VII. Passion et^ mort. — Nous avons déjà dit que quel
' L*hi8loire nous apprend qu'il y eut en effet à cette époque des guerres, une peste, d^ tremblenients de terre, une famine ; que les disciples de Jésus fiirent persécutés et que de faux prophètes entraînèrent le peuple au désert {Josèphe^ Antiquit. jud . lib. XX, c. 8, 2 6), que les Romains entourèrent Jérusalem d'une ligne de eirconvallation, et qu'il ne resta pierre sur pierre du Temple.
2 n^na, béni, n^3l3, béni de Dieu» deux formes du mêm'» non».
3 Josèphe. De bello judaïco, lib. IV, c. 5. Le récit de Josèphe concorde si bien avec ce que disent les évangélistes qu'on ne saurait douter qu'ils parlent du même personnage. Il est vrai que le dernier des petitîi prophètes s'appelait aussi Zacharie fils deBarachie; mais ni Thistoire ni la tradition ne le font mourir de mort violente. En admettant même qu'il eût été massacré par les Juifs, le meurtre aurait été commis au moins cinq siècles auparavant ; or, il est évident que les synopliqufs par ces mots : Depuis le sang d'Abel jusqu'à celui de Zacharie, entendaient parler de tout le sang répandu depuis la création du monde jusqu'au temps le plus voisin du narrateur. Mais le fanatisme n'avait-il pas répandu de sang innocent depuis cinq siècles? Les Juifs ne devaient-ils pas être rendus responsables de celui de Jean-Baptiste, pour ne citer que ce seul exemple?
* La traduction de Martin et celle de Genève rendent le mot «^{exott par t^a devenir; celle de M. Riliiet le rend plus exactement par est laitsée.
ques-uns parmi les Juifs attendaient un Messie souflrant; mais que la grande majorité du peuple, loin de partager ce sentiment, croyait que le Christ rétablirait le royaume de David et régnerait éternellement [Jean xii, 3i), opinion basée sur Daniel vu, 14. Rien n'était donc plus propre à heurter les idées juives que la mort de Jésus, et Ton comprend que les apôtres aient dû de bonne heure s'eflForcer de prouver qu'elle rentrait dans les desseins de Dieu, révélés par les prophètes {Actes xn^ 48-22; ICor^ xv, 3; I Pierre i, H). C'est ce qu'ils firent, en appliquant à sa personne Daniel IX, 26 et Ésaïe lui, 12, et ils ne se contentèrent ipême pas de justifier, par l'Ancien Testament, le fait général de sa mort sur la croix, ils voulurent, par l'application de ce syllogisme : Cela devait arriver au Christ, Jésus était le Christ, donc cela est arrivé à Jésus, retrouver dans les anciens prophètes jusqu'aux plus petites circonstances de son supplice. Ainsi le cri d'angoisse poussé par Jésus sur la croix : Mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné, donnait au psaume xxii, auquel ces paroles sont empruntées, un caractère messianique. Ils en conclurent que le psaume tout entier se rapportait à Jésus ^ et de là, dans l'histoire de la Passion, plusieurs traits qui peuvent fort bien appartenir à la légende, mais* qu'il est difficile aujourd'hui d'en séparer. Telle, par exemple, la circonstance du percement des pieds ; car on sait qu'excepté dans des cas fort rares, les jambes du condamné étaient liées d'une corde, et ce qui semble prouver qu'il en fut ainsi, c'est que, selon le témoignage d'Eusèbe*, l'impératrice Hélène ne retrouva
* C'est ce que prétend déjà Tertollien, Contra Marcion., Ub. Ili, c. 19: Paalnaus XXIl totam Ghriflti continent passionem, canenUs jam tonc et gloriam suam. 3 Eusébe, Hitt. eGclM.,lib. 1, c. 17. Ce genre de supplice venait ^ulement d'être
que les clous des mains. Cependant, de ce que les Évangiles ont pu modifier, conformément à un texte tenu pour messianique, les faits conservés par la tradition ou les enrichir de particularités nouvelles, il ne faut pas conclure que rhistoire de la vie de Jésus, telle qu'elle est racontée par les synoptiques, n'est qu'un mythe édifié par les premiers chrétiens sur des passages de l'Ancien Testament. Pourquoi, en eifet, tel passage plutôt que tel autre aurait-il été appliqué typologiquèment au Messie, surtout parmi ceux qui n'étaient pas regardés généralement comme messianiques chez les Juifs, et que personne, avant la venue de Jésus, n'avait songé à considérer comme tels, si ce ;i'est parce qu'une circonstance quelconque de sa vie a donné lieu à cette application ? Et s'il en fut ainsi, l'application de la prophétie à une circonstance de sa vie, ne prouve-telle pas elle-même Tauthenticité de ce fait biographique, au moins en lui-même? La seule difficulté est d'en séparer les accessoires légendaires. On peut donc tenir pour historiquement prouvée l'histoire de la passion et de la mort de Jésus; mais sa mort n'était-elle pas plus apparente que réelle? Les apôtres ont cm sans contredit qu'il était mort réellement; cependant, comme les exemples de morts apparentes n'abondent que irop dans l'histoire* , comme il paraît certain que Jésus ne resta attaché à la croix que trois heures environ avant d'expirer, — de midi à trois heu-
aboli par Constantin, et il était encore sufrisamment connu, pour que ceux qui ménageaient une si agréable surprise à la' piété d*Héiëne fussent assez sages pour se conformer exactement à l'ancien usage. Pas un seul passage authentique des anciens Pères de TÉglise ne parle avant la fin du iV siècle de la perforation des pieds de Jésus. Cette circonstance tdute légendaire se fonde uniquement sur une erreur de la Septante qui, dans Pa, xxii, 17, a lu 1*^3 au lieu de nND el traduit wpuÇav.
* Voir Lœfler, De iis, qui inler gentes in vitam rediisse perhibentur, Lips., 1694, in-4-/
— sa4 —
res, selon Matthieu xxvii, 45-ÎJO et Lue xxiii, 44-46 * ; — et comme J*un autre côté, le supplice de la croix ne pouvait amener une mort aussi prompte*, n'est-il pas permis de soupçonner que Jésus était seulement tombé en syncope par suite des angoisses morales qu'il éprouvait depuis vipgt-quatre heures et des tortîires physiques qu'il venait d'endurer? La seule preuve convaincante de sa mort reposerait sur la profondeur du coup de lance dont parle le quatrième Évangile, par application typologique d'Exode XII, 46, où il est question de l'Agneau pascal et nullement du Messie; mais cet Evangile se tait sur cette circonstance si importante, et les synoptiques ne savent même rien de ce coup de lance, en sorte quil est impossible aujourd'hui de décider s'il fut porté avec assez do force pour atteindre le péricarde et le coeur et changer ainsi la syncope en mort réelle'.
Vni. Résurrection et Ascension. — La mort du Messie était en contradiction si manifeste avec l'attente générale, qu'elle abattit complètement le courage des apôtres; aussi sa sortie du sépulcre les remplit-elle d'une joie enthou-
' Scion Marc, crucifié à 9 heures du malin {êlarc xv, 1b), ii n'aurait expiré qu'à 3 heures de l'après-midi (Marc w, 34).
2 Richler, De morte Servaloris in eruce, Gôtiing., 1757, in-4 ', p. 50. La mort était lentement amenée par la paralysie des muscles, des nerfs, des veines, par ia congestion du sang à la tête et au cœur. Le crucifié, sll était d'une forte constitution, pouvait vivre de trois à huit jours et mourait de him (Eus èhe, Hist. eccles., lib. vni, c. 8). Si on le descendait de la croix quelques heures après le-crucifieroeni, iî pouvait être guéri {Josèphe, Vita Josephi, c. 75).
3 La circonstance qu'il sortit de la plaie de l'eau et du sang, est purement légendaire. Le péricarde contient une si petite quantité d'eau qu'on la remarquerait a peine, mêrpe sans mélange de sang. Ajoutons encore que l'insistance mise par le quatrième évangile à attester le fait, semble prouver que dès lors il était révoqué en doute. Ne sait-on pas d'ailleurs que le quatrième évangile sacrifie sans scrupule la vérité historique à l'irtn-él dogmatique?
siaste et ranima leurs espérances éteintes par la sanglante catastrophe. Ils s'inquiétèrent peu de rechercher s'il était simplement sorti d'une léthargie ou s'il était réellement ressuscité des morts. Ils crurent à sa résurrection avec une conviction d'autant plus ferme, que le miracle était plus grand, car l'homme est ainsi fait qu'il embrasse avec plus d'empressement ce qui flatte ses désirs que ce qui repose sur les preuves les plus r*ionnelles. Les quatre Évangiles s accordent donc à raconter la résurrection de Jésus, mais avec des variantes qui prouvent que dè^ Torigine la tradition se divise en plusieurs courants. Ils s'accordent sur ce seul point, que les premiers témoins de la résurrection de Jésus furent des femmes. Selon Matthieu, le but de leur pèlerinage était de visiter le tombeau; selon Marc, d'embaumer le corps de leur Maître adoré, opinion, que semble partager Luc; mais, selon Jean, lembaumement avait déjà eu lieu l'avant-veille, par les soins de Joseph d'Arimathée et de Nicodème. Selon Matthieu, elles se rendirent au sépulcre le soir même dii sabbat. Selon Jean, ce fut le lendemain, lorsqu'il faisait encore obscur, et sur ce point il est d'accord avec Marc et Luc. Il s'accorde encore avec eux sur cette circonstance, qu'elles trouvèrent le sépulcre ouvert, tandis que, selon Matthieu, un ange roula la pierre en leur présence et il y eut un tremblement de terre, dont les trois autres évangélistes ne savent rien. Selon Matthieu, l'ange, assis sur la pierre, leur apprend que Jésus est ressuscité; elles n'entrent pas dans le tombeau ', mais, pleines de joie et de crainte, elles courent annoncer l'heu-
f F^videmnient à cause de la garde, qui y avait été mise selon la tradition suivie par le premier évanfrile. P.iul ne parle pas plus que les autres évangélistes de celte garde dan.-» «on discouri^à Agrippa [Actes xxvi). Cette circonstance pouvait cc|)endant lui Tournirun excellent argument.
reuse nouvelle aux disciples. Selon Marc et Luc elles entrent dans le tombeau, y aperçoivent un jeune homme vêtu de blanc et assis (d'après Marc), deux hommes vêtus de blanc et debout (d'après Luc), et, pleines d'eflfroi, elles retournent sur leurs pas; mais, selon Marc, elles se taisent par peur sur ce qu'elles ont vu, tandis que, selon Luc, elles rapportent aux disciples les paroles des deux anges, Selon Jean, au contraire, Marie-Maplelaine, qui s'était rendue seule au tombeau, voit la pierre roulée; mais elle n'a pas d'apparition, et elle se hâte de rentrer à Jérusalem pour prévenir de l'enlèvement du corps de Jésus les apôtre» Pierre et Jean, avec qui elle retourna au sépulcre. C'est à ce moment que commencent les christophanies ; mais avant d'en parler, faisons observer, à propos des angélophanies dont il vient d'être question, combien la tradition variait. Il est évident que les contradictions qu'on y remarque doivent leur ôter tout caractère historique, même aux yeux de ceux qui croient possibles de semblables apparitions surnaturelles ; car il ne peut y avoir eu à la fois dans le tombeau un seul ange et deux anges, et ils ne peuvent être apparus à la fois dans le sépulcre et au dehors. Et quel jeu leur fait-on jouer dans les concordauj^es ! Un ange apparaît à une troupe de femmes; puis deux anges à une autre troui^e; puis ils disparaissent à l'approche des disciples, mais pour se remontrer après leur départ, comme nous allons le voir. Selon Matthieu, Jésus apparaît pour la première fois aux femmes, venues à son sépulcre, au moment de leur retour à Jérusalem et leur renouvelle la recommandation de l'ange, «n leur répétant qu'il va attendre ses disciples en Galilée. Marc ne sait rien de cette apparition. Pour lui, la première christophanî^ est celle qu'eiit Marie-Madeleine,
tandis que pour Luc, Jésus appanit pour la première fois aux disciples d'Emmaiis; apparition dont les autres évangélistesne parlent pas, si ce n'est peut-être Marc. A la nouvelle de la résurrection de leur maître, les disciples semblent n y ajouter aucune foi * ; au moins ne bougent-ils pas, à en juger parles récits de Matthieu et de "Marc. Selon Luc, Pierre courut seul au sépulcre; selon Jean, il était accompagné de Jean ; de plus, selon Luc, Pierre était instruit de la résurrection, tandis que selon Jean, il n'en savait encore rien; car c'est seulement au retour de ce pèlerinage, que Jésus apparut à Marie-Madeleine et lui apprit qu'il était ressuscité. Matthieu ne parle pas du tout de ces christophanies, non plus que de celles qu'eurent les onze vraisemblablement à Jérusalem, d'après le second Évangile. Ce fut, selon lui, en Galilée, que Jésus se montra pour la première fois aux disciples, Jean, au contraire, ne sait rien de ce retour des disciples dans la Galilée, et, selon Luc, loin de les y envoyer, Jésus, lorsqu'il se .montra à eux, le jour même de sa résurrection *, leur défendit de quitter Jérusalem avant la Pentecôte. En résumé, les christophanies sont au nombre de deux dans le premier Évangile {Matt. xxviii, 9, Wy de trois dans le second {Marc xvi, 9, 12, 14^, de deux dans l'Évangile de Luc [Lucxsiv^ 13, 36) *, et de quatre dans celui de Jean [Jean xx, 14, 19, 26, xxi, 4}. L'apôtre Paul, dans sa première Épître aux Corinthiens (/ Cor. XV, 5-8\ parle même de cinq, sans compter celle qu'il eut lui-même sur le chemin dé Damas, et no-
* Selon Matthieu, même après que J^sus se fut montré h ses disciples en Galil'^e, quelques-uns d'eotreeux persislèreTit è douter {Matt. xxviii, 17). ^ Aeles I, 4, renvoie cette christophanie h quinze jours plus tard. ' Lue xxiY, 34, en suppose une troisième.
tamment d'une apparition de Jésus à Jacques, dont ne fait mention aucun écrit canonique, mais dont parlait un apocryphe, rÉvangile selon les Hébreux '. De ce qui précède, n'est on pas forcément amené à conclure que, dès Forigine, les christoplianies donnèrent lieu à des bruits très-divers, souvent contradictoires, dans la première .communauté chrétienne? De tous ces bruits, le moins contestable est celui que rapporte Paul,, dans une Épitre parfaitement authentique et écrite moins de trente ans après la mort de Jésus. Il prouve que beaucoup de chrétiens s'imaginaient avoir vu le Christ ressuscité ; mais comment l'avaient-ils vu? Est-ce en réalité? Est-ce en vision, en extase? L'une et l'autre hypothèse ont été soutenues, mais la question n'a pas été tranchée, parce que les écrits apostoliques four- •nissent des arguments favorables à l'une et l'autre opinion. Jésus, en eflfet, nous y est présenté, après son retour à la vie, tantôt avec un corps soumis comme le nôtre aux lois physiques et organiques, tantôt avec un corps surhumain, céleste, transfiguré. Tantôt il a conservé sa forme, ses membres, ses organes; il porte des stigmates, il parle, il marche, il mange avec sesdiscipies, commeavant sarmort ; on peut môme suivre les progrès de la gucrison de ses plaies : d'abord il ne s'éloigne pas du tombeau; un peu plus tard, il va jusqu'à Emmaiis et plus tard encore, ses forces sont assez revenues pour qu'il puisse retourner en Galilée. Ailleurs, il n'a qu'une apparence de corps, il change de forme à volonté, il passe à travers les portes closes, il n'est pas reconnu par ses disciples, et enfin il monte au ciel, c'est-à-dire qu'il est soustrait aux lois de la pesanteur. Comment concilier ces données différentes
' Jérôme, De viris illustribus, c; 2.
qui se rencontrent quelquefois dans le même Evangile? Si* Jésus avait besoin de prendre de la nourritui^e après la résurrection, s'il pouvait être palpé, son corps était de la matière solide, organisée comme un corps quelconque ; or la matière solide n'a pas la propriété de se rendre visible ou invisible à volonté, ni de passer à travers les murs ou les portes, ni de s'élever dans les airs. Comment s'expliquer par conséquent les choses étranges qu'on nous raconte de lui, et notamment son ascension? Ne faut-il pas y voir une pure légende conforme à la cosmographie des Juifs, qui se représentaient le ciel comme une voûte solide sur laquelle reposait le trône de Dieu? L'hésitation est d'autant moins permise que Moïse était un type du Messie, et que, selon une tradition juive, Moïse avait été enlevé du sommet de l'Abaris, en face de Jéricho, et transporté dans le ciel ' . (Test cette tradition, appliquée au Christ par ses disciples, qui a passé dans le second ^ et dians le troisième EvangUe {Luc xxiv, 51), et avec plus de détails dans les Actes des Apôtres [Act. i, 9-H) ; mais avec cette différence, que l'Évangile de Luc fait monter Jésus au ciel quarante jours plus tôt que les Actes. Luc et Marc sont d'ailleurs les seuls des évangélistes qui parlent de cet événement miraculeux '. Matthieu, si riche en mythes, n'en dit mot ; au contraire, il fait rester Jésus au milieu de ses disciples jusqu'à la fin de cette période du monde. L'Évangile de Jean, dont l'ascension confirmait si bien les idées sur la nature du
' Philon^ De vilâ Nosû, in 0pp. t. Il, p. 179. — < Josêphe, Aatiquit jud., lib. IV, c. 8, J 48.
3 Oq sait (Tailleurs qiie Marc xvi, 9-20 est une interpolation postérieure au III* siècle.
3 Encore ne 8*accordent> ils pas : selon Marc, lascension eut lieu à Jérusalem même, et selon Luc, à Béthanie.
Christ, se tait également; il fait monter Jésus au ciel le jour même de sa résurrection et Ten fait descendre une dernière fois pour se montrer à ses disciples sur les bords du lac de Tibériade {Jean xxi, i). Paul enfin, dans ses épîtres authentiques, ne parle jamais d'une ascension visible du Christ, quoiqu'il ne semble pas pouvoir concevoir Jésus, même ressuscité, sans un organe corporel {Philipp, lu,
En résumé, au point de vue de la critique historique, les documents fournis par le Nouveau-Testament ne donnent pas de preuves claires, précises, péremptoires de la résurrection de Jésus'. Les témoignages sont très-contradic-
' Kinhel, Historisch-krilisdve Untersuchung ûber Christi Himmeifahrt, dans les Theol. Studien und Kritiken, année 1841, p. 597 et suiv.
2 Aux contradictiong que nous avons signalées, il serait facile d'en ajouter d'autres, par exemple, en ce qui touche le dernier voyage de Jésus de la Galilée à Jérusalem. Selon Matthieu et Marc, il passa par la Pérée; selon Luc, il traversa la Samarie jusqu'à Jéricho, ville qui se trouve plutôt sur la route de la Pérée à Jérusalem, {[ua sur celle de la Samarie. Tous trois s'accordent à dire que Jôsus voulait assister à la fête de Pâques, tandis que, selon Jean, ce fut pour participer à la fête des Tabernacles, qu'il quitta la Galilée pour la dernière fois. Après la fêle de la Dédicace, il se rendit, selon le même Jean, dans la Pérée, d'où il fut rappelé en Judée par lamort de Lazare, et où il retourna bientôt pour échapper aux embûches de set ennemis. A l'approche de la Pâquc, il partit, non pas de Jéricho, comme le disent les synoptiques, mais d'Éphraîm. D'après la tradition galiléenne, parti de Jéricho, il arriva à Jérusalem le même jour dans la soirée {Marc xi, 11), selon Marc, qui ne parte ni de la puiilicalion du Temple ni d'une contestation avec les Scribes et les Pharisiens. Selon Jean, il alla le premier jour jusqu'à Bélhanie seulement et y passn la nuit. Marc et Luc parlent aussi d'un temps d'arrêt à Bélhanie, qui laissa aux disciples le temps d'aller chercher l'ânon sur lequel Jésus lit sou entrée à Jérusalem. Ces diiTérences ne rendent-elles pas sensibles les variations de la tradition? Selon Marc et Luc, l'ânon amené à Jésus n'avait jaàaais été monté, trait ajouté évidemment par la tradition en l'honneur du Mesâie,- parce que rantiquité tenait pour sacrés les animaux qui n'avaient pas servi à Tusage de l'homme; car un animal non dressé était plus difficile \k manier qu'un autre et n'était propre qu'à jeter le désordre dans la procession. Ajoutez que ni Matthieu ni Jean ne parlent de cette circonstance. Entré dans le Temple, le premier acte de Jésus, est un acte évident de violence. Jésus, selon les synoptiques, en chasse les marchands qui y traflquaient, dans l'intention sans aucun doute de s'afHrmer comme le Messie, en accomplissant c^tte prophétie de Zaeharie : El il n'y aura plus de marchand ('»3y3D, cf. Joh xl, 25,
Coogle
toires, et es arguments tii'és des prophéties prouvent seulement que les premiers chrétiens sentaient le besoi» d'affaiblir les objections de leurs adversaires contre la messianité du Christ. Mais d'un autre côtéyil est difficile d'admettre que leur amour pour leur maître, quelque ardent qu'il fût, et la douleur que leur causa sa mort, eussent suffipour inspirer la conviction qu'il était sorti vivant du tombeau le troisième jour, non-seulement à ceux d'entre eux qui avaient vécu dans la douce intimité de Jésus, mais à Paul, qui ne Pavait pas connu personnellement, qui avait été l'adversaire fanatique de sa doctrine, et qui pourtant déclare non-seulement comme Pierre, qu'en le ressuscitant Dieu l'a confirmé comme Seigneur et Christ (Actes ii, 36; xm, 33-34; Rom, i, 4}; mais va même jusqu'à écrire aux Corinthiens : Si Christ n'est pas ressuscité, votre foi est vaine [ICor. xv, 14, 17).
Prov. XXI, 24 ; Ésaïe xxiii, 8), dans la maison de l*Éternel des armées en ce jourlà {Zacharie xiv, 21). Le quatrième évangile, an contraire, place cet événement non pas ^ la fin, mais au commencement de la carrière de Jésus, ce qui ne le rend pas moins surprenant; car il est difficile de s^expliquer qnelesroafrchands, gens grossiers et amis du lucre, ne lui eussent opposé aucune résistance, sûrs quMIs étaient de Vappui des prêtres. Mais il serait trop long de relever toutes les divergences que Ton remarque entre les quatre évangiles au sujet du dernier séjour 4e Jésus à Jérusalem. Il sufY)ra d*en signaler encore une et des plus inexplicables, dont nous avons déjà eu Toccasion'de pnrier. Nous entendons le jœir et l'heure de la mort de Jésus que les synoptiques font mourir le 15 nisan à la 9* heure, tandis que le quatrième évangile la place le 14 nisan.
Sotérioloiri«*
Klaiber, Die neutesUmentliche Lehre von der Sûode und Erlësung, SuUtirard, 183C, in-8«. — Baur, Die chrisiliche Lehre von der VersÔhnung in ihrcr geschtehtlichen Rntwickelung, Tûbingiie, 1838,in«8«.
Toute Tantiquité croyait à un état primitif d'innocence, dans lequel l'homme yivait en rapports intimes avec la divinité, mais dont le péché Favait fait déchoir. Depuis la chute, la corruption était allée toujours en croissant dans le monde, en sorte qu'à l'époque où Jésus naquit, l'humaiiité tout entière était sous la domination du mal ou de Satan. C'est pour les délivrer de la puissance des ténèbres, c'est-à-dire de l'erreur et du péché, et pour les faire entrer dans le royaume de la lumière, que Jésus est venu au monde. Dès son apparition sur la terre, la lutte s'est engagée entre les deux royaumes ennemis, et il s'en faut qu'elle soit terminée. Les chrétiens ont toujours à combattre Satan, à se tenir en garde contre ses embûches et prêts à repousser ses attaques, qui sont d'autant plus vives et multipliées que la parousie est plus prochaine. Le triomphe de la vérité, c'est-à-dire de la religion du Christ, est assuré, mais il n'aura pas lieu dans cette Vie. Seulement Jésus l'a préparé par la salutaire influence de sa doctrine, par l'exemple de la sainteté de sa vie et surtout par sa mort expiatoire.
L Doctrine de Jésus, — Quel que fût le respect des Apôtres
poTir les révélations de rAncieii-Testament, ils plaçaient beaucoup au-dessus la révélation du Christ, à qui l'Esprit de Dieu avait été donné sans mesure et en qui il agissait d'une manière permanente, tandis que chez les prophètes, il n'opérait que momentanément [Jean m, 34 ; Luc iv, 1). C'est le Christ qui le premier a révélé aux hommes le grand mystère jjLuoTiipiov ', de la volonté divine, c'est-à-dire qui a fait connaître les véritables rapports de Dieu avec les hommes, en saibstituant l'amour filial à la crainte servile {Galat. iv, 4-7; Rom. vin, 14-16), rapports nouveaux, mais qui étaient de tout temps dans les décrets de Dieu, et que lui seul pouvait révéler au monde, parce qu'il était le logos incarné, selon les écrits johanniqiies Jean i, 18) ou parce que le pléromë de la divinité habitait en lui, selon les épîtres pauliniennes {Col. ii, 9) '. C'est en se soumettant à la volonté
* Ce mot qui revient fréquemment dans les épîtres pauliniennes y est toujours pris daus le sens d'une doctrine inconnue ou incomprise avant le (ihrist, à cause de son spiritualisme; jamais à une doctrine incompréhensible.
. 3 Ce rapport filial de Thomme avec Dieu est, en effet, proclamé par le christianisme avec plus de force et d'insistance que par aucune autre relij^on; on pourrait dire que c'est là son caractère distinclif, car pour ce qui est de la fraternité humaine, de l'amour du prochain et des autres vertus diies chrétiennes, les enseignements du Bouddha ne sont pas moins précis que ceux du Christ. Dans ses Analogies du bouddhisme et du christianisme, l'auteur du Nirwana bouddhique (Paris, 1863, in-8*) M. Obry s'exprime ainsi à ce sujet, p. 167 : « Je ne dirai rien des devoirs de famille, tels que la piéié filiale, l'amour paternel, l'amitié fraternelle, l'union des époux, etc., ni des vertus pratiques ou sociales, telles que la tolérance, la douceur,
la conduite régulière, les bonnes mœurs, ni des œuvres d'utilité publique Je ne
parlerai non plus ni des méthodes d'enseignement et de propagation des deux doctrines par la parole et la prédication, bien plutôt que par les livres et les écrits, ni des appels réitérés aux faibles, aux pauvres, aux malheureux, aux déshérités de la fortune ou de la nature, préférablement aux puissants, aux riches, aux heureux du siècle, ni même des instructions populaires par des paraboles mises à fa portée de toutes les intelligences, malgré les ressemblances quelquefois bien singulières qu'on y rencontre... Mais voici des analogies plus caractéristiques : la fraternité et l'égaHté de tous les hommes devant la religion, le détachement des choses d'ici bas poussé à l'extrême, l'aspiration vers les biens du monde futur, ja préoccupation constante du salut, la pratique des devoirs en vue de la libération finale ou du bonheur éternel, les préceptes de morale et de discipline fondés presque uniquement sur ccftte base;
dtî Dieu avec mie confiance filiale que Thomnie peut espérer de rentrer en communion avec lui et d'obtenir le salut. La doctrine du Christ est donc une doctrine de salut [Éphés. ij 13) et en même temps, elle est une doctrine de vérité (Col. [, 5), puisqu'elle nous enseigne le véritable moyen d'arriver à la félicité céleste en nous réconciliant avec Dieu et en nous rendant ainsi dignes de sa grâce, ^àpiç, et c'est en cela que consiste la supériorité de l'Evangile, en ce qu'il fait connaître Dieu selon sa grâce et sa vérité {Jean i, 17). Or comme Dieu veut que tous les hommes soient sauvés, il veut que tous arrivent à la connaissance de la vérité (/ Tim. n, 4) ou, en d'auti-es termes, que tous sortent de leur état d'ignorance et de péché pour devenir enfants de la lumière {IlCw, iv, 4; Culo$s,\y 12-13; i Thess. v, ^), Ainsi, selon la doctrine apostolique, la religion de Jésus est à la fois, lumière, amour et vie.
Ce sont surtout les écrits. pauliniens qui s'attachent à l'aire ressortir la supériorité de la nouvelle révélation sur
— ie titre de sauveur attribué au Bouddha et au Christ, leur qualité d'hommè-dieu, teiir conception et leur naissance miraculeuses; — les mêmes vertus transcendantes prdchées par l'un et par l'autre, l'aumdne au sens le plus large, le pardon des ïDjures, la patience, la résignation, Ténergie à souffrir, rhéroïsme, Tamour pour les ennemis eux-mêmes, le renoncement aux passions, rhumililé, la pauvreté, la contemplation, les mortifications de la chair, ou, pour les résumer toutes en deux mots avec les soutrâs singhalais : Abstention de tout péché, pratique constante de toutes Jes vertus, domination absolue de son propre cœur; — la confession publique; ^ la possibilité pour les fidèles qui ont atteint la perfection religieuse d'obtenir, dès cette vie même, \& nirwâna, selon les soutrfis bouddhiques, ou le royaume des cieox, selon \'i% évangiles; — la recommandation de cacher ses bonnes œuvres et de ne laisser voir que ses défauts; celle d'avoir foi dans le Bouddha ou dans le Christ, espérance dans le nirwàna ou dans le royaume des cieux, et charité envers le prochain, etc. Çakya-Mouni étant mort plusieurs siècles avant Jésus, il est clair que le chrîstianîame n*a pu exercer aucune influence sur ses idées. Comme le Christ, il n'a rien publié lui-même. Ce sont ses disciples qui ont fixé par récriture ses aphorismes, ses sentences, ses paraboles, ses,discours, sous le titre de soatrâs, ou fils conducteurs ; puis ses prodiges et ses miracles entremêlés de maximes morales, sous le nom d*avadlmas ou légendes (Ouv. cit. p. 28).
rancienne, et k cet épird, aucun ne va plus loin que l'Epitre aux Hébreux, qui fonde cette supériorité sur ce que l'Evangile a été donné au 'monde par le Fils merae de Dieu {Uébr. I, 2; m, '6), tandis que la Loi a été promulguée par les anges {Héb. ii, 2) et par Moïse, simple serviteur de Dieu {Hébr, ni, '6 et suiv.). Comme médiateur de cette nouvelle, alliance plus parfaite [Hébi\ vu, 22; vni,6), dont Tancienne avec son culte symbolique et extérieur n était que Tombre [Hébr, vui, 5-1 3 ; x, 1 4-1 8), le Christ est le vrai grand-prêtre étemel [Uébr. vu, 24), le chef et le consommateur delà foi ^Hébr. xn, 2) . Les mêmes idées se retrouvent dans toutes les épîtres pauliniennes, qui mettent volontiers en relief Toppôsition de Taîicienne révélation avec la nouvelle et la supériorité de celle-ci, tandis que les écrits johanniques s'appliquent plutôt à démontrer les rapports qui existent entre elles, en essayant de prouver que T Ancien-Testament porte déjà témoignage de la venue du Christ [Jean v, 39 ; vni, 56; xn, 41), idée qui d'ailleurs n'était étrangère à aucun des écrivains du Non veau- Testament. Tous cherchent, en .effet, à enter historiquement la révélation chrétienne sur la révélation mosaïque; mais trop souvent ils sont obligés de recourir k une interprétation allégorique arbitraire», et même de descendre k (les arguties cabalistiques, par exemple Galat. m, 40, ou k d'autres moyens qu'une saine exégèse ne saurait avouer, comme q\iand ils altèrent, volontairement ou non, certains passages Ofatt. n, 6, cf. Michéev, 2; Rom. x, 6-8, cf. Deutér, xxx, 12, 14; I Cor, u, 9, cf. Ésaïe lxiv, 4;, quand ils en combinent plusieurs ensemble {hom. XI, 26, cf. Ésaïe ux, 20; xxvii, 9), ou bien quand ils détachent un passage du contexte qui présente un tout autre sens {Mntt, n, 15; cf. Oséexi, 1 ; —
Matt. u, 18; cf. Jérém. xxxi, 15; — Malt, m, 3; cf. Ésaïe XL, 3 ; — Matt. iv, 16 ; cf. Ésaïe vui, 23-ix, 1 ;— Actes i, 20 ; cf. Ps. LXix, 26; — Jean xix, 36; cf. Exùde xu, 46).
n. Vie de Jésus. — Pour accomplir son œuvre, il ue suffisait pas que Jésus indiquât aux hommes la voie qu'ils de-: vaient suivre, celle d'une confiance filiale envers Dieu leur Père, il fallait qu'il servît de guide à ceux qu'il voulait sauver et qu'il leur donnât l'exemple d'une foi inébranlable en la bonté de Dieu, d'une entière soumission à sa volonté [Rom. v, 19). C'est ce qu'il fit pendant son passage sur la terre ou, pour parler comme les Apôtres, son état d'abaissement [Actes VIII, 33), par opposition à son état d'exaltation ou de glorification dans le ciel (/ Pierre i, 1 i). A cet état d'abaissement se rapportent ses soiifirances imméritées pendant son pénible apostolat, ses luttes contre les adversaires de sa doctrine, les persécutions qu'il eut à souffrir de la part de ses ennemis, son obéissance à la lor mosaïque, et son douloureux supplice, toutes choses auxquelles il se soumit volontairement pour obéir à la volonté de Dieu et par amour pour les hommes [Matt. xx, 28;/^aniv, 34; Gai. iv, 4-5; / Jean m, 16; Hébr. ii, 14-15). A son état d'abaissement appartient aussi, selon les théologiens, la descente aux enfers, opinion qui est particulière h l'auteur de la première épître de Pierre [I Pierre m, 19-20' et qu'on trouve tout au plus en germe dans celle aux Ephésiens Ëphés. iv, 9- 10) *. Sa vie tout entière a donc donné aux hommes un exemple admirable de soumission au devoir ; or, pour que Jésus pût nous
* Cf. Sohar, ad. Gènes. Ul, où il est dit que les juçtes parfaits descendent aux enfers pour en délivrer ceux à qui la mort n'a pas laissé le temps d'accomplir leur pénitence. Sur le rapide développement que ce dogme prit dans l'Église, voir l'Évangile de Nicodème, édit. Tischendorf, p. .301 et suiv.
Digit-izectby
servir de modèle, n'était-il pas nécessaire qu'il fût semblable à nous en toutes choses? Aussi les Évangiles synoptiques ne lui reconnaissent-ils aucune prérogative sur le reste du genre humain, et dans ses discours, Jésus ne s'en attribue jamais aucune; mais déjà dans sa seconde épître aux Corinthiens (// Cor. V, 21), Tapôtre Paul déclare formellement qu'il ne connut pas le péché. L'épître aux Hébreux, de môme^ affirme qu'il fut saint, innocent, sans souillure, séparé des pécheurs {Hébr. vu, 20) ; elle reconnaît, il est vrai, qu'il a été tenté en toutes choses, mais sans pécher, ajoutet-éile {IJébr. iv, 15). La première épître de Jean déclare, à son tour, qu'il n'y a point de péché en lui {[Jean m, 8) et celle de Pierre l'appelle un agneau irréprochable et sans tache JViene i, 19). Les écrits apostoliques affirment donc très-positivement qtie le Christ n'a pas commis de péché; mais ils ne lui attribuent pas Timpeccabilité. Le péché était virtuellement en lui ou dans sa chair, comme en tout homme, mais il ne s'est jamais traduit en acte devant ^a consciejice subjective. Son développement moral s est opéré de la nlanière la plus harmonique, sans aucune de ces crises violentes qui laissent toujours dans le caractère quelque chose de dur, de sombre et d'amer * .
IIL Sa mort. — Cependant, quoique la vie terrestre de Jésus oftre à l'homme le plus parfait modèle de ce qu'il doit faire pour obtenir la vie éternelle, c'est à sa mort surtout que les Apôtres rapportent l'œuvre rédemptrice, en y attachant une valeur expiatoire. Jésus déjà Taumit fait avant eux, si Ton s'en rapportait à Maith, xx, 28 : Le fils de
' FritSiche, De àvflt|x«pTy,<ri« J. ChrisU, Halle, 1835, in-4».
Vhomme nest pas venu pour être servi, mais pour servir et pour donner sa vie comme une rançon pour plusieurs. Mais ces paroles qiie Tévangéliste lui met dans la bouche contredisent tout son enseignement. Ici Jésus présente sa mort comme le sceau d'une alliance nouvelle, comme le prix de la réconciliation de Thumanité avec Dieu, comme le gage du salut de plusieurs, c est-à-dire que Thomme ne peut entrer dans le royaume des cieux qu'en tant qu'il accepte le moyen de réconciliation à lui offert par le sang de Jésus. Dans le discours de la montagne, au contraire, c'est la justice ou, en d'autres termes, l'accomplissement de la Loi qui ouvre les portes du ciel ; il suffit pour y entrer, d'observer les commandements de Dieu. Sans doute la rémission des péchés est nécessaire; seulement on l'obtient, non pas au prix d'une rançon, mais par la repentance et l'humilité. Comment d'ailleurs Jésus aurait-il pu élever à la hauteur d'un principe cette parole des prophètes : Je veux la miséricorde et non le sacrifice [Malt, ix, 13; xii, 8; cf. Osée VI, 6), si lia réconciliation de l'homme avec Dieu dépendait absolument de sa mort, c'est-à-dire d'un sacrifice? Mais si le dogme de la réconciliation avec Dieu par la mort de Jésus ne s'accorde que difficilement avec l'enseignement du Christ, dont la tendance est purement morale, cette conception se concilie fort bien avec la doctrine apostolique, dont elle est le pivot, qu'elle nous soit présentée comme libre et volontaire {Gai. i, 4 ; Éphés. y, 2 ; Phil. ii, 8 ; ITim. II, 6) ou comme arrêtée de tout temps dans les décrets de Dieu (Bom. iii, 24; / Pierre i, 20). Les Apôtres enseignent en effet que, par sa mort,
i^ Jésus a prouvé que l'esprit peut triompher de la chair, malgré la faiblesse delà nature humaine; il a ôté ainsi toute
excuse au pécheur obstiné, et en se soumettant à la volonté de Dieu jusqu'à la mort, il lui a offert un sacrifice agréable {Hébr. 6-10), il a été une victime propitiatoire {IJean ii, 2), pure et sans tache, selon les prescriptions de la Loi (/ Pierre I, i9; // Cor. v, 21) et, en nous purifiant par son sang [Apoc, I, 6; iJean], 7), il nous a consacrés au service du Dieu vivant {Hébr. IX, 1 A), comme un peuple de rois et de sacrificateurs [Apoc. I, 6 ; V, 9-10), comme un peuple saint, adonné aux bonnes œuvres et par conséquent agréable à TÉtemel {Col. 1, 22, Tite ii, 14). En d'autres termes, Jésus nous a sanctifiés par Taspersion de son sang, pour parler comme / Pierre i, 2, par allusion au rite mosaïque du sacrifice pour • le péché {Lévite iv, 6, 17). Mais les efifets de la réconciliation opérée par son sang ne s'étendent qu'aux péchés commis avant le baptême {Rom. m, 24 ; Hébr. ix, 15). Le chrétien doit donc s'efibrcer de suivre l'exemple que lui a donné Jésus, en triomphant des séductions de la chair avec le secours de la force divine qui habite en lui (// Cor. v, 15 ; Cal. V, 24) ; car si l'on pèche volontairement après avoir reçu la connaissance de la vérité, il ne reste plus de sacrifice pour le péché, comme le déclare formellement Tépître aux Hébreux {Hébr. X, 26\Le pécheur peut encore cependant espérer en l'intercession de Jésus-Christ *, selon la première Épître de Jean {IJean ii, 1\
2** Il a brisé le joug de la Loi mosaïque et non-seulement de la loi politique et rituelle, mais même de la loi morale, comme cela semble résulter de Bom. vi, 15 ; Cal. v, 1 3 ; parce que, bien qu'innocent lui-même, il s'est soumis pour nous à la malédiction de la Loi {Gai. m, 13), et il a ainsi abattu
* Loper, Abhandiungiiberdie kirchlichc Genugthungfilchre, Ziillich., 1796, in-8*.
les barrières qui séparaient les Juifs des Gentils {Éphés. n, 14-16), en substituant à l'ancienne autorité extérieure un nouveau principe de vie -spirituelle.
3** D a afiranchi le pécheur de la terreur des châtiments divins {Rom. v, 9; viii, 1, 33), en le rétablissant dans la communion la plus étroite avec Dieu {Hom. v, \ ; Éphés. u, 18; I Pierre m, 18), en remplissant son cœur du profond sentiment de Tamour de Dieu {Ram. v, 8; viii, 31 et suiv.; Éphés. m, 1:2; IJean iv, 9-10; v, 14), et en rendant ainsi la paix à sa conscience délivrée des angoisses qu'inspire le sentiment de la culpabilité {Rom. v, 1 ; Hébr. ix, 1 4 ; x, 22^.
Mais comment la mort d'un seul a-t-elle pu procurer tous ces bienfaits? Comment la justice de Dieu a-t-elle été satisfaite? Les Apôtres s'expriment à ce sujet conformément aux idées de toute Tantiquité sur les sacrifices. Tous les anciens peuples croyaient que la victime expiatoire, chargée des péchés du coupable, souflfrait le châtiment à sa place * . Lors donc que Jésus mourait comme victime expiatoire pour les péchés des hommes, tout le genre humain était censé avoir subi en lui le châtiment de ses fautes, et Ton pouvait dire que sa mort avait aboli le châtiment du péché [U Cor. V, 14-15; //é?an ii, 2; iv, 10). Cette doctrine delà substitution, très-ancienne chez les Juifs JI Samuel xii, 15 et suiv.; xxiv, 10; Esaïe lui, 4 et suiv.; Daniel xi, 35), portait une atteinte mortelle à la sainteté de la loi morale, qui défend de punir Tinnocent pour le coupable; elle pouvait donc avoir les plus funestes effets pratiques ; les Apôtres le sentirent bien. Aussi, sans se soucier de tomber en contradiction avec eux-mêmes, sacrifiant dans leur enseigne-
♦ Uvitique vi, 7. — Hérodote, Hisloria, lib. U, c. 39. — César, DcbcllopaHioo, llb. VI, c. 16. - Ovide, De fasfis, lib. VI, v, 160.
ment pratique les résultats de la théorie, s'efforcèrentils d'en atténuer les redoutables conséquences, en enseignant que la rédemption ne s'étend qu'aux péchés commis avant le baptême et que la justification n'est pas le résultat immédiat de la mort du Sauveur, mais qu'il faut que nous nous en appropriions nous-mêmes les fruits salutaires par une pieuse confiance dans ses effets ou par la foi en son sang (Bow., m, 25\ foi manifestée par la régénération, c'est-à-dire par un complet changement de vie [Rom. vi, 4; I Cor. V, 15; // Jean i, 7). Le chrétien ne doit, ne peut plus pécher; il est saint, i^io<;. Mais à quelle époque de l'histoire de l'Église, la réalité a-t-elle répondu à cet idéal? A-t-on jamais vu chez les chrétiens une absence absolue du péché? Faudrait-il conclure de ce que nous apprend Texpérience que la foi telle que l'entendait Paul, et la régénération qui en est la conséquence nécessaire, n'ont jamais existé de fait? N'est-il pas plus rationnel d'admettre que l'Apôtre ne concevait pas la régénération comme im acte instantané, complet, absolu, opéré par la foi; mais comme une amélioration progressive à laquelle les efforts de l'homme ne devaient pas rester étrangers, et dont le point de départ était la conviction de la messianité du Christ? C'est en vue de cette renaissance de Thomme que Dieu accepte la substitution et lui remet la coulpe de ses péchés antérieurs, en d'autres termes, qu'il le déclare justifié ou juste, a^îcatoç; mai3 la foi ne le rend pas impeccable, et le sang du Christ ne le purifie pas, ne le sanctifie pas au point de prévenir ses rechutes. Les Apôtres d'ailleurs ne rattachent à leur notion de substitution aucune idée de satisfaction vicaire offerte à Dieu dans le sens des théologiens d'un âge postérieur. Aussi leur théorie, tout infé-
rieui'e qu elle est aux idées déjà émises par quelques prophètes, prêtait moins le flanc que la théorie moderne aux objections de la philosophie. Cependant elle ne se conciliait guère avec la justice et la bonté de Dieu. Lies Apôtres d'aillem-s ne présentent pas partout la mort de Jésus comme un sacrifice expiatoire. Elle est aussi, surtout dans 1 epiti-e aux Hébreux, assimilée à un de ces sacrifices qui, chez les Anciens, scellaient toutes les alliances ^Uébr. ix, 15-20; xiii, 20), mais, dans Tun comme dans Tautre cas, les etFets du sacri^ce sont déclarés permanents, durables, et il ne doit pas être renouvelé {Hébr, ix, ii, 26; x, 12; xui, 20; Rom, VI, 10; 7 Piene m, 18). Quelquefois aussi, Tœuvre de ht rédemption est mise par les Apôtres dans un rapport pliis direct avec la résurrection du Christ qu avec sa mort J Cor. XV, 17). Dieu a ressuscité Jésus et la fait asseoir à sa droite afin qu'il continue à conduire ses disciples dans les voies de la régénération {Actes v, M ) et d'une nouvelle vie spirituelle {^Rom. vi, 4; I Pierre ni, 21). Rendu digne d'entrer dans le Saint des Saints par sa pureté et sa mort expiatoire \^Hébr. n, 9), élevé au dessus de toutes les créatures à cause de son obéissance [Philipp. u, 0), prince des vivants et des morts [Rom, xiv, 9), le Christ, dans son état d exaltation, ne cesse d'intercéder pour nous [Rom, vui, '66;Hébr, Vu, 28; IJean u, 1\ et nous pouvons avoir une confiance d'autant plus grande en son intercession, qu il a appris par sa propre expérience combien est faible la nature humaine 7W6r. n, 16-18; IV, 15-16,.
Royaume de Diea.
Nous avons vu que rancienne théocratie mosaïque n'admettait dans son sein que les Israélites et que, pour participer à leurs privilèges, Tétranger devait se soumettre à la circoncision comme à toutes les prescriptions de la Loi. Dans le plan de Jésus, le royaume de Dieu ou des cieux devait embrasser toutes les nations, et les conditions d'admission dans la nouvelle théocratie étaient la conversion accompagnée d'une pieuse confiance en Dieu.
Les Apôtres eurent de la peine à comprendre un plan qui heurtait aussi fortement leurs préjugés de naissance (Actes x-xi, 18). Le particularisme de TApocalypse est moins étroit sans doute que celui du judaïsme [Aiwc, v, 9; vii, 9); cependant elle ne place pas encore les Gentils sur la même ligne que les descendants d'Abraham, puisque, d'après Apoc. VII, '4, le nombre des élus doit çtre de H4,000 ou 1Î,000 X 12, c est-à-dire de 12,000 pour chacune des douze tribus d'Israël. Or, si le nombre des tribus Israélites conserve son importance dairs le royaume messianique, n'est-il pas clair que le peuple d'Israël est toujours le peuple chéri de Dieu et que les Gentils ne sont avec lui que dans un rapport secondaire, comme le prouve aussi Apoc, xxi, 12? Ne semble-t-il même pas que pour l'auteur, comme pour les anciens Hébreux, le mot idolâtrie soittoujoimî synonyme d'immoralité, d'impureté, d'impiété? Pour lui, le plus grand des
crimes est de manger d'un animal sacrifié aux idoles {Apoc. a, i i, 20), comme aussi pour les Apôtres palestiniens [Act, x\% 29\ tandis que pour Paul, c'est une chose indifférente. C'est que de tous les Apôtres, en effet, Paul fut celui qui comprit le plus vite et le mieux Tuniversalisme de Jésus. Pour lui, il est vrai, Israël est toujours un peuple privilégié [JRow.iii, l-'i; IX, 4-5); toutefois, dans son opinion, qui sur ce point sui-t-out, s'éloignait du judéo-christianisme, le Ôirist est le fondateur d'un nouveau royaume dont le but final est de conduire tous les hommes à la félicité céleste. Dieu avait de tout temps établi des institutions qui devaient y préparer. Aux Gentils, il s était révélé par le spectacle de la nature et la voix de la conscience {Rom. i, 19-21; ii, U-15); aux Juifs, il avait donné en surplus la Loi et les prophètes; mais aveuglés par leurs passions charnelles, ni les uns ni les autres n'avaient voulu comprendre, et ils sétaieat plongés de plus en plus profondément dans le vice et la débauclie. Cependant Dieu, qui veut le salut de tous les hommes, leur envoya un réformateur pour les i-amener à la pureté morale et les faire tous entrer dans son royaume. Jésus a donc aboli toute distinction entre les Juifs et les Gentils, en leur enseignant qu'il n'y a qu'un .seul Dieu pour les uns comme pour les autres Rom. m, 2»; Gai. m, î28; Éphés. ii, 18]. A l'épc^que où furent rédigés les écrits 'apostoliques, cette idée d'une théocratie universelle basée sur la régénération morale et sur une union plus intime avec Dieu, avait à peu près triomphé partout; seulement les écrits johanniques ne se placent pas absolument au point de me théocratique; ils peignent de préférence Dieu comme un père et les hommes comme ses enfants.
Le premier caractère du royaume du Christ est donc d'être universel; le second, d'être éternel [Apoc. xi, iÇ; Hébr. xii, 28; Il Pierre i/ll}; les fondements en sont posés, mais il ne sera complètement établi qu'à la parousie, et lorsque le Christ aura triomphé de tous ses ennemis, il remettra le gouvernement à son Père (/ Cor., xv, 24-28\ D'ici là, la communauté des croyants forme l'Église du Christ; que les Apôtres, qui ne distinguent pas rigoureusement entre les notions du temporel ou du transitoire et de l'éternel, confondent souvent avec le royaume idéal du Christ, en sorte que, sous le nom de royaume de Dieu, ils entendent tantôt l'assemblée des fidèles sur la terre ou l'Église {Rom, xw, 17; / Cor., iv, 20; CoL i, 13), tantôt l'assemblée des fidèles glorifiés dans le ciel [l Cor. vi, 9; Gai. V, 21 ; // Tim. iv, 18}. Mais quelque sens qu'ils y attachent, l'universalité reste un de ses caractères. Toutes les nations sont invitées à participer aux privilèges des citoyens de ce royaume; seulement cette vocation avait été d'abord adressée aux Juifs (Rom. i, 16), dépositaires des promesses de Dieu {Rom. m, 1,2); et c'est leiu* endurcissement qui est cause qu'elle l'a été ensuite aux Gentils {Rom. xi, 30). Cependant, ajoute Paid, les Juifs eux-mêmes finiront par répondre à l'appel du Christ*, qui deViendra ainsi, sous l'autorité suprême de Dieu {ICor. xi, 3), le chef d'un grand empire moral, d'où les pécheurs seuls seront exclus (/ Cor. VI, 9-10; Gai. v, 19-21; Éphés. iv, 15; v, 5, 2i; Col. i, 18;
* Cette opinion de la conversion des Juifs, qui devait avoir lieu dans un temps assez rapproché, tu la proximité de la fin du monde {Rom. xi, Ib-Zl) est parlirulièrc à Paul. Il l'appuie sur Ésaxe l\\, 20- M, combiné avec xxvii, 9 et interprété h la manière rabbinique ; car ces passages se rapi>ortenl proprement au retour de rezil.
f Pierre ii, 9; // Pierre i, 10, H) et doii seront bannis la nnni, \e péché et le mal (/ Cor. xy, 26; Apec, xx, i4;.
La première condition à remplir pour entrer dans TÉglise r!ii (lirist, ou, pour parler comme Pierre, dans la maison de Dirii // Pierre îv, il], c'est la conversion, que le quatrième évangile appelle une régénération, une nouvelle iiuîssunce [Jean ni, 3), image souvent employée dans les écrits apostoliques 7 Pierre i, 23; Éphés, iv, 22-24; Goloss. niy fi-IO). Crucifier la cliair avec ses affections et ses convoitises, c'est renaître à une nouvelle vie en Clirist [Rom. vE, i; Gai. V, 24), vie qui doit être régie par une nouvelle loi îtpirltuelle, parla loi de Tesprit de vie (Rom. vin, 2; // Oïr. V, 15\ et se manifester par des œuvres convenables il la reptmtance ^Actes xxvi, 20). Les régénérés sont alïrandiiî* do la domination du péché (Rom. vi, i4), selon Tapôtre Paul, ou, pour parler comme la première épître de Jean, ils m* peuvent pécher I Jean m, 6, 9), doctrine qui, mal cinii [irise, a donné naissance plusieurs fois à de déplorables abiLs. Le symbole de cette renaissance spirituelle et en mh\w temps le signe d'admission dans TÉglise, c'est le baiïtéiae, qui s'administra d'abord au nom de Jésus seul Actn H, :^S), le néophyte, pour le recevoir, n'ayant eu dans Toriginc d'autre profession de foi à faire qu'à reconnai tro Jtîsus pour le Messie qui avait paru. Cette formule si sînip[(î ne tarda pas à se modifier {Mati. xxviii, 19), et il iXiàYint vu être ainsi dès l'instant que Ton en était venu à rogimler le Saint-Esprit comme le principe de la vie chrétienne, ce qui paraît être arrivé de-bonne heure. Les premiers chrétiens étaient fermement convaincus que celui qui recevait le baptême au nom de Jésus, recevait en même teinpî* li* Suint-Esprit, conformément aux promesses di-
vines {Joël ii, 28-29\ Si Jésus, en efiet, possédait FEsprit de Dieu dans toute sa plénitude, si FEsprit s'était uni à lui réellement, essentiellement, dWfxaTtxoiç, soit à sa conception, soit à son baptême, lui était-il impossible de le communiquer à d autres? Cependant il n'est question qu'une seule fois, avant la Pentecôte, de la communication directe du Saint-Esprit à un disciple [Matt. xvi, 17). Tant que Jésus était au milieu d eux, les disciples, en effet, n avaient pas besoin d'une révélation immédiate de la^ vérité divine; mais après sa mort, comme il ne leur avait pas dévoilé son plan tout entier, parce qu'ils n'étaient pas encore aptes à le comprendre Jean xvi, 12; Actes i, 6), il était nécessaire qu'ils reçussent une instruction plus complète, et en môme temps, qu'ils tussent fortifiés pour la lutte qu'ils allaient avoir à soutenir. Jésus promit donc à ses Apôtres la commimication du Saint-Esprit {Luc xxiv, 49; Jean xiv, 26; XVI, 7); mais cette communication de la vertu d'en haut ne leur fiit pas réservée à eux seuls {Actes ii, 4; cf. i, 15); ils paraissent seulement l'avoir reçue en plus g^nde abondance, puisque eux seuls pouvaient communiquer le Saint-Esprit par l'imposition des. mains (Actes viii, 14-17) à ceux qui avaient été baptisés par de simples fidèles. Aussi la seule supériorité qu'ils revendiquent, c'est d avoir été choisis pour témoins des enseignements et de la résurrection de Jésus [Actes X, 41). Paul même ne pouvait se l'attribuer, puisqu'il n'avait ni entendu, ni vu Jésus. Pour justifier sa prédication, il était donc obligé d'en appeler à la vision du chemin de Damas (/ Cor. xv, 8-9) et à la mission dont il avait été chargé immédiatement par le Christ {Actes xxii, 6 et suiv.; xxvi, 16-17), qui l'avait choisi pour l'apôtre des Gentils {GaL u, 7) et l'avait confirmé dans cette charge par
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des révélations et des visions i*épétées ^Acles xvi, 9-10; XXII, 18; // Cor. xu, 1-i), qu'il croyait émanées de secrètes communications de son âme avec Dieu, et qui n'étaient au fond que des rêves de son imagination surexcitée par une tension continuelle vers le monde invisible. Il se prétendait donc inspiré par TEsprit de Dieu, aussi bien que les autres Apôtres 7 Cor. ii, 12-13; vu, 40\ et, en cela, il avait d'autant plus raiâoih, que, comme nous venons de le dire, à la Pentecôte môme, le Saint-Esprit n était pas descendu sur les Apôtres seuls; il était le principe de vie dans toute rÉglise; ceux qui administraient la communauté chrétienne en étaient remplis, et leur mentir c'était mentir au Saint- Esprit (Actes v, 3-9; xi, 2i); c'est lui qui dirigeait les missionnaires de rÉglise jusque dans leurs moindres actes \Actes VIII, 2i); x, 19; xi, 12; xiii, 2; xV, 28); c'est lui qui suscite des prophètes, qui envoie aux fidèles des songes et des visions [Actes xi, 28; xx, 23; xxi, 4, lO-tl). En un mot, tout ce qu'il y a de bien et de beau dans l'Église, les bonnes pensées, les^généreuses résolutions, le zèle pour la religion, le courage en face de la persécution, tout est rapporté au Saint-Esprit par les premiers chrétiens; car, nous l'avons déjà dit, les écrits apostoliques ne connaissent pas la distinction subtile entre la providence médiate et la providence immédiate. Pour les Apôtres comme pour les prophètes de l'Ancien Testament, Dieu agit toujours directement.
Les opérations du Saint-Esprit sont donc très-variées dans l'Église (7 Cor. xii, 1 et suiv.}. C'est lui en particulier qui donne la connaissance de la vérité, dévoile les mystères divins, qu'il lui appartient de sonder (/ Cor. u, fO), et rend' persuasive la parole apostolique (/ Cor. ii, 4); c'est lui qui
opère la sainteté intérieure Éphés. m, 16), qui inspire Tamour fraternel (/ Pierre i^ 22), et en général toutes les vertus chrétiennes {Gai. \, 22); c'est lui encore qui rend la tranquillité à Tâme en lui donnant le sentiment de la plus intime communion avec Dieu et Jésus-Christ {Rom. viii, 15; Gai. IV, 6; [Jean m, 21; iv, 13); c'est lui enfin qui apprend aux fidèles à suppoi-ter leurs douleurs comme des épreuves salutaires [Rom. vui, 27; I Pierre iv, 14^ et qui les remplit d'une joyeuse espérance Rom. xv, 13), tout en priant pom' eux {Rçm. viu, 25-26\ Ce n'est pas tout encore, l'Esprit répand dans l'Eglise des dons surnaturels (/ Cor. xn, 7-10\ dont le plus merveilleux est sanc aucun doute celui des langues * . Ce don ou charisme, que Paul estime moins que celui de prophétie {ICor. xiv, 3, 4, 6, 22' et qui n'existe plus dans l'Église depuis que l'enthousiasme religieux s'est refroidi, ne consistait bien certainement pas dans une connaissance surnaturelle de langues étrangères. .C'était un état d'extase qui ravissait le fjidtvTiç ou celui en qui il se produisait, aux impressions du monde extérieur et provo- . quait chez lui des phénomènes somnambuliques pendant lesquels il prononçait des sons inai*ticulés ou des paroles incohérentes, dont il ne conservait ensuite aucun souvenir clair, tandis que le prophète avait toujours conscience de ce qu'il disait ou faisait. Telle est l'idée que l'on peut se faire de ce charisme^ d'après la description donnée par Paul, qui était lui-même fort sujet à des extases de cette nature (// Cor. xii, 1 et suiv.). Tels étaient les privilèges
< Schulthess, De Charismatibus spiritûs sancti, Leipz.^ 1818» in-8". — Meyer, De Charismate twv Y^ocacov, Hanovre, 1797, in-8". — Bleekt Ueber die Gabe des fXbiCfjaiç laktly, dans les Tbeologische Sladien und Kritiken, Hamb., 1829, in 8*,cab. l.—Olf/iat^ten, Ueber das Charisma des yhùcaoaç XocXiTv, Ibid. cah. 3.
dont jouissaient les fidèles dans TÉglise; mais pour recevoir une aussi abondante effusion de TEsprit, il ne suffisait pas de la conversion, il fallait encore la foi, qui devait naître librement par conséquent dans la conscience humaine. Mais pour acquérir la.foi, il fallait absolument apprendre à connaître TÉvangile, et il ne dépendait pas de rhomme de remplir cette troisième condition, comme les deux autres. Il est vrai que le Christ devait être prêché à toutes les nations; mais dans le fait, il ne Favait pas été, et même parmi ceux à qui T Evangile avait été annoncé, combien ne lavaient pas reçu! Était-ce leur propre faute OH la suite d'un décret de Dieu?
Cetti^ question difficile fut surtout traitée par Paul, qui la résohit comme il était naturel de s'y attendre de la part d'un homme nourri dès son enfance des doctrines fatalistes des Pharisiens '. Se plaçant au point de vue • de l'ancienne théocratie et transportant au nouveau ix)yaume de Dieu les idées des Israélites, Paul enseigna que les chrétiens sont, comme l'avaient été les Juifs dans l'ancienne économie, le peuple élu de Dieu et, de même que le choix du peuple d'Israël parmi tous les peuples de la terre n'avait pas été déterminé par ses mérites supérieurs, mais avait été l'effet de la pure grâce de Dieu, l'élection de celui qui est appelé à participer aux bienfaits de la mort du Christ n'est pas la récompense d'un mérite quelconque. Dieu appelle qui il lui plaît, d'après un décret éternel ou une prédestination divine, et nul n'a le droit de lui demander compte de ses préférences, puisqu'il est le créateur et nous ses créatures. D'ailleurs Paul lui-même ne reste pas toujours fidèle à cette
* Voyez Josèphe, Antiquit. jud., lih. VUI, c. !5, | 6.
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théorie destructive de toute morale pratique; car chatjue fois qu'il descend de la généralité abstraite pour entrer dans la vie réelte, il tombe en contradiction avec lui-même en aflSrmant que Dieu rendra à chacun selon ses œuvres {Rom. II, 6; 1 Cor. m, 8, 14; ix, 17; IlCor. v, 40; Gai. vi, 7), et en présentant l'héritage céleste comme la récompense de nos efforts individuels {/ Cor. ix, 26; PhUipp. m, 14; // Thess. II, 19). Les chrétiens sont donc la race élue (/ Pierre II, 9). Admis dans FÉglise par le baptême, auquel les Apôtres attachaient autant d'importance que les Juifs à la circoncision [Actes H, 38, 41; x, 48; Bom, vi, 3; Gai. m, 27), et qui était pour eux le symbole de la renaissance spirituelle en Christ, ou, en d'autres termes, de la rémission des péchés ou du salut (/ Pierre ui, 21), les chrétiens 'deviennent membres d'un seul corps (/ Cor. xu, 13), dont le lien religieux est le repas eucharistique institué en mémoire de la mort du Christ (/ Cor. xi, 25), symbole d'une union spirituelle avec lui (1 Cor. x, 16).
Biichaioloi^le.
Tyc/uen, De itapouaia Chriati et iialionibus de adventu Cliristi in Novo Testamento obviis, Golt., 1785, in-V. — Koken^ De reditu Messiae ad judicium gentium, GdU., l800,nn-4».
Le Christ avait annoncé à ses disciples son prochain retour sur la terre, plus ou moins clairement et sans en fixer l'époque précise. Les Apôtres s'attachèrent d'autant plus
fermement à cette promesse de leur Maître, que la destinée
de Jésus avait réalisé à moins d égards la conception juive du Messie, et qu'ils devaient, en présence de la croix, soit abandonner Tidée de .sa messianité, soit se rattacher avec énergie àFidée qu'il reviendrait sur la terre pour accomplir Fœuvre messianique.
Cette espérance de là prochaine parousie se fait jour dans tous les écrits du Nouveau Testament, sauf le quatrième Évangile, mais nulle part sous une forme aussi concrète que dans l'Apocalypse (I Cor. xv,51 ; / Thess. iv, 15, ÎT; v, 2; Hébr. x, 25, 37; I Pierre iv, 7; Apoc. m, 3; xvi, 15; XXII, 7, 20; Sacq. v, 7, etc.). Elle aurait lieu au moment où l'on s'y attendrait le moins (/ Thess. v, 1-2); cependant elle serait annoncée par de terribles calamités, par des apostasies (/ Thess» v, 3; / Tim. iv, 1 ; JITim. m, 1), et par l'apparition de l'antichrist {Il Thess. ii, 1-12), personnification de l'esprit d'incrédulité (/ Jean ii, 22). Porté sur les nues, entouré de légions d'anges (/ Thess. m, 13 ; // Thess. i, 7), Jésus descendra du Ciel pour présider à la résurrection des morts et au jugement dernier. Tel était l'ardent espoir des premiers chrétiens; mais à mesure que les années s'écoulèrent, la foi en la prochaine parousie s'afiaiblit peu à peu jusqu'à ce que, abandonnant enfin une vaine espérance, ils s'en tinrent à une vérité abstraite (/7 Pierre m, 12-14), à l'idée d'une résurrection spirituelle et morale si clairement enseignée déjà dans' les écrits johanniques. Beaucoup d'entre eux cependant ne purent franchir les bornes étroites du matérialisme judaïque, et jusqu'à nos jours, le dogme de la résurrection des morts, qui avait rencontré déjà des adversaires dans l'Eglise apostolique (/ Cor. xv, 12), est resté un des dogmes fondamentaux de l'enseignement chrétien, comme il l'avait été de celui des apôtres, surtout de Paul,
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qui le prouvait par la résurrection du Christ (/ Cor. xv, 13).
Voici, en résiuné, la doctrine du Nouveau-Testament sur les choses finales, c'est-à-dire sur la résurrection, le jugement dernier et la fin du monde.
La résurrection des morts sera opérée par Dieu (/ Cor. vi, 14; II Cor. i, 9), ou par Christ {Phil. m, 27), agissant comme son instrument {II Cor. iv, 14). Elle aura lieu à la parousie {ICor. XV, 23), au même instant, au son delà trompette qui célébrera le retour du Christ (/ Cor. xv, 62). C'est au moins ce que Paul affirme dans un endroit de ses épitres, tandis qu'ailleurs il ne semble pas admettre une résurrection générale et instantanée, puisqu'il déclare expressément que ceux qui sont morts en Christ ressusciteront premièrement (/ Thess. ïv, 16). (Test ce que TApocalypse appelle la première résiurection {Apoc. xx, 5), s'exprimant sur ce point beaucoup plus clairement que Paul, qui ne voyait peut-être pas très-distinctement les moyens de concilier le royaume millénaire, terrestre et matériel des Juifs avec le royaume moral, conçu par Jésus-Christ. Le grand apôtre expose en eflFet sur l'eschatologie des idées toutes particulières. D ne conçoit pas la résurrection comme une restauration du corps terrestre, mais comme un développement, un épanouissement de ce corps, qui sera transfiguré pour devenir l'organe immortel de l'âme (/ Cor. xv, 35-50), et cette transfiguration s'opérera non-seulement chez les morts, mais chez les vivants (/ Cor. xv, 61-62; / Thess. iv, 15-17), à la réapparition du Christ comme roi théocratique. Ce corps, ainsi transfiguré, ne sera pas un autre corps; ce serar seulement un corps incorruptible, parce que rien de terrestre, de corruptible, ne peut entrer dans le royaume de Dieu (/Cor. xv, 50-63) et que les ressuscites monteront dans le Ciel pour y
régner avec le Christ (/ Thess. iv, 17 *j. Il semble donc que Paul ne partageait pas absolument les idées cliiliastiques de ses collègues palestiniens, si clairement formulées dans r Apocalypse [Apoc. ii, 26, 27; v, iO; xx, 4-6); aussi ne parle-t-il jamais d'une seconde mort, comme ceUe-ci {Apoc. XX, 14). Tout se passe pour lui, la résurrection et le jugement dernier, au moment de la parousie (f Cor. iv, 5 ; xv, 23), à laquelle les épîtres de Pierre et de Jacques rattachent aussi la rémunération [Jacq. v, 7-8 ; / Pierre i^ 7; iv, 7; V, 10). C'est le Christ comme représentant du Bieù suprême, qui présidera à ce dernier jugement {Actes xvii, 31; Rom. u, 16; xiv, 10; // Cor. v, 10; // Tim. iv, 1), qui comprendra tous les hommes, les morts aussi bien que les vivants, s^ étendra à tous les actes de la vie, e,t même aux pensées les plus secrètes {Rom, ii, 6; / Cor. IV, 5) -et qui s'exercera avec une souveraine justice {Rom. II, 5). Les vicieux et les incrédules, c'est-à-dire les ennemis du christianisme (// Thess. i, 8-9), seront livrés à des supi)lices étemels, plongés dans l'étang de soufre et de feu {Apoc. xix, 20 ; xx^ 10; xxi, 8) ou dans les ténèbres {JudelS). Paul, qui n'emploie jamais de semblables images, et qui parle moins du châtiment des méchants que de la félicité des justes, qu'il fait consister dans une connaissance religieuse parfaite {/ Cor. xiii, 10, 12) et en une intime union avec le Christ (/ Thess. iv, 17) à qui ils seront semblables {IJeanm, 2), enseigne que la béatitude céleste durera éternellement. Le monde actuel disparaîtra {/ Cor. xv, *
* Sur ce point, Paul n'a pas toujours été d'accord avec lui-même. Dans sa première épUre {Rom. viii^ 19-22), il parle d'une métamorphose de la terre qui devait avoir lieu à la parousie. Or, il est difficile de comprendre le but de cette glorification du monde matériel, à moins d'admettre que la terre, dans son opinion, devait être rendue propre à servir de séjour aux élus. * '
24; Apoc, XXI, I), consumé par le feu selon la seconde épître de Pierre (// Piene m, i 2) pour faire place à un nouVeau ciel et à une nouvelle terre, où régnera la justice {Il Pierre m, là), d'où le mal sera banni [Apoc. xxi, 3-4) et où Dieu sera tout en tous (/ Cor, xv, 28), nous dit saint Paul, entendant sans doute, par cette formule panthéistique, non pas une absorption absolue de Tâme humaine dans TEsprit universel, mais une union intime, mystique, où elle gardera la conscience de sa personnalité.