‹ Théologie cosmogonique; ou, Reconstitution de l'ancienne et primitive loiChapitre 140 sur 154 · CHAP. III RÈGNE DE LOUIS- PHILIPPE. AQ · texte numérisé non relu

CHAP. III RÈGNE DE LOUIS- PHILIPPE. AQ

bourgeoisie laborieuse de Pnris et des autres grandes villes de France, toute son aisance et la perspective d*un avenir meilleur. Ces quatre ou cinq cents individus , mais surtout parmi eux une trentaine ou une quarantaine de privilégiés, ainsi que nous Tavons dit , détenaient tout Targent de la France dans leurs mains, et tenaient par lui la population dans l'immobilité des affaires, et par suite dans la gêne et dans une sorte de véritable servitude. Ce fameux juste-milieu de la royauté éclectique de Juillet, n'a été qu'un arrôt vers Textrôme mal qui devait lui donner fin par la chute. Il a été le milieu dans le mal, et dès-lors il était Tiniquité. C'est effectivement ce qu'a été en grande partie le gouvernement de Louis-Philippe.

Il y avait dans le journalisme des hommes qui, par le ressentiment de n'avoir pas leur part dans les faveurs financières distribuées par le pouvoir, l'avertirent , comme le firent également d'autres publicistes d'une honnêteté réelle, des dangers que lui, pouvoir, courait, et des vicissitudes révolutionnaires auxquelles il allait exposer la nation. Le gouvernement n'en tint aucun compte, et ses journalistes, cantonnés dans les spéculations de bourse et d'actions industrielles de toutes espèces , ne répondaient que sur un ton hautain et sardonique, et les événements leur donnèrent tort plus tard, sans toutefois les châtier comme ils le méritaient, puisqu'ils avaient donné sciemment les mains è Totdre de choses qui, aux yeux de tous les hommes sensés et moraux, devait nécessairement amener une explosion politique et sociale. Le Moniteur est là pour prouver que les ministres et les orateurs, comme les automates votants de la majorité ministérielle dans les chambres, dédaignèrent les avertissements de l'opinion publique ainsi que tes symptômes de malaise et de légitime mécontentement qui se manifestaient à la fois sur tous les points de la France. Sous le gouvernement dés dix-huit années de Louis-Philippe , l'oligarchie de l'esprit bourgeois se.donna à t'aise lé plus libre essor. Elle mit en pratique sans aucune répugnance et elle utilisa sans ménagement pour la morale universelle et éternelle , les doctrines verbeuses, flasques' et complaisantes de la philosophie éclectique. Des historiens fatalistes et des poètes sentimentaux; ambitieux et personnels, dirigeaient l'action parlementaire et faisaient éclore par leur empirisme , qui leur forçait la main, les contradictions et les non-sens les plus Oagranls comme les plus irritants.

M. Guizot , que sort histoire de la civilisation n'avait pas

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éclairé, à ce qu'il parait, M. Guizot le protestant, se fit un des souteneurs du Sonderbund suisse, assemblage de toutes les rancunes, de toutes les haines et de toutes les espérances des jésuites d'alors, et donna au monde le spectacle d*unede ces contradictions blessantes d'une politique personnelle et odieuse; à Toccasion des différends suisses, il invoquait hypocritement les traités de 1815 , qu'il avait déclarés violes et déchirés un an auparavant, lors de l'occupation de Cracovie par les troupes autrichiennes. La France fut rabaissée par sa politique et ses discours contradictoires', tandis que l'Angleterre se maintint toujours à une hauteur respectable, en suivant envers ta Suisse et Fltalie une politique nationale conforme à l'opinion publique et au droit des gens. La politique personnelle d'un roi vieillard et entêté et le règne de huit ans d'un ministre dont le caractère moral a une grande ressemblance avec celui de Calvin, firent de la France une immense cohue, au sein de laquelle se livrait incessamment une bataille d'égoïsmes étroits. Ce fut un grand bonheur pour la morale publique, que l'accusation de vénalité , de sale et basse cupidité portée contre l'établissement de Juillet bientôt après le renouvellement de. la Chambre des députés, en 1846, arrivât enfin à être justifiée et prouvée par le célèbre procès devant la Chambre des pairs. La royauté de Juillet eut le tort de ne s'entourer Que de gens la plupart honteusement dévoués à son système de dégradation morale et qui ne la servaient uniquement que dans le but de faire leurs afi'aires particulières.

Dans la nuit du 6 janvier 1649 et dans celle du 21 juin 1791 , Louis XIV et Louis XVI s'enfuirent de leur capitale à la faveur de l'obscurité. Louis-Philippe la quitta le 24 février en plein midi , seul , renié , abandonné de tous ceux qu'il avait enrichis , auxquels il avait donné des honneurs et des croix. Ils manquèrent tous au plus saint des devoirs, à la reconnaissance et au souvenir. La personne royale n*a-

y avait pas de cœur dans leur poitrine. Cela prouve une décadence sociale et la nécessité du renouvellement du monde. La République est de nouveau proclamée. Le 25 février] les vrais républicains lisent avec éionnement dans les journaux une proclamation d'un gouvernement provisoire et signée par un ancien magistrat vieillard , un poète sentimental, un astronome, trois avocats et enfin quatre publicistes et un travailleur ; assemblage assez incohéreot et

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incapable de coDStiluer une unité de pouvoir. Aussi ces onze hommes ne peuvent-ils s'entendre pour donner une impulsion d'ensemble à l'action gouvernementale. La majorité des membres du gouvernement provisoire n'étaient point des républicains; c'étaient de simples formalistes qui changèrent la dénomination de royaume en celle de République. Plusieurs d'entre eux étaient même dévoués à la régence : tels étaient entre autres MM. Marrast, Garnier Pages, Marie.et Crémieux. En général, le gouvernement installé à THÔtel-de- Ville, n'était composé que d'hommes sans théories. Une révolution éclatait pour renouveler le monde, et ceux qui étaient mis ou qui se mettaient à la tête n'avaient pas une notion des rapports et des formes nouvelles que le mouvement social demandait. Ces hommes du gouvernement provisoire se sont maintenus de fait, pendant l'intermède, uniquement par un continuel et insupportable verbiage d'avocat, en débitant des phrases de rhéteurs ornées le plus souvent de locutions poétiques et sentimentales. Ils invoquèrent à la dérobée les souvenirs de quelques actes d'un passé déjà loin de nous, ils ne tinrent aucun compte de l'idée sociale exprimée si clairement dans Quelques périodes de ce passé, idée qu'on aurait pu débrouiller par un travail scientifique, et mettre en pratique en la revêtant de toutes les vérités politiques et sociales que les études entreprises depuis un demi-siècle ont révélées au monde.

Aussi qu'arriva-t-it? L'habile et conséquente tactique de la réaction fit bientôt voler en éclats les innocentes et naïves élucubrations des républicains de 1848. Elle avait en outre des affidés dans leur sein , témoins déjà les hésitations qui entourèrent la proclamation delà République, le n^anifeste aux puissances étrangères, et enfin l'esprit de la conception de la loi sur les élections. Pour éviter ensuite les évolutions politiques, cette loi n'ordonna pas l'impression officielle des professions de foi publiques des candidats nommés représentants et son dépôt sur le bureau du président de l'assemblée avec droit à chaque membre de cette assemblée de faire expliquer la contradiction de tel et tel représentant du peuple entre ses doctrines de tribune et ses promesses de candidat.

L'Europe sortie des idées conçues par la Renaissance, accélérées par la Révolution française de i789 et 4792, avait les yeux fixés sur la France de 1848. Elle suivait tous ses mouvements avjec attention et anxiété , et les débats de la tribune républicaine de Paris, cet œil de la rénovation, cette

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manière, de telle et telle forme . il aimera cette manière et cette forme, et s'il a à travailler, il travaillera à prodaire des choses comme celles au miliea desquelles ioi et les siens ont vécu, ou qui seront en analogie et en rapport avec celleslà. Or, le Chananéen, le Juif ou TÂrabe primitifs, ayant tonjours mené la vie du désert , sans jamais avoir eu la vie de la charrue ni des industries qui lui sont propres , n*a pas la synthèse dans l'esprit; il n'y a pas d'à priori indépendant ou divin en lui. Il est donc ténébreux dans son idéalisme, et 8*il agit, il créera des formes et des objets qui seront irrationnels à la nature. Il aura certes en lui des idées d*arrangement et d'ordre ; car la loi de l'accord est aussi dans son âme , mais ce sera seulement pour Tarrangement et Taménagement des choses de l'intérieur de sa maison , ou tout au plus de sa ville , s'il en est un êuffète. Mais il ne pensera pas à pousser et à étendre cet arrangement plus loin , ni surtout à le vouloir; car, épicurien ou scMueéen^ sensuel, individuel et souverainement égoïste , il arrange son intérieur et sa ville de ce point de vue exceptionnel, et il aperçoit que , dès au delà de ses faubourgs , elle jure avec la nature. La Sadducéen ou le Chananéen est donc personnel par deux motifs : le premier parce qu'il est souverainement athée ou bien superstitieux s'il n'est pas heureux dans ses affaires, ou s'il n'est pas d'une bonne santé; et le second parce qu'il voit que ce que fait la nature et les nations et tribus qui se conforment à elle , est tout à fait contraire à ce qu'il fait dans ses mœurs et dans l'arrangement de ses biens, et qu'il faudrait qu'il se modifiât pour pouvoir sépandre. Et comme il aime son nid , il ne le veut pas. De là toutes les tendances de son âme à la vie nomade au milieu des nations assises ; il ira pousser des pointes de traûc pour y gagner et attraper de l'argent par la ruse et tous les moyens possibles , et puis il se retirera après dans son ancien nid auprès des siens , pour y achever de vivre sans travailler et y mourir.

(juand on voit sur un sol riche et productif, des populations partout agglomérées sur de certains points^ les maisons les unes sur les autres , et puis de grands espaces de terrain sans habitations, on peut dire : voilà un pays qui sue les mœurs et les sentiments chananéens , phéniciens ou arabes. Alors on n'aura pas besoin de s'informer s'il a une synthèse en rapport avec les lois du ciel et de la terre. Il n'en a pas, il n a que de l'empirisme , un océan de faits et il se gouverne par \ expédient. S'il y a une doctrine enseignée

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