisch-kritischer Commentar zam hohen Liede Salomo's, Leipz., 1829, in-8'. — Hirxel, Das Lied der Lieder oder Sieg der Treue, Zurich, 1840, in-12. — Magnus^ Kritische Bearbeitung und Erklârung des hohen Lieds Sa)omo*s,. Halle, 1»42, in-S**.

Chercher dans le Cantique des Cantiques, comme Torthodoxie le fait encore aujourd'hui, le type de Tamour du Christ pour son Église, c'est assurément la moins naturelle de toutes les explications. Les commentateurs que n'aveuglent pas des préjugés dogmatiques, .ne veulent y voir, comme Castalion * , qu'un poème erotique ou plutôt une espèce de composition dramatique encore informe, qui se jouait aux fêtes nuptiales. Les uns * le coupent en quatre actes seulement (i, 1-n, 7; ii, 8-111, 8; m, 6-v, 2; v, 3-viii, 4) avec, un épilogue (vm, 8-14); mais M.Renan croit y distinguer cinq actes (i, 2-n, 7; 11, 8-m, 8; m, 6-v, 1; V, 2- VI, 3; VI, 4-vm, 7) et un épilogue (vm, 8-14). Dans le premier acte, les deux amants se cherchent; dans le second, ils se retrouvent; dans le troisième, ils s'épousent; dans

* Voir ce nom dans la France protestante.

> Eichhom, Eioleitung in das Alte TesUment, Gotl., 1824, t. V, p. 232

le quatrième, ils sont séparés de nouveau; et dans le cinquième, heureux de s'être rejoints, ils s'unissent par les nœuds d'une fidélité inviolable. L'acteur principal est une jeune Sulamite, qui, enfermée dans le harem royal, soupire après son amant et peint avec autant d'énergie et de vivacité que de vérité et de profondeur les sentiments de tendresse et de fidélité qui l'animent. A coté d'elle figurent le roi Salomon, qui joue un rôle presque ridicule, un chœur de femmes du harem et quelques autres pei'sonnages tout à fait accessoires. Le sujet, assez scabreux par lui-même, est traité avec une simplicité qui charme, avec une délicatesse pleine de dignité et avec la retenue morale propre au génie hébreu. Sauf quelques araméismes, comme td pour . ittJN; ni3i pour «Jiaa; 102 pour iw {Cant. i, K, 6), provenant peut-être de ce que ces chants s'étaient longtemps transmis par tradition avant d'être recueillis, la langue est assez pure et indique une œuvre des beaux temps de la littérature hébraïque, d'un temps où le génie poétique d'Israël était encore dans toute sa fraîcheur, et en efiet le Cantique des Cantiques a été composé avant que Omri bâtit Samarie, l'an 928 avant J.-Ch. (/ Rois xvi, 24), mais après le schisme des dix tribus, puisque Thirtsa est opposée à Jérusalem comme capitale du royaume d'Israël {Cant. VI, 4, cf. IRois xv, 33; xvi, 23), c'est-à-dire entre les années 986 et 928 avant notre ère. Salomon ne peut donc en être l'auteur.

UTres prophéiiqae» de l'Ancien TestameBt.

Eichhom, Hebraeischc Prophetcn. GôlUng, 1816-1819, 3 vol. în-8". — Umhreit, De Veteris Testamenti prophetis clarisomis antiqui temporis oratoribus, Heidelberg, 1833, lo-8*. — Knohei, Der Prophetisrous der Hebrâer vollstândig dargestellt, Breslan, 1837, î vol. iD-8". — Kôster, Die Prophelen des A. und N. Testaments nach ihrem Wesen und^Wirlien dargestellt, Leipz., 1838, in-8^ — Ewald, Die Propheten des alten Bundes erklërt, Stuttg., 1840-1841, 2 vol. în-8».

Le nom de prophète dérive du grec irpo^iinoc et désigne, comme rhébreu h^i: *, le sanscrit vadi, le latin vates, un homme inspiré, un interprète de la volonté divine, qui se révélait à lui, soit par des signes et apparitions, soit par des intuitions intemea. Chez les Hébreux, ces favoris de la divinité n'appartenaient pas à une caste, encore moins à une famille particulière. L'Esprit de Dieu, rvyn'^ nn , descendait sur qui il lui plaisait, même sur des femmes {:luges IV, 4-5, // Rois XXII, 14), et leur parlait de deux manières ou bien directement, c'est-à-dii-e que le prophète, sous rinfluence de cette hallucination que les médecins appellent psycho-sensorielle, s'imaginait entendre la voix de Dieu, nin>-iiT, qui lui parlait extérieurement; ou bien elle se faisait entendre à lui intérieurement par l'effet d'une hallucination nommée psychique. Dans l'un comme dans

* Le prophète s'appela d'abord chez les Hébreux HHI le Voyant. {Redslob, DerBegriffdes Nabi oder des sogenaantelk Propheten bei den Hebrâeru, Leipz., 1839, in-S-.)

Fautre cas, TEsprit de Dieu faisait de ceux qu'il visitait soit des poètes inspirés, soit des orateurs théocratiques. C'est à ces derniers que le nom de prophètes est appliqué plus spécialement.

Tous les peuples de l'antiquité ont eu leurs prophètes; mais chez aucun, le prophétisme ne s'est présenté sous une forme aussi pure et n'a joué im rôle aussi important que chez les Israélites, parce que nulle part il n'a été, comme chez eux, purifié par l'esprit du monothéisme. La plupart des prophètes hébreux * se montrent dans les écrits qui nous restent d'eux, comme des hommes sages et pieux, fort supérieurs à leurs grossiers contemporains par leur intelligence des intérêts véritables de la religion et leur vigoureuse opposition au débordement de la corruption des mœurs publiques; comme dçs zélateurs de la vérité et des défenseurs dumosaïsme qu'ils visaient à spiritualiser; comme des patriotes animés de convictions sincères, auxquelles Us sacrifiaient tout, jusqu'à leur vie, sans devenir jamais les serviles instruments du pouvoir; en im mot, comme les organes de la conscience religieuse et morale de la partie la plus saine de la nation. A la fois sentinelles vigilantes de la théocratie et tribuns intrépides, ces hommes de Dieu ou de l'esprit, comme on les appelait {Juges n, 27 ; ix, 6; / Rois xiu, 1 ; Osée ix, 7), tantôt se faisaient les instituteiu*s du peuple, à qui ils révélaient l'avenir au point de vue théocratique ou qu'ils menaçaient des châtiments divins; tantôt les conseillers et les censeurs des princes, à

< Il est clair que nous ne parlons pas ici des faux prophètes, qui flattaient les passions des grands et les vices de la multitude, et qui s'unissaient aux prêtres pour combattre les vrais prophètes (Voir Schrodcr, De Pseudoprophetis, Marb., 17?0, 2 \ol. in-4").

qui ils reprochaient avec autant de f5ranchise que de courage leur idolâtrie, leur dangereuse politique ou les vices de leur administration; tantôt les adversaires des grands et des prêtres, dont ils stigmatisaient la corruption, Tégoïsme, Tavarice et la fausse dévotion. Ces attaques incessantes contre lldolâtrie, pour laquelle les Israélites avaient un penchant si vif; contre le despotisme des rois; contre l'irréligion, Torgueil, le luxe, Tavidité et la tyrannie de la caste aristocratique, qui s'était formée autour du trône sur les ruines de Tégalité civile voulue par Moïse {Lévitique xxv) ; contre Thypocrisie et le formalisme des prêtres qui n'étaient que trop disposés dans leur propre intérêt à substituer le symbole à l'idée et à faire considérer le culte comme la partie essentielle de la religion, ces attaques, disons-nous, devaient soulever contre les prophètes des haines nombreuses et violentes; aussi furent-ils en mainte circonstance persécutés avec acharnement, même après qu'ils eurent renoncé à leurs prétentions de domination politique pour se renfermer sagement dans la sphère religieuse et morale. Cependant leurs discours ne contiennent pas seulement des censures ou des menaces; quelquefois, détournant ses regards d'un présent plein de tristesses et de périls, le prophète les portait sur l'avenir et son imagination enflammée par des préoccupations ardentes le jetait alors dans une espèce d'hallucination extatique, qui, sans lui enlever la conscience du moi, sans suspendre en lui la vie intellectuelle*, lui

* Hengstenherg, Christologie des Alten Testaments und ErlSuterungen der Messianischen Weissapungen, Berlin, 1828-1831, 3 vol. in-S**, t. I, p. 294, prétend le contraire, mais il n'apporte aucune preuve à Tappui de son opinion, si ce n'est peut-être / Samuel x\\, 24, qui ne nous semble pas convaincant. Saûl pouvait être en proie à un accès d'aliénation mentale. Selon les Annales médico-psychologiques, t. I, p. 116, 128, on voit encore aujourd'hui en Orient des gens pris d'un

fidsait enta^voir dans un lointain nébuleux et obscur la réalisation de ses espérances. Dans cet état, il décrivait ses intuitions ou ses visions, qu'il prenait poui* des révélations de Jéhovah, en traits généraux dans des tableaux historiques ou allégoriques, et ses prédictions pouvaient se réaliser d'autant plus sûrement qu'elles étaient plus vagues et circonscrites dans un avenir moins éloigné. D faut remarquer en effet que presque jamais les regards du prophète ne dépassent l'horizon politique que pouvait embrasser un homme doué de pénétration et de sagacité, au courant des événements contemporains et assez supérieur en lumières à la foule pour comprendre les lois de la causalité dans l'histoire et savoir tirer une conséquence d'un rapprochement hardi de circonstances. Pour les prophètes, les calamités qui menacent le peuple théocratique, s'il est infidèle à son Dieu, consistent toujours dans la dispersion de l^ nation et la captivité précédées par les ravages de la peste, des guerres cruelles et des défaites sanglantes, tandis que s'il se repent, s'il s'amende, s'il retourne à son Dieu, en, qui seul est le salut, il sera récompensé de sa conversion par ime prospérité sans exemple sous le gouverneme^t d'un descendant de David, qui ramènera les captifs dans leur patrie, les vengera de leurs ennemis, courbera toutes les nations sous son spectre et portera au faîte delà puissance le peuple cher à Dieu. Ce ne sont là, on le voit, que des idées générales et vagues ; encore sont-elles présentées dans un demi-jour mytérieux, dans cette obscurité énigmatique dont les sibylles aussi savaient envelopper leurs oracles.

accès pareil courir dans les mes, l'œil hagard, les cheveux en désordre, proférant des paroles étranges, et on les regarde comme des prophètes à qui on se hâ(e d'obéir.

• Rien de déterminé ni de précis dans les prophéties, pas même la date où elles devaient s accomplir; nn prophète, Jérémie \ s'est hasardé à donner une fois un nombre exact : il avait fixé à 70 ans la durée de la captivité babylonienne [Jérémie xxv. H; xxix, 40) et sa prédiction, s'est trouvée fausse, Texil des Juifs à Babylone n'ayant duré qu'une cinquantaine d'années, de 586 à 536 avant notre èr^*. De quelle utilité réelle, en efiet, aurait été pour la génération contemporaine ou pour les intérêts de la théocratie la prédiction d'événements fort éloignés? Aussi les prophéties messianiques elles-mêmes ne franchissent-elles pas les bornes de l'horizon politique des prophètes.

Dans Torigine, les prophètes hébreux n'avaient pas, à ce qu'il semble, de demeures fixes. Vêtu de peaux d'animaux ou couvert d'un manteau de poil {Il Rois i, 8; cf. Zacharie xm, 4), le nabi — nom que l'on trouve déjà donné à Abraham [Gen. XX, 7) — errait çà et là, menant une vie austère et se soumettant à des jeûnes prolongés, aussi propres que l'opium ou d'autres narcotiques, à le mettre dans une disposition hallucinatoire. De temps en temps, il sortait de sa retraite et faisait retentir de sa parole menaçante les places publiques et les marchés, plus tard les demeures mêmes des rois et les portiques du temple; ne reculant devant aucim danger, mais aussi ne craignant pas, pour faire triompher les principes sévères du monothéisme, de

* Noos ne parlons pas d*Ésa!e vu, 8, qui est interpolé, ni des prophéties de Daniel^ qm ont été faites post eventum (Voy. Àmmon, De Vaticiniis post eventum faetis, Erlang., 1812, in-4<*).

3 Ce n'est pas la seule prophétie qui soit restée sans accomplissement. Sans parler ici des prophéties messianiques, nous citerons celle d'Ézéchiel contre Tyr {Éxéch. XXV, xxvi). Nabuchodonosor ne détruisit pas cette ville; il dut en lever le siège après treize ans d'efforts inutiles pour s'en emparer. Celle d*j^5aïe xxiii contre la même ville ne s'est pas accomplie davantage.

recourir, quand il le pouvait, à des mesures de violence, qui auraient fini par perdre le prophétisme, s'il n'avait subi une réforme presque complète depuis rétablissement des écoles de prophètes par Samuel ^ La Bible fait mention de cinq de ces écoles établies à Najoth près de Rama, où demeurait Samuel (/ Samuel, xix, 18-20), à Gibea {1 Samuel, X, 5), à Béthel (W Rois ii, 3), à Jérico {Il Rois ii, 5), et à Guilgal {Il Rois iv, 38). Les élèves ou fils de prophètes vivaient en commim (/ Samuel xix, 18 et suiv.; // Ilots IV, 38) et apprenaient, entre autres choses, la musique et le chant. Bientôt de ces écoles sortirent un grand nombre de prophètes et la littérature hébraïque s'enrichit d'un genre nouveau, dont les plus anciens monuments remontent au IX' siècle avant notre ère. Pendant la période assyrienne, qui fut rage d'or du prophétisme, fleurirent Joël, Amos, Osée, Ésaïe, Michée et Nahum; pendant la période chaldéenne, où les symptômes de décadence sont déjà sensibles, parurent Sophonie, Habacuc, Abdias, Jérémie, Ézéchiel; et c'est pendant l'exil que Daniel doit avoir prophétisé,.ainsi que le pseudo-Jonas. Le prophétisme ne mourut pas complètement avec la liberté et la vie publique, car il respire encore, tout épuisé qu'il est, dans les discours d'Aggée, de Zacharie et de Malachie; ce fut la froide étreinte du formalisme qui acheva de l'étoufier. L'enthousiasme religieux fit place à la sagesse spéculative, les prophètes eurent pour successeurs les rabbins.

Les livres prophétiques offrent im curieux mélange d'éléments politiques et religieux, parce que dans tout gouvernement théocratique, la politique et la religion sont

* Bering, Abhandiung von den Scholen derPropheten, Breslau, 1777, in-8*.

confondues; cependant le point de vue religieux domine toujours, comme cela atrive aussi dans les livres historiques. De là, malgré la différence des genres, une certaine analogie dans les écrits-des historiens hébreux et des prophètes. Les premiers racontent les événements passés en les considérant dans leurs rapports avec la providence; les seconds, quoique mêlés à toutes les affaires publiques et y prenant une part active, expriment plutôt leurs sentiments, leurs désirs, leurs espérances, leurs inquiétudes; aussi adoptent-ils de préférence le rhythme ou le parallélisme des uiembres comme le poète, excepté lorsqu'ils narrent. La période rhythmique ne perd dans leurs discours sa couleur poétique et ne se rapproche de la prose, qu'à mesure que Tenthousiasme prophétique se refroidit.

Les discoiu^ prophétiques sont généralement écrits d'un style simple et sans art. Ce fut seulement vers Tan 800 avant Jésus-Christ que quelques-uns des prophètes commencèrent à mettre par écrit leurs inspirations * . Auparavant ils improvisaient au son d'un instrument de musique {H Rçis III, 15), en se livrant à une gesticulation violente et en accompagnant assez souvent leurs discours d'actes symboliques propres à éveiller l'attention ou à graver plus profondément leurs leçons dans les esprits de leurs auditeurs (/ Rois XI, 29-30; xxii, H ; Ésate xX, 2; Jérémie xix, 1-13, xxvii, 2 siiiv., xLiu, 9 suiv.; Êzéchiel iv, 1 suiv., xii, 3 suiv., etc. etc.). A l'exception de quelques passages des prophéties d'Esaïe, d'Amos et d'Osée, qui concernent le royaume d'Israël, les discours des prophètes se rapportent soit aux habitants du royaume de Juda, qu'ils cherchent à

* Pries^ De propheiis et aposlolis amanuensium operâ in seribendo usis (Rostoc, 1757, in.4«).

détourner de toute alliance avec les étrangers et qu'ils exhortent tantôt à combattre les idolâtres, tantôt à se soumettre aux conquérants assyriens ou babyloniens; soit aux nations étrangères qui sont tantôt présentées comme les instruments de la vengeance de Jéhovah, tantôt menacées des plus terribles calamités parce qu'elles ne croient pas au vrai Dieu tout-puissant.

Est-il nécessaire de faire observer combien des prophéties, ainsi confiées à la mémoire et transniises pendant im temps plus ou moins long par la tradition orale, ont pu subir d'altérations? On ne doit pas oublier d'ailleurs que ceux qui les ont recueillies étaient eux-mêmes des prophètes, et qu'en cette qualité, ils purent se croire autorisés plus d'une fois à mêler leurs propres inspirations à celles de leurs devanciers plus célèbres, à les compléter et à les rajeunir pour l'instruction de leurs contemporains, à y ajouter enfin des détails plus précis qui leur étaient fournis par les événements j sans songer que cette précision même serait pour la critique le signe le plus certain d'une origine moderne.

Le nombre des écrits prophétiques contenus dans l'Ancien Testament s'élève à 16, divisés, d'après leur étendue, en 4 grands et en 12 petits prophètes. .

Lowth, Isaiah, a new translation, vrith a preliminary dissertation and notes critical, philological and explanàtory, Lond., 1778, in-4*. — Gesenius, Philolo(nschkritlscher und historischer Comnaentar Ciber den lesaia, Leipz., 1820, 3 vol. in-8».

— HUzig, Der Prophet lesaia, ûbersetzt und ausgelegt, Heidelberg, 1833, in-8*.

— Hendewerk, Des Propheten lesaia Weissagungen, - ehronologisch geordnet. ûbersetzt und erklârt, Kônigsb., 1838, in-8'>. — Heinetnann, Der Propbet lesaias, Berlin, 1840, in-8*. — Umbreit, Praktlscher Commentar Uber den lesaia, niil exegetisehen und kritischen Ânmerkungen, Hamb., 1841-1842, 2 vol. in-8''.

Ésaïe, fils d'Amots, tient sans contredit le premier rang parmi les prophètes hébreux. On ne connaît, pour ainsi dire, aucune circonstance de sa vie. Il parut à Jérusalem la dernière année du règne de Hozias et exerça le ministère prophétique sous ses trois successeurs Jotham, Achaz et Ézéchias, pendant un peu moins d'un demi-siècle. Sa plus grande activité tombe sous le règne d' Achaz, qu'il essaya vainement de détourner d'une alliance avec FAssyrie, et sous celui d'Ezéchias, qu'il exhorta tout aussi inutilement à ne pas rompre avec l'Assyrie pour s'allier avec l'Egypte. Sennachérib irrité mit le siège devant Jérusalem, mais la peste qui éclata dans son armée, le força à le lever sans avoir tiré d'Ézéchias la vengeance qu'il méditait. Lie dernier service qu'Esaïe rendit à sa patrie fiit de s'opposer à une alliance avec le roi de Babylone. On ignore l'année de sa mort. Selon une tradition peu authentique, il souffrit le martyre sous le règne de Manassé * . Il laissa deux fils, dont la destinée est inconnue [Ésaïe vu, 3; vm, 3, 4).

* Aaguitin^ De civilate Dei, lib. XVIU, 24. — TermHien, De patienlîà, c. 14.

De tout temps, la réputation du prophète Ésaïe a été très-grande tant parmi les Juifs [Ecclésiastique xlviii, 23- 28) que parmi les Chrétiens * qui ont emprunté à ses écrits deux dogmes, celui du partus virginalis {Ésaïe vn, 14), et celui de la mort expiatoire du Christ {Ésaïe lui). Outre les prophéties qui portent son nom, il doit avoir écrit sur les règnes deOzias et d'Ézéchias {IlChroniq. xxvi, 22; xxxii, 32) deux ouvrages historiques qui sont perdus depuis des siècles.

Les prophéties d'Ésaïe, dont la moindre partie lui .appartient incontestablement, se divisent çn quatre livres ou recueils de discours prophétiques assemblés sans ordre chronologique, sans plan et sans méthode, après le retour de Fexil, par des compilateurs inconnus ' qui voulaient les soustraire à Foubli et les sauver de la destruction : 1'' Chap. i-xii, vraisembablement le recueil primitif, contenant la vocation d'Esaïe (Chap. vi) et un certain nombre de prophéties remontant aux règnes de Jotham, d'Achaz, (Chap. i-v; vu, i-x, 4) etd'Ézéchias (Chap. x, K-xu). Toutes se rapportent au royaume de Juda et à Jérusalem, et toutes nous oôrent le modèle le plus parfait de la langue prophétique. Le style, tantôt lyrique, tantôt élégiaque ou didactique selon la nature du sujet, est simple, concis, énergique, riche eaimages, sans être surchargé d'ornements de rhétorique, mais un peu dur, elliptique et obscur; le rhythme est plein et harmonieux; les pensées toujours graves, fortes, abondantes; les idées religieuses pures et universalistes, les

* Ésaïe est fréquemment cité dans le Nouveau Testament {Matt. i, 22; m, 3; iv, 14; XIII, 14; viii, 17. — Luc, iv, 17. — Actes xiii, 34; xxviii, 25. — Rom, ix, 27, 29, 33;x, 16,20, etc.).

a Selon Baha Bathra, fol. 15, les prophéties d'Ésaïe furent recueillies par Ézéchias et ses amis; mais ceci s'appliquerait tout au plus au premier recueil.

énumérations trop longues quelquefois *, mais les paraboles peu nombreuses et les actes symboliques d'une simplicité qui contraste avec la bizarrerie de la symbolique d'Ézéchiel. On y rencontre aussi beaucoup moins de jeux de mots que dans les autres prophètes, en sorte que tout atteste chez Ésaïe un degré de culture littéraire inconnu auparavant. Malheureusement les interpolateurs n'ont pas respecté même ce chef-d'œuvre de la littérature hébraïque. Voyez, par exemple Ésate n, 2-5, comp. avec Michée iv, 1-4; — Ésaïe IV, 15-17; — la dernière moitié d'Ésaîe vu, 8; — Ésaïe IX, 14, gloses marginales qui se sont glissées dans le texte. — 2" Chap. xm-xxm, second recueil dont l'authenticité n'est rien moins que certaine. A l'exception du Chap. xxn, 1-13, 15-25 {le vers. 14 est une interpolation), ce sont des prophéties contre des peuples étrangers. La prophétie contre Moab (xv et xvi) n'est point d'Ésaïe, mais d'un prophète plus ancien {Ésaïe xvi, 13); Ésaïe nous en avertit lui-même : Telle est, dit-il, la parole qu'a prononcée jadis l'Éternel contre Moab. D se contente de la rappeler, comme le fait aussi Jérémie {Jérémie xlviii, 45-46), et de l'appliquer aux circonstances présentes ^ ; au contraire, la prophétie contre Tyr (xxm) est très-vraisemblablement postérieure à Ésaïe, comme on peut l'induire du verset 1 3, où il est question des Chaldéens ^ Cette prophétie

? Voy. par ex., Ésaie n, 12-16; m, 18-23.

3 Cet oracle, qui devait être accompli dans trois ans (Ésaie xvi, 14), ne le fut que pendant la guerre de Nabuchodonosor contre Juda. Hitzig a le premier émis Tingénieose hypothèse que cette prophétie est celle que Jonas fit sous Jéroboam II, (// Rois XIV, 25) pour annoncer à ce prince ses victoires sur les Moabiles (Hitzig ^ Des Propheten Jonas Orakel ûber Moab kritisch vindiciri, Heidelberg, 1831, in-A").

' Ce n'est qu'au vu* siècle qu'on voit apparaître les Chaldéens ou Kasdim sur la

scène de Thistoire. Ces belliqueux habitants des montagnes de l'Arménie et des

bords de la mer Noire, servaient comme mercenaires dans le^ armées étrangères;

ils finirent par détrôner le roi d'Assyrie et par fonder l'empire chaldéo-babylonlen,

d'ailleurs ne s'est point accomplie, qu'il s'agisse dans ce chapitre du siège de Tyr par Salmanassar ou du siège de cette ville célèbre par Nabuchodonosor, comme le prouve le silence de tous les historiens profanes. Dans la prophétie contre l'Egypte (xvm-xx), la critique ne tient pour suspect que le chap. xix, 1 6-25, à cause de la mention qui y est faite de Léontopolis \ ville égyptienne du nome d'Héliopolis, où Oniaa, petit-fils du grand-prêtre du même nom, bâtit un temple à Jéhovah, sousPtolémée Philométor, 163 ans avant J.-Ch. ^; mais les prédictions contre Babylone (xm, xiv, xxi), où il est question des Mèdes (xm, 17), de la conquête de Babylone (xiv, 12) et même d'un stratagème employé par Cjrrus * (xxi, 7) pour s'approcher de la ville qu'il menaçait depuis longtemps, ne peuvent évidemment avoir été faites par Ésaïe, qui aurait firanchi les bornes de son horizon politique ordinaire pour prédire l'avenir par induction, en cessant ainsi de prendre, selon son habitude constante, son point de vue dans le présent. Elles ont très-certainement pour principal auteur un prophète qui vécut au temps de l'exil et à Babylone même; car n'entend-on pas dans le chap. XXI comme l'écho des terreurs d'un témoin oculaire? S'il était besoin d'une preuve nouvelle, nous citerions XIV, 13, où il est clairement fait mention de l'Albordj, la sainte montagne du Zendavesta, qui s'élève, par delà le ciel étoile, jusqu'à la lumière primitive *.— 3** (Chap. xxiv-xxxv,

l'an 623 avant J.-Ch. (DiUmar, Ueber dos Vatcrland der ChaldUer, Berlin, 1790, in-8«).

* Dinn 1^3? que Martin rend par Ville de destruction, et Perret-Gentil par Ville

de salut, est la traduction littérale de Léontopolis {Eichhom, Einleitong in das A. T., t. I, p. 339).

2 Josèphê, Antiq.jud. xm, 3. — De bello jud., vu, 10, 2«

> Voy. Michaêlit, Mosaisches Recht, Francf., 2« édit., 1775, t. J, p. 344, 345.

* BuH'Dehesch, trad. par Kleuker, p. 73.

— lis —

trois prophéties de divers temps et de divers auteurs, recueillies après le retour de Texil. La première (xxiv-xxvii) roule sur la destruction du royaume de Juda et le retour de la captivité. Les versets xxiv, 21 et xxvi, 19, où il est parlé du jugement des mauvais anges et de la résurrection de la chair fixent suffisamment Fâge du prophète, qui ne peut avoir vécu que dans les derniers temps de la captivité, et qui probablement est aussi Fauteur des chap. xxxiv et xxxv, remarquables l'un et Fautre par le sentiment poétique qui y règne et par la haine contre Édom qu'ils respirent. Par contre, les chap. xxvm-xxxin portent tout-à-fait le cachet d'Ésaïe; ils ont donc été écrits soit par Ésaïe lui-même, soit par un de ses disciples *. Le prophète exhorte Ézéchias à éviter toute alliance avec les perfides Pharaons et à se fier à la protection de Dieu. Vient ensuite un appendice historique (xxxvi-xxxix), qui raconte l'expédition de Sennachérib, la maladie d'Ézéchias, qui, guéri par Ésaïe, adresse à Dieu un cantique d'actions de grâces, et sa conduite imprudente avec les ambassadeurs du roi de Babylone, d'après n Eois xvm, 13-xx, 19, ou plutôt d'après les sources où Fauteur du second livre des Rois a aussi puisé son récit. Cet appendice ne paraît pas être de notre prophète; seulement le compilateur y a inséré un fragment xxxvn, 41-35, qui lui appartient sans aucune contestation. Le style de ce troisième recueil, surtout dans les premiers chapitres, abonde en répétitions et en tautologies; voyez, par exemple, XXIV, 3, 5, 16, 22; xxv, 7, 9, 12; xxvi, 5, 15; xxvii, 5. —

* Cette dernière supposition est la plus vraisemblable. Ne serait-il pas surprenant qu*Ésaïe qui avait déjà célébré la défaite de Sennachérib, Ésaie x, 5-27; %i\, 24-27; XVII, 12-14; xvm, 1-7, soit encore revenu sur le même sujet, Ésaie xxix, 1-8; XXX, 27-33; xxxi, 1-9? Il est rare qu*un seul événement produise sur le même poêle une si grande variété d'impressions.

4** Chap. XL-Lxvi. Ce quatrième recueil se distingue par un style vif, fleuri, plus clair et plus coulant que celui du vrai Esaïe ; mais on n'y retrouve ni son énergique concision, ni son goût sain et délicat, ni sa dignité pleine de noblesse. Cest Tœuvre de prophètes anonymes qui vécurent pendant et après Texil, comme le prouvent, indépendamment de plusieurs chaldaïsmes *, une foule d'indices positifs. Voyez, entre autres, Ésaïe XLiv, 26;li, 3^ Lvm, 12; LXiv, 10, H, qui constatent que les villes de Juda, et Jérusalem même n'avaient pas encore été rebâties; Ésaïe I.XII, 4, qui prouve que la Palestine était toujours dévastée; Ésaïe XLii, 22; lu, 2-5, qui nous disent aussi clairement que possible que les Juifs gémissaient toujours dans la captivité. Voyez encore xlii, 1 ; xliv, 28 ; xlv, 1 ; xlvi, H ; XLvni, 14, etc. etc. qui renferment des allusions si transparentes au conquérant Cyrus, quand il n'y est pas désigné par son nom. A moins de fermer volontairement les yeux à la lumière ou d'être aveuglé par lès vieux préjugés dogmatiques comme ceux qui veulent absolument trouver dans . lepseudo-Ésaïe des prophéties relatives à Jésus-Christ, il faut donc reconnaître que ceux qui les ont prononcées ont été contemporains de la grande révolution politique opérée par la conquête persane, révolution très-propre à enflammer les espérances messianiques des Juifs et à ranimer chez eux l'esprit prophétique. Ce réveil est curieux en ce que l'attente delà délivrance d'Israël cessa de se rattacher à un Davidide [Ésaïe xlv, 1), et qu'au lieu d'un messie conquérant une partie de la nation juive se prit * à attendre un messie pacifique {Ésaïe xl. H; xlii, 1-7); ce fut seulement

< Par ex., .T^T^Q Pour n^VÛ (Ésaïe xxiii, 11); HiSk^N pour inb^an {ihaie lxiii, 3).

après que les espérances fondées sur Cyrus eurent été déçues, que les Juifs en revinrent généralement au messie davidique. Au reste, plus leurs espérances étaient vives, plus les Juifs éprouvaient d'impatience à les voir réalisées, et les prophètes, étonnés eux-mêmes de Finaccomplissement des oracles, essayaient de dissiper les doutes des exilés, en attribuant aux péchés du peuple le retard que Dieu apportait à l'exécution de ses promesses. De là les ardentes supplications et les menaces qui terminent le pseudo-Ésaïe. En résumé, le livre qui porte dans le canon biblique le nom d'Ésaïe, est, comme celui des Psaumes, une anthologie de prophéties prononcées dans Tintervalle de plus de deux siècles par divers nabi hébreux en des circonstances trèsdifiërentes. Dans le nombre, il y en a quelques-unes qui appartiennent incontestablement au fils d'Amots. Voici les seules que la critique considère comme authentiques :

Chap. VI, vocation du prophète, la dernière année du règne de Hozias.

Chap. i-v, 28, probablement du temps d'Achaz, ainsi que chap. vu, 1-x, 4 et xvii, 1-H, prophéties contre Éphraïm et Damas; chap. xiv, 28-32, prophétie contre les Philistins.

Chap. x, 5-xii, 6; xiv^ 24-27; xvii, 12-xviii, 7, concernant la défaite des Assyriens, datant du temps d'Ézéchias, ainsi que chap. xix-xx, qui renferment des menaces contre rÉgypte et ses partisans; xxn, 1-14, relatif au siège de Jérusalem par les Assyriens; xxii, 15-25, concernant la destitution du secrétaire Sebna et son remplacement par Eliakim; xxviii-xxxm, ayant rapport à Tinvasion assyrienne, à la chute du royaume d'Israël, aux dangers que courait celui de Juda, au parti qui soutenait l'alliance égyptienne, à l'a-

baissement des Assyriens et à un meilleur avenir pour le peuple de Dieu; enfin le fragment xxxvn, 21-35, dont nous avons parlé plus haut.

dlérémie.

Spohn^ Jereraias vates, e versione Judseorum alexandrinorum et reliquorum inicrpretum (^rxcoram emendatus notisque criticis ilhistratus, Lips., 1794 el 1823, 2 vol. in-8". — Dahleft Jérémie traduit sur le texte original, accompagné de notes explicatives, historiques et critiques, Strasb., 1825 et 1830, 2 vol. in-S".

— Pareau, Threni Jeremiae, philol. et critir. illustrati., Lugd. Bat., 1790, in-8".

— Lessing, Observationes in Tristia Jeremiae, Lips., 1770, in-8''.

Fils du prêtre Hilkia et né dans la ville sacerdotale d' Anathoth, Jérémie exerça, comme Ésaie, sa charge à Jérusalem sous cinq rois, Josias, Joachaz, Jojakim, Jojachin et Sédécias, durant un demi-siècle environ. Son aversion pour les mœurs et la religion de TÉgypte que Manassé avait introduites dans son petit royaume, la lucidité de son esprit politique qui lui montrait Talliance chaldéenne comme la seule ancre de salut pour la Judée, ses vives censures contre la corruption du peuple, les vices des prêtres et Tidolâtrie des rois, ses prédictions de la ruine prochaine de Jérusalem, tout souleva contre lui des haines si violentes que, malgré la protection de quelques amis puissants, il se vit plus d'une fois en danger de perdre la vie. Rendu à la liberté après la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor, il vécut quelque temps à Mitspa et finit par se retirer en Egypte avec Jochanan et ses partisans. C'est là qu il mourut, à ce qu'il semble, quatre ou cinq ans après la ruine de Jcrmalem,

Selon une tradition rapportée par Jérôme •, il fut lapidé dans une sédition. Une légende (n Macc. n, 4-5) raconte qu'il avait sauvé Farchç, le feu sacré, Tautel des parfums et le tabernacle et les avait cachés dans une caverne du mont Horeb.

Ses discours très-oratoires, riches en mots, mais peu poétiques, sont le reflet parfait de son âme tendre et élégiaque, de son esprit mélancolique, assombri encore par les malheurs du temps où il vécut ^. Les idées généreuses et Ubérales, les sentiments vrais et profonds y abondent, et par moments Jérémie s'élève à la hauteur d'Ésaïe, à qui il ne le cède ni en courage ni en énergie dans sa lutte contre les faux prophètes. Il lui est même supérieur à certains égards, parce qu'il a moins d'emportement et de violence; mais on sent déjà la décadence du prophétisme dans une monotone répétition des mêmes pensées, des mêmes images, des mêmes mots, (voyez, par exemple, Jérémie vm, 10-12, cf. vi, 13-15; — IX, 9, cf. V, 9 et 29; — xi, 13, cf. ii, 28; — xv, 20, cf. I, 19;.— XX, 12, cf. xi, 20; — xxu, 4, cf. xvii, 25; — XXVI, 6, cf. vn, 14; — xxx, 23, cf. xxui, 19); dans l'abus des jeux de mots et des antithèses; dans l'accumulation des synonymes; dans l'incorrection de la langue altérée par de nombreux araméismes, notamment x, 1 1 ; dans la négligence du style où abondent des expressions et des tournures qui ne se rencontrent que dans les écrivains d'une époque postérieure, dans Ézéchiel, Néhémie, les Kois et les Chroniques .' Le style de Jérémie est donc fort inégal, quelque-

* Jérôme^ Advenus Jovinianum, lib. II, c. 37.

2 Même quand ii imite les anciens prophètes, il donne à ses images une teinte élégiaque. Comparez, par ex., Jérémie ii, 21, à Ésaie y, 2; ou Jérémie yiu, 7, à Ésaïe I, 3.

» Par ex., n^non {Jér, xi, 16; ct.Ézéch. i, 24); TM^n'^ {Jér, \l, 12) ou

fois concis et énergique, plus souvent élégiaque et diffus; mais toujours clair et attrayant. Il est curieux de contempler ses efforts pour s'élever jusqu'au rhythme et de le voir retomber presque aussitôt dans la prose, la flamme poétique manquant en lui d'aliments. C'est surtout dans ses menaces contre les ennemis de son peuple, — si toutefois ces prophéties lui appartiennent en propre — que son éloquence prend l'essor; le ton s'élève, les images grandissent, le style devient sententieux, concis, et Jérémie peut alors sans désavantage soutenir la comparaison avec tout autre prophète.

Ses prophéties roulent sur la corruption des grands, la fausse politique des rois, les divisions et l'impiété de la nation, qu'elles menacent des châtiments divins, châtiments qui lui seront infligés par les peuples étrangers, entre autres par les Scythes, dont une invasion plus ancienne, vers 628 avant J.-C, avait laissé d'effrayants souvenirs dans l'Asie antérieure. Il supplie ses compatriotes de détourner la colère de Dieu, par la repentance; mais il est rare qu'une pensée consolante d'espoir vienne rasséréner son âme attristée, et c'est à peine s'il ose entrevoir dans l'avenir la venue d'un libérateur, qu'il se garde bien d'ailleurs de désigner plus clairement {Jérémie xxx-xxxm et li-lii).

Le recueil des prophéties de Jérémie forme trois livres distincts : 1** Chap. i-xxxix, discours du prophète depuis la treizième année du règne de Josias jusqu'à la ruine de Jérusalem, excepté lés chapitres xxx et xxxi, qui paraissent ' d'ime date postérieure; rangés moins dans l'ordre chrono-

amnV(J^r. XI, 2; cf. Néh, ii, 7; I Chron, iv, 18); nins (Jér, li, 23; cf. Éxéch. xxni, 6); yWMSi {Jér. ii, 18; cf. / Chron, xiii, 5).

logique que dans Tordre des matières, et entremêlés de fragments historiques, comme chap. xxxvn-xxxix, qu'on suppose avoir été intercalés par un auteur d'un temps postérieur, à cause de Tanalogie de Jirimie xxxix, i, 2, 4-14 avec // Rois xxv. La critique moderne rapporte au règne de Josias les chap. n-vi; à celui de Joachim les chap. vii- X, xxv-xxvi, xxxv-xxxvi; à celui de Jéchonias les chap. xixui; à celui de Sédécias enfin, les chap. xiv-xx, 13; xxi-xxiv, xxvii-xxix, xxxn-xxxiv. Quelquefois le prophète y parle à la troisième personne, par exemple chap. vu, 1; xiv, 1; xviu, 1; xxv, l,sans doute par une inadvertance de son secrétaire Baruc; d'autres fois, on remarque d'évidentes transpositions, comme xx, 14-18, qui doit se placer après le verset 6 pour oflftir un sens, et, ce qui est plus grave, des interpolations manifestes ou des gloses marginales passées dans le texte à une époque inconnue, par exemple x, 1-16 dont une partie ne se trouve pas dans la Septante; xxv, 11-14, 18; xxvu, 7, 16-21, xxxin,. 14-26; xxxix, 1-2, 4-13. — 2** Chap. xl-xlv, prophéties postérieures à la ruine de Jérusalem et à la fuite de Jérémie en Egypte, excepté le chap. xlv, qui remonte probablement au règne de Joachim. — 3** Chap. xlvi-li, prophéties contre les peuples étrangers. Syriens, Égyptiens, Tyriens, Philistins, Ammonites, Édomites, Arabes, qu'il menace de Nabuchodonosor, et contre les Babyloniens eux-mêmes. Nous ferons remarquer d'abord que le chap. XLvm contre les Moabites ofire une frappante ressemblance avec Ésaxe xv-xvi, et le chap. XLix, 7-22 avec la prophétie d'Abdias, sauf les versets 28-30. Quant aux chap. l et li, ils sont ou apocryphes ou tout au moins fortement interpolés. Personne n'ignore que Babylone, conquise par Cyrus, fut détruite seulement

p^ Darius, fils d'Hystaspe, Tan 510 avant notre ère, c'està-dire longtemps après la mort de Jérémie; or il suffit de lire la prophétie pour se convaincre qu'il y est question d'un événement passé et non d'un événement futur. Enfin le chap. LU n'est qu'un appendice historique où sont racontées l'histoire de Sédécias et la ruine de Jérusalem d'après // Rois XXIV, 18 et suiv., xxv, 1 et suiv.; or les versets M- 34 prouvent clairement que Jérémie n'est pas l'auteur de ce récit.

Outre ses prophéties, on attribue généralement à Jérémie, sur la foi de la Septante et de Josèphe ', les cinq élégies sur la ruine de Jérusalem connues sous le nom de Lamentations. Le génie de ces petits poèmes, les pensées, le style, tant dans le choix des mots que dans la construction grammaticale, tout confirme cette opinion. Chacun de ces chants se compose de 22 strophes suivant le nombre et dans l'ordre des consonnes de l'alphabet hébreu, — le dernier seul n'est point alphabétique; et chaque strophe est formée d'un tristîque dans les trois premières pièces — excepté i, 7 et ii, 19 — et d'un distique dans les dernières, excepté iv, 15. Le premier dépeint avec de vives couleurs les cruelles souffrances du siège et de la captivité. Le second exprime l'amer désespoir du patriote en présence des ruines de Jérusalem et de son temple. Dans le troisième, le prophète cherche un soulagement à sa douleur dans la pensée que Dieu ne restera pas toujours irrité contre son peuple; et dans le quatrième, s'il renouvelle ses plaintes, on sent que l'espoir rentre déjà dans son cœur. Dans le cinquième enfin, il supplie Dieu d'user de miséricorde envers son peuple et de le délivrer de

* Josèphe, Anliquit., lib. X, c. 5, g 1.

la servitude. On se sent attendri à la lecture de cette poésie douce et touchante; on admire, non sans raison, la noblesse et la simplicité du style, la variété des tableaux, la vivacité des images, et Ton s'accorde à reconnaître que dans ses Lamentations Jérémie s'est élevé beaucoup plus haut que dans ses prophéties.

Comparée avec le texte hébreu, la Septante offre des différences nombreuses que Ton a cherché à expliquer par diverses hypothèses, mais toutes prêtent plus ou moins le flanc à la critique. Tout ce qu'on peut en conclure avec certitude, c'est qu'il a été fait des prophéties de Jérémie deux rédactions différentes, ou tout au moins qu'à l'époque où elles furent traduites en grec, les manuscrits offraient déjà des variantes considérables. Les prédictions contre les peuples étrangers surtout sont placées dans un tout autre ordre, comme le montre le tableau suivant :

Page 1