CHAP. IV. DK QUELQUES DIFFICULTES
son prix, parce que d'expérience encore on savait que ces esclaves, c'est-à-dire ces hommes, étaient bons, obéissants, respectueux et affectueux pour leur maître. Les mères de la plupart des grands hommes de l'antiquité moyenne, c' esta-dire des huit siècles qui ont précédé le christianisme, dans la Grèce, dans l'Asie mineure, en Egypte et partout, venaient de ces contrées et avaient été originairement esclaves, enlevées par la violence et amenées dans les bazars par la perversité phénicienne; mais une fois dans les maisons, par Texcellence ae leur nature et parleur beautéqui sedévelop-
Eait immédiatement dans une vie d'aisance et de douceur, ienlôlle maître oubliait l'origine esclave de cette beauté et la mettait dans sa couche.
Le peuple est le porte-voix de Dieu , il traduit par des plaintes et des réclamations la transgression des lois divines qui doivent gouverner le monde. Mais , comme par sa position sociale et l'absorpfion de sa vie entière dans les travaux manuels et incessants , son action sur la société humaine ne peut avoir qu'une signification négative (1), c'est donc à une autre fraction de l'humanité, c'est aux hommes qui se livrent à l'étude et à la méditation des choses, qu'il incombe d'apporter remède affirmativement à la transgres?ion de la loi par excellence , comme aux défauts politiques et sociaux. Le peuple avertit des effets , mais les savants, aidés des traditions du passé et de leurs propres observations , doivent pénétrer dans la raison des causes.
Quand on examine tous les travaux, tous les biais et les détours, toutes les précautions, toutes les luttes qu'il a fallu que l'esprit humain soutînt et subît pendant plus de douze, plus de quinze siècles et jusque encore aujourd'hui même contre l'opinion et les préjuges publics pour arriver à découvrir la vérité et puisa avoir le droit de la proclamer, on ne peut s'empêcher de reconnaître que la cause de tout cela, que le formidable obstacle à la manifestalion de ce qui est , venait et ne venait , ne vient encore que de la donnée arabechrétienne , que de la conception , que de la doctrine des sectaires juifs et galiléens, amenées pendant le moyen ûge à constituer le despotisme ; on ne peut s'empêcher de la considérer comme quelque chose de funeste au suprême degré
(1) Celui qui fait de petites affaires, est incapable de grands projets; car telle Toccupation des hommes, tel est aussi nécessairement leur esprit. Démosthèues, Olynlh. m, édit. Heisk, P. 37.
.i7i LIVRE 111. TEMPS MODEBNBS.
ot (le l'avoir on aversion. Voyez dans les livres sar tous les points (le la vérité, les luttes, les tourments , les oppressions i\i\i) Icsprit humain a eus à subir avant de pouvoir (lire : « Oui , cela estl telle et telle chose est la vérité! » Et v.n le faisant encore Thomme juste et religieux qui le disait courait risque de la vie, était souvent immolé par le parti aposloliquc romain et les cours des rois qui lui étaient pros(|ue toujours vendues.
Du moiucnt ({u'un dogme religieux, du moment que la r.>ligion est détruite , parce que ses dogmes sont uercés à jour, la foi dans les âmes cesse, et, parla cessation ae la foi, los es[)rits s'éparpillent, Tunité se détruit, les hiérarchies sociales s'en vont el avec elles la monarchie ou la royauté périt, la synthèse négative, l'esprit de confusion et d'anarchie surgissent et deviennent la loi du monde. C'est ce ()ui arrive en Kurope. Pour remédier à ces désastres, il est (lu devoir de tous ceux oui ont dus idé^s et de la science de conrourir à élever ou à fonder un culte au principe de toutes choses , ou à Dieu ou au ciel . parla présentation d'un dogme tpii est tout à fait a l'heure présente à asseoir sur la conniiissance de Punité multiple et vivante que l'on possède par-, failement.La monarchii^ fondée sur le cliristianisme se perd / dans tous les Klats de l'Europe |)oiir toujours. Car les démocraties synthéticpics négatives surgissent partout et deviennent triomphantes, et en triomphant, elles abîment les positions sociales de fortune ctde rang des classes supérieures et nobles et les dégradent. Alors la société n'étant plus qu'une immense foule égalitaire en fortune ou en pauvreté, en absence de dignité et de l)eauté, l'anarchie momentanée s'empa remit du monde, régnera it.sans conteste et contribuerail involontairement sans doute à continuer le dé.sordre social pendant un t^mps long et indéterminé.
Vous ne ihangerez pas les passions humaines, nous objecle-t-on. Non . si ce livre venait se heurter aux passions de la nature humaine; mais non. il prend l'homme pour ce (ju'il est , el tel iju'd est. Seulement il montre que ce que Ton prend, que re que l'on apfiellele plus souvent passions, n'ont été et ne sont que des manifestations, que desformes amenées par des intérêts blesM^s et froissés, arrêtés ou empêchés et qui ont rebondi el qui rebondissent. Les vraies passions des hommi^s sont non détruites . mais gouvernées par une doi'.lrine el les mœurs qui en sortent ou en découlent, mais non par ce qu'on nomme des lois, qui ne aont que des expédients de fabrique et qui ne reposent pas sur la nature des choses.