INTRODUCTION
Objet de U Tkéolo|pte blbUqM.
La Théologie biblique ou Théologie de la Bible a pour objet Texposition systématique des idées religieuses contenues dans la Bible. Son premier devoir, comme science purement historique, est de considérer ces idées en ellesmêmes et de traiter ses données avec autant d'indépendance que s'il s'agissait d'une théorie religieuse ou philosophique quelconque; c'est-à-dire qu'elle doit rester en dehors de tout préjugé confessionnel, ne voir que le texte, interprété par une herméneutique consciencieuse, conformément aux lois de la grammaire et du génie des langues, sans s'inquiéter des subtilités des théologiens de telle église, de telle secte, de telle école. Un second devoir, non moins impérieux pour elle, c'est de constater la valeur historique, de s'assurer de l'authenticité,. de l'intégrité, de la crédibilité, de l'authenticité des documents sur lesquels elle s'appuie , de leur âge relatif, de leur mode
de rédaction, en d'autres termes de rechercher, au flambeau d'une rigoureuse critique, en faisant aux textes bibliques l'application des mêmes règles exégétiques qu'à tout autre texte ancien et sans se préoccuper du résultat possible, l'origine de ces documents, les remaniements qu'ils ont pu subir dans la suite des âges, et l'influence qu'ont dû exercer la personnalité des écrivains sacrés, les circonstances différentes de temps et de lieux où ils ont vécu, puisque s'il est impossible d'accorder à un écrit d'une authenticité douteuse la même autorité qu'à un livre dont l'authenticité est inattaquable, il n'est pas moins important de ne pas attribuer à un siècle des opinions qui n'ont eu cours qu'à une époque postérieure.
lia Bible, sonree principale de la Théolo^e biblique.
Eichhorn, Kritiscbe Schriften, Leipz., 1795-1814, 8 vol. in-8", — Bertholdt, Hislorisch-kritische Einleitung in sâmmtliche kanonische und apokryphische Schriften des A. und N. Testaments, Erlangen, 1812-1819, 6 vol. in-8". — Home, An introduction to the critical study and knowledge or the holy Scriptures, 6* édit., Lond., 1828, 4 vol. in-S". — Janssens, Herméneutique sacrée ou Introduction à rÉcriture sainte en général et en particulier à chacun des livres de TA. et du N. Testament, à l'usage des séminaires, trad. du latin par Pacaud, Paris, 1828, 2 vol. in-S". — Scholz, Einleitung in die heiligen Schriften des A. und N. Tes Uments, Cologne, 1845-48, 3 part., in•8^
La Bible, ^ p(6Xoç, ou le Livre par excellence, recueil des documents religieux sur lesquels se fondent la religion juive et la religion chrétienne, se compose de deux parties principales : V l'Ancien Testament, isp, le Livre de l'alliance, ^ na^aii Siaôïjxr,, et 2** le Nouveau Testament, ^ xaiv/, 8ia0r>vj ; ces documents, quoique très-différents pour
le fond et pour la forme, offrent entre eux un air de parenté qu'ils doivent au monothéisme, leur principe commun.
Aiteien Testament.
CarpsoVj lotroductio ad libros canonicos, propheticos, poeticos et historicos Bibliorum Veteris Testament! praecognita critica et historica ac aoctoritatis vindicias exponens, 2* édit., Leipz., 1727-1731, 2 vol. in-â". —,Eichhom, Einleitung in das Alte Testament, 4* édit., Gôtting., 1823 et suiv., 5 vol. iji-8*. — Jahn, Introduclio in libros sacros Veteris Testament!, Vienne, 1814, in-S". — Cellériert Introduction à la lecture des livres saints de l'Ancien Testament, Gcn., 1832, in-S". — Hàvemickj Handbucti der historisch-kritischen Einleitung in das Alte Testament, Erlangen, 1836-1849, 3 vol. in-8'. — Hengstenherg, Beitrâge zur Einleitung in's Alte Testament, Berlin, 1831-1839, 3 vol. in-8\ —De Wetle, Lehrbuch der historisch-kritischen Einleitung in die kanonischen und apokryphischen Bûcher des Alten Testaments; 7* édit., Berlin, 1852, in-S». — Keil, Lehrbuch der historisch-kritischen Einleitung in die kanonischen Schriften des Alten Testaments, Frankf., 1853, in-8**. — JCuenen, Histoire critique des livres de l'A. T., trad. en franc., Paris, 1866, in-8% V I.
Les livres de TAncien Testament se divisent en canoniques et en apocryphes. Les premiers, au nombre de 39, ont été recueillis, non pas par Esdras ou par Néhémie, comme le veut une tradition *, que contredit l'admission dans le canon de livres d'un âge postérieur à ces deux hommes célèbres, mais évidemment pendant la période de temps qui s'écoula depuis le retour de l'exil jusqu'aux Maccabéés, période où le rétablissement du culte mosaïque devait éveiller l'attention sur tout ce qui s'y rattachait *.
* n Macc. II, 13.
2 La première mention, d'ailleurs assez vague, que Ton rencontre d'un semblable recueil, se trouve dans le prologue de TEcclésiastique, vers, 7, ouvrage qui ne remonte pas vraisemblablement au-delà de l'an 180 avant Jésus-Christ.
Ces 39 livres canoniques ne sont certainement pas les seuls que les Juifs possédassent, car il est question dans l'Ancien Testament même de plusieurs ouvrages, qui se perdirent, peut-être pendant l'exil. Le Talmud, qui n'en Qompte que 24 *, les divise en trois parties, selon le degré d'inspiration des auteurs : 1** la Loi, niin, ou les "cinq livres de Moïse : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome; — 2® les Prophètes, subdivisés en premiers Prophètes D-'JittTN"] n"'N^:i3 : Josué, les Juges, Samuel, les Rois, et en seconds Prophètes/ Q^^iin^t d^>^'*?^, ou Prophètes proprement dits : Jérémie, Ezéchiel, Esaïe avec les douze petits prophètes; — 3** les Hagiographes, DUins, âY'^^YP»?»» comprenant Ruth, les Psaumes, Job, les Proverbes, l'Ecclésiaste, le Cantique des Cantiques, les Lamentations de Jérémie, Daniel, Esther, Esdras et les Chroniques. La version alexandrine ou la Septante, commencée vers l'an 285 avant Jésus -Christ et achevée en grande partie l'an 130, modifia cette division. Sous le nom de Livres historiques, elle classa les cinq livres de Moïse ou le Pentateuque, Josué, les Juges, Ruth, les deux livres de Sî^^muel et les deux livres des Rois, tous antérieurs à l'exil; puis les deux livres des Chroniques, Esdras, Néhémie et Esther, que la date de leur composition place après le retour de la captivité. Sous celui de Livres didactiques, elle rangea les Proverbes et la Sagesse de Salomon; sous celui de Livres poétiques, les Psaumes, Job et le Cantique des Cantiques; enfin sous celui de Livres prophétiques, Esaïe, Jérémie, les Lamentations, Ezéchiel, Daniel ou les quatre grands Prophètes, Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée,
4 Taîmud, Kaba Bathro, fol. 13, 14, édit. de Venise, 1548.
Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachic ou les douze petits Prophètes.
Outre ces livres dits canoniques, parce qu'ils figurent dans le canon des Juifs palestiniens, la Septante contient un certain nombre de livres apocryphes, produit de la littérature juive déjà en pleine décadence. Ces apocryphes, écrits ou traduits en grec, étaient regardés comme canoniques par beaucoup de Pères de TÉglise chrétienne, qui, dans leur ignorance de la langue hébraïque, ne pouvaient lire la Bible que dans la version alexandrine. Mais les Églises protestantes les ont rejetés, pour s'en tenir au canon des Juifs palestiniens qui, dans leur horreur pour la littérature grecque, refusaient même de les lire. Ils se divisent en deux classes : 1** Livres historiques, comprenant trois livres des Maccabées, le 3* livre d'Esdras, des Additions au livre d'Esther, Judith et Tobie, quoique ce dernier soit plutôt didactique; — 2® Livres didactiques ou moraux, savoir TEcclésiastique, la Sapience, Baruc, TÉpître de Jérémie, le Cantique d'Azarias et des trois enfants, THistoire de Suzanne, FHistoire de Bel et du Dragon, la Prière de Manassé.
Anciennement déjà, les Juifs avaient partagé la Loi en 54 péricopes ou paraschas, n'Tttfns, répondant aux 84 sabbats de leur année bissextile; plus tard, ils divisèrent également les prophètes en haphtharas, n'n^sn qui comme les paraschas, se lisaient dans les synagogues les jours de sabbat'. Cette lecture n'était point l'affaire d'un fonctionnaire spécial de la synagogue; le premier venu
* Ces divisions ne répondaient aucunement à la division en chapitres aujourd'hui adoptée dans l'Église chrétienne, division qui ne remonte pas au-delà de Hugues de Saînt-Cher(t 1262).
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pouvait s'en charger, et il lui était permis d'y ajouter un midrasch ou commentaire explicatif du texte {Mare i, 21 ; VI, 2; Luc IV, 16-30; vi, 6-11; Actes xm, 14 et suiv.), dans lequel il exposait ses propres idées.
Tous les livres canoniques de F Ancien Testament sont écrits en hébreu ', langue sœur du cananéen, du phénicien, de Faraméen et de l'arabe, mais un des idiomes sémitiques les plus pauvres, exceptépour les choses religieuses et pour ce qui touche à la vie des champs. Les voyelles, les accents et les points diacritiques ne datent que du x' siècle de notre ère. Jusque-là le même mot pouvait être lu de deux ou trois manières différentes, ce qui explique, au moins en partie ^, le grand nombre de leçons présentées par les anciens manuscrits. Après la ruine de Jérusalem par Nabuchodonosor, l'an 588 avant Jésus-Christ, l'hébreu, déjà altéré, surtout dans les provinces septentrionales de la Palestine*, par un mélange de certaines flexions, de certaines locutions empruntées à Taraméen, dialecte sémitique plus clair, plus précis, mais moins riche en voyelles, sans vivacité, sans élévation et sans noblesse, devint avec le temps une langue moi1;e et fut remplacé graduellement par le syro-chaldéen ou araméen, qui était devenu la langue vulgaire du temps de Jésus-Christ. Les progrès de cette lente décadence se remarquent déjà dans les livres canoniques de l'Ancien Testament, où Ton trouve non-seule-
* Gesenius, Geschîchte der hebrâischen Sprache undSchrifl, Leipz., 1815, in-8*. — Hartmann, Anfangsgriinde der hebraischen Sprache, Marb., 1819, in-8*..
* Il faut tenir compte aussi des ejfreure des copistes. Supposer que pendant des siècles, la Bible a pu èlre copiée et recopiée des milliers de fois avec la plus scrupuleuse fldélité, serait admettre un miracle permanent et perpétuel.
s Sous Ézécbias, les habitants de Jérusalem ne comprenaient pas encore le dialecte araméen {Il Rois xviii, 26; Éjatcxxxvi, 1 1).
ment des expressions et des formes grammaticales araméennes ou syro-chaldéemies, comme nous le verrons plus tard, mais des fragments entiers écrits en chaldéen, par exemple /^r^mie x, H; Daniel ii, 4- vu; Esdras iv, 8-vi, 18; vn, 12-26.
liiTres historiques de l'Ancien Testament.
Tant qu'ils errèrent en nomades dans les plaines de la Mésopotamie, du pays de Canaan et de l'Egypte, les Hébreux n'eurent d'autre littérature que quelques légendes et quelques chants de pasteurs, dont il nous reste de curieux spécimens. Si Moïse leur fit faire un pas dans les voies de la civilisation et de la culture intellectuelle, l'anarchie de la période des Juges les fit retomber dans la barbarie, et le génie national se borna à produire quelques chants de guerre. Ce fiit seulement après l'établissement des écoles des prophètes par Samuel, et lorsque les conquêtes de David eurent introduit le bien-être et le luxe dans ses États, que les lettres commencèrent à fleurir et l'histoire proprement dite à être cultivée.
En tant qu'ils nous initient aux idées et aux espérances religieuses du peuple hébreu et qu'ils nous font connaître les mythes et les* symboles dont les Israélites revêtirent leurs conceptions religieuses depuis les premiers temps de leur histoire jusqu'à la venue de Jésus-Christ, les livres historiques de l'Ancien Testament ne sauraient être négli-
gés par la théologie biblique. Jusqu'à Texil, ils se font généralement remarquer par la grande simplicité des récits, par un style figuré, souvent rhythmique, s'élevant quelquefois jusqu'à la poésie, surtout quand Fauteur ne se borne pas à raconter les faits; parla multiplicité des documents ethnographiques, ayant tous un caractère mythique et assez souvent contradictoires ' ; par un pragmatisme théocratique, qui, méconnaissant l'invariabilité des lois de la nature et la causalité historique, ne sait pas voir que, dans le monde, tout forme une chaîne non interrompue de causes et d'effets, mais qui rapporte les événements civils ou politiques à une intervention directe, immédiate, personnelle de Dieu dans les destinées de la nation et même des familles, intervention se manifestant par des théophanies, des songes, des miracles, des révélations de toute espèce, par le bonheur terrestre dont est récompensée la piété, c'est-à-dire l'observation des lois théocratiques, et par des calamités physiques dont est puni le péché, principalement l'idolâtrie. Très-rarement l'historien hébreu fait remonter un fait à sa cause naturelle; plus rarement encore il signale la liaison logique des événements et se permet de les juger autrement que par des formules générales, pour ainsi dire stéréotypées. C'est en vain qu'on chercherait dans l'Ancien Testament une chronologie exacte; les quantités y sont le plus souvent exprimées en nombres ronds '. Après la conquête d'Alexandre,
I Comparez, entre autres, Gen., xiv, 7, où il est question des Amalécites dès le temps d'Abraham, avec Gen. xxxti, 12, où Amalec, père des Amalécites, est dit a rrière-petit-fils du même Abraham.
3 On a remarqué que la Bible emploie fréquemment certains nombres auxquels les Hébreux semblent avoir attaché une idée superstitieuse. Ainsi le chiffre 40 revient à chaque instant dans les récits historiques, comnce Gen, vu, 4, 17; viii, 6; xxv,
il est vrai, la chronologie devint plus précise; cependant on p^ut aflSrmer qu'en général la Bible oflfre dans ses livres historiques des anachronismes nombreux, une foule de données inconciliables • et beaucoup de lacunes importantes provenant, soit de l'absence de documents, soit de la négligence des auteurs, qui quelquefois descendent par contre aux plus minutieux détails, en sorte que Ton doit reconnaître qu'au point de vue de Tart, les historiens hébreux sont toujours restés au-dessous des historiens grecs, même antérieurs à Hérodote.
Les livres historiques de l'Ancien Testament sont pour la plupart des compilations, soit d'ouvrages aujourd'hui perdus, soit d'anciennes traditions nationales, peut-être même étrangères, recueillies par des auteurs dont l'individualité ne se trahit jamais, à une époque relativement moderne et avec un respect presque superstitieux pour les vieux documents. C'est ce que prouvent non-seulement le brusque changement du style, quelquefois au milieu d'un récit, mais encore la date relativement moderne de l'écriture. A l'époque patriarcale, on ne trouve pas le moindre indice que cet art ait été connu. Quand Abraham traite alliance
20; xxYî, 34; — Exode^ xvi, 3^5; xxiv, 18; — Nombres, xiv, 33-34; — Deut, ix, 9; — Josué, XIV, 7; — Juges, m, 1 1 ; v, 31 ; xrii^ 1 ; — / Samuel iv, 18; xvii, 16; — // Samuel y, 4; — i Rois xi, 42; xix, 8; tandis que dans les choses religieuses et dans la symbolique des prophètes, c'est plutôt le chiffre 7 qui domine avec son multiple 70, par ex. Gen. ii, 2; vu, 2; — Exode xiiy 15; xiii. 6; xxiii, Il ; XXIV, 9; — Lévit, vni, 33; xii, 2, 5; xiii, 5 et suiv.; xiv, 8; xv, 19; xvi, 14, 29; xxïii, 24, 42; xxv, 4; — Nombres viii, 2; xxxiii, l; — DeuUr, xv, l; — Josué VI, 4, 15; — Juges xvi, 7, 13; — 1 Rois viii, 65; — II Rois v, 10; — Ezéchiel XXXIX, 1*2, 14; XL, 22; xliii, 25; xliv, 26; xlv, 23; — Zacharie m, 9; iv, 2; — Daniel ix, 24.
* Par exemple, comparez Genèse vi, 19-20 et Gen. vu, 2-3; Gen. viii, 20-22 et Gen. IX, 8-17; Gen. xi, 26, 32 et Gen. xii, 4; Gen. xviii, 12-15 et Gen. xxi, 6; XXI, 22-32 et xxvi, 26-33; Exode ii, 18 21 et Exode m, l; iv, 18; xviri, 1; ctc , etc.
avec Abimélec, il plante un chêne à Beersébah comme signe commémoratif de ce pacte (G^n. xxi, 33); quand Jacob se réconcilie avec Laban, il érige une pierre pour monument {Gen. xxxi, 48) de cette réconciliation. Plus tard FExode nous montre Moïse écrivant, par ordre de TÉternel, les ordonnances qui lui sont données sur le Sinaï {Exode XXIV, 4) et gravant sur le pectoral du grand-prêtre les noms des tribus d'Israël {Exode xxvui, 9). Sans doute il n'est pas impossible que le législateur des Hébreux, qui avait été élevé dans les sanctuaires de TÉgypte, s'il faut en croire une tradition fort ancienne {Actes vii, 22, cf. Josèphe, Antiq. lib. H, c. 9, § 7), ait connu l'art d'écrire, quoiqu'il soit difficile de concevoir comment il a pu apprendre l'écriture sémitique, syllabique ou alphabétique, qui diffère essentiellement de l'écriture phonétique des Egyptiens ' ; mais, dans tous les cas, la connaissance de l'écriture n'était pas très-répandue parmi les Hébreux avant Samuel et son école de prophètes, et très-certainement chez eux comme chez tous les autres peuples, dans la première période de leur existence, le souvenir des événements importants se conserva surtout par tradition orale dans des chants populaires, des ballades ou des proverbes *. Le père de famille racontait à ses enfants les histoires du temps passé qui
* Nous nMgnorons pas que l'écriture démoUque des Égyptiens offre de l'analogie avec récriture phénicienne ;^inais au temps de Moïse l'écriture cursive était-elle déjà en usage en Egypte? Voy. Gesenius, Scripturae linguaeque phœnic. monumenta quotquot supersunt, Lips., 1837, 3 vol. in-4% t. 111, tab. I, et Gesebichte der hebrftiscb. Sprache und Schrift, Leipz., 1815, in-S*».
3 Voy. le chant de triomphe des Israélites après le passage de la mer Rouge (Exode xv), le chant de Débora {Juges y), les fragments poétiques insérés dans Genèse is, 2^; Nomb.nxi, [i; Josué x, 12; 1 Samiiel i, 19-27); les proverbes rapportés / Sam., x, VI; xix, 24, etc. Qu'on n'objecte pas qu'il ne pouvait en être de même pour les lois et les ordonnances. Les lois de la Crète vivaient dans la mémoire du peuple, au rapport d'Élien (Varia historia^ lib. II, c. 39, Ludg. Bat.,
intéressaient la tribu telles qu'il les avait apprises de ses ancêtres et ces récits passaient de bouche en bouche, se transmettaient d.e génération en générationsous forme de légendes poétiques, les peuples dans Fenfance ayant coutume de tout se représenter sous des images empruntées à la nature, parce qu'ils n'ont pas encore l'habitude de rien concevoir d'une manière abstraite. Pour aider la mémoire, par un procédé mnémonique naturel à l'esprit humain, on rattachait ces légendes soit à un nom d'homme, soit à un nom de lieu, ce qui n'empêchait pas le souvenir des événements de s'altérer avec le temps; il aurait même fini par se perdre entièrement s'il n'avait pas été fixé par l'écriture dans les livres historiques que nous ont laissés les Hébreux. Mais quand l'écriture s'est-elle répandue parmi le peuple d'Israël? Tout ce que l'on peut dire *, c'est que dès le temps des rois, la Bible nous parle de plusieurs annalistes officiels, Dn;pîp , qui figuraient parmi les premiers fonctionnaires de l'État (/ Rois iv, 2-3; // Rois xvm, 18, 37) et qui pour la plupart appartenaient soit à l'ordre des prophètes, soit à la caste sacerdotale, comme il est permis de l'induire du soin avec lequel l'histoire s'attache à raconter les fêtes et les sacrifices de préférence aux événements politiques ou civils, et de l'uniformité fi'appante de plan et de style; on y découvre partout l'horizon borné du sacerdoce.
' 1731, 2 vol. in-4*); et celles de Cbarondas se conservaient par tradition à Athènes, selon le témoignage d*Athénée {Dipnosophûtarum libri XV, iib. XIV, c. 3, Argent., 1801-1807, 14 vol. in-8*.
* Deutéronome xxiv, 1 , 3, suppose la connaissance de TEcriture répandue et employée même dans la vie civile; mais le Deutéronome étant d*une époque relativement moderne, ces passages sont suspects. Juges iiii, 14, Josué x\ii\, 9; xxiv, 26 ne le sont guère moins.
§8lie Pentatonqae.
À, Th. Hartmann, Historisch-kritische Forschungen ûber die Bildung, das Zeitalter und deii Plan der fûnf Bûiher Mosis, Rostock, 1831, in-S". — Ranke, Untersuchungen ûber den Pentateuch, Erlang., 1834-1840, 2 vol. m-8^ — Landauer, Wesen und Form des Pentatcuchs, Sluttg., 1838, in 8".^ Morers, Historia canonis Veteris Testamenti, Breslau, 1842, in•8^ — Colenso, Tbe Pentateuch and the book of Josbua critically examined, London, 1862-1865, 5 vol. in-8*. — Popper, Der biblische Bericbt ûber die Stiftshûlte, ein Beitrag zur Gescbicbte der Composition und Diaskeue des Pentateuchs, Leipzig, 1862, tn-8'.
Le Pentateuque contient deux parties, une partie histo-^ rique et une pairtie législative, l'une et l'autre conçues au point de vue théocratique : les miracles y abondent; partout Dieu intervient directement. Longtemps Moïse en a été regardé comme Fauteur; mais cette opinion, qui ne peut s'appuyer sur le témoignage du Pentateuque lui-même, et qui est même assez moderne, puisqu'il n'existe aucun indice qu'elle remonte au-delà* de notre ère, ne peut plus se soutenir en présence des objections de la critique historique, comme nous allons le démontrer.
Malgré le rôle important que Moïse a joué comme libérateur du peuple hébreu et comme auteur d'une des plus anciennes et des plus sages législations connues, les renseignements historiques que l'on possède sur sa vie se réduisent à peu de chose. Fils de Hamram et de Jochbed, l'un et l'autre de la tribu de Lévi, il naquit en Egypte, où la civilisation avait déjà fait de très-grands progrès, s'il est vrai que le tombeau d'Osortase, le plus ancien qu'on ait retrouvé jusqu'ici, ait été construit environ 2300 ans avant
Jésus-Christ, et où régnait alors, selon Manéthon ', la 18* dynastie diospolitaine. Les Israélites, ses compatriotes, génûssaieot alors sous une dure oppression, dont la tradition juive rechercha la cause dans la politique du gouvernement égyptien effrayé de la trop rapide multiplication d'une race étrangère et vraisemblablement hostile ^; mais qui n'eut peut-être pour principal motif qu'une intervention active des Israélites dans les troubles civils provoqués par les tentatives de réforme monothéiste qui eurent lieu sous Menephtah ou Aménophis. Quoi qu'il en soit, la tradition juive raconte que le pharaon avait rendu une loi terrible qui condamnait à périr tous les enfants mâles des Hébreux et que, pour soustraire son fils à la mort, Jochbed le cacha au milieu des roseaux du Nil, où il fut trouvé par la fille du roi qui l'adopta {Exode n, 10). Le fond de cette tradition peut être historique ', malgré les invraisemblances que la critique y a relevées. Cîomment, s'est-elle demandé, SI une loi pareille avait existé et si elle avait été exécutée avec tant de rigueur que Moïse n'eût pu être tenu caché que trois mois {Exode n, 2-3), comment pourrait-il se faire qu'à la sortie d'Egypte, c'est-à-dire 80 ans plus tard {Exode vu, 7), on eût compté 600,000 Israélites mâles {Exode xn, 37)? Comment s'expliquer la politique du pharaon, qui redoute la révolte des Israélites et prend les
* Joséphe, Contre Apion, lib., I, c. 26,
3 Dans le passage cité par Josèphe, Manéthon attribue cette persécution aux mesures sanitaires prises par le roi Aménophis pour préserver ses sujets de la lèpre dont les Hébreux étaient infectés. 11 les relégua à l'orient de l'Egypte et les obligea à casser des pierres. Plus tard, raconte-t-il, réunis dans la ville d'Avaris, ils mirent à leur tête un prêtre d*Héliopolis nommé Osarsiphe, qui changea de nom pour prendre celui de Moïse, et qui leur défendit d*adorer les dieux et les animaux sacrés.
* U peut seulement paraître étrange que Moïse ait conservé si peu de relations avec sa mère adoptive qu'il ne soit jamais fait mention d'elle, pas même quand il reparut à la cour du pharaon.
mesures les. plus ropres à les pousser à la rébellion {Exode I, 10)? Comment concevoir enfin qu'il eût chargé de l'exécution de son ordre barbare deux sages-femmes [Exode I, 18) seulement, quand il s'agissait de faire périr tous les enfants mâles d'une population nombreuse, qui menait une vie pastorale et était par conséquent dispersée sur une vaste étendue de pays? Comment enfin, si le jeune Moïse avait été adopté par la fille du pharaon et élevé par elle, s'expliquer le silence profond gardé par les traditions sur ses relations avec elle ou avec la cour égyptienne? Ces difficultés ont fait penser que toute l'histoire de la naissance de Moïse n'est qu'un mythe fondé sur le nom de Moïse n^Ja *. La jeunesse du futur libérateur des Israélites est d'ailleurs tout à fait inconnue. Il avait déjà atteint l'âge viril lorsqu'un meurtre qu'il commit l'obligea à fuir, n trouva un asile dans la tente d'un chef madianite qui lui donna en mariage sa fille Séphora et auprès de qui il demeura jusqu'à ce qu'il eût mûri son projet de tirer ses compatriotes de l'Egypte. Dès lors il entre dans son rôle de prophète, il devient l'instrument de la divinité, il opère de nombreux miracles, soit pour contraindre le pharaon à laisser partir les Israélites, soit pour apaiser les murmures du peuple ou le façonner à l'obéissance, soit pour lui assurer la victoire sur ses ennemis. Enfin, après avoir erré quarante ans dans les déserts de l'Arabie Pétrée, il se rapproche du pays de Canaan*, mais il meurt sans y pénétrer, et
4 Bauff, Hebrâische Mythologie, Leipz., 1802,2 yuI. in-8% 1. 1, p. 264 suiv. Le nom de Moscheh n^est pas hébreu, mais égyptien. Sous sa forme égyptienne, Hoousai ou Moousei (de mo ou mooUf eau, et de ousai, ousei, sauver), ce nom, que la Septante traduit Moousès, signifie donc tiré, sauvé de l*eau, ou plutôt tirant, sauvant de Teau. La légende de Moïse sauvé des eaux est évidemment un mythe étymologique.
''' Ce petit pays, généralement montueux, mais fertile, était alors divisé entre un
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sa mort même est un nouveau miracle {Deutéronome xxxiv, 1-6)*. C'est pendant ce séjour de quarante ans dans le désert et au milieu des difficultés sans nombre que lui créaient la turbulence, l'indiscipline, la grossièreté des Israélites, que Moïse doit avoir composé le Pentateuque, selon l'opinion vulgaire; mais, nous l'avons déjà dit, cette opinion n'est plus soutenable, et voici les raisons qui forcent à la rejeter :
1** Il est impossible que depuis Moïse, qui vivait vers l'an 1500 avant Jésus-Christ, selon Ewald*, jusqu'au prophète Jérémie, c'est-à-dire pendant près de mille ans, l'idiome des Israélites n'ait subi aucun changement, aucun développement grammatical. Ce serait un phénomène unique dans l'histoire des langues, et à ceux qui prétendraient que ce phénomène s'est produit, les philologues objectent certaines sentences proverbiales, certaines formes grammaticales, certains idiotismes qui ont disparu de la langue classique. Or, à l'exception d'un petit nombre d'archaïsmes, immédiatement expliqués par des gloses, comme Genèse xxxix, 20; Exode, xvi, 36, le Pentateuque est écrit en hébreu classique.
2® Des livres fort anciens, sans doute, mais évidemment postérieurs à la mort de Moïse, sont maintes fois cités comme sources, par exemple Exode, xxiv, 7; Nombres, xxi, 14; ou
grand nombre de penplades qui parlaient une langue analogue à l'hébreu. An midi habitaient les Philistins, dont le classement ethnographique n'est pas facile, sans doute parce que c'était un mélange de différentes races.
* P/ition, De vitâ Mosis, dans le t. II de ses œuvres, édit. Mangey.— Niemeyer, Charakteristik der Bibel, Tbeil m, Halle, 1830,5 vol. in•8^ — Hen, Gescbichte Mosis, Zurich, 1778, 1 vol. in-8*. — Uufriagél, Moseh, v?ie er sich selbst zeicbnet in seinen fiinf Bûchern, Gescbichte, Frankf., 18^2, in-8". ^ Coguerel, Biographie sacrée, V édit., Paris, 1837, in-K*, art. Moïse.
^ Eirald, Gescbichte des Volkes Israël, Gôlt., 1843-1847, 3 vol. în-8*.
bien il est fait mention dans lePentateuque de mœurs, d'usages, d'institutions, d'opinions d'un âge postérieur à Moïse {Gen. VII, 1 1 ; vm, 3, 4 ^ ; Gen. xxxvn, 3, 23, cf. // Sam. xm, 18; Gen. vu, 8; vm, 20, cf. Lévitique, xi, 1-47; — Gen. xvu, 6-16; XXXV, 11; xXxvi, 31; Exode^ xxii, 21; xxm, 9; Deutéronome, x, 8; xix, 14); quelquefois des événements arrivés du temps de Moïse sont présentés comme passés depuis longtemps (Deuf. m, 4, 8, 14, 18), et plus souvent encore il est fait mention de faits historiques d'une date de beaucoup postérieure {Gen. xii, 6; xni, 7; xxvn, 40; cf. //Samuel vm, 14; // Rois vm, 20;— G^n. xxxvi, 31 ; Exode xxii, 20; xxm, 28, cf. Josué xxiv, 12; — Nombres xxi, 1-3; cf. Juges I, 17; xxiv, 7, 17-20, cf. / Samuel xv, 2 suiv.; // Sam, vm, 2; — Deutér. u, 12; m, 11; iv, 27; xxvm, 28, 36, 64; XXIX, 27 suiv.; xxxii, 8 suiv.; xxxm, 12).
3** n est impossible que Moïse ait raconté lui-même sa mort et sa sépulture [Deutéron, xxxiv, 1-8), et il serait surprenant qu'il se fût qualifié lui-même d'homme fort doux [Nombres xii, 3), ou quil se fût exprimé sur son propre compte comme dans Exode xi, 3.
4** La formule jusqu'à ce jour qui revient fréquemment, par ex. Genèse xix, 38; xxvi, 33; xxxii, 32; xxxv, 20; XLvn, 26; Deutironome u, 22; m, 14; xxix, 4; xxxiv, 6) suppose
* Le déloge commence le 17* jour du 2* mois; il dure 150 jours et Teau commence à se retirer le 17* jour du septième mois. Ici donc le mois a 30 jours. Or les Hébreux avaient une année lunaire de 354 jours, divisée en 12 mois de 29 et 30 jours alternativement, le mois lunaire étant de 29 jours, 12 heures, 44 minutes environ. Que du temps de Moïse, ils aient compté par mois lunaires, c'est ce que prouve Tordre des fêtes mosaïques basé sur Tannée lunaire, conmie Ta démontré l'astronome tdeler dans son Manuel de Chronologie (Berlin, 1825, 2 vol. in-8*), 1. 1, p. 488. Au reste, la division de Tannée en mois lunaires et du mois en semaines d*après les phases de la lune existait ches d'autres peuples; mais les Hébreux seuls rattachaient la division en semaines à la religion par l'institution du sabbat. (Voir plus bas, p. 22.)
nécessairement un intervalle plus ou moins considérable entr^ le temps où on le raconte et celui où il s'est accompli. 5* n est clair que Moïse, qui ne franchit jamais le Jourdain, ne pouvait appliquer la locution au delà de ce fleuve à un lieu situé dans la région transjordanique, et que par conséquent des passages tels que Nombres xxii, 1 ; xxxii, 19; XXXV, 14; Deutéronome i, 6; m, 8; iv, 41, 46, ne peuvent avoir été écrits qu'après rétablissement des Israélites dans le pays de Canaan. En outre, on rencontre plus d'une fois dans le Pentateuque des noms géographiques qui ne furent en usage que longtemps après Moïse, comme Béthel {Genèse xn, 8, cf. Josué xviu, 13); Dan {Gen. xiv, 14, cf. Josué XIX, 47; Juges xvm, 29); Hébron {Gen. xm, 18; xxm,
2, cf. Josué XIV, 14-15; xv, 13); les bourgs de Jaïr {Nombres XXXII, 41 ; Deutér. m, 14, cf. Juges x, 4). Il y est même fait allusion au Temple de Jérusalem {Exode xv, 17; Deutér. XII, 5 suiv.; xxxm, 12).
6** Enfin off y signale des lois qu'il était à peu près impossible d'exécuter dans le désert, par ex. Lévitique, yî, 12-18; XXII, 8-6; d'autres qui ne peuvent s'appliquer qu'à un pays cultivé, comme Lévit. xix, 9, 10, 19, et que rien ne pressait de publier avec de si minutieux détails {Nombres, xxviii, xxix); d'autres encore qui ne sont pas le fruit de la réflexion, mais d'une longue expérience, sans parler de certaines ordonnances qui se contredirent entre elles, (par ex. Lévit. xvu, 1-7, cf. Deutéron. xii, 18-16; — Lévit. xvii, 8, 9, cf. Exode XX, 24-26; — Lévit. xxv, 39-43, cf. Exode xxi, 1-6; — Lévit. xxiiiy 18, cf. Nombres xxviii, 27-30; — iVowftresiv,
3, cf. Nomb. VIII, 24; — Exode xxv, 15, cf. Nomb. iv, 6); ni d'une loi en complet désaccord avec l'esprit de la législation mosaïque {Deutér. xvii, 14, 15).
Toutes ces difficultés et d'autres encore que nous relèverons en temps et lieu prouvent clairement que le Pçntar teuque, au moins dans son ensemble et. dans sa forme actuelle, n'est pas Fœuvre de Moïse. Il ne remonte pas au delà du VI* siècle ou tout au plus du vn"" siècle avant Jésus- Christ. Au jugement des plus habiles critiques, c est le travail d'un écrivain jéhoviste qui, zélé admirateur des institutions théocratiques, a voulu inspirer pour elles un plus profond respect et a composé, dans cette intention, ce recueil puisé non-seulement dans la tradition populaire, mais dans d'anciens écrits, dont quelques-uns, comme le Décalogue et certaines ordonnances, pouvaient remonter à Moïse * . Il est facile, en effet, d'y reconnaître le style de trois ou quatre auteurs différents, sans parler d'uti certain nombre de légendes plus anciennes et de chants populaires intercalés dans le récit. Ce résultat des études de la critique moderne heurte violemment sans doute l'opinion vulgaire ; mais il ôte peu de chose à la valeur histoi-^ue des cinq livres dits de Moïse, comme monument d'une des plus anciennes législations connues et recueil précieux d'antiques traditions sur les premières destinées du genre humain. Ces cinq livres, que les Juifs désignent par le premier mot de chacun d'eux et les Chrétiens par leur contenu, sont :
1* La Genèse, niti7Nia , Hvecriç;
2^ L'Exode, niaut n^M, 'EÇoSo;;
3® Le Lévitique, nip|>T, Aeuixixov;
< Voy. entre autres : Fragmente tiber die allmâhlige Bildung der den Israeliten heiligen Schriflen, besonders der sogenannten historischen, publiés par Nachtigal, sous le pseudonyme d'Otmar, dans le Magazin fur Religionspbilosophie, Exégèse und Kirchengescbichte, de Henke, Helmst., 1793-97, 6 vol. in-8», t. H, p. 433-523. t. IV, p. l-S'). — Kuenm, ouv. cité, t. J, p. 28G.
4* Les Nombres, n^Ti, 'Apiôfxoi; 5** Le Deutéronome, omnn hVk, AeuTspovouiov.
Nous allons les examiner successivement.
lia Ctonèse.
itgen, Die Urkunden des Jerusalemischen Tempelarchivs, Halle, 1798, in -8*. — Etrald,— Die Composition der Gencsis kritisch untersucht, Brannsw , 1823, in-8*. — Gravriberg, Libri Geneseos secundùm fontes rite dignoscendos, adumbratio noya, Lips., 1828, in-8*. — Stàhelin, Rritiscbe Untersucbungen ûber dieGenesis, Bâte, ISiO, in-8*. — Peter von Bofden, Die Genesis historlsch-kritisch erlâutert, Kônigsberg, 1835, in-8**. — Bleek, De libri Geneseos origine atque indole, Bonn, 1836, in-S**. — Delitxschy Die Genesis ausgelegt, 3* édit.. Leipzig, 1860, in-8*.
Ainsi nommée parce qu'elle raconte sous une forme mythique l'origine du monde et Thistoire primitive de la race humaine, la Genèse se divise en deux parties : 1** Chap. i-xi, 25, création du monde, rapports * des protoplastes avec Dieu, origine du mal, histoire d'Adam et d'Eve après la chute, leurs premiers descendants, dont les crimes sont punis par le déluge ; dispersion des hommes sur la terre et origine des différentes langues; — 2** Chapitre XI, 26-L. Cette seconde partie est consacrée plus spécialement aux origines du peuple juif. Dieu choisit Abraham, à cause de sa piété, pour rétablir avec lui et sa race l'alliance violée par les autres peuples, alliance dont le signe perpétuel sera la circoncision '. Il lui promet que
< La circoncision n*était pas pratiquée chez les seuls Israélites; elle Tétait aussi chez les Égyptiens (Hérodote, lib. H, c. 36), chez les habitants de la Colchide et de
ses descendants posséderont le pays de Canaan et cette promesse est confirmée à son fils Isaac, après l'expulsion d'Ismaël, qui devient le père des Arabes ; puis à Jacob/ qui finit par aller s'établir dans le pays de Gosen * sur l'invitation de son fils Joseph, alors ministre d'Apophis, un des derniers de ces rois pagteurs ou Hycksos, qui régnèrent sur la Basse-Egypte pendant 260 ans, selon un fragment de Manéthon cité par Josèphe '.
» n est évident que la plupart des faits rapportés dans la Genèse n'ofirent aucune certitude historique. Qui a été témoin de l'œuvre des six jours pour la raconter? Qui a assisté à la création d'Adam et d'Eve? Peut-on admettre que le déluge ait couvert toute la terre, 2348 ans avant notre ère, selon la chronologie de la Bible, quand des monuments authentiques nous attestent que l'Egypte, par exemple, avait déjà 4000 ans avant Jésus-Christ une langue complètement formée avec son écriture propre, et^que cette langue se retrouve avec les mêmes caractères sur d'autres moniùnents de beaucoup postérieurs au déluge, preuve irréfutable que la race égyptienne n'avait pas été détruite par le cataclysme; quand les historiens chinois nous racontent que l'empereur Yao, 2298 ans avant notre ère, c'est-à-dire cinquante ans après le prétendu déluge universel, chargea l'ingénieur Yu de travailler à l'écoulement des eaux qui couvraient une partie de ses États, et qu'il mit à sa disposition un assez grand nombre d'ouvriers pour lui per-
I*Éthiopie {Ihid, c. 104), et chez d autres peuples. Voy. Borheck, Ist die Beschnei» dung urspruuglich hebrâisch? und was veranlaBste den Abraham zu ibrer^infubrung? Dulsb., 1793, in-8*.
< La province actuelle d*Esb-Shurkiyeb, une des plus fertiles de TÉgypte, au rapport de Rohinson, Biblical Researches, Boston, 1841, t. I, p. 78.
2» Josèphe, Contre Apion, lib. I,c. 14.
mettre de percer des montagnes, de (creuser des canaux et de rectifier le cours des fleuves; quand enfin nous savons par le philosophe Sîmplicius * que Callisthènes envoya en Grèce des observations astronomiques trouvées à Babylone et vieilles de 2231 ans, qui n'avaient pas été faites, sans aucun doute, par le patriarche Noé ou par l'un de ses trois fils. H est donc impossible de voir dans les récits des premiers chapitres de la Genèse autre chose que des mythes, tels qu'on en trouve chez tous les peuples dans la première période de leur existence. C'est encore dans cette classe qu'il convient de ranger ce que la Bible nous raconte de la dispersion des hommes, (mythe fondé vraisemblablement, d'un coté sur l'existence d'une tour fort élevée qui décorait le temple de Bélus, et de l'autre sur la grande variété des langues qui se parlaient à Babylone) comme aussi les nombreuses généalogies ' recueillies dans la Genèse, généalogies dont les degrés sont remplis par les noms, peutêtre de quelques personnages réels, mais surtout d'anciens héros ou demi-dieux, d'êtres fictifs ou allégoriques, quel-
* De cœlo, c. 16.
s Les tables généalogiques avaient pour les Hébreux, grâce à leur constitution civile, autant d'importance au moins que pour les Arabes. Gomme elles se conservaient par tradition, l'écriture n'ayant pas été d'un usage un peu général avant David, il est clair que beaucoup de noms devaient s'oublier, et tout semble prouver qoe, pour remplir les lacunes, on prolongeait démesurément la vie d'un ancêtre, ou bien on faisait du nom d'une peuplade un nom d'homme, comme dans la mythologie ethnographique des Grecs, par exemple. Il ne faut donc chercher dans les généalogies de la Genèse et des Chroniques, ni une classification systématique ni même une vérité bistorique. Cela est vrai surtout pour le tableau généalogique de toutes les nations du monde [Genèse x). Le cercle des connaissances géographiques des Hébreux était trop borné pour leur permettre de dresser un pareil tableau. Pour Ësaîe lui-même, les Assyriens et les Égyptiens habitent aux extrémités de la terre; les Perses et lesMèdes, à l'extrémité des cieux {Ésaîey, 26; ziii, 5). C'est à peine si, par leurs relations avec les Phéniciens navigateurs, ils acquirent, depuis Salomon, quelques vagues notions sur les entrées maritimes qui bordent la Méditerranée et le Pont-Euxin.
quefoîs de peuples, de villes, de pays ou de montagnes, auxquels se rattachait le souvenir d'un événement important.
Jlais quel était donc le but du rédacteur de la Genèse en composant un recueil de tous ces mythes? Il voulait imprimer un cachet d'antiquité aux institutions de la théocratie et les rendre ainsi plus vénérables aux yeux de la nation. De là ce qu'il raconte sur la sanctification du sabbat {Gen. ii, 3)*, sur la défense de manger du sang (IX, 4), sur rétablissement de la circoncision (xvii, 10). Une question plus difficile à résoudre, c'est celle de savoir quand et par qui ces antiques traditions ont été recueillies. Ce qui rend la difficulté insoluble, c'est qu'à en juger rien que par le style ', la Genèse a été rédigée d'après deux et mÊme trois documents écrits difierents ' non pas fondus ensemble, mais juxtaposés sans aucune critique et chargés d'interpolations, savoir un document élohistique, ainsi nommé parce que Dieu y est désigné par le nom d'Élohim; un document jéhovistique, où l'auteur emploie dans sa narration le nom de Jéhovah, et un document jéhovahélohistique, où Dieu est appelé Jéhovah-Élohim, nom qui prouve que ce dernier fragment, d'ailleurs assez court, n'est que la reproduction d'un document plus ancien, conmie l'indique aussi la langue. Ce mode de composition,
^ Le sabbat est en effet presque toujours présenté dans TA. T. comme une institutiDD mosaïque se rattachant historiquement à la sortie d*Égypte et à la législation du Slnaî (Deutér. v, 14; Néhémiey ix, 14; Ézéchiel, xx, 12). G*est aussi Topinion de la plupart des rabbins (Seldm, De jure naturali et gentium juxta disciplinam bebrœorum libri VII, Lond., 1640, in-4*, lib. HI, c. 10).
^ MôUeff Ueber die Verschiedenhei| des Styls in den beyden Haupt-Urkunden d£r Genesis in gewissen Stellen, Gott., 1792, in-8*.
3 Plusiers critiques en reconnaissent un plus grand nombre; nous devons nous en tenir aux généralités et renvoyer pour les détails aux ouvrages spéciaux.
déjà constaté par Vitringa \ Richard Simon ', et surtout Astruc ', explique de la manière la plus satisfaisante les répétitions et les contradictions qu'on remarque dans la Genèse et que fera ressortir le tableau, suivant, où nous nous contenterons de mettre en parallèle les deux principaux documents, le troisième {Gen. ii, 4 -m, 24) ne contenant qu'une tradition diflférente sur la création et le mythe de la chute des protoplastes.
RELATION DE l'ÉLOHISTE.
i-ii, 3 : Création du monde et de 1 homme.
Y, 1-32 : Autre généalogie, mais avec chronologie et suivie jusqu*à Noé.
Vers. 29 inteiq[K)lé par le Jéboviste.
Ti, 1-2, 4 : Origine des Géants. Vers. 3 interpolé.
VI, 9-22 : Déluge. Noé entre dans Tarche avec ses enfants et un couple de tous les animaux.
vil, 11-16 : Suite de l'histoire du déluge. Vers 16 interpolé au moins en partie.