‹ Théologie bibliqueChapitre 6 sur 37 · XVIII : Isaac promis à Abraham · texte numérisé non relu

XVIII : Isaac promis à Abraham

XIX, 1-28 : Ruine de Sodome, Lot sauvé.

XXII, 11-19 : Jéhovab arrête le bras d'Abraham.

xxiv : Mariage d'Isaac.

XXV, 1-7, 12-18, 21-34 : Généalogies ethnographiques, en contradiction quelquefois avec celles du chap. x *; naissance d'Esaû et .de Jacob, qui achète de son frère le droit d'aînesse.

XXVI, 1-11 : Même histoire que xx, 1-17, mais appliquée à Rebecca.

XXVI, 12-33 : Alliance d'Isaac avec Abimélec.

XXVI I, 1-45 : Jacob vole à Esaû la bénédiction paternelle et se sauve en lAésopotamie.

* Par exemple, vers 3, où Dedan est dit est appelé fils de Rahma.

\ de Joksan, comp. avec x, 7, où il

ixTii, 46-xiTJii, 9 : Rebecca enToie Jatob ^lierdier femme en Mésopo- Umîe,

ïXT, 1-13, 17-19, 20-24 en partie :

En n^ nia de Jacob nés en Mésopo-

ixxT^ 1-55. Fuîte de Jacob, son alliance avec Laban. Vers. 1 et 3 interpolés.

Verset 49 Écrit en Ghaldéen et interpo\L

ixxii, 1-32 : Frayeur de Jacob à rapproche d'Ë&aii, la lutte avec Dieu.

Vers. 9 interpolé.

uiiii, U20 ; Arrivée de Jacob dans le' pays de Canaan.

ixxtv : Enlèvement de Dina; les Sichémites circoncis.

wxv, 1-29 : Voyage de Jacob à Béthet; promesse que Dieu lui fait; il prend te noni d'Israël *,

Tx^n : Généalogie d*Esaû, si exacte qu on Ta supposée tirée des archives des Édomites, et descendant en tout cas bien au-delà de Moïse '.

lixTLj : Joaeph vendu par ses frères.

xxviir, 10-22 : Vision de Jacob. Ici les deux noms de Dieu alternent.

XXIX, 1-35 : Mariages de Jacob avec Léa et Rachel.

x^Ti, 14-16, 20-24 en partie: EnfanU de Jacob nés en Mésopotamie.

xxxviii : Histoire de Juda et de Tha-

mar.

xxxix-xLV : Suite de Thistoire de Joseph, où les deux documents sont confondus '.

XLTMLVii : Établissement des Israélites en Epyptc, Verset 20 interpolé, comme aussi le vers. 27.

xLTU[ : Adoption par Jacob des flls de Jose[ih.

^ Autre explication de ce nom que celle qui a déjà été donnée xxxii, 28. ' Les versets 2 et 3 contredisent, il est vrai, xxvi, 34, mais ils sont confirmés par XXVIII, 0; de même, les versets 6-7 ne se concilient pas avec xxxii, 3 et xxxiii, 16. ^ ^ouvçUe diBCordiince entre xui, 27-28, confirmé par xlii, 21/et xui, 35; entre

xux : BénédietiODS de Jacob, ses dernières Tolontés.

h : Sépnltore de Jacob, mort de Joseph.

H est donc évident que les récits de la Genèse ont été puisés à des sources diverses ; seulement il est difficile de préciser la date à laquelle remontent ces sources qui doivent être anciennes à en juger par la pauvreté et la rudesse de la langue. On trouve plus de suite, plus de liaison, un plan mieux tracé et mieux suivi dans le fragment élohistique, qui se distingue avantageusement en outre par un style naïf, un peu prolixe et d'une simplicité vraiment antique, tandis que le jéhoviste se montre moins verbeux mais plus amoureux du surnaturel et qu'il se plaît à intercaler dans son récit des fragments d'antiques chansons populaires, aussi souvent que cela lui est possible. Voyez par exemple IV, 43-24; ix, 26-27; x, 9; xxv, 23; XLix, 1-27. Cest lui très-probablement qui a donné au livre de la Genèse sa dernière forme en prenant pour base principale de son travail celui de l'élohiste, avec l'intention de le compléter au moyen d'autres documents écrits ou traditionnels. Or la relation élohistique ne peut pas remonter au-delà du règne de David ; nous en trouvons la preuve non -seulement dans la bénédiction prononcée par Isaac sur son fils Esaii, où il est fait allusion à la conquête de ridumée par David et à la révolte des Édomites sous Salomon {Genèse xxvn, 39, 40), ou bien dans la bénédiction de Jacob qui se rapporte clairement aux douze

XLii, 18-20 et XLiii, 3-5; entre xlv, 17-20 etxLTi, 31-34. — Confusion entre PuU- [»har, chef des gardes, et le concierge de la prison, xxsvii, 36; xxxix, 1, 21 ; xl, 3, 7; XII, 10.

tribus déjà établies dans le pays de Canaan \ et suppose même Tinauguration du règne de David, puisque Juda est la tribu royale {G en. xlix, g); mais encore dans la généalogie iduméenne {Gen. xxxvi) qui descend jusqu'à rétablissement de la royauté en Israël [Gen. xxxvi, 31); d'où Ton est autorisé à conclure avec beaucoup de vraisemblance que Tauteur du fragment élohistique a fait usage d'une pièce officielle tombée entre les mains des Hébreux par la conquête de l'Idumée et qu'il vivait par conséquent au plus tôt sous le roi David.

La rédaction du jéhoviste n'est donc pas antérieure aux dernières années du règne de Salomon ; ce que confirment à la fois le verset 10 de la bénédiction de Jacob, où sont exprimées des idées messianiques qui n'ont eu cours qu'après David, et la promesse de Dieu à Abraham, que sa postérité étendrait sa domination depuis l'Egypte jusqu'à TEuphrate [Gen. xv, 18), ce qui ne s'est réalisé que sous ce même roi.

I/Exode.

\y. Ilùpkins, Ëxodus, a corrcctcd translation with notes crilical and explanatory, Lond, , 1784, in-4*. — Bertholdtf De rébus a Mose in iEgypto gcstis, Erlang., 1795, in-S».

Il existe entre le premier et le second livre du Pentateuque, c'est-à-dire entre l'établissement des Israélites en

' Ainsi le yerset 10 se rapporte évidemment à Samson qui était Danile et fut juge

Egypte et leur sortie de ce pays^ que raconte l'Exode, une lacune de plusieurs siècles, dont on ne sait rien, si ce n'est que les Abrahamides s'étaient extraordinairement multipliés. La durée même de leur séjour dans la terre de Gosen n'est pas certaine. L'Exode, il est vrai, la fixe à 430 ans {Exode xii, 40); mais dans ce long espace de temps, il ne mentionne que trois générations, depuis Lévi, qui entre en Egypte avec Jacob {Gen. xlvi, 8, H), savoir Kéhath, qui même était déjà né, Hamram et Moïse, qui ne comptait à la sortie d'Egypte que 80 ans {Exode vu, 7) *. Pour lever X5ette difficulté, la Septante, d'accord sur ce point comme sur beaucoup d'autres avec le Pentateuque samaritain, applique ces 430 ans au séjour des Abrahamides dans le pays de Canaan et en Ég3rpte; mais s'ils ne passèrent que 218 ans en Egypte ', comment s'expliquer leur prodigieuse multiplication? Cette question chronologique, qui n'intéresse d'ailleurs la théologie biblique que dans ses rapports avec la théopneustie, n'a pu être éclaircie jusqu'ici. H en est de même de quelques contradictions qui ont été signalées aussi dans le second livre du Pentateuque, par exemple entre ii, 18 et iv, 18; entre iv, 20 et xvin, 1-6, etc., contradictions provenant sans aucun doute de la différence des sources où l'auteur a puisé ; car l'Exode aussi est un composé d'éléments hétérogènes, soudés ensemble et non fondus '. m

* Kéhath étant mort à 133 ans et Hamram à 137, si Ton ajoute ces deux chiffred à l'âge de Moïse, on ne trouve que 359 ans, ou plutôt 300 à peine, puisque Kéhath vivait déjà et qu'il n'était vraisemblablement pas mort à la naissance de son fils.

^ Qu'on nous permette d'établir à ce sujet un rapprochement. Les Hycksos dominèrent sur la Basse-Egypte pendant 259 ans 10 mois, au rapport de Manéthon cité par Josèphe (Contre Apion, lib. I, c. 14).

' La preuve la plus frappante en estralternance des noms d'Elohim et de Jéhovah qni continue dans les premiers chapitres.

Dans aucun des livres de la Bible on ne trouve les miracles accumulés en plus grand nombre que dans celui-ci. Depuis le buisson ardent du milieu duquel Dieu parle à Moïse jusqu'à la promulgation sur le Sinaï, au milieu du tonnerre et des éclairs, d'une constitution théocratique qui devait régler non-setdement les rapports ecclésiastiques et religieux des Israélites, mais leurs rapports politique? et civils, TExode nous montre les lois invariables de la nature constamment bouleversées en faveur du peuple hébreu. Le rationalisme a depuis longtemps essayé de ramener ces prodiges à des causes naturelles; mais il n'y a pas toujours réussi, et si l'on doit reconnaître que certains phénomènes endémiques expliquent assez bien les dix plaies d'Egypte, par exemple, on doit avouer, d'un autre côté, que les explications des anciens rationalistes sont souvent forcées, fausses, ridicules, et admettre que sur un fond historique l'imagination hyperbolique des poètes hébreux se plut à broder de fantastiques ornements.

Le but de l'Exode , comme celui de la Genèse et plus clairement encore, est de présenter la théocratie comme une institution divine. Le rédacteur y fait preuve d'une connaissance assez exacte des mœurs de l'Egypte, ainsi que de son climat et de son gouvernement * ; son style est sec et sans élégance, même dans les parties narratives; il ^ a peu de suite dans le récit, qui oôre en outre des lacunes provenant de l'absence de documents. Pour ce qui concerne la date de sa composition, l'Exode tel qu'il est arrivé jusqu'à nous, ne remonte pas au-delà du règne de David, comme le i^rouve. Exode xxm, 31 .

* Voir Spencer ^ De legibus hebreorum ritaalibus, Tûbing., 1732, in-fpl.

lie liéTitlque.

Iteimarus, GogitationeB de legibos Mosaîcis ante Mosen, Hamb., 1741, in-â". — Iken, De insUtutis et ceremoniis legis Mosaïcab ante Mosen^ Brem., 1751, in-4*. — Purmann, De fontibus et œconomiâ legum mosaîcarum, Francof., 1789, in-4''.

Le Lévitique règle les rapports du peuple d'Israël avec son Dieu et son roi. H contient donc un nombre considérable de lois, quelquefois très-minutieuses, sur les sacrifices, Jes consécrations des prêtres, l'observation du sabbat, les dîmes, les jeûnes, la lèpre et d'autres maladies contagieuses, les aliments défendus, les mariages entre parents, les fêtes solennelles et se termine par des bénédictions et des malédictions; car le chapitre xxvn n'est qu'un appendice ajouté plus tard au livre. H est certain que ces lois, dont plusieurs ofient de remarquables analogies avec les lois égyptiennes, n'ont pas été toutes promulguées par Moïse ^ La loi des holocaustes entre autres {Lévit. i) n'a pas été publiée par lui, comme l'atteste le prophète Jérémie lui-même {Jérémie vu, 22). H feemble difficile d'admettre que Lévit. xvi, 21 suiv. ait été écrit pendant le séjour des Israélites dans le désert. Lévit. xvm, 28 présuppose la conquête du pays de Canaan. Lévit. xrx, 29 se rapporte vraisemblablement (cf. Deutéronome xxni, 18) au culte d'Astarté, comme Lévit. xvin, 21 et xx, 2 à celui de Moloch, deux divinités phéniciennes que les Israélites n'a-

I BoKlen, BieGenesis, p. 118 suiv.

dorèrent que longtemps après la mort de Moïse. Enfin le chapitre xxvi, au moins en majeure partie, date évidemment de Texil.

Il est donc clair que le Lévitique est composé de. fragments d'âges divers, cousus, pour ainsi dire, à la suite les uns des autres au moyen de cette formule : L'Éternel parla encore à Moïse, et ces fragments ne sont certainement pas Tœuvre d'un seul et même auteur, comme le prouvent. la différence de style (comparez, entre autres, XIX, 3, 4, 10 avec xxiii, 14, 21, 31, 41) et d'assez fréquentes répétitions (xi, 40 et xvii, 15; xvii, 10 et xix, 26; Tii, 17; vu, 26; xix, 31 et xx, 27; xix, 9 et xxin, 22, etc.).

lies IVombres.

Les faits historiques racontés dans le Lévitique ne comprenaient que l'espace d'un mois; les Nombres, au contraire, embrassent une période de 38 ans et se divisent en trois parties : 1® Chap. i-x, dénombrement du peuple, lois nouvelles et quelques événements dont le Lévitique ne fait pas mention; — • 2"* Chap. xi-xxi, histoire des Israélites dq>uis la 40°"® année de leur sortie d'Egypte jusqu'à leur anivée sur la rive orientale du Jourdain; inutiles tentatives de Moïse pour pénétrer dans le pays de Canaan; turbulence du peuple découragé par ses échecs; élévation d'Aaron h la souveraine sacrificature, organisation des Lévites, nouveaux règlements sur la purification, les sacrifices, le

sabbat; guérison des Israélites mordus par des serpents, leur victoire sur Sihon et Hog; — 3® Chap xxn-xxxvi, histoire merveilleuse du prophète Balaam ; nouvelle infidélité du peuple, nouveau dénombrement; Josué choisi pour succéder à Moïse, victoire sur les Madianites et conquête du pays à Forient du Jourdain, qui est partagé entre les deux tribus de Euben et de Gad et la demi-tribu de Manassé * ; lois nouvelles d'administration politique, lois sur les villes des Lévites et les villes de refuge, loi sur le mariage des l^^ritières qui ne peuvent s'unir qu'à un homme de leur tribu» Ce qui frappe tout d'abord dans ce livre, c'est son caractère fragmentaire. Ewald' croit y reconnaître au moins six fragments (xi, 4-9; xii, 1-3; xx, 14-21; xxi, 1-9 et 12-38; XXXII, 33-42) d'un ouvrage très-ancien que les Nombres eux-mêmes citent sous le nom de Livre des batailles de r Éternel {Nomb. xxi, 14). D'autres intercalations seraient faciles à signaler. Tel surtout l'épisode de Balaam {Nomb. xxn-xxiv), où la couleur historique est fort altérée, puisque le fils de Behor y est qualifié de prophète de Jéhovah, Tous ces fragments paraissent avoir été simplement mis bout à bout sans plan et sans critique; de là quelques transpositions qu'on y remarque, comme vn, 89; xxiv, 1-2 et surtout un assez grand nombre de contradictions : comp., par exemple, Nomb. iv, 3, 23, 30 et vm, 24; xvi, 31-33 et XXVI, 10, 11; xxi, 3 et xiv, 45; xxi, 4 suiv. et xxxui, 41 suiv.; xxiv, 25 et xxxi, 8, etc.). Quant à l'époque où fut composé ce livre, Gramberg ', qui nous semble

* La tribu de Ruben occupa la partie méridionale; la demi-tribu de Manassé s'établit au nord, et les Gadltes se fixèrent entre elles.

> Ewald, Geschichte des Volkes Israël, Gôtt., 1843-47, 3 toI. in-8*.

' Gramberg^ Kritiscbe Gescbichte der Religionsideen des Alteo Testaments^ Berlin, 1829-30, 2 vol. in-8% 1. 1, p. 348.

appuyer son opinion sur d'assez bonnes raisons, la fait remonter au règne d'Achaz, en faisant remarquer .que dans la prophétie de Balaam il est fait allusion non-seulement au gouvernement monarchique en Israël, mais même à rinvasion des Cypriens dans TAsie mineure, qui eut lieu suus Sennachérib au vni* siècle avant notre ère.

lie DeutéroBoate.

De Wette, Dlssertatio quà Deuteronomium à prioribus Pentateuchi libris diversam, aliufl cuju&dam recentioris autoris opus esse demoostratur, léna, 1805, in-8*.

Comme son titre l'indique, le cinquième livre du Pentateuque contient une seconde édition de la Loi de Moïse. Quoiqu'il n'ait pas été composé d'un seul jet, il offre plus d'unité que le Lévitique et les Nombres; et il est aisé de voir que l'auteur avait pour objet l'édification autant pour le moins que l'instruction. Il y présente Moïse comme un prophète plutôt que connue le chef et le législateur du peui>le hébreu. Arrivé sur les frontières de la terre promisej qu'il ne devait pas franchir, l'illustre vieillard convoque les Israélites, récapitule en leur présence les bienfaits et les châtiments dont Jéhovah s'est servi pour les façonner à l'obéissance et les exhorte à persévérer dans la soumission à sa volonté. Vient ensuite un résumé partiel des lois déjà promulguées dans l'Exode, le Lévitique et les Nombres, mais enrichi de lois nouvelles de droit public et de droit privé. Ces lois ne sont pas toutes reproduites

textuellement; on remarque dans plusieurs des modifications quelquefois importantes, (par exemple Deutér. yu, 3, comparé à Exode xxxiv, i6;— Deutér. xiv, 1-21, comp. à Lévit. xi; — Deutér. xv, 12-18, comparé a,Yec Lévit. xxv, 39-41 ; — Deutér. xxvn, comp. k Exode xxiv;— Deutér. xxvm, comp. avec Lévit. iolyi; Deutér. xxxi, 14-23 et xxxii, 48-52, comp. avec Nomb. xxvn, 12-23) et le Décalogue lui-même est reproduit dans une double paraphrase {Deutér. v, comparé avec Exode xx), particularité inexplicable s'il est vrai que Moïse l'avait gravé sur la pierre et déposé dans l'arche d'alliance. Après avoir de nouveau exhorté avec une cordialité touchante le perfple à rester fidèle observateur de la Loi, après avoir, du haut du mont Ébal, lancé des malédictions terribles contre ceux qui la violeraient, et du haut du mont Garizim, prononcé des bénédictions sur ceux qui s'attacheraient à l'accomplir. Moïse fait reconnaître Josué pour son successeur et clôt sa vie politique par un discours prophétique, qui ne peut avoir été écrit qu'après Salomon, à l'idolâtrie duquel il est clairement fait allusion aux versets 15-17.

Ce n'est pas là le seul anachronisme contraire à l'hypothèse que Moïse est l'auteur du Deutéronome. Le chap. xxx, 1-3 présuppose le partage de la terre promise entre les tribus. Le chap. xu parle d'un lieu de culte unique, qui n'a existé que depuis la construction du temple de Jérusalem. Le chap. xvu, 16 rappelle involontairement le fait relaté / Rois iv, 26-28; x, 28-29. Dans le chap. xvu, 17, on trouve ime nouvelle allusion transparente aux mœurs voluptueuses de Salomon *, et le verset 7 du chap. xxxui,

^ En tout cas, si cette loi remontait à Moïse^ elle avait été bien mal observée. Saûl

où Moïse exprime le vœu que TÉtemel ramène Juda vers son peuple, s'applique, à ce qu'il semble, au schisme qui éclata sous Roboam. Le chap. xvu, 8-13 exhorte le peuple à respecter les arrêts d'une espèce de tribunal d'appel établi à Jérusalem par le roi Josaphat (// Chronique^ xix, 8-11), Enfin Ewald ' prétend même que Deutér. xxvui, 68 se rapporte à un événement qui s'est passé sous Manassé, ce qui confirmerait l'opinion de Colin ^ que la refonte des anciens documents des traditions mosaïques en vue de nouveaux besoins religieux du peuple, n'a eu lieu que sous le règne de Josias, comme on peut l'induire d'ailleurs de la langue du Deutéronome, qui présente déjà, dans une une foule de néologismes et plusieurs araméismes, des signes évidents de décadence. Dans tous les cas, il paraît certain que le rédacteur du dernier livre du Pentateuque connaissait les quatre autres; c'est ce que semblent prouver d'assez nombreuses réminiscences, comme Deutér. i, 15, comp. avec Exode xviii, 21; — Deutér. i, 28, comp. avec Nomb. xm, 28; — Deutér. i, 36, comp. avec Nomb. xiv, 24; — Deutér. IX, 12, comp. avec Exode xxxii, 7, etc.; il est vrai, d'un autre côté, qu'on signale aussi plus d'une contradiction entre le Deutéronome, l'Exode et les Nombres, par exem\)le Deutér. i, 22, comp. h Nomb. xiu 2; — Deutér. i, 44, comp. à Nomb. xiv, 45; — Deutér. n, 3-8, 29, comp. à Nomb, XX, 14-24; — Deutér. x, 6, comp. kNomb. xx, 22-28 ; d'où quelques-uns ont voulu conclure, contre toute espèce de vraisemblance, qu'à l'époque où il fut composé, la légis-

{îl Samud XII, 8), David [Il Samuét v, 13), Salomon (/ Roii xi, Z), Roboam {HChron. ii, 21), Abija [IlChrow. xiii, 21), avaient des harems nombreux.

♦ Eu^ald, Ouv. cité, t. Hï, p. 379.

3 Vvn Côlln, Biblischc Théologie, Leipï., 1836, în-8% t. î, p. 81.

lation mosaïque n'était pas encore fixée par écrit, mai§ continuait à se transmettre par la tradition orale.

De ce qui précède, on peut conclure, croyons-nous, sans ^'exposer à être accusé d'une témérité excessive, que

1"* Moïse n'est point l'auteur du Pentateuque tel qu'il est arrivé jusqu'à nous ;

2® C'est un recueil de documents de nature et d'origine difierentes, plus ou moins habilement juxtaposés ou fondus dans un but déterminé par des rédacteurs anonymes et k des époques incertaines, de manière à former aujourd'hui dans la rédaction canonique un ensemble d'une évidente unité;

3"* Aucun des livres du Pentateuque ne remonte au delà de l'établissement de l'école des prophètes par Samuel;

A"" La législation mosaïque, bien que connue en partie et fixée par l'écriture dès la fin du règne de David (/ Rois II, 3), se modifia, se compléta graduellement à mesure que l'état religieux et social des Israélites se développa depuis Salomon ;

5** La dix-huitième année du règne de Josias, le Pentateuque, tel que nous le possédons aujourd'hui, n'existait pas encore;

6® Après avoir subi plusieurs remaniements, les livres dont il* se compose ont fini par recevoir une forme définitive vers le temps de l'exil, au vi' siècle avant notre ère.

§ 11. Le llTre de ^osné*

Jfa«rer, Commentar ûber das Buch Josua, Stuttg., 1837, in-S». -— Keil, Cominenlar ûber das Buch Josua, Erlang., 1847.

Le livre de Josué se rattache directement au Deutéro- Bome par Fidentité du point de vue et par la tendance générale. Son caractère est essentiellement mystique; Dieu intervient directement dans tous les événements et opère en faveur de son peuple chéri des miracles, dont, sans aucmi doute, la suspension du mouvement planétaire Serait considérée comme le plus grand, s'il n'jétait prouvé aujourd'hui que ce miracle si fameux n'a d'autre fondement qu'une métaphore poétique {Josué, x 12, 13, 14).

Josuéj yiwn^ 'iTjffouç dans la Septante, est le nom que Moïse donna à son écuyer Osée, fils de Nun, de la tribu d'Ephraïm [Nomb. xn, 17), lorsqu'il l'attacha à sa personne, n avait déjà donné des preuves de son courage dans un combat contre les Amalécites {Exode xvii, 9-13) et montré sa prudence dans une mission difficile dont il avait été chargé (iVom&. xiv, 6-9), lorsque la mort de Moïse, qui Tavait initié à ses projets, le laissa seul chargé d'en poursuivre l'exécution.

Le livre que nous avons sous son nom a pour but de montrer que Dieu lui-même avait, selon sa promesse, établi les Israélites dans la terre de Canaan. H embrasse une période de dix-sept années et se divise en trois parties : l"* Chapitres i-xii, conquête de 31 royaiunes en

quatre campagnes, de 1481 à 1448 environ. — 2* Chapitres xiii-xxu, partage du pays conquis entre neuf tribus et demie : Asser, Zabulon, Marfassé, Dan, Nephthali, Issachar, Éphraïm, Benjamin, Juda et Siméon*. Dans ce partage se trouvent comprises des contrées qui n'ont jamais été soumises aux Israélites; telles les puissantes villes de Tyr et de Sidon> sans parler du pays des Philistins {Josué xni, 1 ), peuplé par une race belliqueuse d'origine aryenne venue probablement de l'île de Crète*. On ne peut donc voir dans ce partage autre chose qu'un projet (cf. Juges xvm, 1). — 3^ Chapitres xxui-xxiv, convocation du peuple, harangue de Josué qui l'exhorte à rester fidèle à Jéhovah et à achever la conquête de la Palestine, sa mort et sa sépulture.

Comme les livres dits de Moïse, celui de Josué présente des parties très-détaillées et d'autres résumées en forme de sommaire, par ex. x, 28-29, 40-43; comme eux aussi, il porte des traces évidentes d'un travail de compilation, qui n'a pu être fait ni par Josué, — il ne peut avoir raconté lui-même sa mort et sa sépulture {Josué xxiv, 29-31), — ni par un de ses contemporains, comme le prouvent la formule fréquemment employée : Jusqu'aujourd'hui ou comme

* La tribu de Juda s'établit au Sud; celle de Siméon, au Sud-ouest. Au nord de ees deux tribus se Axèrent celle de Benjamin et celle de Dan^ celle-ci dans le voisinage de la mer. La partie septentrionale du pays de Canaan fut occupée au Nord par la tribu d'Éphraïm; au Nord-ouest par la demi tribu de Manassé; au Nord-est par celle dlssacbar. Au nord de Manassé^ du côté de la mer, s'étendait Tétroit territoire d' Asser; entre Asser et Issachar habitait la tribu de Zabulon, et tout au Nord, celle de Nephthall. -^ C'est dans ces trois premières tribus qu'étaient situées les 13 Tilles attribuées à la famille d'Aaron par Josué. Elles se trouvaient toutes ainsi dans le voisinage de Jérusalem, ce qui rend suspecte la date de la donation.

3 Gomme semble le prouver le nom de ^H'ip que les Israélites leur donnent

quelquefois (i Sam. xxx, 14; Ézéch,, xxv, IG; Sophon, ii, 5). Yoy. aussi Wagen» feld, Sanchunialhonis historiarum Phœnici» libn IX, Brème, 18)7, in-S"», p. 43.

c'est encore aujourd'hui (n% 9; v, 9; vi, 25; vu, 26; vni, 28-29; IX, 27; x, 27; xiii, 13; xiv, 14; xv, 63; xvi, 10, etc., etc.), et surtout là mention dans ce livré de plusieurs événements d'une date bien postérieure. Ainsi Josué xvi, 2 parle de la ville de Luz, qui ne fut bâtie que plus tard [Juges I, 26); Josué xix, 47, de la surprise de Lesem ouLaïs qui n'eut lieu que des années après [Juges xviu, 27-29); et Josué XYf 3-19, de la prise de possession d'Hébron par Galeb qui, selon Juges i, 10-18, fut postérieure à la mort de Josué. Comment un contemporain de la conquête auraitil pu parler de Jérusalem [Josué xn, 10; xv, 8, 63; xviii, 27), nom qui ne fiit donné à Jébus que par David, ou bien de la maison de Dieu [Josué k, 23), avant la construction du temple de Salomon ^ ; ou bien encore des montagnes d'Israël et de Juda [Josué xi, 21) avant le schisme? N'est-il pas clair que l'observation Josué x, 14 ou Josué xv, 15 n'est point d'un témoin oculaire? Enfin, pour ne pas multiplier les exemples, un compagnon de Josué connaissait-il le nom des bourgs de Jaïr [Josué xm, 30), qui ne leur fut donné que deux siècles plus tard [Juges x, 4)?

Josué n'est donc pas l'auteur du livre qui porte son nom dans le canon biblique; si jamais fait historique a été bien démontré, c'est celui-là. Ce livre, au reste, n'est point une composition suivie et coordonnée dans toutes ses parties; c'est un recueil de morceaux d'écrits plus anciens et de récits traditionnels, reproduits fidèlement, mais cousus ensemble ou mêlés sans aucune critique. Dans sa dissertation sur le Livre de Josué *, Herwerden, en prenant surtout la

* Oq ne peut au moins prouver ni par les livres de Samuel et des Rois, ni par les Chroniques que le nom de Jérusalem ait été en usage avant David, ou que celui de maison de Dieu ait été appliqué jamais au tabernacle d'assignation.

s Van Herwerden, Dispulatio de Itbro Josux, sive de diversis, ex quibus constat

— Ai —

philologie pour guide, y distingue dix fragments tirés de sources différentes : 1® chap. i-xii, où Ewald croit même reconnaître une longue interpolation (v, 2-12); — 2** chap. xin, 1-14; XXI, 43-45; xxii, 1-9; xxm; — 3^ chaj). xm, 18- XIV, 8; XV, 1-12, 20-xxi, 40; — 4^ chap. xxn, 9-48; — 5" chap. XXIV, 1-28; — 6** chap. viu, 30-35; —7^ chap, x, 12-14; — 8* chap. xiv, 6-18; — 9° chap. xv, 13-19; — 10* chap. xxrv, 29-33. De ces sources, une seule est citée (x, 13), c'est le Livre de Jaschar, ittf^n isd, recueil de chants poétiques postérieur à David, dont l'élégie sur Jonathan y avait été insérée [II Samuel i, 18).

De ce caractère fragmentaire du livre, on a conclu, avec assez de vraisemblance peut-être,, que Josué est un personnage collectif sous le nom duquel les Juifs ont compris tout ce.qui se rattachait à la conquête du pays de Canaan. Ce qui est certain, c'est qu'on explique ainsi de la manière la plus satisfaisante les répétition3 et les contradictions assez nombreuses qu'on y remarque. Ainsi, selon les chapitres xi, 16-23, xn, 7 suiv., xiv, 1 suiv., xix, 81, xxi, 43 suiv., xxm, 4 suiv., Josué aurait conquis tout le pays de Canaan et l'aurait partagé entre les tribus, ce qui non-seulement est inexact, d'après Juges i, 8, 11, 17, 18, 20, 27, etc; xvm, 1; II Samuel rv, 2; mais est même contredit JosM^xm, 1 suiv.; XVI, 2-3, etc. Lisez encore Josué vin, 3, 4, où Josué dresse contre Haï une embuscade de 30,000 hommes, qui se trouve, vers. 12, réduite à 5,000; — Josué xi, 21 qui raconte que Josué extermina des peuplades qui existent encore xiv, 12, cf. XV, 14. Outre ces contradictions, on a signalé dans le livre de Josué plus d'une autre erreur historique. Jéri-

JûsuflB liber, monumentis, deque aelate quâ eorum vixerunt auctores, Groning., 1826. in-8«.

cho, par exemple, nommée aussi la ville des Palmiers {Deuter. XXIV, 3), n'a pas été détruite par Josué {Josué vi, 24, comp, avec Juges i, 16; m, 13, et // Samuel x, 8) et par conséquent la malédiction prononcée contre cette ville [Josué ^1, 26) ne peut être considérée que comme une légende populaire, qui a laissé aussi des traces dans IRois xvi, 34- Une erreur non moins étrange se remarque dans Josué XX, 8, où il est parlé de rétablissement de villes de refuge au delà du Jourdain, comme ayant été ordonné par Josué, tandis qu'il remontait à Mdise {Deutér. iv, 41) et datait déjà de plusieurs années. Rien pourtant ne prouve mieux Tincertitude des données historiques à l'époque où fut rédige le livre de Josué, que la comparaison du chap. xii, 14 avec Nombres xxi, 1 et Juges i, 17. Mais à quelle époque fut donc composé ce recueil? Il le fiit après le Deutéroiiome, qu'il cite très-clairement (viii, 32-35; xxiu, 6) sous le nom de Loi de Moïse, mais avant l'exil, auquel il ne fait pas la moindre allusion; on ne peut rien affirmer de plus ^ Le style et l'esprit lévitique qui y règne le rapprochent des Chroniques plus que du livre des Juges, avant lequel il est classé dans le canon et dont il a pris presque textuellement deux fragments {Josué xv, 14-19, comp. à Juges i, 10-18 et Josué XXIV, 28-31, comp. à Juges u, 6-9).

I Une preuve certaine que cette compilation n*a pas été fdile avant le schisme, c'est que les Samaritains avaient sous le nom de Josué un ouvrage tout différent. Voir Eiehhom, Einieitung in das Alte Testament, t.HI, p. 412-415.

lie Uyre des Sngeê,

Siuder, Das Bucb der Richter gramauitiich nnd historUch erkiirt, Berne, 1835; 2» édit., 1842, in-8-.

Le livre des Juges raconte rhistoire des Israélites depuis la mort de Josué jusqu'à celle de Samson; c'est une période presque non interrompue d'anarchie, de troubles intérieurs, de guerres étrangères, d'oppression et de violence, qui ne dura pas moins de 450 ans ' .

Trop faibles pour détruire complètement les anciens habitants du pays selon le projet de Moïse, les Hébreux renoncent peu à peu à la vie nomade, adoptent des demeures fixes, se livrent à la culture des terres et s'amollissent dans le repos. Les Cananéens, qui vivaient au milieu ou à côté d'eux, tentent à plusieurs reprises de rétablir teur suprématie, mais ils ne peuvent y réussii' complètement, parce que, de temps en temps, il s'élève parmi le peuple hébreu des héros qui brisent le joug des étrangers, on se mettant à sa tête, soit à la suite d'une libre élection {Juges xi, 5), comme principaux magistrats et chefs militaires, tantôt d'une partie, des tribus, tantôt de la nation entière; soit, par pur patriotisme [Juges vi, 1 4), comme zélateurs du culte de Jéhovah '. Ces juges, na^siTif, en grec Kpixat, rentraient

* irfn«r,Bîbli8chesRealwdrterbucb, 2* édit., Leipx., 1836, 2 ?oI. iii-8% t. Il, p. 386.

3 G*e8t dans le premier cas seulement qu*il est permis de comparer leurs fouctioni à eelles dessuffétes carlhagiiMKs.

quelquefois dans la vie privée, leur mission remplie, comme les anciens dictateurs de Eome {Juges viii, 23, 29), mais plus souvent ils continuaient à exercer le pouvoir jusqu'à leur mort {Juges ii, 18, 19; xn, 7) et le transmettaient même à leurs fils {Juges ix, 2; / Samuel vin, 1). On connaît les noms de seize juges, y compris une femme, Débora, et les deux prophètes Héli et Samuel.

Othmer.

. 1420 av.

J..Ch.

Jaïr. . .

1209 aT. J.-Ch

Ehud. .

Jephté. .

Samgar.

Ibtsan.

Débora. .

Elon. . .

fiârûlv. .

Abdon.

Gt'déon,

SamsoD. .

Abimi^leoh .

Héli. . .

in5

Thola. .

Samuel. .

Le livre des Juges se divise en trois parties : l^Chap. i-n, *6, IntnjduGtion le rattachant au livre de Josué;— 2** Ch.ii, 6-xvi, 31, Récits des événements qui se sont passés sous le gouvernement de quatorze juges; — 3° Chap. xvii-xxi, Appendice qui raconte Tidolâtrie des Ephraïmites, (foi prennent pour prêtre Micha, la conquête de Dan et rétablissement du culte des idoles dans la ville conquise; Thorrible forfait des Benjaminites de Gibea et l'extermination de la tribu.

Tout le livre porte fortement empreint le cachet de la théocratie : si les Israélites sont opprimés par leurs voisins, c'est que Dieu châtie leur infidélité; il les délivre, s'ils retournent à lui. Le merveilleux y abonde; mais c'est là précisément le caractère le plus certain d'une tradition pôpulaîi'e fidèle, et on peut en conclure que le livre des Juges nou.i présente le tableau aussi exact qu'animé de rétat politique et moral des Hébreux pendant les quatre

siècles qui suivirent leur CTablissement dans la Palestine. Le livre des Juges, compilation de traditions écrites, de cantiques populaires, de proverbes historiques, paraît, dans sa forme actuelle, remonter à une époque plus ancienne que celui de Josué. On croit qu'il a pu être composé sous David, au moins Tlntroduction ne date-elle pas d'une époque postérieure au règne de ce prince, comme le prouve Juges jy 21, comp. à II Samuel y^ 6 suiv. Quant à l'Appendice, où l'on trouve racontés deux événements arrivés dans les tribus de Dan et de Benjamin avant l'histoire proprement dite des Juges, et qui ne rentre guère par conséquent dans le plan de l'ouvrage *, il date seulement du règne de Salomon; pour s'en convaincre, il suffit de lire Juges xvn, 6; XK, 1; XXI, 25 et surtout xviu, 31. Peut-être même faudrait-il, d'après Juges xvm, 30, en renvoyer la rédaction définitive jusqu'après la ruine du royaume d'Israël.

lie livre de Bnth.

Miegler,liu Buch Ruth, Wûrzb., 1812,in-8^ — Macartney, Observations on thé Book of Rutb, Lond., 1841, m-8*.

Cette gracieuse idylle, que la Septante rattache comme une espèce de supplément au livre des Juges, n'est que d'une importance secondaire pour la théologie biblique. Le but de l'auteur n'était pas de mettre en relief une doctrine religieuse ou philosophique, mais de célébrer l'antique

< Joiiphe, Antiquit. jud., Ub. V, c. 2.

illustration de la maison royal* de David * {Ruth. iv, 20, comp. avec Nombres i, 7 ; ii, 3; Exode vi, 23) et de la laver de la tache de compter parmi ses aïeules une femme de la race détestée des Moabites, en présentant Ruth comme un modèle de piété et d'amour filial. La scène a été transportée au temps des Juges; mais certainement Fauteur vécut dans un temps où la démocratie avait depuis longtemps été remplacée par le gouvernement monarchique. Le style, malgré quelques araméismes, comme Kio pour rrrû {Ruth, I, 20), ^TOton et mryi) (ni, 3), TO?f t (m, 4), qui peuvent s'expliquer par le dialecte populaire dont se servent les personnages, est assez pur et très-poétique; il offre dans certaines locutions une grande analogie avec celui des livres de Samuel et des Rois, par ex. Ruth i, 17, comp. à / Samuel m, 17; xrsr, 44; xx, 13; xxv, 22; // Samuel m, »; / Rois n, 23; II Rois vi, 31; — Ruth IV, 18, comp. à / Samuel i, 8. Les uns en ont conclu que le livre de Ruth a dû être composé dans la belle période de la littérature hébraïque; d'autres, au contraire, voyant dans ces araméismes des signes certains de décadence, en placent la rédaction dans la période de l'exil et même après le retour de la captivité. Pour nous, nous croyons qu'il a été écrit avant le Deutéronome, c'est-à-dire avant le règne de Josias; car les formalités prescrites par Deutér. xxv, 9, ne sont nullement observées dans l'épisode raconté Ruth iv, 1-12, où nous voyons le Goël qui renonce

* Il fait descendre David de NahassoOy contemporain de Moïse, par Saltnon, Booz, Obed et Isaî. Quatre générations pour plus de quatre siècles 1 car, d'après IRois vi, 1, il s'est écoulé 480 ans depuis la sortie d'Egypte jusqu'à la construction du temple de Salomon. Mais qui ne sait que les Orientaux raccourcissent les généalogies afin de les retenir plus facilement, et, à cet effet, suppriment sans scrupule les noms les moins notables?

à son droit de retrait-lignager, se déchausser lui-mêmo et donner sa sandale à Booz, symbole évident de la cession qu'il lui fait. On a fait observer aussi qu'il ne s'y trouve pas un seul mot d'apologie au sujet du mariage d'un israélite avec une étrangère, lacune qu'il serait difficile d'expliquer si la loi insérée dans Deutér. vu, 3, avait été promulguée depuis peu de temps.

liM deux llTTes de ftAmiiel.

TheniuSi Die Bûcher Samuels erkiftrt, Leipi., 1842, in-8*.

Les deux livres de Samuel n'en font qu'un pour les j

Juifs et forment dans la Septante les deux premiers des quatre livres des Eois, titre plus exact, puisque Samuel n'est pas l'auteur des livres qui portent son nom et qu'il n'y joue pas même le rôle principal. Le premier se divise en trois parties : 1"* Ch. i-vii, suite de l'histoire des Juges sous Héli et Samuel. Héli, juge pacifique et grand-prêtre, meurt, après avoir gouverné quarante ans, de la douleur que .lui causent la perte de l'arche ' et la mort de ses deux fils. Samuel, son élève, de la tribu d'Éphraïm, le remplace, non pas dans sa dignité de grand-prêtre, puisqu'il n'était pas même lévite *, mais dans sa charge de juge et de pro-

* Depuis la conquête, l*arche d'alliance était k Silo, dans la tribu d'Éphraïm (Jomé XVIII, 9; XIX, 51; I Samuel i, 3; m, 21 ; iv, 3; xiv, 3), qui éUit comme la capliato politique et religieuse des Israélites.

3 Ortloh, De Samuele judice et propbetâ, non pontince et sacerdote, dans Iken, Novus thésaurus theologico-philologicus, Lugd. Bat., 1732, 2 vol. in-fol., t, I. p. 587 suiv.

phète. Doué d'une grande énergie, mais ambitieux et jaloux de son autorité, il s applique à restaurer la théocratie et il y réussit assez bien pour qu'on le regarde comme le plus grand personnage de TAncien Testament après Moïse. 2° Chap. vni-xvi, histoire de Saiil, le premier roi des Juifs. Forcé de céder à la volonté du peuple, qui était fatigué de Iiioarchie, Samuel consent avec répugnance à lui donner un roi (1085 ans avant J.-Ch., selon Ewald); mais il veut au moins conserver autant que possible les formes de la théocratie. Non-seulement il choisit le roi futur dans une classe inférieure, avec l'espoir de le dominer plus facilement, mais il lui impose une espèce de constitution qui le réduisait au rôle de simple lieutenant de Jéhovah, c'està-dire de la caste sacerdotale. Le roi ne pouvait rien entreprendre sans avoir consulté Jéhovah, qui lui révâ^ait sa volonté, soit par l'oracle de l'Urim et Thummim, soit par la bouche de3 prophètes ou par quelque autre médium {I Samuel xxviii, 6 ; xxx, 7; // Samuel u, 1 ; / Rois xxn, 7). Mais le joug ne tarde pas à devenir insupportable à Saiil, qu'une victoire sur les Ammonites affermit sur le trône ; et en même temps qu'oubliant son humble origine, il se montre dur envers ses sujets, il veut s'affranchir de la tutelle de Samuel, dont l'orgueil sacerdotal s'indigne. La discorde éclate entre ces deux hommes à l'occasion d'un acte d'humanité de Saiil *, et Samuel sacre secrètement roi le jeune fils d'Isaï. 3** Chap. xvii-xxxi, lutte entre David et Saiil, dont l'étoile pâlit de plus en plus. David réussit à se soustraire à la jalousie de Saiil, qui se maintient poiu*tant sur le trône au milieu de guerres continuelles, jus-

* Augusti, Versuch einer Apologie Sauls^ dans le Magazin de Henkê, Helmst., 1793-97, 6 Yol. in-8% t. IV, p. 277.

qu'à ce qu'enfin lui et ses fils, un seul excepté, perdent la vie dans une bataille contre les Philistins.

Le second livre de Samuel contient Thistoire de David depuis son avènement au trône. Deux tribus seulement, celles de Juda et de Benjamin, reconnaissent David pour roi; les dix autres se soumettent à Isboseth, le seul survivant des fils de Saiil, et ce n'est qu'après sept années de luttes sanglantes que David parvient enfin à établir son autorité sur la nation entière, 1058 ans avant J.-Qi., selon Ewald. Quelques mois après, en 1057, il prend Jébus ' et en fait sa capitale sous le nom de Jérusalem. Des conquêtes successives agrandissent considérablement ses États et portent les bornes de son empire depuis l'Egypte jusqu'à l'Euphrate; mais, ébloui par la prospérité, il devient cruel et se livre à des actes dé despotisme qui ternissent les dernières années de son règne, malgré les accès de repentir qu'il éprouve et dont les psaumes nous offrent de magnifiques monuments.

Les deux livres de Samuel, qui embrassent une période de plus de 150 ans, se distinguent des livres précédents par une couleur moins mythique; il n'y est question que d'une seule angélophanie (// Samuel xxiv, 16 suiv.). H est aisé de voir qu'ils ont été puisés à diverses sources historiques ou légendaires. De là des répétitions et des contradictions assez nombreuses. On y trouve, par exemple, une double histoire de la jeunesse de David (/ Samuel xvi, 5 suiv. et XVII, 12 suiv., 65); un double récit de la persécu-

* Les Judites avaient déjà pris la ville basse, quelque temps après la mort de Josué, mais ils Tavaient abandonnée après Favoir livrée aux flammes (Juges i, S>). Un peu plus tard, les Benjamites s'y étaient établis ^ côté des anciens habitants (Juges i, 21) ; maïs la ville haute était restée au pouvoir des Jébusiles {Juges xix, 10-12). I. 4

tion exercée par Saiil contre David (/ Samuel xxiu, 24 suiv. et XXVI, 1 suiv.), une double relation du combat de David contre Goliath [I Samuel xvii, 23 suiv. et IlSamuelxxi, 19), un double récit enfin de la mort de Saiil (/ Samuel xxxi, 4 et // Samuel i, 7), et il suffit d'une lecture un peu attentive pour reconnaître que les récits varient parfois, non pas seulement en quelques détails, mais en des circonstances même importantes. Ainsi, pour en donner un exemple, d'après / Samuel xvi, 19-21, David, à peine sacré par Samuel, est appelé à la cour de Saiil, qui le prend en afiection et le nomme son écuyer; mais comment concilier ce récit avec / Samuel xvii, 20 qui nous montre David gardant les troupeaux de son père, tandis que ses trois frères aînés combattent sous les ordres de Saiil, et surtout avec xvu, 88-88, où le jeune héros est présenté comme tout-àfait inconnu au roi et à Abner, le général de l'armée? Qu'on lise aussi / Samuel xvu, 26-27, où David s'informe curieusemept de la récompense pr<îmise au vainqueur de Goliath, et qu'on le mette d'accord, si l'on peut, aved / Samuel xviii, 18, où il ne paraît pas même se douter qu'il pût devenir gendre de Saiil? N'est-il pas clair que I Samuel xvn, 12-32 n'est qu'une interpolation empruntée vraisemblablement à la légende populaire? Qu'on la supprime, comme on l'a fait dans le Codex Vaticanus de la Septante ', qui rejette aussi en tout ou en partie xvu, 55xvm, 5, 8-11, 17-19, et les contradictions, les invraisemblances, les inepties disparaissent. Cette suppression, il est vrai, ne fera ^as disparaître d'autres contradictions qui se remarquent également dans la vie de David. Ainsi il est

• Voy. IV'dîi. de la Septante par Leander viyi Es^, publiée à Leipzig, 1824, în-S*.

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