‹ Théologie cosmogonique; ou, Reconstitution de l'ancienne et primitive loiChapitre 128 sur 154 · CHAPITRE PREMIER ^ LE PROTESTANTISME · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER ^ LE PROTESTANTISME

devenue désastreuse par ses incessantes conséquences, vint a-vec quelques arrangements de mots pour y faire croire sous une autre formule. Le protestantisme n'a rien fait, socialement parlant , il n'a presque rien changé parmi les hommes. Il n'en pouvait être autrement ; Luther lui-même n'a-t-il pas dit : « Le servage n'est point contraire au génie du christianisme; celui qui dit le contraire ment: la liberté chrétienne affranchit les âmes, et christ est le fondateur de cette liberté spirituelle qu'on ne voit pas. Ce qui est extérieur, Dieu le laisse aller et ne s'en inquiète pas (1). » Les chefs de la réformation , produits eux-mêmes d'un milieu formé, enseigné et dirigé depuis des siècles par l'église, et privés de tous les documents du monde antique , que les émigrés de Constantinople et leurs descendants n'avaient

{)as encore eu le temps de répandre dans l'Occident , par es langues européennes , crurent qu'il suffirait de dépouil- . 1er les idées du christianisme des. premiers siècles, du vêtement et des formes théâtrales que l'église papale ou romaine leur avait données , pour produire une autre loi sociale. Mais ils se trompèrent; les idées des réformateurs étant les mêmes au fond que celles des premiers chrétiens qui avaient détruit dans le monde grec et romain encore tant de bons restes de la loi antique sur la famille, la condition des femmes, les rapports entre eux des enfants et des parents, des hommes et des familles, etc., devaient continuer de miner et d'anarchiser la société dans les pays mômes |où ils établissaient cette réformation. Et, de plus, par la suppression de tout ce qui concernait les arts et le beau dans ce nouveau culte rectifié , ils attristaient les populations et les privaient de tout élan , de tout enthousiasme et de toute joie. En effet, en dépouillant le culte du secours des beaux arts, du spectacle des yeux, de l'enivrement des sens, le protestantisme a produit cette sécheresse froide qui le caractérise. Il n'a pu conserver que le^ familles riches et aisées et qui, par-là, sont lettrées, possédant des bibliothèques, et qui, depuis la réforme, ont moins persisté dans leur détermination protestante par la foi , par la croyance d'avoir bien fait, que par un sentiment d'amour-propre; mais pour les masses , pour les familles pauvres ou peu riches , * elles sont retournées et retournent tous les jours au culte et aux cérémonies catholiques. En préoccupant moins l'i-

(1) Œuvres de Luther, édit. do Leipsig, t. 3, p. 55^, 553. Voir aussi ce qu'il dit, t. 11, p. 471.

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magifiation, il a fortement poussé à Taclivité matérielle, au commerce, à l'industrie et à l'agriculture, témoins les populations laborieuses de l'Amérique, de l'Angleterre, de FAllemagne et en général de tous les pays peuplés par les races germaniques. Il leur manque le côté poétique, le seotiment et le culte du beau. Mais, c'est toutefois dans leur sein que se sont faites toutes les grandes découvertes utiles à Tordre social. La France tient la mitoyenneté entre les nations de race germanique et les peuples d'origine romane du bassin de la Méditerranée. Chez elle, il y a activité fébrile ou dans le vide et vie féconde en môme temps. Mais voilà des siècles que le sud de l'Italie, le sud et le sud-est de l'Allemagne, et que l'Espagne surtout souffrent du pied que l'église catholique continue de leur tenir sur la tête. Là, les améliorations politiques et sociales ne se font au sein du peuple que malgré les gouvernements, les princes et les prêtresX' est surtout dans les derniers pays nommés que se fait sentir Tabsence de toute introduction des sciences modernes. Là aussi, la puissance de l'idéologie qui pousse au merveilleux et au surnaturel par ignorance , règne exclusivement encore en souveraine, et le peuple est esclave et par conséquent malheureux et pauvre.

L'esprit suprême arrange les choses dans la nature et les arrange avec concordance et équitablement; toutes, là où elles sont placées , ont leurs dépendances ou propriétés auxquelles elles ont droit, et par conséquent qui leur sont nécessaires.

Or, dans l'ordre social présent, arrangé purement par les intérêts et les passions des hommes, ce sont tout naturellement les forts qui l'ont arrangé et qui l'arrangent pour eux, et qui n'ont nullement suivi ces lois de concordance et d'équité de l'esprit qui fait la nature, qui fait toutes choses, qui suit la raison et dessine le beau. Par conséquent, les hommes violent Timpératif du devoir, ils sont immoraux. L'ordre social est donc en grande partie échaffaudé par le méchant et l'ignorant avide ; la cause de cela , d'où vientelle? Elle vient du dogme nul et atrophié chrétien qui est tout à côté de la nature de Dieu, et se borne à le nommer, mais ne le fait pas connaître.

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