MARC
LUC
XXII, 47-5 i.
MATTHIEU tion de la Pâque. xxvi, 14-29.
Jésus au moDt des Oliviers, xxvi, 30-46. JésQs arrêté. xxvi^ 47-58.
Reniement de saint Pierre, jugement de Jésus. xxvi, 69.— xxvii, xiv, 66.— xv, 10. xxii, 55. — xxiii,
Crucifixion. xxvii, 20-66. xv, 11-47. xxiii, 18-56.
Résurrection. xxviii. xvi. xxiv.
Nous ^ons que dans tous ces passages parallèles, nonseulement la marche des idées est la même, les faits considérés au même point de vue, mais que souvent Fharmonie est littérale. Il serait facile d'en donner de nombreux exemples * ; mais nous nous bornerons à en citer quelques-uns des plus notables. Ainsi l'expression assez étrange, goiHfr de la mort y Yeu^acôai ôavàTou, se rencontre dans les trois synoptiques {Matth.xwî^ 28; — Afarc ix, 1; — Luc ix, 27), de même que la construction bizarre olcp^wvTai aoi al àtxaptfai, tes péchés te sont remis {Matth. ix, S;— Marc ii, 9; — Luc v, 23), et cette autre non moins singulière, oî M tou vu^a^vo? {Matth. IX, 18; — Marc u, .19; — Luc v, 34); citons encore itTfipuYwv 'To« î«pw^ expression peu usitée en grec {Matth. IV, 5; — Luc. IV, 9), qui ne se rencontre, il est vrai, que dans Matthieu et dans Luc, et surtout le passage d'Ésaïe xl, 3, que les trois traduisent par les mêmes mots, quoique la traduction s'éloigne à la fois du texte hébreu et
* Voyez, pour plus de détails que nous ne pouvons en donner dans ce manuel» Grieshach, Synopsis Evangeliorum Matthaei, Marci et Lucœ, 3* édit., Halle, 1809, in-S". — De Wette et Lûcke, Synopsis Evangeliorum Matthsi, Marci et Luc^e cum Joannis pericopis parallelîs, Berlin, 1818, in-4«', 2* édit. 1842. — Rôdiger, Synopsis Evangeliorum Matthaei, Marci et Luc» cum Joannis pericopis parallelis, 2* édit., Halle, 1839, in-S**. — Gehringer, Synoptische Zusammenstellung des griechischen Textes dcr IV Evangclien, TUbing., 1842, 10-4". — Tùchendorf, Synopsis evangelica, Lips.^ 1851, in-8*'.
de la Septante {Mattk. m, Z;—Mare. i, S;— Lue m, 4). Comment expliquer ces étranges ressemblances, qui ne peuvent être accidentelles? Les attribuer à une influence surnaturelle ne saurait convenir à im historien sérieux, qui se voit ainsi réduit à recourir à Tune ou l'autre de ces hypothèses : chaque évangéliste a connu le travail des deux autres et Fa mis à contribution *; — ou bien ils ont puisé tous trois à une source commune, soit écrite, soit traditionnelle, — ou bien les deux cas se sont trouvés réunis. Mais chacune de ces hypothèses se brise contre des objections qui sont restées jusqu'ici insolubles ^, et qui le resteront toujours, dans notre opinion, parce que, s'il n'existe pas d'ouvrage ancien qui ait donné lieu à plus de conjectures et de commentaires que les Évangiles, il n'en est pas un non plus sur les origines duquel on possède moins de renseignements vraiment historiques. Il est très-vraisemblable qu'on n'expliquera jamais comment trois histo-
< Mnis lequel a servi de çn\de aux deux autres? Selon Grotixu, Annotationes in Evangelium, Amst.. 1641, in-fol ; Toutison, Discourses on the fonr Gospels, 2* éd., Oxf., 1788, in-8". et vingt autres plus modernes, Matthieu est Toriginal. Selon Storr, De Tonte Evangeliorum Malthsi et Lues, Tûb., 1794, in-4*; SchoU, Isagoge historico-critica iu libros novi fœderis sacros, léna, 1830, in-8*; Beust, Die Gescbichte der heiligen Schriften des N. Ti, Halle, t842, in-8*; Hitxig, Ueber J. Marcus, Zurich, 1843, in-8«, et beaucoup d*autres théologiens, e*est Marc; tandis que Bêse, <1 ins se^ Notes sur Luc, et fiHisching dans son harmonie des quatre Evangiles (Hamb., 1766, in^«), sont d'avis que le premier des Évangiles est celui de Luc, et que Matthieu et Marc y ont puisé. Waîch, an contraine, Einleitung in die Harmonie der Evangelisten, léna, t749, in-8*, croit que Matthieu a puisé à la fois dans Marc et dans Luc, tandis que Owen, Observations on the four Gospels, Lond , 1764, in-8*, Griesbach, Commentatio quâ Marci Evangeltum totum e Matthœi et Lucœ comnientariis decerptum esse monstratur, lena, 1789-90, in-4*; GfrÔreff Die heilige Sa^e, Stuttfr., 1838, in-8*, ne veulent voir dans Tévangile de Marc qu*un abrépé des deux autres, opinion que nous ne pouvons partager quoiqu'elle ait été défendue par le savant critique Baur^ dans les Theologische Jabrbûcher, de Tubingue, an. 1853, cah. 2.
3 Voy. Strauss, Das Leben Jesu fur das deutsche Volk bearbeitet, 2* édit., Leipi., 1864, in-8«, p. 80 et suiv.
DigrtizedSoy;
*i.GoogIe
riens ont pu écrire la vie de Jésus, sans que, chacun d'eux ait imprimé à* son œuvre un cachet plus marqué de son individualité.
Saint Matthieu.
Cratx, Historisch kritisther Commentar iiber das Evanfelium Matthcei, Tûbing., 1821-23, 2 vol. in-8*. — Meyer, Kritisch-exegelischer Commentar ûber das Evangelium des Matthseus, 5* édil,, Gblting.» 1804, in-8".
Le premier des Évangiles canoniques a pour auteur, selon une tradition qui ne remonte pas, il est vrai, au-delà de la seconde moitié du îf siècle, Tapôtre Matthieu, appelé aussi Lévi, fils d'Alphée. Il a été écrit en hébreu ou plu- . tôt en araméen, pour l'usage des Judaeo-Chrétiens, qui formaient la majorité de FÉglise en Palestine et qui devaient naturellement être curieux de connaître la vie et les enseignements du Sauveur * . Cet évangile, qui paraît avoir été dans l'origine essentiellement didactique ^, serait pour nous le document le plus ancien, et la source relativement la plus pure de la doctrine du Christ, s'il était arrivé jusqu'à nous sous sa forme originale ; mais malheureusement il ne nous en reste qu'une traduction grecque qui a même été remaniée plusieurs fois '. Tel qu'il nous est parveau
* Corrodi, Venuch einer Beleachtung der Geschichte des Bibeikgnons, Halle, 1792, 2 vol. in 8% t. II, p. 150-152.
3 Eusèbe, Historia eccles., 1. II, c. 39.
> Le principal argument de ceux qui sontiennent que Matthieu a écrit en greCi se fonde sur le jeu de mots : àçocviCouai ...cpavôiai (vi, 16); mais Michaëlis
avec ses modifications et ses additions puisées à de? sources diverses, rÉyangile selon saint Matthieu nous présente Jésus comme le Messie davidique promis par les prophètes, et s'attache en conséquence à chercher dans les différents traits de sa vie Tapplication des anciens oracles; il laisse percer, en plus d'un endroit, la haine des Judœo-chrétiens contre les Gentils et les Samaritains {Matth. x, 8; XV, 24, 26); il accorde à Pierre, le chef reconnu de la secte, la suprématie sur ses collègues [Matth. xvi, 18, 19, comp. à Jean i, 4-2; Luc ix, 20-21); il suppose toujours la connaissances des mœurs juives et de la géographie de la Palestine; il aime enfin à grouper les faits analogues en y rattachant, avec plus ou moins de bonheur, les discours de Jésus. Au reste, ce qui prouve que, contrairement à la tradition, cet évangile n'a point été écrit par un disciple immédiat du Maître, c'est qu'il se trompe évidemment sur le jour de la mort du Sauveur * . Comme pour la plupart des livres de ^ j'Ancien Testament, l'auteur a puisé ses renseignements à différentes sources; c'est ce qui seul explique les répétitions qu'on y remarque, comme Matth. ix, 32-34, comp. à Matth. XII, 22-24;— Maff A. xii, 38 et suiv., comp. à Matth. xvi, 1 et suiv.; — MaffA.,xiv, 13 et suiv., comp. à Matth. xv, 32
a prouvé que les jeux de mots ne sont pas rares dans les traductions [MichaëliSj Erkiârung des Briefs an die Hebraër, Francfort, 1780-86, 2 vol. in-4«', Introduction, p. 55 et suiv.).
^ Le quatrième Évangile doit avoir raison sur ce point contre les synoptiques. Si le dernier souper de Jésus avec ses apôtres avait eu lieu le 1 i nisan, et sa mort le 15 par conséquent, on ne s'expliquerait pas les nombreuses violations du repos sabbatique commises par Jésus, qui se rend à Gethsemané ; par ses disciples, qui Tensevelissent; par le sanhédrin, qui Tarréle et le juge malgré la fête. L^erreur des synoptiques provient vraisemblablement de ce que la tradition galiléenne» qu'ils suivent, s'était formée parmi les judsBO-chrétiens, qui continuaient à célébrer la Pâqoe avec les Juifs, en lui donnant une signification chrétienne, c'est-à-dire typique. Cf. Uslerij Comment, critic. in quâ Evangelium Johannis genuinum esse ostendiiur, Zurich, 1823, in-8".
et suiv., et surtout les contradictions que présentent certains passages écrits dans un esprit tout différent (Voy. par ex. Matth.x, 17, 18; x, 5, 6; xv, 24 comp. à Matth. xxiv, 14; XXVIII, 19, iO), contradictions qui forcent à admettre ou bien que Fauteur du premier évangile, tel que nous le possédons, a fait usage à la fois de documents écrits ou traditionnels provenant des Judseo-Chrétiens et des Chrétiens pauliniens, ou bien que Jésus lui-même a varié dans ses enseignements d'une manière fort étrange en l'espace de quelques mois. La première de ces hypothèses est, à notre avis, de beaucoup la plus probable, parce que FÉvangile selon saint Matthieu, qu'il ait d'ailleurs été dans l'origine écrit en hébreu ou en grec (ce qui au fond n'importe guère à la théologie biblique) parce que, disons-nous, l'iîvangile selon saint Matthieu n'ofire point trace d'un progrès quelconque dans les convictions de Jésus ; autrement Matlh. vm, 8-10, serait placé après Matth. xv, 21-28. De plus, cet évangile n'a certainement pas reçu sa forme actuelle avant la ruine de Jéinisalem par Titus; c'est ce que prouve la formule jusqu'à ce jour {Matth. xxvii, 8) employée à propos du champ acheté avec le prix de la trahison de Judas, et à propos du silence gardé par les soldats chargés de veiller sur le corj^s du Christ ; c'est ce que prouve plus clairement encore la mention, comme d'un événement passé {Matth. xxui, 35) du meurtre de Zacharie, fils de Barachie, égorgé par les Zélotes dans le temple, l'an 70 de notre ère, d'après l'historien Josèphe *. Qui oserait affirmer même, que pendant longtemps encore et jusqu'à l'affermissement de rÉglise catholique, cet évangile, aussi bien que les autres.
♦ Josèphe, De bello judaico, 1. IV, c. vi, § 4.
n a pas reçu des additions ou des corrections, à mesure que le sens théologique se dcAeloppa' parmi les Chrétiens? Le passage Matth. xxiv, 15 ne fait-il pas une allusion transparente à la profanation commise par Adrien, qui fit élever une statue de Jupiter Capitolin sur remplacement du sanctuaire *?
Halnt Marc.
Knohel, De evangelii Marci origine, Vratislav., 1831, in-8'. — Uilzig, Ucber Joliannes Marcus und seine Schrirten, Zurich, 1843, in-S". — Baur, DasMarkusevanpelium nach seinem Ursprungund Charakter, Tùbinp., 1851, in-£°.
Le second évangile est attribué à Marc, appelé ailleurs Jean (^Idc^sxiii, 5, 13* et Jean Marc Act, xii, 12, 25; xv, 37), et fut écrit, d'après la tradition unanime de l'antiquité, sous rinfliunice de Tapôtre Pierre ^, c'est-à-dire dans l'esprit du judœo-christianisme. Pour lui, comme pour révangile selon saint Matthieu, Jésus est, en effet, la réalisation du ilessie idéal rêvé par les prophètes; seulement il s'attache moins à rapporter ses paroles qu'à raconter ses actions, et s'applique moins aussi à faire ressortir l'accomplissement des prophéties en sa personne, preuve certaine d'une tendance moins polémique et par conséquent d'ime origine plus ancienne. Comme l'auteur s'adressait aux Juifs disper-
< Baur^ ouv. ciié, p. 607 et suiv.
2 Eusèbf, Hisl. eccles . 1. Ul, c. 40; vi, c, 14. — Jrénée, Adv. hœres., I. HI, c. 10, 11. — Jérôme, Calai. Scriptor. eccles., c. 18.
ses dans Tempire romain plutôt qu'à ceux de la Palestine, il néglige rarement de donner à ses lecteurs les explications nécessaires sur certaines coutumes, certaines localités de la Judée qui devaient leur être peu connues, et s'il cite quelque mot araméen, il ne manque pas de le traduire [Marc V, 41; vu, 31, 34; xiii, 3; xiv, 12; xv, 6, 42). Au reste, il oflre Tanalogie la plus étonnante avec les deux autres synoptiques, dans les constructions, les transitions, les conclusions, les mots môme ; c'est au point qu'on n'a trouvé dans les seize chapitres, dont il se compose, si Ton ne tient pas compte de quelques mots intercalés par-ci, par-là *, le plus souvent en vue d'embellir, de colorer le récit, que 22 passages originaux, savoir chap. m, 20-21; iv, 26-29; VII, Si, 37; viii, 22-26; xiv, 31-52; xvi, 9-11 ; encol'^ la péricope xvi, 9-20, n'est- elle rien moins qu'authentique, puisqu'elle manque dans les plus anciens manuscrits. Cela n'empêché pas qu'on ne i)uisse signaler entre Marc et Matthieu des contradictions assez notables, par ex. Marc V, 2, cl'. Matth. vni, 28; — Marcx, 46, cf. Matth. XX, 30; —Marc XI, 7, cf. Matlh. xxi, 7. L'évangile selon saint Marc ne nous est probablement i)as parvenu non plus dans sa rédaction primitive; cependant c'était dès l'origine im évangile à la fois historique et didactique, rédigé, selon le témoignage unanime de l'antiquité, d'après les souvenirs de Pierre, dont Marc était à la fois le disciple,le compagnon et l'interprète. Mais si l'on est assez généralement d'accord sm* ce point, les opinions v^arient beaucoup sur la date de sa composition. La plus probable, c'est que, dans sji forme actuelle, il est i)lus ancien que le premier des
< Quelquefois mal à propos, comme Marc ii. ?C, où rêvangéli>te confond Abia* Ihar avec son père Ahimélec (/ Samuel x\i, i-7; xxii, 20).
synoptiques tel que nous les possédons aujourd'hui, et qu'il a été écrit avant que le cycle des légendes évangéliques fût complètement formé. C'est la seule hypothèse qui explique Fabsence, dans cet évangile, des mythes relatifs à la naissance et à la résurrection de Jésus, car, comme nous l'avons déjà dit, le chap. xvi depuis le vers. 8, n'est rien moins qu'authentique. On remarquera d'ailleurs qu'il n'a pas la tendance dogmatique et apologétique, ni la couleur ultra-légendaire qui frappent dans saint Matthieu, indice presque certain, nous venons de le dire, d'une origine moins récente, et surtout qu'il ne donne aucune formule de baptême, tandis que Matthieu en rapporte une empruntée au rituel d'un temps postérieur.
ttalnt Itur.
Sehleiermacher^ Krilischer Versuch iiber die Schriften des Lucas, Berlin, 1817, in-S". — Schwanbeck, (Jeber die Quellen der Schriften des Lucas, Darmstadt 1847, in-8-.
Le troisième évangile synoptique est l'œuvre de Luc, païen converti et fidèle compagnon de saint Paul (// Timothée i\,. il ; — Coloss. iv, H, H; — Philémon, 24). Selon l'opinion commune, il 4oit avoir été écrit sous l'influence di-: recte du grand apôtre des Gentils; mais l'auteur nous apprend lui-même, dans son prologue, qu'il a puisé à afférentes sources {Luc i, 1-8), de sorte que tout ce qu'il est permis d'affirmer avec certitude, c'est qu'il partageait les
sentiments universalistes de son ami. Pour Luc, en effet, Jésus n'est pas le Messie juif, comme pour Matthieu ; il est le Sauveur du monde. Cette tendance paulinienne se manifeste tout d'abord et clairement dans la généalogie qu'il donne de Jésus; il ne commence pas, comme le premier évangile, à Abraham, père* de la nation juive, mais il la fait remonter jusqu'à Adam, le père commun du genre humain. Elle se manifeste encore en ce qu'il fait établir par le Christ, non pas 12 apôtres seulement, selon le nombre des tribus d'Israël, mais 70, chiflre correspondant aux 70 peuples existant sur la terre, selon une ancienne tradition juive {Genèse x). Elle se manifeste enfin dans une foule d'autres particularités de son évangile. C'est ainsi qu il ne parle pas du tout de la primauté de Pierre, tandis qu'il s'attache à rapporter toutes les paroles de Jésus favorables à l'universalisme, et qu'il se plaît à opposer les bonnes dispositions des Samaritains et des païens, à l'égard de l'Evangile, àl'opiniâtre aveuglement des Juifs. Ce silence gardé par Luc sur la suprématie de saint Pierre suffirait seul pour prouver l'influence paulinienne sous laquelle il a écrit ; et s'il était nécessaire d'en apporter de nouvelles preuves, nous citerions son récit de l'institution de la Pâque [Luc xxii, lO-SO"), qui s'accorde avec / Corinthiens, xi, 23 et suiv., beaucoup mieux qu'avec Matthieu, xxvi, 26-29 ou Marc xiv, 22-25, et plusieurs paraboles qu'il met dans la bouche de Jésus et qui sont en parfait accord avec la théorie paulinienne de la justification par la foi sans les œuvres {Luc XA', H et suiv.; xvii, 7-10; xviii, 9-14).
Luc a dédié son livre à un personnage, d'ailleurs inconnu, mais qui devait être étranger à la Palestine, puisqu'il a soin de lui expliquer la situation géographique des
lieux dont il lui parle {Luc i, 26; iv, 31; viii, 26; xxiv, 13). Son grec est, en général % plus pur que celui des autres évangélistes et sa construction plus régulière; mais, à rinstar des historiographes hébreux, il se borne à copier les documents qu'il a sous les yeux, sans se permettre d y faire d'autres corrections que celles qu'il croit absolument nécessaires pour la vérité de ses récits; aussi peut-on affirm,er avec certitude que, s'il avait connu la généalogie de Jésus donnée par Matthieu, il l'aurait reproduite avec d'autant plus d'empressement, que l'Église primitive avait tout intérêt dans sa polémique contre les Juifs, à faire descendre de David le Messie en ligne directe plutôt qu'en ligne collatérale. Or, la tendance apologétique est plus évidente encore dans Luc que dans Matthieu. Lorsque Luc écrivit son évangile, le fait évangélique, dans sa simplicité, ne satisfaisait déjà i)lus les Chrétiens avides de merveilleux, comme la foule ignorante, et fort désireux de relever la gloire du fondateur de leur religion. C'est ce que l'on peut conclure du caractère légendaire, plus frappant encore dans son livre que dans celui de Matthieu. Ce développement de la légende est une preuve certaine d'une origine plus moderne, et à cette preuve interne s eu ajoute une autre qui vient à l'appui, c'est que la parousie n'est plus rattachée par Luc, comme par Matthieu et par Marc, à la prise de Jérusalem qu'elle devait suivre immédiatement [Matth. XXIV, 33-35; Marc xm, 30-31 ^; Luc admet déjà un intervalle entre les deux événements {Luc xxi, 9, 24-25); peut-être môme, comme saint Paul, n'attendait-il le second
' Dans certains rrn'p'mcnls, par cxcnnple cba|». i, 5-ii, 30, il se fait remarquer par de nombreux liéhraÏNmes, qui prouvent l'origine palestinienne des documents où il puiitait.
arénement du Christ qu'après la conversion des païens [Romains xi, 2S\
Saint aean.
Wegscheider, y«rsuch einer vollstândîged Einleilang ia das Evang'elium Johannis, Gôttinfr., 1806, in-S". — Ballenstedt, Philo «nd Johannes oder fort^esetzte Anwendang des Philo zur Interprétation der Johannes Schiilton, G ôtling., 1812, in-8*. — Brelschneider, Probabilia de Evangelii el Epistolarum Johannis Apostoll indote et origine, Lips., 1820, in-8"*. — Lûche, Commentar (îber die Schriften des Evnn^relisten Johannes, 2' édit.^Bonn, 1833, 4 vol. in-8". — Tholuck, Commentar zu dem Evnngelio Johannis, 5*" édit., Hambourg, 1837, in-8'. — LûtseU berger^ Die kirchliche Tradition ûber den Apostel Johannes und j^eine Schriften in ihrer Grundlosigkeit nachgewiesen, Leipzig, 1840, in-S". — Bruno Bauer, Kritik der evangelischen Geschichte des Johannes, Brème, 1810, in-8'. — Schweizer, Das Evangelium Johannis nach seinem innern Werlhe und seiner Bedeutung fur dasLeben Jésus, kritisch untersucht, Leipzig, 1841, in-8''. — Hilgenfeld, Das Evangelium und die Briefe Johannis nach ihrem Lchrbegrifre dargestellt, Ifaile, 1849, in-8«.
Le quatrième Évangile, nous Tavons déjà dit, diffère essentiellement des trois premiers; c est moins une histoire de la courte vie de Jésus, qu'une dissertation théologique tendant à prouver que Jésus est le Logos incarné, et à peindre sa lutte de plus en plus ardente, comme principe de vie et de lumière, contre l'incrédulité juive ou Tempire des ténèbres et de la mort. Ce qui frappe surtout à la première lecture, c'est que Tauteur revêt ordinairement les discoui's qu'il fait tenir au Christ d'une subtile métaphysique, d'une forme dialectique et dialoguée, allégorique et mystique, qui contraste étrangement avec la forme didactique, gnomique et parabolique sous laquelle se présentent
dans les trois synoptiques les enseignements du prophète de Nazareth, forme beaucoup plus analogue à la méthode des rabbins et beaucoup plus propre à graver les leçons du maître dans là mémoire de ses auditeurs. Ce qui frappe ensuite, c'est qu'il met dans la bouche de ses interlocuteurs, même d'un Nicodème, docteur de la loi et membre du sanhédrin, des objections et des réponses d'une naïveté si invraisemblable, d'une absurdité si grotesque, qu'on ne peut y voir qu'un dessein prémédité de présenter les adversaires du Christ comme des gens de l'intelligence la plus bornée en fait des choses divines ^ Ce qui frappe encore, c'est qu'il agrandit le champ de l'activité de Jésus, en ne le circonscrivant pas à la Galilée, mais en l'étendant à toute la Palestine et en le plaçant de préférence dans la Judée et à Jérusalem, où il fait faire à Jésus plusieurs voyages, tandis que les synoptiques et notamment Luc, qui a recueilli avec tant de soin tout ce qui s'était publié ou se disait sur la vie du Sauveur, ne le font aller qu'une seule fois depuis son enfance dans cette ville où il devait mourir *.
Une lecture plus attentive nous fait voir en outre, que l'auteur du quatrième Évangile nous présente la doctrine de Jésus à un point de vue spiritualiste, mystique . et universaliste; pour lui, le Christ n'est pas le Messie, mais le Sauveur du monde, et le seul miracle ou plutôt le plus important de tous les miracles, c'est l'incarnation du Verbe éternel. Voilà pourquoi il néglige presque entièrement les
« Voy. par ex. Jean m, 4, 9; iv, 11- 15, 33; vi, 34, 42, 52; viii, 19, 22, 33, 41. 52-53; XI, 12; xiv, 5, 8; xvi, 17 et suiv.
2 Marc XI, 11, nous fournit même un indice que dans l^opinion de Tévangéliste, il n*y était jamais allé auparavant; autrement il aurait montré moins de curiosité.
doctrines démonologiques et messianiques des Juifs, pourquoi il passe sous silence la plupart des faits miraculeux racontés par les synoptiques, et pourquoi il insiste sur lia nature divine de Jésus et sa médiation indispensable plus que sur ses actes, ses préceptes moraux, sa mort même et sa résurrection. Dans son évangile, Thumain disparait dans le divin, le naturel dans le surnaturel; en un mot, on s'aperçoit sans peine, pour peu que Ton ait une connaissance même superficielle des systèmes philosophiques qui dominaient dans les écoles au second siècle de notre ère, que Févangéliste n'était point étranger à cette philosophie spéculative des Juifs alexandrins qui se plaisait à disserter sur rÊtre invisible et le Logos sa manifestation, en même temps qu'elle s'efforçait de donner une direction meilleure à la spéculation sur les rapports de l'ancienne révélation avec la révélation nouvelle. Toutes ces raisons et d'autres encore * concourent à justifier l'hypothèse émise déjà depuis longtemps, que le quatrième Évangile ifa pas été écrit par un Juif palestinien. Le gi^ec y est d ailleurs plus pur, plus doux, plus coulant que dans aucun autre livre du Nouveau Testament, quoiqu'il offre dans les constructions gi'ammaticales et jusque dans certains lùots détournés de leur signification ordinaire ^ un caractère particulier, qui donne au style quelque chose de vague, de mystérieux, d'obscur; malgré sa clarté appa-
* Uq j air de la Palestine aurait su qu'il n'existait p»s de Béthanie au-delii dn Jourdain; il n'aurait pas appelé le torrent du Gédron, T'HIp le torrent des cèdres (y eifAa^^ç tcov xéâpcov] , et il n'aurait pu ignorer que les fonctions de grandprétre n'étaient pas annuelles {Jean i, 28; xviii, 1; xi, 51), mais que Caîphe les avait remplies pendant tout le procuratorat de Ponce Pilate.
2 Par ex.. (îXi^ôetav irowîv, ^vàffxaffiç Çoitiç, àpiapTi'«v l/'^^i ànépyi^ax ilç T^ Ô7r(<ro), Y^vvTjOvivat JvcoOsv, tivott Ix xwv xdxo), etc.
rente, obscurité que de fréquentes ellipses de Tarticle et des pronoms, de nombreux énallages et l'emploi répété de Tasyndéton contribuent encore à augmenter.
A une hypothèse qui semble aussi solidement fondée en raison, ses adversaires ne trouvent guère à opposer que la précision de certains détails Jean i, 35 et suiv.; xiii, 24; xvui, 18; XIX, 26 et suiv.; xx, 2 et suiv.'; mais tout ce que Ton serait en droit d'en conclure, c'est que Tauteur a puisé ses renseignements dans une tradition plus exacte et plus fidèle; encore ne doit-on pas oublier que le contraire arrive 'aussi quelquefois (comparez, par exemple Jean vi, 5 avec Matth, xiv, 15; xv, 32 , et que le quatrième évangile présente des lacunes bien étonnantes. C'est ainsi qu'après nous avoir montré Jésus a Jénisalem {Jean v, T,' ille transporte en Galilée brusquement sans transition yjean vi, 1), et ce qu'il y a de plus étrange encore, qu'il ne parle pas de l'institution du baptême, ni de celle de la Cène, ni de l'Ascension, sur lesquelles les synoptiques s'étendent longuement. Faut-il en conc'.ure qu'il ne connaissait pas les récits des autres évangélistes? Mais cette opinion paraît insoutenable en présence de l'identité de plusieurs passages, comme Jean xir, 8, cf. Matth. xxvi, 11 ; Jean xii, 25, cf. Matth. x, 39;— J^an xm, 20, cf. Matth. x, 40. Ou bien doit-on admettre que le quatrième évangéliste n'a pour objet que de compléter et de rectifier les trois autres? Il est ceilain en effet qu'en plusieurs cas, son récit s'éloigne plus ou moins-de ceux des synoptiques ',
* Voy. par ex., Jean i, 35-52, comp. h Matth. iv» 18 et suiv. ; Marc i, 16 et siiiv.; Luc V, l et suit. — Jean ii, 13-2Î, comp. à Matth. xxi, 12 et suit. ; Marc xi, 15 et suiy ; Lut xix, 45 et suiv. — Jean xviii, 28; xix, 31, comp. k MaUh, xxvi, 17 et suiv.; Marc xiv, 12-17; Luc xxii, 7-16.
notamment sur le jour de la mort de Jésus, qu'il place, non pas le 15 nisan comn\e ces derniers, qui commettent évidemment une erreur, puisque les Juifs, si scrupuleux observateurs de la Loi, auraient violé toutes les prescriptions légales en Tarrêtant, le condamnant et le faisant exécuter après Touverture de la fête des pains sans levain ', mais le 14, c'est-à-dire avant la célébration de la Pâque, qui avait lieu le soir de ce jour-là*. Cependant on remarquera que jamais il ne redresse les synoptiques en termes exprès; et comme il lui arrivé dans d'autres cas, de raconter les mêmes faits sans y faire aucune rectification notable ^ il est évident que cette dernière conjecture n'est pas plus soutenable que l'autre.
Que conclure de tout ce qui précède? C'est que l'examen attentif du quatrième évangile prouve la fausseté de la tradition qui l'attribue à Jean le Zébédéide. Nous aurons FoCcàsion de revenir sur ce sujet à propos de l'Apocalypse; en attendant, il suffira de faire remarquer que cette tradition ne s'appuie sur le témoignage clair, positif d'aucun Père de TÉglise avant la seconde moitié du n* sièc'.e. Ni Polycaqie, niPapias ne parlent de cet évangile comme de l'œuvre de saint Jean.
Tel qu'il est arrivé jusqu'à nous, le quatrième évangile porte le cachet évident de l'unité de rédaction; c'est le
^ La ^âqne se mangeait le soir du 14 nisan et depuis le 15 jusqu'au 21 du même mois se célébrait la fête des pains sans levain {Exode xii, 18; Lévitique xxiii, 5), qui n'était vraisemblablement que la fête du printemps célébrée par presque tous les
' ^ peuples de Tantiquité.
^ ^ J! est donc clair que le quatrième évangile ne parle pas de Tinstitution de la
Cène. Le dernier souper que Jésus prit le 13 nisan avec ses disciples ne pouvait être le repas p'ascal (cf. Jean xm, 1 , 28).
* Voy. par ex. Jean vi, 16 et suîv., comp. à Matth, xiv, 22 et suiv.; Mare vi, 45 et suiv. — Jean xviii, 10, comp. à Matth. xxvi, 51; Marc xiv, 47. — Jean x«iii, 39, eomp. à Matth, xxvif, 15; Mare xv, 6,
développeraent historique et concret d'une thèse philosophique posée dans le prologue {Jeaniy 1-18) en formules abstraites et transcendantes; cependant il a dû subir dans le cours des siècles des interpolations plus on moins considérables. Sans parler de Jean iv, 2, qui contredit Jean in, 22; de Jean vi, 4, qui ne se rattache ni à ce qui précède ' ni à ce qui suit; de la péricope vu, 53 — viii, 11 qui ne se trouve pas dans les plus anciens manuscrits \ le chapitre xxi tout entier y a été évidemment ajouté par im écrivain postérieur, comme le prouvent Thyperbole du vers. 25, la manière maladroite dont Jean est désigné, vers. 20; Tattestation de sincérité qui lui est donnée, vers. 24, et surtout l'observation contenue dans le vers. 23, observation qui suppose la mort de Jean, comme le vers. 19 suppose celle de Pierre.
lies Actes ée» Apôtres.
Morust Versio et expUcatio Actuum Aposiolorum, édit. Dindorf, Lips., 1794, 2 vol. in-8*. — Riehm, De fontibiis Actuum Apostolorum, Traject., 1820, in-S**. — HUdebrand, Die Geschichte der Apostel Jesu, Leipzig, 1824, in-S". — Ànger, De temporum in Àctis Apostolorum ratione, Leipzig, 1833, in-8®. — Schneckenburger, Ueher den Zweck der Apostelgeschichte, Berne, 1841, in-8". — Baumgarten^ Die Apostelgeschichte, Halle, 1852, 3 toI. in-8".
Les Actes des apôti'es ou Thistoire des origines de F Église chrétienne, embrassent une période d'environ trente ans, ainsi que le montrera le tableau suivant :
' Voir les raisons que Ion a d'ailleurs de douter de Tauthénticité de cette
An 33.
chap.
An 50.
chap.