CHAF. II. DÉCADKMCE DE LA RELIGION PRIMITIVE
. I>aignéscle larmes : ah ! en vérité, c'est la voix de Pisislrate! C'est son âme (1)! Et cela se disait et se remarquait quoiqu'il y eût déjà cependant plus de cent vingt ans qn'il n'était plus! tant avait été magique et profond le sillon qu'il avait tracé. Mais parce que, par les minutiçuses explications et les détails circonstanciés sur sa vie que chaque père de familie dans la république athénienne, ne cessait de donner et de transmettre de génération en génération à ses enfants, ceux-ci, cent vingt ans après sa mort, en avaient encore la plus parfaite image dans l'esprit.
. Et que nous importent alors les faits matériels qu'Hérodote a notes presque un siècle après lui, s'il les révoque ensuite moralementj^ar d'autres faits indirects mais non moins significatifs? En lisant d'ailleurs attentivement les biographies de Plutarqoe, (2) qui, quoique écrivant six siècles plus tard, puisa à des sources anciennes, on voit clairement qu'il entonne le haro général sur Pisistrate , mais que, sous main , d'une manière clandestine et avec une grande habileté, il lo réhabilite indirectement. II est bien difficile de déraciner une calomnie habilement ourdie et habilement lancée, témœn -encore l'histoire de Tarquin dont nous aurons à nous 'Occuper plus tard.
Les deux immortels poèmes d'Homère furent évidemment une imitation pourlesGrecâ et chez les Grecs par un des leurs, de ces grandes productions morales ou ouvrages d'ensoigne- • ment que les grands poètes chez les indiens composaient sur les principes orthodoxes des Védas . et connus sous le nom de Pouranas, les grandes compositions du Mahabharata et du Ramayana, ouvrages que l'on déclamait et qu'on lisait le soir dans les beaux jours devant de nonibr^usos foules invitées à
même que son fils fut assassiiu^. Le s.iii}^ el les principes pélasgiques pu autorhtboncs étaient un ol)starle aux desseins dos descendants d'Alçmreon , hommes de saii}^ et de principes à moitié arabes.Cette race maudite aida puissamment Athènes et l'At- 4iquè àtiévelopperla phase de la législation civile que noesavons analysée et caractérisée plus haut (page 57 et suiv).
Les ennemis des riches qui se joignirent aux habitants de la montagne pour combattre eu faveur de Pisistrate, n'étaient que les ennemis de ces oligarques aux principes arabesque nous rctroavoDS à chaque page de Thistoire , à Rome dans le patriciat et ailleurs, comme nous le démontrerons.
Voilà les hommes contre lesquels sYlevait Pisistrate.
(4) Plutarque, Vie de Périvlès, ch. 8.
•(^ Smioufcellede Solon, ch. 1 et 3L
i\'^ LIVRE PHEHIBR. ANTIQUITÉ.
la cour (les rois. Ces ouvrages , par leur forme , en amusant beaucoup par le grand mouvement des acteurs qu'ils font agir, moralisent encore plus : c'est aussi là ce que s'étaient proposé leurs auteurs.
Il en fut de mémç chez les Hellènes et de la part d'Homère. Partout son livre est amusant ; mai3 il est encore plus mora^ lisant. Car tout ce qui s'y fait et s'y dit » c'est pour appuyer la justice , pour son triomphe , pour défendre le faible contre le fort , pour y enseigner la miséricorde au repentir, pour y défendre et y exalter la vertu et le beau. La ficlélité de la femme à ses devoirs y est enseignée et démontrée; le lien conjugal y est relié, maintenu et serré; l'adultère et le vice y sont châtiés et punis. Voyez celte scène comme dernière fin , où Ulysse appuyé de son fils, sachant que des pillards et des corrupteurs avaient de toute manière travaillé sa femme Pénélope pour la faire manquer à son devoir, mangeaient attablés pendant des semaines chez lui en gaspillant tout ce qu'il y avait de meilleur dans les produits de son domaine, et cela en concubinage extérieur et pubhc aux yeux de Pénélope avec ses femmes de chambre et ses suivantes. 11 leur tend un piège et, une fois qu'il les sent bien attablés avec ces femmes perdues , qui rient aux éclats à moitié ivres avec eux, il entre avec son fidèle enfant Télémaque , devenu homme, et ils les mettent en pièces, et pendent toutes les femmes à un cordage tendu par eux autour de la maison et les étranglent.
Il est bien clair qu'un pareil ouvrage fut une œuvre conçue pour la perpétration des bonnes mœurs, pour enseigner et perpétuer dans les cœurs l'amour de la justice, l'esprit religieux et le courage militaire, et relier plus fortement le lien conjugal ; pour enseigner et faire aimer enfin au peuple grec toutes les vertus et les belles choses. Voilà ce que Ton n'a pas vu. Homère a composé tout le poème en le liante mais c'est après lui que des rhapsodes allant par les villes et les bourgs dans la Grèce asiatique et européenne , eu y chantant des sujets détachés, les vulgarisèrent et les rompirent. Ensuite des passages en furent répétés par des particuliers qui les avaient appris, comme chez nous l'on répète les chansons que nous entendons débiter dans les rues. Or, par là, le srand poème d'Homère se trouva brisé dans la
{>ensée publique, et c'est pour le renouer et le compléter que es Pisistratides en firent refaire et consigner V édition. Ce travail de la part des Pisistra tes montre leur profond talent d'hommes d'Etat, et combien ils étaient supérieurs à Selon , bonhomme au fond, mais qui n'était qu'un empirique do
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Tordre bourgeois. Aussi Selon fut-il bientôt obligé de roconnattre qu'il ne suffît pas d'une collection de textes pour faire un évangile ou bible du peuple, mais qu'il y a nécessite d*un lien supérieur théologique et de culte d amour et de connexion pour relier le tout ensemble. L'esprit de l'homme n'est pas un fragment ; c'est une synthèse petite ou grande, logique ou illogique; mais un petit tout ou un petit monde. Et il en doit être de même d'un code social. Cest pour cette raison qu'un code , qu'une constitution qui n'ont rien de théologique dans la forme , anarchisent au lieu de servir. Les avocats en savent bien quelque chose , car cela leur donne des procès à plaider.
En 513 Hipparque (1). fils de Pisistrate est assassiné par Harmodius et Aristogiton. Ces deux êtres, quels étaient- ils ? Etaient-ce des Grecs? des Athéniens? Non. Ils n'étaient ni Grecs , ni Athéniens. Ces deux hommes , du parti des Alcmaeonides, étaient des barbares, par conséquent des étrangers ou au moins d'origine étrangère. C'est Hérodote qui nous l'apprend. 11 l'a découvert par ses recherches, dit-il. Il semble donc qu'il ait pris un grand intérêt à rechercher l'origine des meurtriers du fils de Pisistrate. Ils n'appartenaient pas à la race des Pélasges. Ce n'étaient (]ue des Sémites, de-s Phéniciens, race individualiste , sensuelle et anarchique, que Thucydide et tous les autres historiens grecs nous montrent comme ayant exercé la piraterie dans la mer Egée ou de Grèce, sur les îles de cette mer et sur toutes les côtes du continent hellénique comme sur celles du Péloponnèse. Ces enfants de Tyr ou de Sidon s'étaient retirés chez les Athéniens, (iit encore Hérodote, « qui les admirent au nombre de leurs concitoyens, à condition qu'ils ne pourraient prétendre à plusieurs choses qui ne méritent pas d'être rapportées,» mais que, pour notre édification, nous aurions amiéque l'historien ne nous tût pas ^â).
Voyons maintenant ce qui se passait dans le monde intellectuel du pays dont nous nous occupons. La Grèce sortie de l'Orient avait bien encore des rapports avec lui , mais elle en avait bien plus avec toutes les peuplades et les co-
(1) Qui ne se conduisait pas durement envers le peuple dans rexereice de sa puissance, et se gouvernait de manière à ne point •iciterla haine. Thucydide, 1. n, ch. 54. Hipparque avait chassé d^Athènes Onomacrite qui vendait les ouvrages de Musée, dont il avait falsifié le texte. Hérodote, 1. vu, ch. 6.
(2) Hérodote, 1. v, ch. 55, 57. Voy, aussi Thucydide, 1. vi, ch. 53 à 59.
\\l LIVRE PREMIER. AXTIOUITÉ.
lonies qui rentouraient , et qw provenaient d'elle à leur tour, ou de ces empires méridionaux qui lui avaient euxmêmes donné de nouvelles iéées; tels q«e les Thraces , les habitants des petites îles de l'archipel grec , peu nombreux et souvent sans villes , se barbarlsant en vieillissant dans I«s erreurs , et s'ils y étaient arrivés un peu éclairés , ou y devenant de moins en moins éclairés s'ils y étaient arrivés incultes; lesEpirotes, les Scythes, lesEléates, les Siciliens, les Latins , les Ibériens , les Celtes , etc. Or toutes ces peuplades étaient considérables, immenses même quant à leur ensemble par rapport au peu d'étendue de la Grèce ; i* parce qu'elles sont arrivées incultes chacune dans les lieux où elles se fixèrent; 2" parce qu'elles y vivent dan? des états de dispersion plus ou moins grands , ce qui fait perdre les idées et les connaissances s'il y en a , et n'en suggère pas s'il n'y en a point ; 3** enfin parce qu'elles séjournèrent toutes par de hautes latitudes, où la nature est peu vivante et peu variée , où il y a des froids intenses , des hivers longs , peu ou pas de productions et de meubles pour les aisances de la vie , toutes choses qui tendent à tuer l'imagination et la poésie quand elles existent, et allourdisscnt l'intelligence des populations sil n'y en a pas. Or les rapports volontaires ou forcés de toutes ces peuplades qui entouraient et enlaçaient pour ainsi dire les petits peuples de civilisation hellénique , leur action abrutissante devait peser de tout son poids sur eux; les Grecs, indépendamment d'ailleurs des. mélanges phéniciens , devaient donc plutôt décliner en intelligence que progresser. Mais en déclinant , la connaissance de leurs dogmes et de leurs mythes devait aller en se fractionnant et par là , en diminuant aussi, et c'est ce qui arriva efTectivement.