CHRISTIANISME APOSTOLIQUE
Coup d'œil gènèrml.
losHus, Biblische Théologie des Neuen Testamente, Leipz., 1825, in-8*. ^ Bôhme, Die Religion der Âpostel J. Cb. aus ihren Urkunden dargestellt, Leipz., 1829, in-8«. — Matthai, Der Religionsglauhe der Apostel Jesas, G5Uing. , 1826-30, : vol. in-8«.
Nous venons de voir par l'étude des synoptiques^ que Jésus avait admis comme des vérités générales les principales doctrines du mosaïsme, telles qu'elles s'étaient complétées et modifiées depuis l'exil; seulement qu'au lieu du Dieu partial et jaloux des livres sacrés des Juifs, il avait pî ésenté à ses disciples Dieu, conmie le Père de tous les hommes, et comme l'idéal de la sainteté, et qu'au formalisme pharisien, il avait substitué l'accomplissement de la loi morale comme la condition nécessaire de la félicité dans une autre vie. Cet enseignement, il s'était contenté de le donner sous une forme populaire, admirablement appropriée il son génie particulier, comme à l'intelligence de ses au-
diteurs, et rarement, à moins qu'il n'eût à répondre à quelque question captieuse, il avait employé la subtile méthode d'argumentation des rabbins, que d'ailleurs il connaissait fort bien* Dans les synoptiques, ses discours consistent presque uniquement en paraboles admirables de simplicité, d'exactitude et de naturel, ou bien en allégories, en gnomes, en sentences qui revêtaient parfois une forme paradoxale ^Matt. XXVI, 61; cf. Jean ii, 19 ; Matt. xvi, 24 ; xix, 24; XXI, 21); mais rien dans ses enseignements n'avait la raideur et la précision du dogme. Il exposait sa doctrine en principes généraux, sans songer à en tirer les 'conséquences, et encore moins à la réduire en théorie, laissant au temps le soin de développer les germes qu'il semait à pleines mains.
Ce qu'il n'avait pas fait, ce sont ses disciples qid furent appelés à' le faire. Les besoins de leur polémique contre les Juifs les forcèrent à éclairer ce que le maître avait laissé obscur, à combler les lacunes de son enseignement, à prouver ce qu'il s'était contenté d'aflirmer, surtout sa mission messianique.
Le rôle que Jésus avait joué sur la terre répondait si mal, en effet, à ce que les Juifs attendaient de leur Messie, que la personne de Jésus devait nécessairement devenir le pivot de l'enseignement apostolique. La mort de Jésus • marque donc un moment important dans le développement du christianisme *. Dans les paroles de Jésus, telles qu'elles nous sont rapportées par les Synoptiques, sa personne ne fait jamais, en effet, l'objet immédiat de ses instructions;
* La mort de Jésui, sa résurrection et sa prochaine paroosie sont les trois faits essentiels sur lesquels insistent les épttres authentiques de Paul et TApocalypse, les phis anciens documents écrits de TËglise chrétienne.
ce n'est pas de sa personne^ mais de la vérité de sa doctrine qu'il s'agit dans ses discours. Dans le christianisme aposto-' lique^ au contraire, surtout les écrits de couleur pauli-' nienne ou johannique ^, sa personne paraît au premier plan. On ne se demande plus : qu'est-ce que Jésus a enseigné pour mettre l'homme dans la voie du salut; mais : qu'est-ce que Jésus a souffert pour racheter l'humanité? La doctrine de Jésus, simple morale religieuse, devient ainsi une religion proprement dite, une religion dogmatique. Pour les apôtres, il ne suffit plus de croire à la vérité de la doctrine du Christ, avec la ferme volonté d'y conformer sa vie, il faut surtout croire à sa personne, comme au seul Sauveur. Cette révolution, qui déplaça le centre du christianisme, fut commencée par Paul ; le premier, il arriva à la conviction profonde qu'il était impossible de 8'i^proprier le ^alut acquis par la mort du Christ, en restant sous le joug de la Loi. Les autres apôtres ne rompirent pas aussi promptement ni aussi complètement que lui avec le mosaïsme. L'auteur de T Apocalypse, par exemple, se rattache immédiatement au judaïsme, non pas, il est vrai, au judaïsme mosaïque et légal, mais au judaïsme prophétique déjà spkitualisé. C'était chez eux une contradiction, car tout en restant ainsi fidèles au judaïsme, ils admettoient la nécessité de la mort du Messie, sans réfléchir, que si cette mort avait été nécessaire, il en résultait que le mosaïsme ne pouvait assurer aux hommes le salut par la justification. Cependant les principes de Paul ne tardèrent pas à triompher de l'opposition du judéo-christianisme; le di-
* On a remarqué que l'épitre de Jacques ne prononee qa« deux fois le nom du Seigneur (Jaeq, i, I, et ii, 1), tandis que dtnt ttoon antre écrit du N. T., q/ù ne trouve autant de réminiscences de ses discours.
vorce devînt complet entre la loi et TÉvangile, et le christia-. nisme apostolique, fondé sur ses deux idées fondamentales, rétat de péché de l'homme et sa rédemption par le Christ, abandonnant enfin le terrain de la polémique anti-judaïque, aborda dans les écrits johanniques la sphère de la spéculation théologique et du mysticisme religieux *.
11 est donc essentiel de distinguer soigneusement les écrits apostoliques. D'après la date de leur composition, ils se divisent en trois classes. La première comprend ceux qui ont été composés depuis la mort de Jésus jusqu'à la prise de Jérusalem, c'est-à-dire les épitres authentiques de Paul, FApocalypse et Tépître de Jude; la seconde, ceux qui Tout été depuis la prise de Jérusalem jusqu'à la fin du premier siècle de notre ère, savoir Fépitre aux Hébreux, les petites épîtres de Paul, les épitres de Pierre et de Jacques, les Évangiles synoptiques et les Actes des apôtres; à la troisième, enfin, appartiennent les écrits dont la composition ne remonte pas au-delà des premières années du deuxième siècle, c'est-à-dire les épîtres pastorales de Paul et les épîtres johanniques avec le quatrième Evangile ^
Pour donner une idée plus claire et plus nette du rapide développement de la doctrine chrétienne durant la période apostolique, et rester en même temps fidèle au grand principe de la critique qui défend de confondre les opinions de deux époques difiërentes, nous devrions, sans doute, analyser séparément ces trois classes de documents; mais, comme d'un côté, il serait impossible d'éviter des répéti-
* Frommann, Der johanneische Lehrbegriff in seinem Verbttltnisse zur gesammten biblisch-chrisi lichen Lehre, Leipz., 1839, in-S". — Kôstlitif Der johanneische Lehrbegriff, Berlin, 1843, in-8».
3 Baur^ Vorlesungén Uber neulestamentliche Théologie, p. 39-42.
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tions nombreuses et fatigantes, et de l'autre, que ce trayall a déjà été fait et bien fait en français par le savant professeur Edouard Reuss, dans son Histoire de la théologie chrétienne au siècle apostoliquCy nous pensons qu'il suffira de classer sous certaines rubriques générales les croyances professées dans leurs écrits par les apôtres, en nous contentant de signaler les divergences, quelquefois *assez importantes, de leurs conceptions et de leur enseignement.
IHea et ««i aUrlbuts.
La notion de TÊtre suprême et de ses attributs se présente beaucoup plus développée dans les écrits apostoliques que dans les discours de Jésus. Appelés plus souvent que leur maître, qui ne s'adressa guère qu'à des Jiiifs, à combattre le polythéisme, ils devaient insister avant tout sur l'unité de Dieu, et c'est ce qu'ils font, sans donner toutefois une seule preuve rigoureuse de l'existence d'un Être suprême. Paul seul en produit une et encore sans s'y arrêter. Dans son épître aux Romains, il dérive la foi eu Dieu de la contemplation de la nature * et cette preuve, que Técole appelle physico-théologique, lui paraît si convaincante qu'il regarde le polythéisme comme une dégénération de la religion naturelle, et que, pour lui, les dieux de la my-
< Rom. I, 20. Cette preuve, la plus populaire de toutes, avait déjà été donnée par les psalmistes {P$. xix, 2 ; civ, 24).
thologk né sont que des êtres de pure imagination (/ Cor. viu, 4) ^ A la pluralité des dieux^ il oppose un seul Dieu, Dieu à la fois des juifs et des païens {Rom. m, 29 et suiv.), Père commun de tous les hommes, qui gouverne tout, qui pénètre tout, qui anime tout {Éphés, iv, 6), seul vrai Dieu (/ Thess. I, 9).
On ne peut rien déduire des noms donnés à Dieu dans les écrits apostoliques, touchant les idées que les premiers disciples du Christ se faisaient de la nature de Dieu. Ces noms sont simplement traduits de Thébreu. Ils n'emploient jamais celuL de Jéhovah, , qu ils remplacent, comme la Septante, par le Seigneur, ô xupioç, ou par une circonlocution fondée sur Tétymologie : Celui qui est, qui était et qui sera {Apoc. i, 4, 8; iv, 8; xi, 17; xvi, 5^; mais ils l'appellent fréquemment le Tout-Puissant, 6 iravroxprfTwp , quelquefois le père des esprits (Héb. xii, 9), comme la sourci' de toute vie «pirituelle, expression empruntée à Thébraïsme {Nomb. xvi, 22; xxvii, 16) et dont on ne peut rien induire par conséquent touchant leurs idées sur l'immatérialité de Dieu. Rien ne prouve, en effet, que les apôtres aient tous conçu Dieu comme absolument immatériel, comme un pur esprit, et son essence comme une entité morale; en d'autres termes, qu'ils aient complètement dégagé laliivinité du type humain. Le passage Jean iv, 24 : Dieu est esprit, et U faut que ses adorateurs V adorent en esprit et en vérité, reste tout à fait isolé dans le Nouveau Testament, et il serait possible que l'auteur du quatrième Évangile eût voulu seulement parce mot esprit signifier qu'il
* Quatre siècte« avant J.-l.h , Ëvhén)ère,4e Tégée, avait déjà émis ropinlon que les dieux mythologiques étaient des héros ou des sages, des rois on des tyrans honores de l'a|iotbéose [Cicéron^ De nalurâ Deorum, lib. I. r. 4? .
est invisible (cf //eaniv, 12, 20). En effet rinvisibilité de Dieu est partout enseignée dans les écrits apostoliques {Col. 1, 15; / Tim. i, 17; vi, 16; Jean i, 18), excepté dans^ r Apocalypse {Apoc. iv, 2-H ; v, 1, 7 ; xix, 4, etc.), qui emploie sans, hésiter en parlant de Dieu les expressions des anciens prophètes, expressions qu'il est difîficile de prendre pour de simples images, quand on songe à Tétat de la culture intellectuelle chez les Juifs à Tépoque où ces prophètes vivaient.
Au reste, si Jean ou Tauteur, quel qu'il soit, de l'Apocalypse, n'enseigne pas clairement l'invisibilité de Dieu, il est tout-à-fait d'accord avec les autres apôtres pour proclamer son éternité {Apoc. V, 14; x, 6; XV, 7; Rom. xvi,26; / Tim. VI, 16; / Pierre v, 10), et nul ne parle de sa puissance et de sa majesté en termes plus magnifiques, empruntés à la symbolique de l'Ancien Testament. Mais c'est l'auteur de l'épître aux Hébreux qui donne la définition la plus complète de la toute- science divine {Hébr. iv, 12-13), sans en dériver cependant aussi clairement que Paul la prescience qui sert de fondement à sa célèbre théorie de la prédestination {Rom, vui, 28-29, cf. Éphés. i, 4), et sans la mettre, comme lui, en rapport direct avec la sagesse {Rom. xi, 33), autre forme sous laquelle se manifeste la perfection absolue de rintelligence de Dieu.
D'ailleurs, c'est principalement sur les attributs moraux de la divinité qu'insistent les apôtres, à l'exemple du maître. Tous s'accordent à nous présenter la volonté de Dieu comme essentiellement bonne ou sainte. Dieu est la bonté même : il est le seul saint, nous dit F Apocalypse {Apoc. xv, 4), comme Jésus avait dit : D est le seul bon. Pour les apôtres, le symbole de cette sainteté morale est la lumière
J Jean i, 5; / Tint, vi, 16; Apoc. iv, 3), lumière inaccessible, mais qui doit servir de phare à Thomme dans toutes les circonstances de la vie (/ Pierre i, 15-16). Cette sainte volonté de Dieu s'est manifestée comme justice en tant qu'elle a tendu à faire triompher le bien moral par rétablissement d'une loi morale avec promesse d'une rémunération impartiale pour sanction {Rom. ii, 5-1 i ; ni, 6; Apoc. xvi, 5-6; Jacq. IV, 12; I Pierre i, 17). En tant qu'elle châtie, la justice divine est appelée la colère de Dieu {Rom. ii, 5; IThess. ii, ^6;Apoc. XI, 18; xiv, 10; xv, 1), expression anthropopathique qui répond exactement à la haine du mal. A un autre point de vue, la sainteté de la volonté de Dieu est véracité et fidélité, car les actes de la volonté divine sont invariablement conformes à la volonté qui les dicte. Dieu étant immuable {Rom. m, 3-4 ; Jacq. i, 17; Hébr. x, 23; / Jean i, 9). Quand elle a pour* objets les créatures raisonnables, la bonté de Dieu s'appelle tantôt grâce, ^apK, tantôt amour, dYaTTYi, souvent miséricorde, ^eo;, expressions employées indifféremment Tune pour l'autre, selon le point de vue auquel se place l'apôtre, quoique Paul qui ne parle guère de la bonté de Dieu sans l'associer à sa justice, réserve plutôt le mot de grâce pour signifier la bonté de Dieu par opposition aux œuvres de Thomme considérées comme méritoires, et que dans les écrits johanniques, celui d'amour soit de préférence employé comme antithèse de la justice, tandis que, dans les écrits judaïsants, comme l'Apocalypse, la 2* épître de Pierre et celle de Jude, ce côté de l'essence divine, l'amour ou la bonté, est laissé dans l'ombre,^ et la justice mise en relief.
Trinité.
Siibertchlag, Die Lebre der beiligen Schrift von der Dreieîiiigkeit CrOttoi, Berlin, 1783-94, 4 cab. in-8*. — Tholuck, Die spéculative Trinittitslebre des Orients. Berlin, 1826, in-8". — Baur, Die cbrisiliche Lebre von der Dreieinigkeit uod Ménsehwerdung Gottes, Ttibing., 1841, in-8*.
Les premiers disciples du Christ semblent être restés étrangers aux spéculations de la cabale juive^ excepté Tauteur de l'Apocalypse, qui parle des sept esprits de Dieu, qui sont devant son trône [Apoc. i, 4 ; m, 1 ; iv, 5; V, 6) et plus vaguement des trois attributs supérieurs de Dieu : la gloire, Thonneur jet la puissance {Apoc, IV, H), ainsi que de sept attributs inférieurs.: la puissance et la richesse et la sagesse et la force et Thonneur et la gloire et la bénédiction {Apoc. v, 12), d'une manière qui prouve qu'il avait quelque connaissance de cette philosophie juive, qui, partant du principe de l'émanation, personnifiait, sous le nom de Sephiroth, les perfections du Dieu caché ou inconnu, e]iD-]^N , et les divisait en deux classes, d'après les nombres sacrés 3 et 7 : la Couronne, la Sagesse et l'Intelligence ou l'Esprit, — la Grandeur, la Bonté, la Puissance, la Beauté ou la Magnificence, le Triomphe ou la Victoire, la Gloire, le
Fondement et le Royaume ', les trois premières pei'sonnifiant les formes de Tactivité divine, et les sept dernières, les résultats de cette activité ^.
Mais si Ton ne trouve rien dans les autres écrits apostoliques qui rappelle cette philosophie tout orientale, ijn ne peut en dii'e autant de la philosophie alexandrine dont on reconnaît rinfluence dans plusieurs passagers dos epitics de Paul et dans Tévangîle qui porte le nom de Jean,
Dans les écrits authentiques de Paul, on voit déjà se manifester clairement, de même que dans TApociiIypse, cette tendance des premiers chrétiens à donner Jiu Christ •comme fils de Dieu, une nature supérieure, à le mettre dans un rapport plus intime avec la Divinité^ à en faire sinon TÊtre absolu, au moins un Dieu ayant une existence indépendante, une conscience personnelle, et, ?^ans ùtw le seul Dieu, participant aux attributs divins. Ainsi TApoea- Ijrpse lui donne sans hésiter un nom qu'elle donne aussi â
^ Arbre cabalistique.
iro Couronne n%1K *
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* Oeber die Personiflcation der Eigenschaflen Goltes imter den spaiirn Jddin, «lanslaBibliothek de Eichhorn, t. ni, p. 191 etsuiv ; t. V, p: 377 d suiv.
rÊtre suprême {Apoc. i, 17; n, 8; cf. i, 8); elle lui confère les sept attributs inférieurs de la Divinité {Apoc. m, i;v,6); et elle rappelle la première des créatures {Apoc. m, 14); en un mot, elle l'identifie avec la Parole ou la Sagesse hypostasiée, telle que l'admettait la philosophie juive {Apoc, XIX, 13). Pour Paul (si toutefois il est l'auteur de Tépître aux Philippîens) le Christ existait en forme de Dieu {Phil, II, 6) avant de descendre sur la terre; l'apôtre lui attribuait donc la préexistence. Bien plus, on devrait croire, d'après Rom. IX, S, qu'il n'hésitait pas à lui donner le nom de Dieu *. Mais comme ce passage n'est pas autre chose qu'une doxologie, qui se rapporte à Dieu comme toutes les doxologies pauliniennes (/ Cor. xv, 87; // Cor. i, 3; vm, 16; Gai, I, 5, etc.]!, et comme d'un autre coté, Paul, en vingt endroits différents, parle du Christ comme d'un simple homme {Act. xvii, 31 ; Rom. i, 3; v, 15, 19; I Cor. xv, 21; * Gai. IV, 4), ou tout au moins comme d'un sujet distinct de Dieu et subordonné à Dieu (/ Cor. m, 22; xi, 3; xv, 28), il faut bien reconnaître que, quelque haut qu'il le plaçât JlCor. iw, 4), l'Apôtre le tenait pour essentiellement homme, tout au plus pour un homme divin ' {Rom. i, 4\ et non pas
* Rom. IX, 5 : Desquels est issu Christ, en ee qui concerne la chair, lui, qui est au-dessus de toutes choses, Dieu béni pour les siècles. Amen. — Nous ne parlons pas de Àet. XX, 28, où il faut lire xuptou au lieu de Oeoû d'après les meilleurs manuscrits; autrement Paul aurait professé le patripassiaoisme ; ni de / Tim. m, 16. où, au lieu de Oeoç, il faut, lire simplement oç comme on Ta reconnu depuis longtemps; ni enfin de Tite ii, 13, où ces mots tou [U'^aXw Oeou se rapportent évidemment à rÊtre suprême, comme le prouve/ Tim. vr, 14-15. Sans doute l'article devrait être répété devant ^(OTYÎpoç, mais Paul n'écrivait pas le grec avec la pureté gramitiaticalc d'un Platon, et celui qui a emprunté son nom dans ces dernières épttres, n'était pas un meilleur helléniste que lui.
' L'Adam céleste des mystiqnefv juirs {Sohnr, Gènes, fol. 14), soit incarné, soit uni h lui lors du baptême.
pour le Logos dans le sens johannique, ou pour une hypostase dans Tessence divine.
Un pas de plus est fait dans la conception idéale du Christ par l'auteur anonyme de l'épître aux Hébreux. Dans cette épître, le Christ, comme fils de Dieu, est un rayonnement de la gloire de Dieu et une empreinte de su substance {Héb. i, 3). C'est un être distinct du monde, audessus du monde qu'il a créé et qu'il conserve {Héb. i, 2-3) ; et, quoique émané de Dieu comme le monde, il est le premier-né de la création *, il est le Fils de Dieu et comme tel supérieur aux anges. Le coté humain, que fait encore ressortir l'apôtre Paul, est délaissé, et le Christ, être purement divin, entre absolument dans la sphère suprasensible. Et cependant Tépître aux Hébreux n'identifie pas encore le Fils et le Logos, comme fait le quatrième évangile, bien qu'elle personnifie déjà ce dernier {Héb. iv, 12-1 3\ Pour caractériser la nature divine du Fils, elle ne s'en tient pas, en effet, à la notion du Logos ; mais elle a recours à celle de l'Esprit, et elle établit, en outre, entre le Père et le Fils un rapport d'entière suboixiination. La même conception intermédiaire se retrouve dans les petites épitres de Paul, où le Christ nous est présenté non plus comme un homme divin, mais comme un être divin par sa substance même, comme, l'image du Dieu invisible {Col i, 15), premier-né de toute création ^. L'auteur anonyme lui accorde des attributs {Col. i, 16) que Paul réserve à TÊtre suprême {Rom. xi, 36) ; seulement c'est la volonté de l'Être
* C'est le titre que le Zend-Avesta donne aossi à Ormozd (Zend-Àvesta, U" par- . lie, p. 5), et la Cabale juive à la Scbechina (TiMiune Sohar, Amsterdam, 1711^ în-8% c. 14).
^ Voy. cependant / Tim. ii, 5, où le Christ est appelé homme, com^^^f Rom. T, 15.
suprême qui les lui a communiqués (Col. i; 19 ; mais d-ailleurs il le distingue si absolument du monde, en relevant sa nature divine, que -le divin en Christ devient la substance, etrhumain un pur accident. Un pas encore dans Tidéalisation du Christ, et ce dernier élément allait disparaître. Pour le quatrième évangile, le Fils est le Logos, c'est-àdire une hypostase diyine, incarnée {Jean i,'14; IJean i, <); il existe pour soi, mais il est dans un rapport d'immanence avec Dieu. Il est si parfait einent un avec Dieu que Fun reconnaît dans Tautre son propre moi. A cause de cette identité d'essence, le Fils participe aux attributs divins. Il est toutsachant {Jean i, 48; n, 25; iv, 18; vi, 64) ; lui seul a v\i le Père {Jean vi, 46); il est tout-puissant {Jean m, 35; xvu, 2;; mais cette puissance, il ne la tient pas de lui-même, il Ta reçue de Dieu {Jean v, 19, 22; vi, 39), dont il se sent absolument dépendant (/^a»vui,28, 42; xiv,24,28); il est donc inférieur à Dieu {Jean xiv, 28) ; aussi ne réclame-t-il pas l'adoration qui n'est due qu'à TÊtre suprême, il veut seulement le respect et l'obéissance qui lui sont dus en sa qualité d'envoyé divin * . Un autre caractère d'infériorité, c'est que le Logos n'est pas éternel comme Dieu; il était près de Dieu au commencement, ^ àpyYi, c'est-à-dire avant la création du monde, comme le prouve le passage parallèle Genèse i^i, et non pas •de toute éternité {Jean xvii, 5) ; il était Oeoç, ou un être divin *, et il le resta après être descendu sur la terre commme agent de la révélation divine la plus parfaite [^Jean vi, 46; vu, 16; xiv, 61. Mais, se demande-t-on, comment un sujet humain pouvait-il coexister avec ce sujet
* Le mol grec Tia5v, signifie en effet respecter, obéir {Jean v, *?3), et non pas adorer.
' Mais non pa« 6 Oe<{ç, nom exclusivement réservé à l'Être suprême.
divin dans la même personne? Comment le Logos, être divin préexistant à son union avec Thomme Jésus, pouvait-il former avec lui un seul et même sujet? Le problème était difficile à résoudre ; aussi le quatrième évangile ne le résout pas. Il sacrifie l'humain au divin, à tel point qu'il touche aux limites du gnosticisme, sans les franchir cependant* De ce qui précède ne doit-on pas conduire que, dès la fin du premier siècle de notre ère, TÉglise clirétieniie K\iiit donné une forme concrète à l'idée abstraite du Logos et que pour elle, le Christ était le Logos hypostasîé? Le nier serait nier Tévidence ^ Mais dans les écrits apostoliques, le Logos fest la seule hypostase; il n'y est pas encore question formellement de la personnalité du Saînt-E^rit^ qui n'est nulle part distingué du Père et du Fils d'une mîiuière assez précise pour qu'on doive le considérer comme un sujet distinct dans la Divinité*; car il ne paraît qu'agissant dans d'autres sujets, en sorte qu'il est impossible de pi*ouver qu'il opère indépendamment d'un instrimient étranger, c'est-à-dire qu'il ait une conscience propre. Le plus souvent, le Nouveau-Testament entend par l'Esprit de Dieu [fCot\ il, H ; ni, 16; Rom, vin, 9, etc.) ou le Saint-Esprit J Cor. vi, 19; Uébr. m, 7 ; x, 15), l'action de Dieu sur la vie spirituelle de l'homme; c'est l'Esprit de Dieu qui éclaire son intelligence, .qui opère en lui la conviction, qui purifie son cœur et lui donne le repos, qui dirige sa volonté vers le bien. Toutes ces idées sont conformes à celles de l'hébraïsme, et de même aussi que dans la théologie juive l'Esprit de Dieu s'appelait quelquefois l'esprit du Messie, parce que d'après
* Ilgen^ De nolione tituti Filii l)ei Messise, hoc est oncto Juvsr, in lit»ri« sirrif tributs lena, 1795, 10-4".
2 Voir notamment Actes v, 3 et 4, 9; / Cor. vi, 19 et // Cor. vi. Ki. i
Ésaîe'xiy 2, TEsprit de Dieu devait habiter en lui, il est quelquefois nommé par les Apôtres TEsprit du Christ ou du Seigneur (// Cor. m, il; Rom. vm, 9; Gai. iv, 6; I Pierre I, H ) ce qui prouve que ces deux expressions étaient tenues pour synonymes. Ailleurs les œuvres de Tesprit sont assimilées à celles de Dieu {Rom. xiii, 3, cf. / Cor. xn, 9; Rom. V, 6; viu, 6; cf. Gai. iv, 6). H est vrai que dans quelques passages, Dieu, le Christ et TEsprit sont distingués Tun de l'autre [ICor. ii, 10; xu, 4-6; II Cor. xiii, 13); mais cette distinction ne fait pas de TEsprit une personnalité ; pas plus que la séparation de Tesprit de Thomme de Thomme luimême ne constitue deux êtres différents {ICor. ii, H); c est une pure abstraction personnifiée. Or, de même que dans TAncien-Testament, où U est parlé de TEsprit de Jéhovah comme d'une personne {Ésaïe XLVin, 16; LXm, 10), les Juifs sévèrement monothéistes ne pouvaient prendre au propre le langage figuré des prophètes, nous devons nous garder de considérer comme autre chose que des prosopopées les nombreux passages des écrits apostoliques où l'Esprit de Dieu est personnifié [Act. xiii, 2, 4; v, 3, 9; xv, 28; Éphés. IV, 30). Le quatrième évangile lui-même, qui l'appelle du nom nouveau de Paraclet, le confond encore avec le Logos, puisqu'il attribue à ce dernier {Jean i, 3) la création, qui d'après TAncien-Testament, a été l'œuvre de l'Esprit [Gen. i, 2; Job xxxm, 4; Ps. cvi, 30), tandis qu'ailleurs (Jeon i, 32-33; m, 34), il les distingue trèsclairement (/^an xrv, 26; xv, 26; xvi, 13-15), d'où l'on doit conclure que l'auteur ne se faisait pas encore une idée bien nette des deux abstractions '.
♦ Winser, Num quid discriminiK inter tov Xovov ei xo ttvsùulx intercédât? Leipzig, 1819, in-8''.
De tous les écrivains du Nouveau-Testament, Luc seul nous présente le Saint-Esprit apparaissant sous une forme visible, la première fois, à Toccasion du baptême de Jésus ; la seconde, le jour de la Pentecôte. Nous n'avons pas à nous arrêter à ce dernier récit qui est purement mythique et qui est d'ailleurs contredit par Jeanxx, 19, où il est affirmé que les Apôtres avaient reçu le Saint-Esprit le jour même de la résurrection de leur Maître, en sorte que Ton ne peut voir sous cette enveloppe mythique, que la ferme conviction de la première communauté chrétienne, que Tesprit dont avait, été animé Christ, s'était communiqué à elle et que son activité se manifestait pleinement dans son sein. Quant à Luc ni, 26, nous ferons seulement observer que le troisième évangéliste enrichit sa relation d'un élément matériel, orwfAaTixw etSeï, qui n'existe ni dans celle de Matthieu m, 16, ni dans celle de Marc\^ 10, qui l'un et l'autre se contentent d'une simple comparaison, qu'on retrouve aussi dans Jean i, 32, axrei irepi<rcepâtv, d'où l'on doit conclure que la tradition primitive rapportait seulement que le Saint-Esprit descendit sur Jésus comme la colombe s'abat sur la terre d'un vol rapide et en ligne di'oite.
En résumé, il est incontestable, d'après les textes bibliques, que les Apôtres distinguaient dans l'Être divin le Père, le Fils et le Saint-Esprit et qu'ils attribuaient à chacun des actes particuliers; mais pour eux ces trois noms indiquaient-ils trois sujets différents, unis métaphysiquement, comme dans la Trinité ecclésiastique, par l'unité de substance, ou bien seulement trois manifestations d'un seul et même Être, qu'ils appellent Père par rapport au Fils, qui a reçu de lui l'existence ; Fils, en tant que son intelligence, son Logos s'est manifesté dans la création et uni au
Christ ; Esprit, comme force vivifiante agissant dans Tunivei's et plus particulièrement dans le Christ et dans T Église ? il n'est pas facile de résoudre la question en présence du vague qui règne dans leurs enseignements. L'hypothèse la plus vraisemblable^ c'est que les écrivains sacrés du Nouveau Testament n'ont jamais, dans leur conception de la Trinité, dépassé le sabellianisme ou la Trinité de manifestations * . Ainsi pour Paul, le premier d'entre eux (/ Cor. VIII, 4, 6; Éphés. iv, 6; cf. / Tim. ii, 5; vi, 15-16), comme ])our l'auteur du quatrième évangile, le dernier dans l'ordre chronologique, il n'y a qu'un seul véritable Dieu, dont le Christ n'est que Tenvoyé {Jeun xvn, 3).
Dlea créateur.
Les apôtres proclament en maintes circonstances que Dieu est le créateur du monde, sans confirmer d'ailleurs ni i^jeter dans ses détails la cosmogonie de la G^enèse {Act. XIV, 45, xvii, 24-26) et en s'en tenant aux traits princi paux {LCor, xi, 8 ; xv, 47; / Tim, ii, 13). Quant au mode de création, laissant de côté les subtilités de l'école, ils se bornent k enseigner, qu'il l'a créé par sai>urole, fiijxa'ct [Héb, XI, 3), ou par sa volonté {Apoc. iv, 11). Cette parole créatrice est conçue par l'auteur du quatrième évangile comme une hypostase et identifiée avec le Christ [Jean i, 3, 4, 14), à qui l'épître aux Colossiens et celle aux Hél)reux attri-
* Chacun sait aujourd'hui que I Jean v, 7-8, e^l interpolé.
bueut également la création, {Col. i, 16; Uibr, xi, 3), mais aveo cette différence, que cette dernière fait du Christ un simple instrument et qu'elle affirme que le monde n'a pas été formé d'une matière préexistante {Hébr. xi, 3), ou bien qu'il l'a été de rien, comme on dit plus tard en empruntant à // Maec. vn, 28, une expression qui n'est point apostolique.
ProTldenee.
Le Nouveau-Testament offre en général des idées plus saines que l'Ancien sur l'action de la Providence dans le monde, bien qu'il la conçoive encore d'une manière trop peu philosophique, trop matérielle. Pour aucun des Apôtres, en effet, la Providence n'est l'action divine qui, par une succession régulière de phénomènes, dirige le monde vers le but que Dieu s'est proposé en le créant et qui ne peut être que le perfectionnement indéfini des créatures libres et intelligentes. Aucun d'eux ne conçoit qu'il est impossible que l'Être essentiellement spirituel ait une activité physique ou mécanique, et qu'il ne peut agir sur la création que parles lois immuables qu'il a établies dans sa sagesse et sa bonté souven^ines. Ils n'établissent aucune distinction entre l'action immédiate et l'action médiate de Dieu, entre ce qu'il fait et ce qu'il permet; ils semblent même quelquefois anéantir la liberté humaine et glisser dans le fatalisme. Ce reproche s'adresse surtout à Paul,
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qui rapporte tout à Dieu, mèiîie dans la sphère momie : rélection qu il dérive d'une prédestination absolue {Rom. vin, 29), le progrès dans la sanctification (/ Thess, v, 23) et dans la connaissance de TÉvangile [ICor. m, 6), la persévérance {ICor. 1, 8; IL Cor, i, 21), les déterminations mêmes les plus simples de la volonté [Rom. i, 10; xv, 32; ICôr, XVI, 7; / Thess. m, IOtH) et qui, dans plusieurs passages, fait remonter jusqu'à lui le mal moral {Rom. xi, 8-10; ix, 18; I, 24\ que, dans d'autres, il est vrai, il attribue à la perversité de la nature humaine, corrompue par là chute des protoplastes [Rom., vu, 5", 23), au point d'être incapable de faire le bien. Mais dans ce cas, comme dans l'autre, Paul soumet l'homme ù une loi fatale, qu'ailleurs il nie en reconnaissant chez lui la liberté de la volonté pour le bien comme pour le mal et en le rendant responsable de ses actions {Rom. vi, 13; xii, 1 et suiv.; ICor. xv, S8; // Cor. VII, 1 ; Gai. vi, 7-8).
Ces idées du grand apôtre des Gentils qu'on retrouve aussi indécises, aussi flottantes dans le quatrième Évangile {Jean v, 21 ; vin, 43 ; xn, 39 ; xv, 25, etc.; cf. vi, 37, 45), sont plus justes et moins contradictoires en ce qui touche l'existence du mal dans le monde. Pour l'expliquer Paul se place au point de vue moral, seul compatible avec la notion d'une Providence bonne, sainte et toute-puissante. Tout, dit-il, sert au bien de ceux qui aiment Dieu [Rom. vm, 27), ou, en d'autres termes, le mal physique n'est pas toujours un châtiment ; il est plutôt un moyen d'éducation, de perfectionnement moral, ce que reconnaît aussi l'auteur de l'épître aux Hébreux {Hébr. xii, 6-11). Une seule fois, il présente les maladies et la mort comme un châtiment divin {ICor, XI, 30;, conformément aux idées qu'il avait puisées
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dans son éducation juive. Partout ailleurs, il renvoie la rémunération au jugement solennel qui clora cette période du monde(/ Cor. i, 8;' m, 8; ïlCor. i, 14; v, 10; Philipp. ii, 16). Tous les écrits apostoliques s'accordent avec lui sur ce point; mais aucun ne s'exprime en termes plus clairs que la première épitre de Jean [IJeanm, 2) sur U nature morale de la récompense, tandis que c'est l'Apocalypse qui se rattache le plus étroitement à la doctrine du judaïsme. On j retrouvé la plupart des images familières à l'ancienne poésie hébraïque, celle entre autres, du livre de vie, où sont inscrites toutes les actions bonnes ou mauvaises des hommes, et celle du livre du destin qui contient les décrets de la Providence éternelle [Apoc, ni, 5; v, 1 ; xiii, 8; xx, 12, 15, cf. Exode xxxn, 32; Ps. lxix, 29; cxxxix, 16), notions absolùmernt contradictoires, puisque l'une suppose une prescience et une prédestination divines, l'autre, la liberté et la spontanéité humaines; mais que le judéo-christianisme admit sans essayer de les concilier. Ici encore l'épitre aux Hébreux tient le milieu entre les deux conceptions ; elle accepte la théorie juive, mais en la spiritualisant {Héb. n, 2, 3; vi, 10; x, 35; xi, 26).
De tous les Apôtres, Paul est celui qui parle le plus souvent dQ la Providence générale. Comme Jésus, il Fétend à' toutes les nations, à tous les hommes {A et. xiv, 16-17) ; mais tandis que Jésus faisait du passereau même l'objet des soins de la Providence, Paul ne croyait pas qu'elle s'occupât des animaux (J Cor. ix, 9). Par contre, il accordait à la prière une importance aussi exagérée que les anciens Hébreux, qui lui attribuaient une vertu presque magique ' .
« Schrôder, De precibus HebraBorum, Marb., 1717, ra-4«. — Rehm, Historia preeum biblica, GëlUng., 1814, 10-4".
Ainsi, à la pi-ière d'Abraham, Dieu guérit Abiniélee Gen. XX, 17); à la requête de Moïse, il se repentdu mal qu'il voulait faire au peuple dlsraël [Exode xxxii, H) ; et à Tintercession d'Elie, il ressuscite le fils de la veuve de Sarepta (/ Rois xvu, 20 et suiv.). Certes Tapôtre des Gentils était trop éclairé pour ne pas comprendre combien de semblable idées anthropopathiques sont inconciliables avec la nature de Dieu et ses attributs, avec sa sagesse et souvent avec sa justice, et très- vraisemblablement il ne s'imaginait pas, comme Jacques, que Tintercession de Téglise peut guérir, les maladies [Jacq. v, 15), et bien moins encore, comme Fauteur dé la première épître de Jean, qUe la prière est assez efficace pour obtenir le pardon du péché d'autrui [I Jean v, 16), quoiqu'il aimât d'ailleui's à se recommander aux prières des fidèles (Rom. xv, 30; ITCor. i. H; / Thess. m, 10, etcO, sans s'expliquer clairement sur ce qu'il en espérait. ^\û\e part, en efiet, Paul ne cherche à mettre d'accord ses idées sur l'efficacité de la prière avec ce qu'il dit lui-même de l'immutabilité des décrets de Dieu (Rom. ix, 6), pas plus qu'il n'essaye de concilier la Providence avec la liberté humaine. En général, les Apôtres, comme leur Maître, envisagent la question de la Providence au point de tue moral plutôt qu'au point de vue métaphysique. Ils laissent de côté toutes les distinctions qui sont étrangères au sentiment religieux; ils ne considèrent un phénomène quelconque dans le monde et la vie que comme im acte immédiat de la volonté divine, et pour eux la Providence se réduit, pour ainsi dire, à la rémunération, qui forme le pivot de leur morale, presque toujours empreinte de l'ascétisme le plus rigoureux '^Rom. ii, 6-10; / Cor, i, 8; m, 8; XI, 30, etc.;.
AMgélologle.
Ode, Tractatus de angelis, Utrecht, 1739, ro-4«. — SchuUhess, Engelwelt, Engelgesetx und BngekUentt, Zurich^ 1833, in-8*.
Les premiers chrétiens restèrent fidèles à la tradition juive sur les Anges avec tous les embellissements mythologiques qu'y avaient ajoutés les rabbins. Les noms de Gabriel et de Michel leur étaient connus; Tun et l'autre continuent à remplir dans le Nouveau Testament les mêmes fonctions que dans le livre de Daniel ; le premier est le messager de Dieu et l'interprète de ses révélations {Luc i, 19); le second/ le héros du ciel, le champion de Dieu [Jude 3 ; Apoc, XII, 7). Ces fonctions, du reste, ne leur sont pas exclusivement réservées; car d'innombrables légions d'anges entourent le trône de Dieu, célébrant sa gloire {Apoc. v, H- 12, cf. Luc II, 13; Héhr. xii, 22), lui présentant les prières des mortels {Apoc. viii, 2-5; et toujours prêts à exécuter ses ordres {Apoc. i, 2; viii, 27; xv, 3-8; xvi, 1-2) dans le monde physique {Apoc, vu, 1-3; xiv, 18; xvi, 4) comme dans le monde intellectuel et moral [Apoc.i,^; xxii, 6, 16\ Intermédiaires entre le ciel et la terre, soit qu'ils président aux éléments {Apoc. vu, 1 ] et aux fléaux destructeurs {Apoc. IX, 1 P, soit, qu'ils veillent, comme anges gardiens, sur les hommes justes {Apoc. vu, 2-3; Act. xn, 15), ils ont été aux ordres du Christ pendant sa vie {Matt. iv, 11 ; Luc xxii, i-i^ ;
à plus forte raison, lui sont-ils soumis depuis qull siège à la droite de Dieu (/ Pierre m, 22; Hébr. i, 3-4), et ils lui serviront de cortège à la parousie {Matt. xvi, 27; xxiv, 31; XXV, 31 ; Jude 14). Leur forme est celle de Thomme ; ils ont une face, des pieds, des mains, une voix tonnante; mais leur corps est gigantesque, pourvu d'ailes {Apoc. viii, 13; XIV, 6), et éclatant comme le feu {Apoc. x, 1-3; xvm, 1 ; Matt. XXVIII, 3; iucxxiv, 4; Act. xii, 7). Quelquefois l'Apocalypse leur donne des vêtements blancs- serrés par une ceinture d'oV {Apoc. xv, 6), car elle leur fait remplir les fonctions sacerdotales dans le temple céleste, type du temple de Jérusalem {Apoc. vui, 3-5). Au reste, quelque nombreux que soient les anges et quelque multiples que fussent leurs fonctions, rien ne prouve qu'il faille classer dans la même catégorie les quatre animaux fantastiques que l'Apocalypse place autour du trône de Dieu, quoiqu'elle les doue de raison, puisqu'elle nous les présente chantant les louanges de Dieu {Apoc. iv, 6-9). Ces animaux ne sont pas une conception propre à l'Apocalypse, comme les vingt-quatre anciens ou martyrs qu'elle peint assis sur des sièges, vêtus de blanc, ainsi que les anges, avec des couronnes d'or sur leurs têtes {Apoc. IV, 4) et jouant à peu près dans le drame eschatologique le rôle des chœurs antiques. Ce sont les chérubins de l'hèbraïsme, avec cette diflFèrence pourtant qu'ici Tanimal symbolique n'a plus qu'une forme simple, celle d'un lion, d'un taureau, d'un homme ou d'un aigle, mais il a six ailes, comme les séraphins d'Ésaïe.
Quelque haut rang que les anges occupent sur l'échelle des êtres, ils sont de simples serviteurs de Dietf, et comme tels, ils ne veulent ni ne doivent être adorés {Apoc. xrx, 10; XXII, 8-9 ; Cotoss, ii, 1 8, . Hnmbles et modestes, ils n'oseraient
prononcer en présence de F Être suprême nne parole de malédiction (// Pierre n, 11 ; Jude 9), et ils se contentent d'admirer Tœuvre du salut, à j^laquelle ils ont pris 'dès l'origine une part très-active {Matt.i, 20; ii, 13; xxviii, 2; Luc i,26; n, 9; XV, 10; xxii, 43), mais comme des instruments aveugles; car quelque soit leur désir, ils ne peuvent pas plus que les simples mortels (/ Piene i, 12) pénétrer le mystère divin de la rédemption.
Nous avons vu les anges jouer un rôle très-important dans Tancienne théocratie mosaïque; il était naturel que la * légende chrétienne leur en attribuât un non moins impor- ' tant dans la nouvelle. Les angélophanies sont donc nombreuses dans les écrits apostoliques, surtout dans ceux de Luc. Dès le premier chapitre de son Évangile, il fait déjà apparaître un ange pour annoncer la naissance du Précurseur (£uc I, 11-22); et dès lors, les miracles semblables se multiplient dans les Évangiles et les Actes des Apôtres au point qu'ils annoncent ou accompagnent tous les événements destinés à fonder Talliance nouvelle. Cependant il est à remarquer que les angélophanies cessent pendant la vie publique de Jésus et que Luc seul fait apparaître un ange au Jardin de Gethsémané (twc'xxii, 43). Les trois synoptiques, au contraire, font intervenir les anges dans la scène de la résurrection ; seulemeôt ils ne s'accordent ni sur le nombre ni sur les circonstances principales. Selon Matthieu, l'ange du Seigneur roula la pierre du sépulcre et s'assit dessus, restant en dehors du tombeau {Matt, xxviu, .2). Selon Marc, -c'est au contraire, dans le tombeau que les saintes femmes galiléennes aperçurent à leur grand effroi un jeune homme vêtu de blanc, assis à la droite du sépulcre [Marc xvi, 5), tandis que, d'après le ré-
cit de Luc, ce n^est plus un seul ange qu'elles virent apparaitre dans le tombeau; mais deux, qui se tenaient non plus assis, mais debout [Luc xxiv, 4). Le quatrième évangile parle aussi de deux anges, assis Fun à la tête, l'autre au pied du sépulcre {Jean xx, 12), qui apparurent, non pas à deux ou trois femmes ', mais à la seule Marie-Magdelaine {Jean xx, H), non pas à son premier pèlerinage au sépulcre du Maître, mais à un second qu'elle y fit en compagnie de Pierre et de Jean.
Il est à remarquer que cette angélophanie, rapportée • évidemment sur l(i foi de Marie-Magdelaine, est la seule dont il soit fait mention dans le quatrième évangile, qui ne parle d'ailleurs des anges que dans trois passages du texte reçu. Le premier [Jean v, 4) est une interpolation ; aussi manque-t-il dans les plus anciens manuscrits. Le second {/eau XII, 29) rapporte tout simplement u^e opinion populaire. Dans le troisième enfin, l'auteur met dans la bouche de Jésus ces paroles : En vérité^ je vous le dis : vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et redescendre sur le fUs de Vhomme {Jean i, 52), paroles si vagues qu'il serait difficile d*en conclure qu'il a cru à l'existence personnelle des anges, d'autant plus qu'elles sont tout à fait isolées.
Il n'est pas facile non plus de se faire une idée exacte de ce que Paul pensait de la nature des anges. En général, il paraît les tenir pour des intelligences supérieures, des
* Selon Matthieu, Marie-Magdelaîne et une autre Marie se rendirent seules au sépulcre (Matt. x&viii, 1); selon Marc, elles étaient accompagnées de Salomé {Marc XVI, 1); et selon Luc, elles étaient plusieurs feniines dont il cite trois par' leurs noms, savoir les deux Marie et Jeanne (Luc xxiv, 1, 10). La méthode harmonistique ne conciliera Jamais ces contradictions, ni d^autres que nous aurons rocca-^ sion de relever plus tard.
êtres de lumière (// Cor. xi, 14) habitant le ciel {GaL i, 8), d'où ils voient ce qui se passe sur la terre (/ Cor. nr, 9), et ayant une langue à eux (/ Cor. xiii, 1), quoiqu'il ne leur donne jamais ni forme ni nom. Il paraît cependant admettre qu'il existe entre eux une certaine hiérarchie; car il parle d'archanges {/ Thess. iv^ 16), de principautés et de puissances {Rom. vin, 37; cf. Col. i, 16), et comme les rabbins de son temps ', il en faisait les médiateurs de l'ancienne alliance {Gai. ni, 19), opinion étrangère à l'Ancien Testament et fondée uniquement sur la fausse interprétation de Deutér. xxxm, 2 dans la Septante. Cette dernière opinion se retrouve dans les Actes {Actes vu, 53) et l'épître aux Hébreux {Hébr. n, 2\ écrits l'un et l'autre sous l'influence paulinienne, comme nous l'avons déjà dit. Dans les épîtres authentiques de Paul, il n'est pas question d'une seule angélophanie, tandis que l'épître aux Hébreux admet sans hésiter qu'au moins dans les temps anciens, des anges sont apparus aux hommes sous forme humaine {Hébr. xin, 2), et enseigne positivement qu'ils sont encore chargés de remplir un ministère pour ceux qui doivent hériter du salut {Hébr, i, 14), et qui, selon Paul, les jugeront (/ CoTf VI, 3), idée rabbinique qui ne se retrouve nulle part dans le Nouveau Testament.
* SehôUgefiy ouv. cité, t. I, p. 738.
Démonolofie.
Winser, De dsmonologiâ in sacris Novi Testamenti libris propodtâ, Wittemberg, 1812-23, in-â". — SchoU, Sentcntia rccentiùs defensa de iîs naturis, qu» in Novo Testamento Saépiovc; vocantur, ab AngelU lapsis et Satana prorsus distingnendis cxaminatur, lena. 1821, in-4". — Hôffel, La démonologie selon les quatre Évangiles, Strasbourg, 1814, in-i*.
Les idées- démonologiques des premiers chrétiens ne paraissent pas s'être éloignées des idées qui régnaient alors parmi le peuple. Les évangiles synoptiques parlent s.ouvent du diable et des démons, mais sans jamais s'expliquer sur leur nature et leur caractère d'une manière assez claire pour que nous osions décider s'ils entendaient par là les dews d'Àhriman, ou bien, comme les Grec^ et les Romains, les âmes des hommes méchants, qui se plaisaient, après leur mort, à tourmenter les vivants et à leur nuire de toute manière ^ Tout ce qu'on peut dire avec certitude, c'est que les premiers disciples les tenaient pour des êtres intelligents et conscients [Mat t. viii, 29; Marc i, 24; Jacq. Uj 19). Selon l'auteur de la deuxième épitre de Pierre, les démons sont des anges déchus, que Dieu a précipités dans l'abîme^, en châtiment de leur péché (// Pierre n, 4\
* PhilostrcUe, Apollonius, lib. UI, c. 38. — Josèphe, De bello judaïco, tib. Vil, C.6, i 3.
3 Selon les deux épitres U Pierre et Jade, ils y sont retenus par des chaînes éternelles pour le jour du jugement, opinion difficile à concilier avec Malt, xii, 'i3 ; Àpoe. xviii, 2 ou Éphés. ii, 2; ti, 12.
péché qui, selon' Tépître de Jude, consistait à avoir abandonné leur demeure céleste {Jude 6), probablement pour • s'unir aux filles des hommes.
Mais si les écrits apostoliques ne s'expliquent pas sur la nature des démons ou des diables, ils parlent d'autant plus souvent de leur funeste influence, et surtout de la redoutable puissance de leur chef Satan. Les synoptiques nous montrent Jésus, dès le début de sa carrière, exposé à ses tentations {Matt. IV, 1-H; Marc i, 12-13; Luc iv, 1-13), contrecarré par lui durant toute sa carrière, et finissant par succomber sous ses coups {Luc xxii, 3 et suiv.). Comme dans son évangile, Luc nous le présente dans les Actes s'acharnant à la perte des hommes les meilleurs et les plus saints Act, V, 3), que, selon Tépitre de Jude, il poursuit même après leur mort {Jude 9) . Dans Fépître de Jacques, c'est comme ten- .tateiir {Jacq. iv, 7), et dans la première épître de Pien'e, à la fois comme le séducteur des hommes et comme l'adversaire implacable de la vérité et par conséquent du christianisme (/ Pierre v, 8-9) qu'il paraît; cependant c'est certainement dans l'Apocalypse qu'il se rencontre le plus d'idét^s originales sur ce terrible ennemi du genre humain. Sous les noms divers de grand dragon {Apoc. xii, 3, 9, 17), de vieux serpent {Apoc. xn, 9; xx, 2), empruntés à la théologie juive ', qui voulait voir Satan dans le serpent séducteur d'Eve, d'accusateur (il poc. xii, 10), qui fait allusion au rôle joué par lui dans Job i-ii et dans Zacharie m, 1-2, partout T Apocalypse le peint comme le principe du mal, l'eniiemi du peuple théocratique, qui travaille à la ruine du christianisme en soutenant l'idolâtrie qu'il a introduite dans le
f Sotiar, ad Gènes, m, 1.
— oOi —
monde {Apoc. xiii, î2), en semant de fausses doctrines, en suscitant de faux prophètes et de faux thaumaturges {Apoc. n, 9, 13, 24; xii, 7-9, 13-17; xin, 11-16; xvi, 14); * mais chose remarquable ! elle le laisse dans le ciel, parmi les anges de Dieu [Apoc. xii, 10) jusqu'à rétablissement du royaume millénaire. C'est seulement alors, que momentanément vaincu, il sera lié dans l'abîme pour mille ans. Rendu à la liberté, il recommencera la lutte; mais Dieu flaira par le précipiter dans l'étang de soufre et de feu {Apoc. XX, 1-3, 7-10).
Ces idées populaires, évidemment empruntées au parsisme, n'étaient point partagées par l'auteur du quatrième évangile. Jamais il ne parle des démons ni de ces possessions démoniaques, qui occupent tant de place dans les trois autres, autrement que comme d'opinions populaires et sans exprimer son sentiment à ce sujet [Jean vu, 20 ; vm, 48; X, 20). Faut-il en conclure qu'il n'f croyait pas? Les avis sont partagés sur cette question * . Cependant la notion de Satan, comme principe du mal moral, et personnalité distincte, est intimement liée à sa théologie. Pour lui. Dieu est l'auteur de tout bien, et les bons sont ses enfants. L'antithèse de Dieu est le monde. Le prince du monde ou de ce monde est le diable {Jean xn, 31 ; xrv, 30 ; XVI, 11) qui pèche dès le commencement (/ Jean m, 8; cf. Jean vin, 44) '. Les méchants sont ses enfants, par opposi-
* stratus, ouv. cité, p. 453-455.
2 I Jean m, 8 : àfxapTavei dlTc' dpx^Ç- Cette locution ait âpyr^ç^ comme la location équivalente èv âp^Ç] (I Jean ii, 13. cf. Jean ii, 1), ne peut avoir qu'un sens relatif. Si elle exprimait l'idée de rélernité, il en résulterait que le quatrième Evangile enseigne le manichéÎKme. L'auteur veut dire seulement que le diable pèche depuis le commencement de son existence, sans réfléchir qu'il fait ainsi Dieu l'auteur du mil. puisque Dieu l'aurait créé mauvais.
tion aux enfants de Dieu [l Jean m, 10). C'est pour les ramener à Dieu ou, en d'autres termes, pour détruire l'empire du Diable (Jean xii, 31 ; / Jean m, 8\ que le Christ a été envoyé sur la terre.
Cette idée de deux royaumes ennemis, d'un royaimie du mal, des ténèbres, de la mort, de Satan, et d'un royaume du bien, de la lumière, de la vie, du Christ ; celui-ci ayant pour but de répandre la religion et la vertu sur la terre ; celui-là travaillant à empocher le bien et à propager le mal, se trouve déjà dans les épîtres authentiques de saint Paul (// Cor. IV, 4} et domine dans les épîtres qui portent son nom [Coloss. i, 13; Éphés. ir, 2; vi, 12; // Thess. ii, 9-10; Hébr. II, 14). Le prince du royaume du mal, appelé Satan [Rom. XVI, 20; / Cor. v, 5; // Cor. ii, 11 ; // Tlie8.s. ii, 9; / Tint. V, 18), le Diable {Éphés. vi, 11; // Tint, ii, 26), le Malin {Éphés. vi, 16), le Prince de ce siècle (// Cor. iv, 4; Éphés. II, 2), le Prince de la mort {Hébr. ii, 14) dans les écrits pauliniens, une fois même Bélial, ou mieux Béliar, c'est-à-dire d'Indigne (// Cor. vi, 15), a sous ses ordres une multitude d'esprits méchants [Éphés. vi, 12) ou de démons (/ Tim. IV, 1), qui selon la théologie juive, habitent les basses régions de l'air [Éphés. ii, 2; vi, 12 et qui exercent sur les hommes un pouvoir si redoutable que les fidèles ont à lutter contre eux avec plus d'énergie que contre la chair [Éphés. VI, 1 2). C'est à eux que les païens sacrifient (/ Cor. x, 20-21); ils sont les auteurs des vices les plus honteux. {Rom. i, 23 et suiv.\ et même de certaines maladies corporelles [II Cor. xu, 7). Cependant Paul, dans ses épîtres, ne parle jamais de démoniaques, sur lesquels d'ailleurs on devrait croire qu'il avait les mêmes idées que ses contemporains, à en juger parce que Luc rapporte AcL xvi, 16-18.
1 rexception du seul passage que nous venons de citer, il ne parie jamais de la funeste influence des démons que dans la sphère spirituelle. Ainsi, ils cherchent à séduire les hommes par les ticompeuses apparences de la vérité et de la vertu {II Cor. xi, M et ils s'opposent de tout leur pouvoir aux progrès du christianisme (/ Thess. ii, 18). Aussi les chrétiens doivent-ils se tenir constamment en garde contre leurs embûches, sachant que celui qui succombe à la tentation retombe sous leur pouvoir (/ Cor. v, 5; cf. I Tim. i, 20). Cette lutte durera jusqu'au retour du Christ, qui finira par vaincre Satan et par détruire Tempire de la mort, de r enfer, du péché [ICor, xv, 24-26; 54-56; cf. Hébr. ii, 14^.
A iithropolo|ri«.
foner, Versuch eiuer christlichen Anthropologie, Berlin, 1781, ia-8*. — OberMr, Hihlische Anthropologie, Munster, 1807-1810, 4 vol. in-8^ — Olshausen, De naturs humanse trichotomiâ Novi Testament! scriptoribus receptâ, Regiomont., 1825, in-4".
Tous les Apôtres enseignent^ après leur maître Jésus^ que rhomme se compose d'un corps et d'une âme et tous .croient sinon à rimmatérialité de Tâme, au moins à son immortalité, qui a été mise eu pleine lumière par TÉvangile, -sc^on la deuxième épitre à Timothée (// Tim. i, 40). Outre le corps, a5(xa, et Tâme, |u/>î, qui Tanime et forme avec lui la chair, aapÇ, ou Ihoiume, avôpwTroç, expressions trèssouvent synonymes dans la langue du Nouveau-Testament,
Ï^aul distinguait encore dans Thomme le vovç, Tesprit, principe de la pensée et* de la réflexion, conscience immanente du moi, Tcveviia humaîn ou homme intérieiu', comme il l'appelle {Rom. vii, 22), qui, quelque spirituel qu'il soit par son essence, lutte vainement contre la chair ou le principe matériel, et ne peut échapper à ses étreintes qu'avec le secours du 7rveu|Aa 6eov, de TEsprit de Dieu, qui lui donne le pouvoir de Ja vaincre. La mort rompt Tunion de ces trois éléments de la personne humaine. L ame, après sa séparation du corps, se rend dans le scheol {A et. ii,.31; / Pierre m, 19), ou bien, selon Paul, elle dort en Jésus {IThess. IV, 13-14; // Cor. v, 8-10; Philipp. i, 23), en attendant la parousie et le jugement dernier {Rom. ii, 8-i5). Comme Paul croyait, ainsi que tous les apôtres, au prochain retour de Jésus glorifié, il ne s'explique pas sur Vétat de rame durant cette période de transition ; il ne nous dit pas si ce sommeil était un repos apathique, inconscient; mais par contre, il expose avec plus de détails qu'aucun d'eux sa croyance à la résurfection des corps^ qu'il rattachait à la parousie (/ Cor. xv, 12-88). Il est si difficile à l'homme de concevoir la persistance de 1 ame sans un coi-ps, que sans accepter les idées grossières des Pharisiens, Paul admettait pourtant que les ressuscites prendraient un corps, mais un corps transfiguré, spirituel, incorruptible, qui ne serait pas absolument différent du corps actuçl, puisqu'il s en développerait, mais qui aurait son principe de vie non plus dans la 4^xiî, mais dans le loeofia, et il appuie son opinion sur la résurrection de Jésus, qui prit aussi un corps glorifié {Rom. vni, 11 ; / Tliess. iv, 14-17 ; ICor. xv, 3S-50), preuve aussi peu satisfaisante sans doute, aux yeux du philosophe, que celle qui avait été donnée par Jésus aux Sadducéens
[Matt. xxn, 3i et suivO; mais suffisante pour la foi naïve des premiers chrétiens, qui puisèrent dans leur ferme conviction un mépris étonnant de la mort et un ardent désir de leur patrie céleste. Quelques-uns cependant furent plus difficiles à persuader de la résurrection des corps, non-seulement parmi le^ Juifs et les païens (Act. xvii, 3Î ; xxiii, 6-iO); mais même parmi les Chrétiens de Corinthe (/ Cor, XV, 12^ et dans Téglise d'Éphèse, où deux docteurs enseignaient, comme le faisait aussi l'auteur du quatrième évangile {Jean v, 2i) et quelquefois Paul lui-même (Rom. VI, 4 ; Éphés, v, 14^ que la résurrection avait déjà eu lieu (// Tint, n, 17-18), appliquant ce mot à la régénération des pécheurs et à Tétat purement spirituel où Ton entre non pas par la mort, mais par la foi.
Ii« péehé.
MkhaèUs, Gedanken tiber die Lebre der beiligen Scbrift von Sùnde und Genog- *tbaang, als cine der Vernunft gémisse Lehre, Gdtting. 1779, in-8*.
Les écrits apostoliques font indifféremment allusion aux deux fragments de la Genèse qui racontent la création et la chute de l'homme, sans ajouter autre chose aux idées régnantes que la distinction platonicienne entre Tâme, ^-^i, et l'esprit, TcvwjAtt (/ Thess. v, 43; Hibr. rv, 12). Ainsi Paul enseigne, cx)mme le jéhoviste [Gen. ii, 7, 22) que Fhommè a été formé de la t^rre, et la femme tirée de lui
(/ Car. XI, 8; XV, 47), tandis qu'aifieurs,. suivant le mythe élohistique s^Gen. i, 26), il appelle l'homme l'image de Dieu (/ Cor. xi, 7), comme le fait aussi Tépître de Jacques [Jacq. ni, 9). Par cette expression d'image de Dieu, qu'ils n'expliquent d'ailleurs ni Tun ni l'autre, il faut vraisemblablement entendre les facultés intellectuelles et morales de l'âme humaine, et non pas une ressemblance physique, puisque Tépître aux Colossiens affirme que l'homme peut devenir l'image de Dieu par la connaissance de la vérité, par la justice et par la sainteté {Coloss. ni, 10; cf. Éphés. lYy 34), sans dire d'ailleurs que la sainteté et la science aient été données à Adam dans l'origine et qu'il les ait perdues par sa désobéissance. Il est vrai que si le Christ rétablit en l'homme cette image, elle doit avoir été eflacée, sinon absolument détruite ^ Cor. xi, 7; Jacq. ui, 9); cependant, pour les apôtres, l'image divine est moins dans un passé perdu que dans un avenir sanctifié pal: la piété et la vertu [Coloss. m, 10; Éphés. iv, 24; iJean m, 2-3); aussi parlent-ils rarement de la chute et aucun d'eux n'y, rattache aussi clairement que Paul {Rom. V, 12-19} la corruption de la nature humaine, que tous reconnaissaient d'ailleurs sans exception.
Pour expliquer la chute de l'homme, Paul a recours au récit jéhovistique. Il admet la séduction par le serpent, sans voir d'ailleurs le Diable caché sous la forme du reptile {// Cor. XI, â); comme la Grenèse, il fait succomba la femme la première (i Tim. ii, 14), et il s'étend longuement {Rom. y, 12-21), sur les déplorables conséquences de sa faiblesse. Opposant à l'exemple des rabbins *, le premier
* Schôtigent Hors; hebraie«^ t. I, p. 670.
Adam ou le père terrestre de notre race au dernier Adam, père spirituel de Fhumanité (/ Cor. xv, 45, 47), il compare les suites funestes du péché des protoplastes aux suites salutaires de la mort du Christ. Par le premier Adam, dit-il, le.péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et la mort s'est étendue à tous les hommes, parce que * tous ont péché {Rom. v, 12), c'est-à-dire, que comme les Juifs §es contemporains {Jean ix, 2), comme Fauteur de Tépîtrè de Jacques \Jacq. v, 15) et vraisemblablement aussi comme celui de la première épître de Jean (/ Jean v, 16-17), il regarde le mal physique comme la suite du mal moral; car par ce mot de mort^ il est évident qu'il entend, non pas la misère morale, suite habituelle du péché, mais la mort physique, comme le prouve / Cor, xv, 21 , 22, où il l'oppose à celui de résurrection des morts.
Mais quelle espèce de corrélation Paul établissait-il donc entre la transgression d'Adam et la propension au mal de ses descendants; car il est évident qu'il admettait entre elles un rapp'ort de causalité? Sommes-nous pécheurs par imputation ou bien le péché se transmet-il par la génération? Il ne s'explique pas à ce sujet. Cependant on peut conclure dé Rom. v, 19, où il compare les résultats de la désobéissance d'Adam aux espérances qui se rattachent à l'obéissance du Christ, qu'il n'admettait pas une corrélation immédiate, nécessaire, qu'il ne croyait pas au péché originel tel qu'il a été formulé depuis, c'est-à-dire à l'infection morale et physique du genre humain tout entier par le péché des protoplastes. L'eflFet de l'obéissance du Christ, en d'autres termes, l'imputation de ses mérites,
* En grec ^9'^, que la Vulgate traduit in quo, mais qui doit se traduire par para que, comme dans Philipp. m, 12 et U Cor. v, 4.
n'est pas présenté dans ce passage, comme immédiat et indépendant de toute condition; il est subordonné à la foi, idcxiç {Rom. I, 17; m, 22); donc, pour que le parallèle soit exact, il faut que l'imputation du péché d'Adam soit aussi conditionnelle, c'est-à-dire que la liberté humaine, cette liberté dont l'épître de Jacques parle en termes si clairs et si précis {Jacq. i, i4-15), doit intervenir. Or si l'homme pèche volontairement, il ne peut plus être question d'imputation du péché d'Adam, ni du péché originel dans le sens ecclésiastique. La propension de l'homme à pécher dépend uniquement de la faiblesse originelle de sa nature, ou, pour employer l'expression de Paul, de la chair. Elle est générale {Rom. ui, 22), parce que Fhomme n'a pas été créé parfait, mais perfectible ; mais elle n'est pas, pour Paul lui-même, une incapacité totale de faire le bien, puisqu'il reconnaît en l'homme, à côté de cette disposition au mal, qui a sa racine dans le corps ou la sensualité (Bom. VII, 14-23), une loi morale gravée dans la conscience , qu'il appelle tantôt la loi écrite dans le cœur (Rom. II, 15), tantôt l'homme intérieur {Rom, vu, 22; // Cor. IV, 16), et qu'il oppose à la loi des membres {Rom. vu, 23), à la loi du péché {Rom. vu, ^l). Ces deux principes * sont en lutte pei-pétuelle dans l'homme {Gai. v, 17), et la mort seule peut mettre un terme à ce combat douloureux où le bon principe a presque toujours le dessous {Rom. vu, 22-24). Aussi l'homme est-il en hostilité constante contre Dieu. Sur ce point, tous les écrits apostoliques sont d'accord ; pour eux, tous les hommes sont pécheurs, sans exception, et pour eux aussi, plus encore que pour Paul, le péché est
' Le Jetser hara et le ietser tob des rabbiD<s.
le fait de rindividu, non de la race. Seulement ils diflferent sur les moyens de reconquérir la bienveillance de Dieu. Pour Paul, ce n'est pas la loi mosaïque qui est capable de refréner en nous la chair, cette source impure de tous les vices, de toutes les convoitises {Gd. v, 19 et suiv.); car elle provoque le péché plutôt qu'elle ne s'y oppose, en provoquant en l'homme la lutte entre les deux principes par une multitude de défenses, dont la violation est un péché.
C'est elle qui nous apprend à connaître le péché (Boni, ui, 20}, car où il n'y a pas conscience de la violation d'une loi, il n y a pas de péché [Rom. iv, 18; v, 13) ; donc, sans la loi le péché serait mort, c'est-à-dire qu'il ne deviendrait pas une réalité. Ainsi, quoique la loi soit faite, elle produit précisément le contraire de ce qu'elle devrait produire; elle a pour résultat la mort, et non la vie {Rom. vu, 8-13; GuL m, 21). Cependant elle a eu son utilité pédagogique, en tant qu'elle donne à l'homme la conscience de sa misère morale et de sa faiblesse en face du péché; mais la prédication du Christ lui a enlevé toute sa valeur, et ce n'est pas l'observation, de ses prescriptions qui peut nous justifier, c'est la foi, ou en d'autres termes, une conviction religieuse inébranlablement fondée sur la vérité des révélations et des promesses divines en général, mais plus particulièrement sur une confiance absolue dans la grâce gratuite de Dieu en Christ, qui nous Ta méritée par sa mort expiatoire {Rom. m, 28; v, 1; Gai. ii, 16). Ainsi, poiu- Paul, ce n'est pas tant ce que l'honmie fait, que ce qu'il croit, qui importe; la justification a lieu, non à cause des œuvres que sa. foi opérera par la charité, si elle est vraie, mais à cause de sa foi même, qui l'identifie avec le Christ {Gai.
— nvd —
H, 20), et qui est un don gratuit de Dieu '. l'onr Jiicfiues, au contraire, qui ne parle jamais du mérite de la moii du Chri^t^ et qui entend par le mot de foi une ferme confiance (|ue ceux dont toute la vie a tendu à réaliser la loi morale auront )uu1: à la miséricorde de Dieu, la foi seule nt^ suffit pas pcmr sauver : elle doit être accompagnée des œuvres ^ ; autrement c'est une foi morte {Jacq. ii, 17, 20, 26), Il insiste donc avec force et à plusieurs reprises sur la vertu Rc:ive, qu'il dérive de Tamour et qu'il qualifie de loi royale {Jarq. ii, 8). Comme Tépître de Jacques, celles de Pierre recommandent la sainteté de la vie (/ Pierre i, 14-15), la régénération morale .(/ Pierre u, 1-2), qui rend Thomme participant de la nature divine (// Pierre n, 4); la pureté de la conscience [l Pierre uiy 10), qui se manifeste par Tainoui' de ses fi-èi^e;* (/ Pierre i, 22; iv^ 8\ Pour Pierre, comme iKJur rApoealvpse et Fépître de Jude, la foi consiste simplenieiit dans la profession de la religion chrétienne et la fei-me attente d'une rémunération future ; l'épreuve en est la pierre de touche [I Pierre ij 1, 7; Apoc. xui, 10 ; xiv, 12; Jude'6, 20); sotibbjet, n'est pas, comme pour Paul, la grâce gratuite de Dieu ou la mort expiatoire du Christ, et loin de la planer au premier rang des vertus chrétiennes, il la relc^ue (fuelque part au dernier (// Pierre i, 5-7\ sans jamiii,^ ropjïoseï' aux œuvres.
Dans les écrits johanniques enfin où il iiVst nulle part question d'une corruption morale originelle, mais ou le péché est toujours présenté comme Tabus de la liberté, lu foi consiste à croire, conformément au témoit^nage de Dieu,
* Schulz^ Die christliche Lelire vomGhuben, 2« édil., Ltipz., \t^H, in-S*. 2 Knapp, Comment, de dispari Tormulà docendi (|uà Jesuei, VA\^\^^< 4iii[ue Jacubu^ de nde et factis disserentes, usi sunt, Halae, lh03, in-^".
que Jésus est le Christ'ou le Fils de Dieu {Jean xx, 31 ; iJean v, 1, S, 10) et qu'il a été envoyé dans le monde pour le salut du genre humain, comme une preuve visible de Famour de Dieu pour nous. Une fois cette conviction acquise, nous sentons dans nos cœurs que le rapport filial entre Dieu et nous, brisé par le péché, est rétabli et que nous sommes enfants de Dieu (/ Jean v, 2); nous participons ainsi dès cette vie à la félicité céleste, car qui se sent enfant de Dieu n'appartient plus à ce monde périssable, il est citoyen du monde éternel {[Jean v, 13), et il manifeste sa foi par ses œuvres (/ Jean nr, 18), c'est-à-dire par son amour pour ses frères {I Jean iv, 12, 21), pour Jésus (/ Jean y y 1) et surtout pour Dieu [I Jean v, 2).
Pour l'épîti'e aux Hébreux, où l'on ne trouve non plus aucune mention du péché originel, l'objet de la foi n'est pas le Christ, comme pour Paul; mais c'est Dieu. La foi ne consiste pas à croire à la mort expiatoire du Christ, que l'auteur ne met jamais en rapport avec la rémission des péchés ; elle consiste à croire que Dieu existe et qu'il est le rémunérateur de ceux qui le cherchent [Hcbr. xi, 6), qu'il tiendra fidèlement ses promesses (Uébr.xi, 11); qu'il est assez puissant pour ressusciter les morts (Hébr. xi, 19); qu'il a préparé une cité céleste pour ses élus {Hébr. xi, 10, 16). Elle est le lien qui unit l'homme à Dieu, le principe de tout ce que l'homme fait de bien, le principe de sa justice; elle se manifeste par une ferme confiance en Dieu {Hébr. X, 89), par une joyeuse espérance {Hébr. x, 23), par la patience dans les épreuves {Hébr. xii, 1-5), vertus dont l'exemple a été donné par le Christ, qui par son obéissance est devenu l'auteur du salut pour tous ceux qui suivent ses traces {Hébr. v, 9).
l'hrUtoloiple.
Nerder, Vom Crloster der Mensclien nach unsern drci crsten Evanpelii^^i, Iti^a, 1700,1(1-8"; — Voffl GottesSohn nach Johannes Evaiigelium, Ri^^v \VM, in-S^ — Kletiker, Joliaiincs, Petrus und Paulus als Christologen, Riga, 17:^5. il1-^^ -- ■ Reltberg, An Juhannes in extiibendû Jesu nalurfi reliquis canonicia ^uriptui-is verè repugnet? Gôttinp , IS^Cin-S*". —Grimm, De Joanneae Cliristologia? indole Pau^ lin» comparatâ, Lips., 1833, in-8«. — Domer, Die Lehre von der Perron Cliristij Sluttgard, 1843, 3 part. in-8".
Les premiers Chrétiens étaient aussi fermement persuades que les Juifs eux-mêmes que l'Esprit de Dieu avait révélé par la bouche des prophètes le futur établissement d'une théocratie plus parfaite que la th<îocratie niosaùpie^ sous le gouvernement du Messie [I Pierre i, H ; îi Pierre i^ 19-21 ; Jean wi, 41; Rom, \, 2); tous croyaient donc que leurs prophéties, manifestation irréfragable de hi volonté de Dieu, s'accompliraient jusque dans les moindres détails en tout ce ({ui touchait la personne du Christ et son royaume (Lwc^xxiv, 27; Act. i, 16^; or, comme la vie terrestre de Jésus n'avait répondu en rien à leurs attentes messianiques, il était d'un immense intérêt pour eux de se persuader et de persuader aux autres qu'il avait au moins réalisé ridéal du messie prophétique, qu'il avait réuni en sa personne les critères de la messianité *. Cette tAche, ils l'entreprirent de bonne heure, selon le témoignage des Actes des Apôtres [Act, ii, 16 et suiv.), et il ne tarda pas à
1 RaUf Freymiilbige Untersucliung Uber die Typologie, Erlangen, 1784, in-$\
se former chez eux une conviction d'autant plu8 forte et profonde qu'elle était plus instinctive. Leur exégèse s'en ressentit naturellement; mais tout imparfaite, étrange même, qu'elle était, elle suffit à leurs contemporains, non moins fermement convaincus qu'eux-mêmes de l'autorité absolue des Écritures {Act. i, 16; m, 18).
Le premier Évangile surtout abonde en applications d'anciennes prophéties au Christ, et Ton est souvent surpris de la liberté avec laquelle l'auteur traite certains passages de l'Ancien Testament pour les accommoder forcément à ses convictions préconçues ' . Matthieu trouve dans l'Ancien Testament des prédictions relatives à tous les événements de la vie de Jésus : c'est ainsi qu'il applique à Marie le passage Ésaïe vu, 14, qui ne s'y rapporte, comme nous l'avons déjà dit (§ 101), en aucune façon; à la fuite en Egypte, le verset Osée xi, 1, qui s'applique aux Israélites, etc. Quoique plus sobre en général, le quatiième Évangile prétend trouver dans Zacharie ix, 9, l'entrée de Jésus à Jérusalem sur un ânon *; dans le psaume lxix, 22,
* Voir, par exemple, Tétrange application qu'il fait {MaU, ii, 23), du passage d'Ésaîe xi, 1. Voy. aussi comme il altère cerlains passages : Matt. ii, 6, cf. Mich. v, 2; — Matt, iv, 15, cf. Ésaie viii, 23 et suiv.; — Malt, xii, 18-21, cf. Ésaîe ^lji, 1-4 ; — Matt xxi, 4, cf. Zach. ix. 9. ^
^ Matt. XXI, 3-5 le Qt entrer dans Jérusalem monté sur une ânesse et un ânon. Il y a dans Zacharie : Ton roi vient à toi, il est juste et rendu vainqueur, pauvre et ayant pour monture un âne, un poulain, le petit d*une ânesse. Cette phrase en hébreu n'offre aucune difRculté ; il est clair que les trois expressions âne, poulain, petit d'une ânesse, s'appliquent à une seule bête, et que la copule ^ simplement explicative dans le texte hébreu a été mal à propos rendue par la conjonction xù\ en grec. Marc et Luc ne parlent non plus que d'un ânon. De bonne heure on a trouvé étrange cette manière de voyager monté sur deux ânes. Déjà le manuscrit de Cambridge, qui est du vi* siècle, porte ^Travo) aôrou, sur lui, au lieu de l'itavco aÙTbiv, sur eux. La version de Genève a adopté cette variante, qui est condamnée par les meilleurs manuscrits. M. Rilliet a traduit plus exactement : Ils ramenèrent Tânesse et l'ànon, et ils placèrent sur eux leurs manteaux.
le cri (le Jésus sur la croix : J'ai soif; dans le psaume xxii, 19, le partage au sort de ses vêtements; dans le psaume xvT, 10, sa résurrection. Déjà Tapôtre Paul se montre grand partisan de la typologie. Il voit dans les relations de Sara et d'Agar le type des relations du christianisme et du mosaïsme {GaL iv, 21-31); dans le rocher frappé par la verge de Moïse la figure du Christ, le rocher spirituel (/ Cor. X, 4) ; et il ne doute en aucune façon que la mort du Messie et sa résurrection n'aient été prédites par les prophètes {Actes xiii, 27-37; xvii, 2-3; xxvi, 22-23)* Mais si nous devions relever ici tous les passages que les écrits apostoliques appliquent typologiquement au Christ, nous serions entraînés beaucoup trop loin et cela sans grande utilité réelle; car il y a longtemps que Ton a reconnu Tincertitude de l'interprétation mystique. Il suffira de citer, en les accompagnant de quelques observations, les pitipliéties qui établissent plus particulièrement les caractères de la messianité de Jésus dans l'opinion des apôtres.
I. Venue d'un précurseur, — Matt. m, 3; Marc i,2, 3; Luc tiij 4-6; cf.Êsaïe XL, 3-5; Lmci, 15-17; cf. Malach. iv,5-G. Poulies chrétiens, ces passages s'appliquaient à Jean-Baptiste, au témoignage de qui le quatrième évangile surtout attuclie une grande importance (Jean i, 6-8, 15, 19-36; m, â7-36; V, 32-36), plus grande même qu'à cette voix céleste * qui proclame Jésus fils de Dieu au baptême et à la transfiguration, selon les synoptiques {Matt. ni, 17; xvii, 5; Marc 1, 11; IX, 7; Luc m, 22; ix, 35), et selon la seconde épitre de Pierre (// Pierre, i, 17, 18). On sait cependant que les
* Le quatrième évangile ne parle en eiïel i|u*une fois de cette voix célaste {Jean xii, 28} et comme en passant.
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disciples eux-mêmes de Jean-Baptiste refusèrent de reconnaître le Messie en Jésus.
H. Descendance de David. — Les contemporains de Jésus étaient convaincus que le Messie semit un davidide. Il était donc d'une grande importance pour les premiers chrétiens de prouver que leur maître était de la famille de David. C'est ce qu ils essayèrent de faire en dressant deux arbres généalogiques, qui ont été insérés dans le premier et le troisième Évangile (Matl. i, 4-17; Luc m, 23-38). Malheureusement ces deux généalogies différent entre elles et se contredisent même à tel point, qu'elles ne peuvent avoir une valeur historique quelconque aux yeux de la critique *. L'une est descendante, celle de Matthieu; l'autre est ascendante, celle de Luc. La première s'arrête à Abraliam, le père de la nation juive; la seconde remonte à Adam et même à Dieu, conformément à la tendance paulinienne ou universajiste du troisième évangile. La première fait descendre Joseph, l'époux de Marie, du roi David par Salomon; la seconde par Nathan, dont la descendance ne peut être contrôlée par l'Ancien Testament, qui ne s'occupe que de la ligne royale. De là . vient qu entre ces deux généalogies on ne trouve que deux points de contact. Salathiel et Zorobabel figurent dans l'une et dans l'autre; mais dans Matthieu (Matt. i, 12), Salathiel est dit fils de Jéchonias, et il l'était réellement (/ Cliron. m, 17) tandis que Luc [Luc ni, 27) en fait un fils de Néri, et quant a
' WiUiams, A free luquiry inlo the Aulhenticity orthc^first and second Chapters ofS. Matlhcw's Gospel, Lond , 1771; 2« édit., 1790, in-8\ — Maurer, Ueber die Stammlafeln unsercs llerrn, dans les Beilriipe zur Beforderung des \erniinnigen Denkensin der Ucligijn, |Kif Corrodi, Winleilhur, 1780-1801, 20 eafi. in-8», cali. Ml, p. 1 cl «uiv.
Zorobabel, il n'était pas le fils de ce Salathiel, ainsi que Taffirment les deux généalogies {Matt. i, 12; Luc m/ 27); il était son petit-fils par Pédaja {I Chron, \u, 19). Mais ces erreurs ne sont pas les seules qui se remarquent dans les deux tables généalogiques. Celle du troisième évangile donne à Zorobabel un fils nommé Rhésa, nom qui ne figure pas plus que celui d'Abiud, comme Matthieu rappelle {Malt^ I, 13), parmi ceux de ses enfants {I Chron. m, 19-20). Ce n'est pas tout encore. Si Ton compare avec les tables de la Genèse, la généalogie antéabrahamique donnée par Luc, on s'aperçoit aisément que Fauteur a dû suivre le fragment élohistique, mais d'après la Septante, car il fait mention d'un Caïnan, fils d'Arphaxad, cité, en efiet, dans la version grecque d'Alexandrie, mais qui ne figure pas dans le texte hébreu [Gen. x, 21; xi, 12; 1 Chrou. I. 18*) panni les descendants du patriarche. Enfin, si Ton compare les deux généalogies dans leur portion commune, et que l'on compte le nombre des générations qu'elles donnent depuis Abraham, on arrive au chiffre de 55 pour Luc et de 42 seulement pour Matthieu, différence qui provient évidemment de ce que ce dernier a cru devoir, par un motif mystique ', diviser les descendants d'Abraham en trois décatétrades, selon la valeur numérique du nom de David, le royal ancêtre du Messie *. Il ne s'est
* Ces 4*2 générations répondent soit aux 42 stations des Israélites dans le dcscil {Oriyène, Homil. in Numéros, c, 3, in Oper., t. II, p. 375); soit aux 42incarnalions par lesquelles devait • passer le Logos pour descendre du ciel, sa patrie, sur la terre
^ l*n donne pour somme 14, savoir :
1=4, 1=6, 1—4. La troisième décalétradc est incomplète, car Jt'chonias appartient évidemment à lii seconde. Il est probable que si Matthieu itaii l'auteur de cette ^'cnéaiogie, il aurait aperçu cette lacune et l'aurait comblée, comme on a essayé de le Taire [ilus IukI, en insérant un lakim entre Josias et Jcchonias. Mais cette addition»
donc fait aucun scrupule, pour ne pas dépasser le nombre sacré de 7 -|- *7^ d'omettre plusieurs noms. Ainsi entre Joram etHozias (Hazaria), il supprime Achazia,. Joas, Amatsia (/ Chron. m, 11-12; // Chron. xxvi, 1; cf. II Bois xiv, 21), et entre Josias et Jéchonias, 'Jéhojakim, éliminant ainsi quatre membres de la seconde série seule. Quelle confiance peut-on avoiv en un travail aussi arbitraire? Nous ne croyons donc pas nécessaire de nous arrêter aux tentatives qui ont été faites depuis des siècles, pour essayer de concilier ces deux généalogies * . On a eu récours à toutes .sortes d'hypothèses, mais toutes laissent à désirer ^, et jus-
(|ui s'appuie sur deux manuscrits byzantins du ix* et du x** siècle, est comNliue par les plus anciens manuscrits, notamment par le Codex Vaticanus,
* telthuscn, The authenticity of Ibe first and second Chapiers of MaHlit-wV Gospel vindicated, Lond. , 1771, in-S».
2 Les uns ont émis l'hypothèse de Padoption de Jésus par Joseph. L'adoption pouvait bien conférer au (Ils adoptif des droits légaux au nom et à Khéritage du 'père de famille, mais elle ne pouvait établir entre eux un lien de parenté naturelle. Or, la dignité messianique était spécialement attachée au sang de David. D'autres ont supposé un lévirat, vieille institution antémosaïque (Genèse xxxviii, 11}, qui tombait déjà en désuétude du temps de Ruth (Ruih rv, 1-tO), et ont admis qu'une des généalogies était celle du père naturel de Joseph, l'autre celle de son père légal. Mais, dans ce cas, Jo<%eph ne devrait pas figurer dans cette dernière, le lévirat ayant précisément pour objet de susciter lignée à un frère mort sans enfant Deutéron, xxv, Gj, et la coutume juive étant que le premier fils né d'un mariage de ce genre prit place dans la généalogie du père légal. Ri conmie il serait fort étrange que, pour désigner un rapport purement légal, Matthieu se fût servi du mot sysvviQce, engendra (MaU. i, IG), qui suppose la procréation physique, on doit en conclure que sa généalogie est celle du père naturel. Ainsi Jacob étant mort sans enfant, sa veuve épousa Héli, qui était ou son frère ou au moins son proche parent; mais alors comment s'expliquer que les deux généalogies soient si divergentes jusqu'à David? D'autres encore, frappés de cette difficulté, ont cru que Matthieu donnait la généalogie de Joseph, et Luc celle dé Marie. Dans cette hypothèse, Joseph serait non pas le fils, mais le gendre de Héli. Mais on sait que dans leurs généalogies, les Juifs ne tenaient aucun compte des lignes féminines. Genus patris vocatur genus, genus matrisnon vocatur genus, lit^n dans le Talmud {Baba Bathra, fol. 110), et, d'un autre côté, ne serait-il pas étrange que la formule tou employée 76 fois dans la généalogie de Luc, désigne 75 fois le fils naturel et dans ce seul cas, le gendre ? Bien plus, en épousant Marie, qui devait être, dans cette hypothèse, fiilc unique et héritière de Héli, ce que rien ne prouve, Joseph serait sorti de sa famille pour entrer
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qu'à présent la difficulté de les mettre d'accord subsiste, en sorte que tout ce qu'on peut en conclure avec certitude c'est que leurs auteurs croyaient que Jésus descendait de David et qu'il était par conséquent un homme. Comment se persuader en effet qu'il se soit trouvé une ou plutôt deux personnes assez insensées pour dresser, au prix de pénibles recherches * des tables généalogiques, soit de 76, soit seulement de 4 1 générations pour venir déclarer ensuite que tout cela repose sur une erreur, que Jésus n'était pas le fils de Joseph, comme on le croyait {Luc m, 23^, ou en d'autres tenues, qu'il n'était pas un davidide, ce qui allait directement contre le but qu'il avait en vue? Ne trouvera-t-on pas d'abord singulière la place que hi généalogie de Jésus occupe dans le trçisième évangile? Ne semble-t-elle pas y avoir été introduite de force? Que dirait-on d'un biographe qui, après avoir raconté avec toutes sortes de détails la naissance de son héros, s Raviserait seulement, lorsque renfant aurait atteint lYige de trente ans, de faire connaître ses ancêtres? Cependant ce qui surprend encore davantage, c'est que, dès le chap. i, un ange annonce à Marie qu'elle concevra du Saint-Esprit Luc I, 35), et que le chap. ii suppose le miracle réalisé. Or si Jésus est né du Saint-Esjuît sans participation d'un homme {Matt. i, 18 ; Luc i, 34, 35\ il n'est pas le fils de Joseph : à quoi bon les généalogies ? La descendance davidique s'effaçait nécessairement devant la naissance divine^
dans celle de sa femme, et il n'aurait plus pu figurer dans la généalogie de son père naturel Jacob. Enfin, comment expliquer qu'il ne soit pas parlé de Marie dans sa propre généalogie, tandis qu'il en serait fait mention dans celle de son mari?
* Recherches d'autant plus pénibles que le généalogiste ne pouvait recourir, pour les temps postérieurs & la rédaction des Chroniques, qu'à des souvenirs traditionnels Hérode ayant fait brûler les généalogies des familles juives, selon le témoignagtt d'Etuébe, Hist. ecclcs., lib. 1, r. 7. Cf. Schôttgen, Horap Hebraïcîe, 1. 1, p. 855.
comme dans le quatrième évangile, et il importait peu que Joseph descendit ou non de David; Jésus n'étant pas son fils, le principal caractère de la dignité messianique lui manque (car nulle part Topinion d'ailleurs fort ancienne * qui fait descendre Marie du roi-prophète n'est confirmée par le Nouveau Testament), et il n'est pas le Messie promis par les prophètes.
UI. Naissance à Bethléhcm. — La ville natale de David devait voir naître le Messie, d'après Michée v, 2. C'est donc h Bethléhcm que Matthieu et Luc le font naître (MaW. u, 8; Lncriiy 1-^0); mais la tradition sur laquelle ils s'appuient est plus que suspecte. Jésus lui-môme ne dit nulle part qu il soit né dans cette ville. Marc se tait également sur ce caractère messianique, qu'il était pourtant important de relever. Les épitres ne font pas même mention de cette localité, et le quatrième évangile rapporte, sans la contredire, l'opinion de ISathanaël [Jean i, 46) et de Philippe {Jean i, 43), que Jésus était de Nazareth. C'était aussi l'opinion des Juifs ^, qui trouvaient dans son origine galiléenne un motif de ne pas le reconnaître pour le Christ (Jean vn, 41-43, 52). L'autorité des deux synoptiques est-elle assez imposante pour forcer la conviction? Mais le récit de Matthieu est évidemment mythique. Le vague même qui règne dans son récit sur la patrie des mage^ Tannonce, car le mythe, ce produit inconscient de Timagination populaire, ne naît pas tout formé; il se développe peu à peu dans la tradition et
* Justin, Dialopus cum Tryphoiie, c 23, 43, 100. — Protevangelium Jacobi, c 1, 2, 10. — ËYangelium de nalivitate Marisp, c. 1. — Pseudo-Matthaei Ëvangetiana, c. 13
- 3îatf, XXVI, (fî», 71 ; Marc i, U; mv, 07; Luc xviii, 37; Jean xrx, 19; Aet. u, 11; 1)1,0; IV. 10; vi, 14; xxvi, 0.
s enrichit de circonstances nouvelles * . On sait que les Anciens croyaient que la naissance ou la mort des grands hommes étaient annoncées par des astres ou des comètes-', et déjà Balaam avait prophétisé qu une étoile sortirait de Jacob [Nomb. xxiv, 17), prophétie que sembla confirmer un phénomène céleste fort rare (Voy. S 1*") et qui, combinée parles premiers chrétienà avec deux autres {Ésaïe lx, 6; P$. Lxxii, 10) que les Juifs déjà appliquaient au Messie, donna avec le temps naissance à cette légende. Nous ne pîurlons pas des angélopbanies, ni même de la citation d'un prétendu passage prophétique [Matl. ii, 23), qui ne se trouve dans aucun prophète, toutes choses qui suffisent pour rendre suspecte la relation du premier évangile. Celle du troisième ne Test pas moins. Elle reconnaît que la famille de Jésus habitait Nazareth {Luc ii, 4) ; mais elle fait monter à Bethléhem, à Foccasion d'un recensement qui n'eut lieu que dix ans plus tard ', Joseph et Marie, qui, comme femme, n y était pas soumise *. Cet anachronisme et les
* Comparez, par exemple, MaUh. xxvii, 38, 44, cl Luc xxiii» 3?, 39-43 avec Kvangelium (prantiap arabicum, c. %3; ou bien Luc ii, 42 50 avec Evanp. infant, arab., c 50-53.
2 Lucain^ Pharsalia, I, 529. — Suétone ^ Opéra, Capsar. r. 88. — Josèphe, De bcllo judaîco, lib. Vî, c. 5, f. 3.
' P. Sulpicius Qnirinus, sénateur et consul Tan de Uome 74?, ne devint gouver^ neur de Syrie qu'en 758 et ne fit le recensement en question qu'après l'exil d'Archelaiis, Tan 759 de Rome ou Pan 6 de l'ère vulgaire. Yoy. Dion Cassius, Historié romanxquae supersunt, lib. LV, c. 27. — Josèphe, xVntiquit., lib. XVII, c. 13, § 2; xviii, lib. 1, c. 1. Or, à cette date, la Galilée était gouvernée par Hérode Antipas, prisée allié de Rome, dont les sujets n'avaient point à payer d'impôts aux Romains. Il est| clair que Tauteur de la relation insérée dans le troisième évangile, n'avait pas une connaissance exacte de Torganisation de la Palestine à l'époque de la naissance de Jésus, ni de ses rapports avec Rome.
^ Si le recensement était sacerdotal, il ne concernait pas Marie; s'il «tjiit ordonné par Auguste, Joseph n'avait pas besoin de se faire inscrire dans sa tribu, puisque les Romains levaient les impôts sur les lieux Dans l'un comme dans l'autre cas, sa femme enceinte pouvait rester au logis. lAais que devenait la prophétie de Nichée, (|u'en dépit du contexte, on s'était habitué à regarder comme messianique? {McU. ii, 4-0.)
angélophanies ôtent au récit de Luc toute sa valeur historique, en sorte que la naissance de Jésus k Bethléhem n'est rien moins que constatée.
IV. Naissance surnaturelle. — Si on lit avec attention les écrits apostoliques, on y remarque une tendance de plus en plus prononcée à idéaliser le Christ. Le premier indice de <îette tendance, qui, dans les synoptiques, s'an^ête à la transfiguration, se rencontre dans les récits mythiques de Matthieu et de Luc {Malt, i, 18-20; Luc i, 34-38). Selon Ésaïe VII, 1 1, passage sur lequel se fonde le mythe de la naissance miraculeuse, Emmanuel devait naître d'une vierge '. On sait que les Anciens aimaient à donner à leurs héros une origine divine et que, chez eux, les parthénogènes n'étaient pas rares, surtout parmi les fondateurs de religion. Il n'y aurait donc rien d'étonnant si les mêmes idées avaient régné chez les Juifs; cependant le passage cité d'Esaïe n'a jamais été appliqué par eux au Messie, et le contexte annonce clairement, en effet, qu'il ne se rapporte pas à lui. Ce sont les chrétiens qui les premiers en firent l'application à Jésus, et cela, môme assez tard ; car dans son épître aux Galates, Paul dit encore que Jésus, était né d'une femme, èx ^^vaixoç, et non d'une vierge icapO^vou GaL IV. 4,. Cependaurt déjà les synoptiques réduisent les relations de Joseph avec Marie à celles de fiancés Matt. I, 18; Luc i, 27), et Matthieu affirme, comme Luc, que Jésus est né du Saint-Esprit sans la participation de Josepli. Il est vrai qu'ils se contredisent un peu plius loin en racontant que le Saint-Esprit descendit sur Jésus
• Cmbreit, Ueher «lie Geburt des Immanucl (hirch cine Jungfrau, dans les Tbeolop. Sludien und kritiken, an. 1830, cah. 3.
au baptême ; car si le Saint-Esprit était, dès sa conception, le principe immanent de sa personne, à quoi bon cette nouvelle eflFiision à Tâge de trente ans ? Cette opinion d'une naissance surnaturelle leur est d'ailleurs particulière. Dans aucun des écrits juifs contemporains ne se rencontre l'opinion que le Messie devait être engendré par le Saint-Esprit. Jésus luimême se tait à ce sujet; Marc et Jean n'en disent mot ; au contraire, ce dernier rapporte plusieurs fois l'opinion populaire que Jésus éta,it le fils de Joseph, sans la contredire le moins du mcmde {Jean i, 45; vi, 42; cf. Mûtt. xiii, 55; Luc IV, 22 ; Afflrc VI, 3). Les synoptiques eux-mêmes nous apprennent que Marie tenait Joseph pour le père de son fils {Luc II, 48). Les épîtres enfin ne font jamais allusion au miracle d'une naissairce miraculeuse, même quand elles parlent de la divinité de Jésus. Paul notamment n en dit mot, et s'il parle de la naissance du Christ, c'est toujours comme d'une naissance naturelle {Rom. i, 3 ; ix, 6; Gai. iv, 4).
Tous les écrits apostoliques appellent d'ailleurs Jésus un homme. Les synoptiques ne dépassent pas la limite de l'humain. Ils nous montrent Jésus croissant eh stature et en intelligence {Luc ii, 52), dormant, mangeant comme nous, et soumis comme nous aux afiections humaines {Luc xxu, 42-44; Matt. XXVI, 38 ; Marc xiv, 34 ; cf. Jean xi, 33, 35)/La transfiguration elle-même n'en fait pas un être divin; elle le place sur la ligne de Moïse, en l'entourant seulement, comme Messie, d'un nimbe plus éclatant [Exode xxxiv, 28-30 ; Matt. xvii, 1-8; Marc ix, 2-8). S'ils l'appellent assez souvent fils de Dieu, cette expression, qui indique sans aucun doute^ une relation plus intime avec Dieu {Matt» xiv, 33), est employée dans le sens juif, et l'on ne peut en inférer
une naissance miraculeuse, ni une préexistence ; mais seulement une supériorité de Jésus, sur les autres hommes, supériorité qu'il devait au irveufjLa ayiov^ à Tesprit messianique, soit qu'il eût été engendré par lui, soit qu'il en eût reçu communication au baptême {Act. x, 38}. De même Paul, celui des apôtres dont les idées christologiques se rapprochent davantage de celles du quatrième évangile, parle partout de Jésus comme d'un homme dans le sens propre du mot. Il lui fait prendre un corps terrestre {Rom.yiii. 3); il le fait descendre de David {Rom. i, 3) et des patriarches Abraham, Isaac et Jacob {Rom. ix, 5) ; il le fait naître d'une femme {GaL IV, 4); mais ce n'est pas un homme psychique comme nous, c'est un homme pneumatique, un homme céleste (/ Cor. XV, 47), en qui la chair n'est plus qu'un accident, et dont le icveuîxa, l'esprit vivifiant, constitue la substance. L'épitre aux Hébreux ne parle pas moins clairement de la nature humaine du Christ, qui, dit-elle, fut en tout semblable à ses frères {Hébr. ii, 17), et participa comme eux à la chair et au sang {Hébi\ ii, 14). Il était impossible de dire en teraaes plus Ibrts qu'il était homme. Cependant dans cette ép*ti?e, comme dans les petites épitres de Paul, le^ujet humain oommence à s'effacer dans la per6t>nne du Christ, qui monte déjà au rang de premiér-né de la création et qui est dit s'être manifesté en chair (/ Tim. m, 16), ce qui ne peut s'appliquer qu'à un être surnaturel. U ne fallait plus qu'un léger effort pour arriver à la co»c^tion -johannique, où le divin devient l'essentiel, la substance du Christ. Aussi le quatrième évangile ne parie-t-il ni de sa naissant)e iii de sa jeunesse, il n'attache aucune importance à la .descendance davidîque; jamais il n^)pelle Jésus £ls de David; il le prend à son baptême oïi le Logos s'unit à
lui, et il semble même réduire son corps à une apparence ^
V. Miracles. — L'opinion générale parmi le peuple juif était que le Messie légitimerait sa mission divine par des miracles; il était donc essentiel que ses disciples prouvassent qu'il en avait opéré; aussi lui en attribuèrejat-ils de nombreux, et Ton conçoit que plus on s'éloignait du mo-
* Au dogme de la naissance surnatarelle se rattache étroitement celui de la virginité perpétuelle de Marie ; mais comme il n'est pas biblique, nous n*avons pas à nous en occuper ici. Cependant, comme il en est plusieurs fois queslion dans les Évangiles apocryphes, nous ne croyons pas devoir passer absolument sous silence une doctrine qui a pris une si large place dans la dogmatique chrétienne. Les évangiles canoniques parlent souvent des frères et des sœurs de Jésus. Malt. XIII, 55 et Mare vi, 3, nous donnent même les noms de ses frères, qui s'appelaient Jacques, Joseph, Simon et Jude, selon le témoignage des concitoyens de Jésus, qui devaient connaître sa famille, âtatt. \n, 46 et Luc viii, 19, nous parlent de ses frères qui vont |e voir avec sa mère. D'après Jean u, 12, Jésus se reLdit à Capernaum avec sa mère, ses frères et ses disciples, et il y séjourna quelques jours avec eux. Jean vu, 5, affirme que ses frères ne croyaient point en lui, assertion, pour le dire en passant, qu'il n'est pas facile de concilier avec Actes i^ 14, où il est aussi question des frères de Jésus, ainsi que dans Marc m, 21. Si donc un fait semble bien prouvé, c'est que Jésus avait des frères. Cependant, à mesure que la vénération pour Marie s'accrut, on essaya, non pas précisément de le nier, mais de le tourner. Déjà le Protévangile de Jacques fait de Joseph, au moment de son mariage avec Marie, un veuf qui avait eu des enfants de sa première feom^e {Proleva ngelium Jacobi, c 9 : Et Joseph fit des objections, disant : J'ai des enfants et je suis vieux, tandis qu'elle est fort jeune, vsSvtç). L'Histoire de Joseph le charpentier nous répète la même légende {Historia Josephi c. 2), et nous fait connaître en outre les noms de ses fils d'un premier lit, qu'elle appelle Juste, Simon, Jude et Jacques {Historia Josephi, c. U : Justus verô et Simon seniores Josephi niii ductis uxoribus in familias suas abiverunt. Ambs pariter nupserunt filiœ et in suas secesserunt «des. At remanebant in domo Josephi Joda et Jacobusminor necnon mater mea virgo). D'autres ont prétendu que dans les passagii^ où il est question des frères de Jésus, le mot grec aSeX^dç, comme l'hébreu HN "^ signifie pas seulement frère, mais aussi cousin, proche parent; cela serait possible, quoiqu'il soit difficile de comprendre pourquoi dans les dix ou douze passages, où il est question de ces prétendus cousins de Jésus, les évangélistes n'aient pas une seule fois employé, le terme propre àvei{/tdçy que n'est pourtant pas étranger à la langue du N. T. {Coloss. IV, 10); mais cela même admis, il reste toujours à expliquer le Iwç oZ y jusqu'à ce que, de Matt. i, 25, et surtout le irptoTcJTOJCOç, premier-né, de Luc u, 7, expressions si claires qu'il est impossible de ne pas rejeter les subtilités exégétiques auxquelles a «eu recours l'orthodoxie pour sauver ia virginité de Marie.
ment oii ils avaient (irt s'opérer, moins ils devaient rencontrer tk' CfjntnulJL'teiirs. Le quatrième évangile lui-même, qui est le moins riclie des quatre en faits merveilleux et qui ne rapporte aucune de ces guérisous de possédés, qui tiennent une si large place dans les synoptiques, en relate pourtant i|uelques-un!S et des plus étonnants, comme la résurrection de Lazare. Les synoptiques se taisent sur ce miracle; mais ils en racontent deux auti'es presque analogues, la résurrection de la fille de Jaïrus et celle du fils de la veuve de NaïiL A la lecture de ces faits miraculeux, on ne peut ^empêcher <le se demander : s'il s'élevait aujourd'hui parmi nous un thaumaturge doué d'une semblable puissance, sa renommée ne se répandrait-elle pas partmitavee lu rapidité de T éclair, et ttïus, grands et petits, ne s'empi-es.seraicnt-ils pus de cmirir à lui pour le supplier de rentire la vie à une personne chérie? Sans doute, il se rencontrerait beaucoup d'incrédules dans notre siècle éclairé, mais chez les Juifs , le peuple peut-être le plus ami du merveilleux qu'il y uît eu, le miracle ne devait pas être révoqué en doute. Et cependant les Évangiles, qui nous montrent tant de maludes apportés à Jésus pour être guéris, ne nous parlent jamais d'un père ou d'une mère qui soit venu lui <leniantler la résunection de son enfant. Au contraire, à propos d'une parole de Jésus relative à sa résurrection, les disciples se demandent : Qu'est-ce que ressusciter des moi ts? [^Marc ix, 10), question plus qu'étrange si quelque temps auparavant, ils avaient été témoins de la résurrection de la tille de Jaïnis {Marc v, 41-42). De même, s'ils avalent vu Jésus ressusciter Lazare moins de huit jours auparavant, la résurrection de leur Maître aurait-elle été pour eux si inattendue? N'est-il paff clair que ces pré-
tendues résuirections ne sont pas des faits historiques, mais des mythes dont le fond, comme celui des autres mir racles du Messie/ était foiu'ni aux premiers Chrétiens par les mythes de F Ancien Testament ', sur lesquels il ne leur restait plus qu à exercer leur habileté typologique, qui alla quelquefois jusqu'à matérialiser de pures images, à confondre le spirituel avec le corporel {Matt, xi, 5; cf. Ésaîa XXXV, 5)^. Dans tous les cas, les miracles racontés dans les écrits apostoliques, très-propres à appuyer la polémique des apôtres, ne sont plus d'un grand poids aujourd'hui qu'ils ne peuvent plus être soumis à une enquête scientifique.
VI. Prophéties. — Moïse déjà avait prédit aux Israélites que Dieu leur enverrait un prgphète comme lui (Deutér. xviii, 15). Cette prédiction étant appliquée par les Juifs au Messie, il était nécessaire de prouver que Jésus avait possédé le don de prophétie. Aussi les Évangiles rapportent-ils plusieurs prédictions "faites par lui.-I^s deux plus importantes sans aucun doute sont celles de sa mort et celle de sa parousie. Or si Jésus avait prédit sa mort en termes aussi clairs que le rapportent les évangélistes {Matt. XXVI, 2; Marc xiv, 21 ; Lucxvm, 31-33; Jean xii, 23),
* Les Juifs étaient persuadés que le Messie agirait en tout comme Moïse et les prophètes (Voy. Sohar, la Exod., fol. 4, 49; — Midrasch Koheleth I, 9). C'est sur cette donnée que les premiers chrétiens ont construit leur cycle légendaire. Comp., par exemple, £irod. i, 15-16 eiMaU.u, 13, 16; — Exode ixiv, 18; Deul, ix, 9 et Mail. IV, 2;^ Exode xxxiv, 29 et Matt. ix, 3, etc., etc. Comp. aussi Phiîon, De vitâ MosiSy in Opp. n,p. 179 et tticxxiv, 51; corop. encore 11 lioU iv, 42 etifarcvui, 1 etsoiv.; ou bien // Rois iy, 32-36 et Mare v, 41, etc., etc.
> Il est possible que dans sa réponse aux disciples de Jean, Jésus ait laissé à ce passage d'Êsaîe son sens métaphorique ; mais la légende évangéliqne ne tarda pas à perdre de vue le sens moral %t idéal qu'il lui donnait et à prendre la métaphore à U lettre.
s'il avait été aussi convaincu de la nécessité de su mort quMls le rapportent/ il n'aurait pas prié avec tant d'instance que le calice passât loin de lui et ses apôtres n'auraient pas été aussi stupéfiés qu'jls le furent. Ou bien leur étonnement et leur eflFroi ont été exagérés, ou bien la prédiction n'a été imaginée par les disciples qu'après l'événe ment *, et cette dernière supposition s'applique avec beaucoup plus de vraisemblance encore, au moins en partie, à la prophétie relative à la parousie. Certes il n'y a pas de prédiction plus précise dans toute la Bible. La génération contemporaine ^ ne devait pas disparaître avant qu'elle fût accomplie (Matt. xxiv, 34), et cependant il y a plus de dixhuit siècles que cette génération est couchée dans la tombe sans que Jésus ait reparu. De tout temps lembarras des chrétiens a été grand pour expliquer le nouTaccomplissement d'une prophétie aussi claire. Ils répondirent d'abord aux railleries des incrédules comme nous le voyons dans // Pierre m, 8 ; puis ils prétendirent que le Twïvxa de Luc {Luc XXI, 32) et le Trdtvta t^ut» de Matthieu (Matt. xxiv, 34) se rapportaient seulement à lamine de Jérusalem pat Titus; mais dans cette supposition, comment s'expliquer l'attente impatiente do l'Église primitive, impatience attestée par tout le Nouveau Testament [ICor, x, H ; xv, 54 ; Philipp. iv, 5; IThess, iv, 15; Jacq. v, 8; I Pierre iv, 7; / Jean ii, 18; Apoc. I, 3)? Jésus aurait donc été bien mal compris! De deux choses l'une : ou bien Jésus s'est trompé, ou bien un de ses disciples lui a mis cette prophétie dans la 1}ouche, convaincu que le Christ ne devait être inférieur à aucun des prophètes de l'ancienne alliance et que, comme eux, il
* Âmmon^ De vaticiniis post eventam formatis, Erlang., 1812, in-^". '-' *H yfiveèi o5t7), cf. Matt. xvi, 28, qui explique l'expression.
(levait avoir prédit l'avenir. Or ce qui prouve incontestablement que la prophétie a été faite post evenlum, c'est nonseulement la parfaite exacti};ude des détails * ; c'est aussi la fausse application à la ruine du Temple, de Daniel ix, 27, qui* se rapporte si clairement à la profanation du second temple par Antiochus Épiphane; c'est encore la mention qui y est faite du meurtre de Zacharie, fils de Baruch ou Barachie '^y qui fut égorgé par les Zélotes pendant la guerre de Judée ', comme d'un événement passé depuis un certain temps [Matt. xxni, 35; Luc xi, 5{); ce sont enfin les allusions transparentes du verset MaiL xxui, 34, au crucifiement du Christ, le seid prophète dont Thistoire parle comme ayant subi ce supplice, à la fustigation de Paul et ^aux persécutions subies par les premiers chrétiens ; du verset 37, à la lapidation d'Etienne; du verset 38, à la ruine de Jérusalem déjà consommée *.