XXVII-XXVIII
Ds se divisent en deux parties bien distinctes : Dans la première (chap. i-xii), le héros principal est Pierre, tandis que la seconde (chap. xiii-xxvni), moins générale et plus historique, s'occupe exclusivement de Paul. Le but de l'auteur n'est pas seulement de peindre le développement du christianisme chez les Juifs d'abord, puis chez les Païens; il veut encore' évidemment, en adoucissant l'opposition radicale de l'universalisme de Paul et du particularisme de Pierre, nous montrer Paul comme essentiellement d'accord avec Pierre et ses collègues, et le placer sur la même ligne que les autres apôtres de Jésus. Cette tendance irénique décèle en lui un partisan de Paul, qui consentait à acheter au prix de quelques concessions la reconnaissance de son parti par les Judœo-Chrétiens; et qui, dans cette intention,* s'attachait à mettre en lumière la conformité des doctrines de leurs chefs, tout en dissimulant leurs divisions. On en a conclu que l'auteur des Actes est réellement identique avec celui du troisième évangile, c'est-à-dire Luc, le compagnon de Paul, et cette opinion s'appuie non-seulement sur son propre témoignage {Act, I, 1-2, cf. Luc xxiv), mais sur la tradition du n*' siècle. Cependant ne serait-il pas étrange qu'im des compagnons les plus fidèles de l'apôtre nous eût transmis sur son compte
péricope, dans Paultis^ Commentar liber das Neue Testament, Lubeck, 1804, 4 vol. in-8% t. IV, p. 394 et auiv.
des renseignemeuts non-seulement incomplets ou incertains *, mais erronés '^ et quelquefois contradictoires ' ? Ce qui corrobore le doute, c'est que Fauteur des Actes commet plus d'une fois des anachronismes qu'on ne devrait attendre ni d'un Juif ni d'un contemporain des Apôtres. C'est ainsi qu'il affirme {Actes vu, 4) qu'Abraham sortit de Charran après la mort de son père Tharah, tandis que, d'après Genèsexi,M, comparé avec Genèsexi, 26, Tharah vécut encore soixante ans; ou bien qu'il fait parler par Gamaliel {Actes V, 3G', de la révolte de Theudas comme d'un événement passé déjà depms quelque temps, tandis que nous savons par Josèphe ^ que sa révoltç n'eut lieu que sous le règne de Claude, c'est-à-dire quatorze ou quinze ans plus tard que le discours de Gamaliel. Le compagnon d'un apôtre, qui avait reçu une éducation libérale, n'aurait-il pas été mieux renseigné?
Quoi qu'il en soit, les Actes ont été écrits après le troisième évangile qui n'a pu être rédigé lui-même, comme nous l'avons dit, que plusieurs années après la prise de Jérusalem. Si donc Fauteur s arrête u Tan 63 de notre ère, il faut en conclure qu'il ne l'a fait que faute de documents ou de loisir. Son style, au reste, d'une clarté et d'une précision qu'on ne rencontre pas toujours dans l'Évangile, présente moins de négligences, d'ellipses, de pléonasmes, de mots détournés de leur signification ordinaire qu'aucun autre livre du Nouveau Testament, excepté l'Épître aux Hébreux qui ne lui cède ni en simplicité, ni en pureté de langage.
* Comp. Acteg xi, 30 et GalaUs ii, 1.
2 TiOmp. Actes ix, 20 et xxii, 17, avec Gai. i, 17 et suiv. ; xvii, 14 et suiV. ' Comp. Àcus IX, 3 et ftuiv. avec Àct, xxii, 6 et suiv.
* Josèphe, Anliq. jiid., lib. xx, c. 51 § I.
l/Apôire Paul.
Uemten, Der Apostel Paulus, sein Lebens^irken und seine Schriflen, édit. Lûcke, Gôttiog., 1830, io^. — Schrader, Der Apostel Paulus, Leipz., 1830 1834, 4 Tol. 10-8". — Kôllner, Ueber den Geist. die Lehre und das Leben des Aposiels Paulns, Dannstadt, 1835, iD-8«. — Baur^ Paulug, der Apostel Jesu*GhrtsU,sein Lebeu und Wirken, se\m Briefe und neine Lehre, TUbing., 1845, in-8*.
Né à Tarse, ville qui possédait alors iine académie grecque florissante et dont les habitants, renommés par leur culture intellectuelle, avaient obtenu d'Auguste de grands privilèges ', Saiil Siw ou le Désiré, nom qu'il changea plus tard en celui de Paul, on ignore à quel propos, était le fils d'un juif de la tribu de Benjamin, qui était allé s'établira Tai-se, où il jouissait, on ne sait à quel titre, des droits de citoyen romain. Son père, pharisien zélé, le destinait à la profession de rabbin; il l'envoya donc de bonne heure à Jéiiisalem suivre les leçons de Gamaliel, le successeur du célèbre Hillel, qui, tant qu'il avait vécu, avait défçndu contre le rigorisme de Schammaï les principes d'un pharisaïsme modéré et tolérant. Tout en suivant les leçons de son maître, Paul, selon un usage généml alors chez les docteurs juifs ^, apprit un métier, celui de faiseur de tentes. Il n'existe nulle part le moindre indice qu'il ait eu
* Dion Chryxostome, Orationes» édit. Heiskc, t. II, p. 36. — î^yssohrif De Judaeoruin sob Cesaribus conditione et de legibus eos spectantibus. Logd. Btftav.. 1828, in-8*.
2 Talmud, Kiddouschim, fol. 30.
l'occasion de connaître pei'sonnellement Jésus; la chronologie s'y oppose d'ailleurs, et son zèle fanatique pour la religion juive suffit à expliquer son antipathie violente contre la doctrine nouvelle. Il prit une part active aux persécutions dont la mort d'Etienne fut le signal, en sorte que le sanhédrin, charmé de son ardeur et voulant exploiter son fanatisme, le chargea de poursuivre jusqu'à Damas les chrétiens qui s'y étaient réfugiés. C'est pendant ce voyage, l'an 37 ou 38 de notre ère, qu'un événement *, dans lequel beaucoup persistent à voir un miracle, tandis que d'autres l'expliquent très-naturellement par la disposition d'esprit dans laquelle Paul se trouvait % par l'obsession maladive d'une idée fixe, vint opérer une complète révolution dans ses sentiments, et faire du persécuteur le plus acharné du christianisme, son plus actif, son plus intrépide propagateur.
La conversion de Paul eut pour le christianisme nais-
* Nous avons dans les Actes mêmes une triple relation de cet événement {Àct. ix, 1-30; XXII, 1-^t; xxvi, 4-23}, avec des variantes notables, qui prouvent combien peu les écrivains du Nouveau Testament tenaient à la vérité sévèrement historique.
3 Ammon, De repentinfi Pauli ad doctrinam Christi conversione, Erlangen. 1792* in-k", p. 17 : Haeserat adhuc alta mente reposita Stephani roortem generosissimam obeuntis memoria, quum, literis summi sacerdotis monitus, ad extirpandos Christi discipulos Damascum peterat. Sed equitem peditemve comitari solet alracura, neque Saulus antea ad conscientiae vocem iu oecalfuisse putandus est, ut in itinere omoem animi alTectum imperio enervati inquietudinem evitare potuisset. Transibat forte cum vise sociis amaenissimam Damasci vallem montibus peraltis exomni parte clausam, quum circa meridiem fulgur inexpeclatum oculos ejus praestringeret tirotdumque viatorem ad terram prostemeret. Observabatur sine dubio synedrii hierosolymitanî emlssario schechinœ species et metus, cui tonitru subséquentes fragores per résonantes montes repetiti (idem facere videbantur. Quas cogitationes, quaeso, cum auxius in terram provolveretur, prius subilsse animum putemus hisce : certe nunc paenas dabis impiae ChrisUanorum persecutionis : Christus ipse, ad Jehov» dextram, ut vere discipuli ejus docuerunt, exaltatus, tibi judex adparet scelerum vindiclam sumens : quam ut eiïugias statim libi, ubi intraveris urbem, liberatus a metu, ad meliorem mentem redeundum est.
sant les conséquences les plus heureuses. Si elle n'avait pas eu lieu, la religion nouvelle restait vraisemblablement enfermée dans les étroites limites du judœo-cliristianisme, une secte juive sans ressort et sans avenir. C'est à Paul qu'elle doit le caractère universaliste qui la distingue et qui a abaissé devant elle les barrières du monde païen. Après un court séjour à Damas, Paul se rendit en Arabie où il passa quelques mois, à ce qu'il semble; puis il retourna à Damas et de là, au bout de trois ans seulement, à Jérusalem, où il fit la connaissance de l'apôtre Pierre et de Jacques, le frère de Jésus {Galates i, 18 et suiv.). Les Actes, qui gardent le silence sur le séjour de Paul en Ara- ^ bie, mais qui parlent assez longuement de son premier voyage à Jérusalem après sa conversion {Actes ix, 26-30), nous apprennent qu'au bout de quelques jours, ses nouveaux coreligionnaires, pour le soustraire à la haine des Juifs, le firent partir pour Tarse, sa ville natale {Act. ix, 30 ; GaL 1, 21); mais ils se taisent sur le temps qu'il y séjourna. Nous le retrouvons à Antioche, où il prêcha un an {Act. xi, 28-26) et où il fonda ime église florissante dont les fidèles prirent les premiers le nom de Chrétiens ; puis à Jérusalem, où il était allé porter avec Bamabas le produit d'une collecte {Act. XI, 30). C'était le second voyage qu'il faisait dans cette ville depuis sa conversion.
Quand il ftit de retour à Antioche, les anciens de l'église, après lui avoir imposé les mains, l'envoyèrent prêcher l'Évangile parmi les Païens, et il se mit bientôt en route, accompagné de Bamabas. Dans ce premier voyage de mission, qui dura plusieurs années, il visita Séleucie, à l'embouchure de l'Oronte, Salamine et Paphos dans l'île de Chypre, Perge en Pamphylie, Antioche en Pisidie, Ico-
nium, Lystre et Derbe en Lycaonie, et de eette dernière ville^ en repassant par Lystre et la Pisidie^ il alla s'embarquer à Attalia pour retourner directement à Ântioche^ où il trouva régUse en proie à des dissensions intestines provoquées par les Jud»o-Chrétiens. C'est apparemment dans ces circonstances qu'éclata entre Pierre et lui un vif dissentiment^ qui fut sans doute la cause principale du troisième voyage que Paul fit à Jérusalem, où il assista à ce que Ton est convenu d'appeler le premier concile {AcL xv). Peu de temps après son retour à Antioohe et au moment où il se préparait à entreprendre son second voyage de mission, la mésinteliigence se mit eiatre lui et Bamabas au sujet de Marc dont il ne voulut point pour compagnon d' œuvre, et il dut se mettre en route avec Silas, qui le suivit à travers la Syrie et la Cilioie jusqu'à Derbe et à Lystre, ou Timothée se joignit à lui. Traversant ensuite assez rapidement la Phrygie, la Galatie, la Mysie, la Troade, il s'embarqua pour l'Europe, passa par Samothrace, visita successive^ ment PhiUppes en Macédoine, Amphipolis, ApoUonie, Tliessalonique, Bérée, Athèaes et Corinthe, où il s'arrêta un an et demi, puis il retourna par mer à Éphèae et par Césarée à Antioohe {Aet^ xvi-xvin). Mais bientôt, ©ntniné par son activité dévorante, il se remit en route pow accomplir son troisième voyage de mission à toav^ra la Galatie et la Phrygie jusqu'à Éphèse {AôU xyih, 81 et fluiv.)> où il séjourna deux ans et trois mois {Aet. Xix, 8, iO). Chassé de cette ville par une émeute, il retourna eo Macédoine, visita l'Achaïe (ici. xx, 1 eteuiv.)^ et s'eml^arquant à Philippes pour la Troade {Àcu xx, 6), il se fendit h pied de Troas à Assos, ville maritime de la Mysle, d'où il gagna par Mitylène et Tyr {Aci. xx, 14; xxJi, l et wiv,) Cé««^e
et Wfii^ Jérusalem, ^ J'approche des fêtes de la Pentecôte. Cfi^ fut le quatrième et ^e^nier voyage qu'il fit dans la capitale du judaïsme. Jitsque-là il avait su, par sa prudence et avec le secours des chrétiens, échapper à toutes les embûches de ses nombreux ennemis. Il fut moins heureux cette fois. Arrêté dans un tumulte populaire, il fut reconduit à Césarée sous bonne escorte et, après avoir subi deux interrogatoires, envoyé finalement à Rome sur son appel à Fempereur. Ayant fait naufrage sur l'île de Malte, il n'arriva à Rome qu'au printemps de l'année suivante et il y p^^^sa 4?^^ ai(? en sqry^iUance. Sa vi^ dès lors n'est plus connue que par la tradition. Elle raconte que remis en liberté, il fut arrêté de nouveau sous Néron et condamné à mort avec Pierre ' ; mais ripn dans l'histoire ecclésiastique ïi'(3st plus incertain que dette seconde détention ^. Au reste, ce n'est pas là la seule difficulté que présente la vi^ 4 rea^plie de çaint Paul; sa biographie; ^n ofire aussi et . de sicoftsidérables au point de vue de la chronologie, que, malgré left travfiux récei^ts de Schott ^ et d'Anger *, tout ce qu'il est possible d'af&rmer, non pas avec une entière c^tude, mais avec une grande vraisemblance, c'est que 969 tms voyages 46 ipission let son arrestation tombent entre Xm i4i fl^^ cer^ifle de la flaort d' Agrippa {AcL xii), et l'an 60, d^tp probable dç l'arrivée §n Judée du pro-
« Eu^e, ffMi, ecclés. ii, 22, 25.
3 DmXf'Ùe loco Eusebîi, qui de altéra Failli captiviiate agit, lena, 1819, in-4''. — Wo^, BisserUtlo de altéra Paoil ipostoli capUiritaie, Leipz., t819-:20, 2 part., in-4». — Sehefike}, pie zweite Gefangenschaft des Âpostels Paulus, nach neuen GeuchtspunWea gepriift, dans les Theologische Studien imd Kritiken, an. 18 U, c»b. 1.
' SehoU, Erorterungen einiger |wichtigen chronologischen Puncte In der Lebeusgescbichte des Pautus, lena, 1832, in-S".
* Anger^ De temporum in Actis Appstolorum ratione, Leipz., 1833, in-8*.
curateur Festus [Act. xxiV;, 28). Entre ces deux termes extrêmes, les chronologistes répartissent ainsi les divers événements de sa carrière apostolique.
EIGHHORN.