ORIGINE DE L'IDÉOLOGIE EN GRÈCE
ANAXAGORE. SOGRATE.
Le sixième siècle avant notre ère est l'époque où s'éleva le pouvoir spéculatif individuel. Nous n'avons pas à retracer ici l'histoire de son origine et de son développement primitif qu'on trouvera dans toutes les histoires de la philosophie grecque , et nous avons hûte d'arriver à un homme qui parut , suivant Aristote , le premier qui ne fût pas ivre entre tous les vieux diseurs de riens.
Quand Anaxagore enseignait à Périclès des idées nou-
CHAP. II. OilCIllB DR l/lDliOU)r,l8 RX C.nv.CK. 1 )f>
veilea (i) , c étaient en effet dr^ idées nouveHes I c'e^fil-à-diro des absiracUoDâ contraires à la religion ot en dehors du culte établi , religion et culte qui étaient encore la pénom^ hre de ceux des Pélasges.
Ces abatractions étaient peu dangereuses, parce qu*il était retenu , qu'il en émettait peu et qu'il n'enseignait qu'à un homme ou à quelques hommes. Mais ces abstractions le deviennent, k^rsque par l'action de Périclès, que los circonstances embarrassées de la politique portent au pouvoir ou lui permettent de s'en emparer , elles se dilatent et commencent à se vulizarisor. Après Anaxagore, vient Socrate, cet homme «a^e qui faisait valoir son argent et rassemblait le gain qu'il retirait de ses prêts, et cela étant dépensé, le prêtait de nouveau à profit (i). Est-il surprenant qu'il s'étonnàt qu'un professeur de morale exigeât de l'argent comme nous le rapporte Xénopbon ;))? N'est-ce pas lui qui disait : qu on apprenne assez de géométrie , soit pour être en état , au besom, de mesurer exactement un terrain (]uc Ton veut ou vendre, ou acheter, ou diviser par portions, soit pour démontrer la justesse de son opération ? — qui voulait encore qu*on sût assez d'astronomie pour connaître , sur terre, sur mer, et en sentinelle, les heures de la nuit, les jours du mois et les saisons de Tannée, etc., etc.? Mais posséder l'astronomie jusqu'à connaître les choses qui ne sont pas comprises dans le môme mouvement du ciel, telles que les planètes, les astres errants, leur distance de la terre, leur marche et Ie>s causes de leurs révolutions, c'est ce qu'il désapprouvait fortement, ne voyant aucune utilité à toutes ces spéculations. . . En général, Socrate n'aimait pas (|ue l'on s'in(|uiéuU de découvrir comment la Divinité a ordonné les corps célestes (l). Enfin il permettait l'arithmétique, mais rien au-delà.
Socrate* , homme né bavard , il y en a beaucoup comme cela dans l'espèce humaine , ne se contentait pas , parce que déjà l'erreur et l'ignorance avaient fait du chemin , de causer avec quelques amis; mais il passiut ses journées à pérorer dans les rues d'Athènes, dans los carrefours, sous le portique des temples, dans les boutiqueâ, non-seulement devant qui voulait l'écouter, mais s'adressant en toutes circonstau-
(1) Plut., PéiHeléê^ ch. 6.
(îj Diogène Laérce, Vie de Socrate, H'\\.. Charp., 1840, p. 63.
(3) Mcm. sur Socraie^ 1. i, ch. 1, p. 428, t. 11, (^dit. Lefèvre et Garnier, 1842.
(4) /</., 1. IV, ch. 7, p. 554, 555.
il G LIVRE PREUIEft. ANTIQUITÉ.
ces, et plus particulièrement aux gens du peuple, tnt petite marchands , aux artisans, tous moins capables d'apprécier la véritable nature des idées, leur bonté ou leur vice, Socrate, disons-nous, souleva la société militante qui le condamna à mort (400 av. l'ère vulgaire). 11 avait soixanteKiix ans, et débitait des phrases en public depuis plus d'un quart de siècle. On a bien travaillé depuis vingt-deux siècles a casser l'arrêt de mort de Socrate ; cet homme systématique , idéologue et rêveur, fut un perturbateur de l'ordre social , et par conséquent très coupable , nous y reviendrons en différentes occasions.
En effet, qu'a fait cet homme? Il veut parler, et parler des choses les plus graves : de Dieu ei des choses. Or, nous avons vu par ce qui a déjà été dit plus haut et par les choses qui suivront , choses étayées partout des travaux d'observation entrépris en Europe depuis cinq siècles, soit dans l'aslronomie, la. géographie, la géologie, la physique, la chimie, etc., que Dieu conçu, soit dans l'hypothèse où l'univers visible a eu un commencement, est esprit infmi, absolu, incréé, omnipotent, éternel, invisible pour nos sens; soit au point de vue de l'unité vivante , qu'il est la lumière harmonique , éternelle, infinie, une et multiple, se manifestant à nos yeux sous toutes les formes que nous voyons affecter dans l'univers physique. Nous avons défini d'après ces idées, ce qu'était la religion ou le dogme et le culte (i). . Que si donc un bavard ou Socrale (2) venait sans cesse et en toutes circonstances parler d'idées, de démons, d'esprits, qu'il disait être les dieux de la religion nationale , prêcher une morale déduite de ces abstractions, les compas de mesures, les critériums du juste et de l'injuste, disparaissaient, et ce n'était plus que l'arbitraire qui allait en décider, et la religion se trouvait parla, sapée dans sa base. Aussi cela ne manqua pas, et toute la Grèce s'en émut, quoique les hérésies répandues dans les esprits fussent déjà nombreuses alors. Sous Pisistrate, pareille chose fût arrivée, il n'y aurait pas eu de division dans l'aréopage, et l'aréopage aurait condamné à l'unanimité.
(1) yoy, page 93.
(2) Socrate a combattu les sophistes de son temps : mais il faut bien faire attention que ce n'était qu'au point de vue de la justesse du raisonnement, car il n'était qu'un logicien et non un génie pénétrant dans la nature des choses pour y puiser de bonnes prémisses d poser, car la plus grande partU d« ses prémisses, quand il en posait, étaient fausses.