‹ Théologie bibliqueChapitre 7 sur 37 · SI · texte numérisé non relu

SI

difficile de concilier I Samuel xvii, 54 avec I Samuel xxii, 1 0 et II Samuel \, 6.

Malgré ces divergences et d'autres encore qu'on peut remarquer dans les deux livres de Samuel * , Funité didactique de Touvrage prouve Tidentité du rédacteur. Le récit est généralement sommaire, sauf en quelques chapitres où il descend aux détails de la biographie; les descriptions sont simples et exactes, les peintures de caractère fidèles, les événements liés entre eux d'une manière très- • satisfaisante , la langue pure de néologismes. Selon la méthode des historiens juifs, l'auteur se contente de juxtaposer les matériaux souvent hétérogènes qu'il a pu recueillir, sans les fondre ensemble, mais en les reproduisant avec une scrupuleuse fidélité. Sans aucun doute son travail a subi des remaniements et des interpolations ' depuis sa première rédaction qui parait remonter au neu- Tdème siècle avant notre ère, au moins à une époque oii il était déjà nécessaire *d' établir de fréquents parallèles entre les temps nouveaux et les temps anciens par la formule Jusqu'à, ce jour [I Samuel v. S; vi, 18; xxvii, 6; xxx, 25; II Samuel iv, 3; vi, 8; xviii, 18); où certains mots (/Samuel IX, 9-11) encore en usage du temps de Samuel et de Saiil, avaient vieilli ; où certains vieux proverbes avaient besoin d'être expliqués pour être compris (/ Sam. x, 12; XIX, 24; II Samuel v, 8); où certaines coutumes du temps de David (// Sam. ix, 9) étaient tombées en désuétude, et où enfin le schisme des dix tribus était un fait accompli [II Samuel wiy 8, xxiv, 1). Dans leur forme actuelle, ces

♦ Voy, / Samuel viii et x, \l-ll, cf. I Sam. ix, 1-^x, 16; — I Samuel x, 10- 12, cf. 1 Sam. xix, 19-24.

* Par exemple I Samuel ii, I-IO; xviii, 1-5.

{leiix lÎA res ne dateraient même que de Texil, d après Topinion du savant Eichhorn ', qui fait remarquer qu'un ancien historien hébreu n'aurait pas exprimé le un spécifique par iriK (/ Samuel i, i ; xxv, 14), à la manière des AramécDB.

« IjC* llTres des Bols. *

Les livres des Rois, qui n'en foraient qu'un seul pour les JuifSj embrassent la période écoulée depuis la mort de David jusqu'à la 37" année de la captivité du roi Jéhojarhin, ou la 26' depuis la ruine de Jérusalem par Nabuchodono.^or. C'est aussi une compilation d'ouvrages plus anciens qui y sont cités môme textuellement (/ Rois xi, 41 ; xiVj 19j 29, etc.); cependant le style est égal, la langue unifonne; le même esprit y règne d'un bout à. l'autre, preuve certaine de l'unité de rédaction. Chaque règne commence et finit par des formules identiques; l'auteur se plait à rattacher les événements à de vieilles prophéties (/ Rois 11, 27, cf. I Samuel ii, 31; — / Rois xii, 15, cf. / Rois XI y 29; — / Rois xiii, 2, cf. // Rois xxin, 18; — / Rois xrr, 10, cf. // Rois, xv, 29; — / Rois xvi, 34, cf. Josué vr, 2G, etc., etc.), et il traite avec une prédilection niarf^uée Ihistoire du royaume d'Israël, où les prophètes jouèrent un rôle plus actif et plus important; d'où l'on est autorisé à conclure que les sources où il puisait prove-

1 EkUU'Tii, Einleitung in das Alte Testament, GoU., 1823, t. Ul, p. 529.

naient des écoles de prophètes. La couleur mythique plus prononcée que dans les livres de Samuel et l'énorme exagération des nombres qu'il donne ( / Rois v, 1 -1 6 ; x, 1 0, etc.), sans parler des répétitions inutiles, par ex. // Rois \iii, 29, et IX, 15, ni des contradictions, comp. IRois ix, 22 à xn, 4, ne font pas de son ouvrage un modèle de composition historique; cependant la chronologie y est moins fautive que dans les livres précédents, quoique les chifees soient encore très-souvent donnés en nombres ronds.

Les deux livres des Rois peuvent se diviser en trois parties : r Chap, i-xii,mort de David, dont le caractère mobile et ouvert à ^toutes les impressions oflre un singulier mélange de grandeur et de bassesse, d'héroïsme et de lâcheté, de magnanimité et de barbarie, ce qui ne l'a pas empêché de devenir pour les Juifs et pour beaucoup de Chrétiens le véritable type du roi théocratique. Son fils Salomon lui succéda, 1025 ans avant J.-Ch., selon Ewald. Son règne e^ celui d'un despote pacifique, ami des arts et de la civilisation. Salomon gouverne ses Etats du fond de son sérail; sous son impulsion, le commerce s'introduit chez les Hébreux, mais avec lui le luxe et ses besoins factices; l'esprit guerrier, développé par les guerres presque continuelles de David, s'affaiblit; les Edomites et les Damascènes s'afeanchissent, au moins en partie; la lourdeur des impôts établis pour subvenir aux dépenses d'une cour nombreuse et brillante mécontente la nation, et la décadence est hâtée par l'introduction du culte des divinités étrangères à côté, de celui de Jéhovah. Aussi célèbre par sa sagesse que par sa vie voluptueuse, Salomon meurt; 986 ans avant notre ère, selon Ewald. La fondation de Palmyre, dont les ruines étonnent encore aujourd'hui les

— oi —

voyageurs, attestent sa magnificence ; la construction du premier temple élevé à Jéhovah (1022 à 1015 avant J.-Ch., selon Ewald) et l'organisation splendide de son culte, témoignent de sa piété; ses alliances avec les peuples voisins et en pailiculier avec Tyr prouvent Thabileté de sa politique; la liberté qu'il laissa aux femmes de son sérail de suivre chacune le culte de sa nation annonce un prince éclairé et tolémntj tel qu'on en voit peu même aujourd'hui; enfin son goût i>our les lettres qu'il cultiva lui-même, et surtout pour la poésie gnomique, dont il est resté le maître et le modèle, assui'erait avec ses autres qualités au fils de David le premier rang parmi les rois de Juda et d'Israël, s'il avait su mettre des bornes à son faste, qui en enrichissant la capitale appauvrissait la province et préparait, par le mécontentement du peuple, la division de son royaume. Son fils Roboam, il est vrai, lui succéda, l'an 985 avant J,-Cli., selon Ewald; mais l'imtation des tribus éloignées de Jénisalem^ encore augmentée par l'imprudence du jeune prince, éclata l'année même de son avènement au trône. Dix tribus * se révoltèrent et proclamèrent roi Jéroboam, un des généraux de Salomon. — 2** Chajt. xiii — // Rois xvni, H, histoire synchronistique des deux royaumes d'Israël et de Juda, plus détaillée pour le royaume d'Israël jusqu'à sa destruction par Salmanasar, 985 à 719 avant Jésus- Christj selon Ewald. Jéroboam établit le centre de son gouvernement à Sichem, puis à Thirtsa, d'où il fut transféré h 8araarie après la fondation de cette ville par Omri en 928. Pour consolider la division politique des deux

f On pluB exactement huit tribus et demie, car Siméon et une portion de Dan fjiitiiîeiit parlii- du royaume de Juda (IRois xix, 3; I Samuel xxvu, C; xxx, 30; // Chron. xj, 10), sans compter la tribu de Lévi [U Chron. xi, t3-17).

royaumes, en empêchant ses sujets de fréquenter le sanctuaire de Jérusalem, Jéroboam établit deux lieux de culte pour les Israélites,, l'un à Dan, l'autre à Béthel. Son règne n'est qu'une suite continuelle de guerres contre les rois de Juda, et après sa mort, son royaume déchiré par les factions et les révolutions dynastiques, menacé par l'étranger, gouverné par des princes presque tous faibles, qui se laissent dominer volontairement ou non par des prophètes comme Elie et Elisée, tombe dans la plus effiroyable anarchie. Il ne jette quelque éclat que sous Jéroboam H, dont les victoires, en amenant à leur suite le luxe et la corruption des mœurs, accélèrent la corruption qu'une fausse politique précipite encore. Jusqu'à Hosée, qui fut enunené en exil avec une partie de son peuple, dix-neuf rois avaient régné sur Israël, savoir :

Jéroboam I. .

. 985 ans av. J.-C.

Jéhu

883 ans av. J.-C.

Nadab. . . .

Joachaz. . . .

Bâesa. . . .

Joas

Ela . . . .

Jéroboam II. .

Zimri et Omri.

Zacbarie et Sallum.

Omri seul.

Manabem. . . .

Acbab. . . .

Pékachia. . . .

Achazîa. . .

Pékach. . . .

Joram. . .

qosée

Moins considérable par l'étendue et la population, mais plus riche par la possession de Jérusalem, le royaume de Juda subit une ruine moins rapide parce que le monothéisme s'y conserva plus pur; parce que la couronne y passa presque toujours tranquillement du père au fils et parce que parmi ses treize rois, plusieurs, connue Josaphat, Hozias et Ezéchias, furent de sages princes et d'habiles capitaines. Cependant il eut aussi à traverser de cruelles

épreuves durant cette période. Dès le règne de Roboam, Sclieschonk ou Sisac, premier roi de la 22*" dynastie égyptienne, prit sa capitale Fan 981 avant J.-Ch., et la pilla. Attaqué par les rois alliés d'Israël et de Damas, Asa aurait vraisemblement succombé, s'il n'avait réussi à rompre leur alliance. Sous Joram, les Edomites se rendent complètement indépendants, et son fils Achazia, assassiné par Jéliu, laisse le trône à la célèbre Athâlie, qui massacre la famille royale, à l'exception du seul Joas, et périt à son tour sous les coups du grand-prêtre. Joas se voit contraint de payer un tribut à Hazaël, roi de Damas. Amatsia remet BOUS le joug l'Humée, qui se soulève de nouveau sous Achaz, et conserve son indépendance jusqu'à l'invasion chaldéenne. Sous Ezéchias enfin, qui refuse le tribut imposé à son père par Tiglath-Pilèser, roi d'Assyrie, Jérusalem est assiégée par Sennachérib, 71 1 avant J.-Cli., et ne doit son salut qu'au désastre complet qui frappe l'armée du monarque assyrien. — 3** .Chap. xvni, 12. — xxv, suite de rhistoire des rois de Juda jusqu'à la ruine de Jérusalem par Nabuchodonosor, roi de Babylone, S86 ans avant J.-Ch., selon Ewald. Des huit rois qui occupèrent le ti'ône de Juda après la chute du royaume d'Israël, un seul mérite de fixer un instant l'attention. C'est Josias, qui abolit l'idolâtrie, restaura le temple, rétablit le culte de Jéhovah, remit en vigueur les lois mosaïques et entreprit une réforme — la réforme deutéronomique — qui échoua, comme avait échoué celle du roi Ezéchias et comme échoueront toujours les réformes trop brusques et trop violentes. Voici la liste des 20 rois qui se sont succédé sur le trône de David depuis le schisme :

Roboam.

Âbiam.

Asa.

Josaphat.

Joram. .

Achazîa.

Athalie.

Joas. .

Âmatsia.

Hozias ^

985 ans av. J.-C.

Jotharo.

. 756 ans av. J.-C

Achaz. . . .

Ezéchiaa. . .

Manassé. .

Aroon. . .

Josias. . .

Joachaz. .

Jéhojakim. .

Jéhojacbin. .

Sédécias. .

Le but de Fauteur, en écrivant les livres des Rois, est évident; il ne perd jamais de vue les intérêts de la théocratie, et pour lui, les malheurs de la nation ne peuvent avoir d'autre origine que l'infidélité du peuple envers Jéhovah. Malgré la variété des sources où il a puisé et qu'il a soin de nous indiquer lui-même (/ Rois xi, 41 ; xiv, 19, 29; XV, 7, 23, 31 ; // Rois i, 18, vm, 23, etc.), on observe dans le style, dans le plan de l'ouvrage, dans les réflexions qu'il ajoute au récit des événements, une uniformité qui prouve non-seulement que ces deux livres sont d'un seul et même auteur, mais encore qu'il ne s'est pas contenté de les copier et de les juxtaposer, qu'il a su les mettre en œuvre.- Voyez, par exemple, ses remarques sur les hauts lieux (/ Rois y xv, 14; xxn, 44; //Botsxii, 3; xiv, 4; xv, 4, 38, etc.); ses fréquentes allusions à la Loi deutéronomique {IRois ii, 3; m, 14; vm, 88; ix, 6; // Rois x, 31; XIV, 6; XVII, 13, etc., etc.); ses promesses renouvelées à la maison de David qu'elle subsistera à toujours {IRoisxL, 36; II Rois vm, 19); la répétition des mêmes locutions (/ Rois -XI, 4; XV, 3, 14; // Rois xx, 3, etc.), des mêmes formules (/ Rois XI, 43; xiv, 20; xv, 8; // Rois xxiv, 6, etc., etc.),

* Ou Azaria, comme il est appelé II ÏÏoif xiv, î! ; xv, 1-7.

du même proverbe {I Rois xiv, iO; xxi, 21 ; // Rois ix, 8; xrv, 26). Mais si Tidentité de l'auteur est facile à établir, il n'en est pas de même de Page de son ouvrage. Quelquesuns ont cru qu'il avait été écrit par le premier rédacteur des livres de Samuel; mais cette opinion, qui peut s'appuyer sur / Rois VIII, 8; ix, 21 et sur // Rois x, 27, où il est parlé du temple de Jérusalem et de la ville de Samarie comme encore existants; des Amorrhéens, des Jébusiens, et de quelques autres peuplades comme de tributaires du royaume d'Israël, est insoutenable en présence de / Rois XIII, 2 et de // Rois xxiii, 16, 25, qui établissent aussi clairement que possible que l'auteur des livres des Rois a vécu après Josias. On peut même, sans pousser la hardiesse à l'excès, induire de / Rois iv, 24 * ou v, 4, qu'il écrivit pendant l'exil, et c'est ce que confirment l'usage qu'il fait du nom de mois chaldéen zif, iy (/ Rois vi, 1), de l'expression chaldéenne « armée des cieux » appliquée aux anges [I Rois xxii, 19), et surtout la fin du 2® livre [!i Rois XXV, 27-30), qui prouve avec la dernière évidence que l'auteur ou tout au moins le dernier rédacteur habitait Babylone, l'an 561 avant Jésus-Christ.

^ [ci, comme en plusieurs autres endroits, la version française traduit 1!2V p tir en deçà. Ce mot signifie tout le contraire.

lies Chroniques*

Dahler, De tibrorum Paralipomenon auctoritate atque fide, Argentor., 1819, in -8*. — Gramberg, Die Chronik nach ihrem geschichllichen Charakter und ihrer Glaiibwûrdigkeit neu gepriifl, Halle, 1823, in-8'\ — Keil, Apologelischer Versuch liber die Bûcher der Chronik und ùber die fntegritât des Bûches Esra, Berlin, 1833, in-8°. — Movers^ Kritische Untersuchungen ùber die biblische Chronik, Bonn., 1834, in-8*. — JiTont^j/^^^df, Ânnotationes ad posteriorem librum Samuelis et priorem librum Chronicorum syuoplice expositos, Havo., 1839, in -8'*.

Les livres des Chroniques n'en font qu'un dans le texte hébreu, mais ils en forment deux dans la traduction des Septante, suivie par la Vulgate, sous le nom de Paralipomènes, napaXuTcoVeva, OU Suppléments; titre plus exact que celui de Chroniques, puisque tout ce qu'ils offirent d'original se réduit à un petit nombre de chapitres ; le reste ne peut guère être considéré que comme un remaniement des anciens livres historiques des Juifs, avec quelques additions tirées parfois de pièces oflScielles (/ Chron. xi, iO-47; xn, 1-40; xxvu, 1-34), et d'assez nombreuses variantes, puisées à des sources aujourd'hui inconnues. L'ouvrage entier se divise en trois parties : r Chap. i-ix, tableaux généalogiques où les noms sont quelquefois accompagnés d'annotations biographiques, géographiques, topographiques, et qui sont tirés en majeure partie, quelquefois textuellement, d'autres fois avec de notables diiférences, des livres historiques de l'Ancien Testament, comme le prouvera cette table des passages parallèles :

I Chron. i, 1-4. —. Genèse v, 3-32. — I, 5-'23. - - X, C-^O.

Page 1