CE QUE PRÉSENTE L'HISTOIRE MODERNE
Quand on jette un coup d*œil philosophique sur l'histoire moderne, on aperçoit un tableau à sombres et attristantes couleurs. Les nations se traînent sans lois régulières sous le despotisme et l'arbitraire. L'amour du gain et la jouissance immodérée des biens matériels acquis n'importe comment , se saisissent des nations chrétiennes. L'église, ce symbole de la mort ou de l'immobilité, qui ne posséda jamais une partie très-importante de la vraie théologie, celle des intérêts temporels , qui n'a jamais su que balbutier un dogmatisme logique et plein de mots, qui ne peut se traduire qu'en des actes anarcniques et des créations irrationelles qui font le malheur clés hommes et détruisent l'ordre et la paix parmi eux , l'église devint la complice des despotes qui trouolèrent l'Europe par des guerres que suscitaient leur amour-propre, leur orgueil, leur intérêt personnel et ceux des partis qui ne manquaient pas de se former autour d'eux.
Pendant les trois siècles qui suivirent la Renaissance, le génie et l'amour de la science, firent entièrement défaut aux pays catholiques. Ils se montrèrent quelque peu dans les pays protestants : mais, comme là, la théologie chrétienne, qu ils auraient dû secouer puisqu'ils protestaient, continuait d'exercer son empire oppressif, il ne leur fut que rarement permis de s'y recueillir dans leur spontanéité, et aussitôt recueillis , ils étaient pour ainsi dire étouffés par une • froide et sèchâ orthodoxie, ou accommodés à ses exigences et à ses prétentions. Ainsi, la découverte des lois di-
434 LIVRE m. LA RENAISSANCE.
yines par l'étude el la science , fut refoulée jusqu'à nos jours, par les institutions empiriques modernes, folles dans leilr esprit et anarchiquesdans leurs conséquences.
L'histoire moderne ne représente que la lutte de l'esprit humain, que la lutte de la liberté et delà dignité buniaines contre les traditions chrétiennes, purement juives sémitiaues, modifiées par l'ignorance préméditée et la superstition du moyen âge , et soutenues à leur seul profit dans les temps présents pour la possession du monde, par l'individualisme sensuel, le sentimentalisme mystique, l'esprit sordide et aléatoire , enfantés par la doctrine chrétienne qui ne sait empêcher les méchants et les imbéciles d'accaparer les biens et les richesses de la terre, et qui ne récompense la vertu el l'intelligence que par des promesses vaines.
L'Eglise ayant continué d'abîmer pendant le moyen âge, à la suite des démocraties précédant le christianisme et toutes annonciatrices de celte doctrine par les mœurs, les idées et les actes, l'église, disons-nous, ayant continué d'abîmer les traditions synthétiques de hiérarchie sociale, leur en substitua de conventionnelles. Ces traditions arbitraires, arrangées par elle en vue de se donner tout le pouvoir et les influences, continuèrent à détruire la loi théologique de sympathie et d'amour qui régit cependant tous les rapports dans le monde; l'église fit élever cet' esprit d'individualisme bourgeois que les Médicis en Italie, furent les premiers à mettre en pratique et à profit, pour leurs vues ambitieuses. Cosme de Médicis vit cependant bientôt qu'il fallait rompre avec l'église, et il dit que les réneê d'un Etat ne pouvaient point se tenir dans des mains embarrassées à'un chapelet. Et, à partir de ce moment , en imitant les Médicis , les gouvernements mirent en pratique les enseignements que Machiavel élabora bientôt dans son livre du Prince. Les peuples eurent alors à lutter contre le despotisme des souverains qui , pour se soutenir, eurent recours, à 1 invention du système de bascule politique. Le pape donne l'exemple dans cette voie, et la conviction religieuse des princes se mesure à leur intérêt personnel, et aux événements politiques qui flottent au gré de leur caprice.