‹ Théologie cosmogonique; ou, Reconstitution de l'ancienne et primitive loiChapitre 28 sur 154 · PLATON · texte numérisé non relu

PLATON

Platon a véritablement achevé de perdre le culte de la Grèce. Personne ne l'a dit positivement, ou si on l'a dit, ou Ta nié. Or, nous allons le démontrer. Il y a pour cela des monuments puissants et contenant toutes'indications de sources : d'abord les nombreux travaux des modernes faits sur £a philosophie, et ensuite ses propres ouvrages eux-mêmes.

Platon admet deux principes co-éterneU, Dieu et la ma^ tière. Mais pour qu'il y ait lien outre ces deux principes , il faut, ou que l'un agisse sur l'autre, et alors il le domine et est souverain , ou que ces deux principes soient couronnés d'un troisième supérieur et plus puissant qu'eux. Si cela est, il y a ordre ; car , par le fait, il se trouve l'unité^ triple. Mais alors on ne pourra plus dire qu'il y a dans l'univers deux principes; on dira : il y a un principe. Ensuite on donnera à ce principe la quahiication que l'on voudra. Les Egyptiens l'appelèrent Phthd ; c'était le grand Dieu; les Grecs, Zeus, Après, ce Dieu, voulant travailler à produire le monde, émit d'aoord Neïth, sa Pensée, selon les Egyptiens et Athéné ou Minerve selon les Grecs. Et alors sous le nom de la Pensée de Phthd, on aura Neïth, et puis Kneph, l'âme du monde, l'être mâle et femelle, chargé, selon l'ordre qu'il en a reçu delapenséedePA^/iâ, de produire le monde, ce qu'il accompht sous le nomd'Athôr(la nature). Ou bien, comme chez les Indiens, d'abord : Brahnie, l'être infini, primordial, l'esprit suprême, qui enfante en premier lieu Brahmâ, uni à Sarasvati son épouse ou le principe obscur, et s'en séparant en la faisant sortir do sa boucne : c'est-à-dire comme Neïth et Kneph, plus haut; et puis en s'unissant ensemble, ces deux principes produisent le monde ou la nature ( Pracriti), qui est comme l'Athôr de l'Egypte. Ou bien encore comme chez les Chinois et autres grandes nations de l'Asie orientale, le Chang-ti, le Hoang-tsang, leHoang-tien, c'està-dire, \g Dieu suprême , le Ciel suprême, l'auguste ciel , produisant le Tay-ki, l'esprit créateur (mâle et femelle) qui

a enfanté le monde par des proportions balancées, harmoniques et sans cesse changeantes, des deux principes d'Yang et d'Yn, c'est-à-dire de l'esprit et de la matière, ou de la lumière et des ténèbres, qui composent son essence.

Platon admet deux principes ; mais, outre que Dieu est Un et trois, et que le philosophe se trompe, il le fait encore par une création cérébrale innovatrice des plus anarchiques ; car à partir de là, par la facilité que chacun pourra avoir de s'expliquer à sa fantaisie la cause ou les causes des plus augustes et sacrées choses de la nature , puisqu'à son exemple il lui suffira d'en inventer , la foule des intelligences médiocres, qui prenaient dans une société déclassée, comme l'était la société grecque, qui prenaient cette impossibilité pour eux de pouvoir arriver à l'initiation, à la connaissance et à l'enseignement des grandes choses comme une injure, un artifice du corps enseignant pour les tromper, se mirent toutes et très vite à croire en Platon, et non au dogme et au culte établi.

Il le manifestait même déjà assez par ses paroles et ses actes ; car,en partant d'un Dieu puremeat nominal, i! conduisait à faire mépriser la nature, les créations de la nature,* tout ce qui sort de la main de Dieu, et à abandonner l'observation du monde physique, pour arriver à la découverte de la vérité, à la vérification, au contrôle de la vérité des dogmes religieux écrits. C'est ce que ne cessaient de faire les collèges de prêtres politiques dans le culte établi. Platon, lui, se met à rêver et à supposer dans l'être divin des rêveries comme chez lui. Nous ne le suivrons pas dans toutes ces fantasmagories qu'il fait sortir de l'esprit de Dieu et qui ne sont que dans le sien. Ariilote l'a assez réfuté sur tout cela. Supposer à l'Etre premier des idées qui seront les arché-types des choses qu'il va créer , il n'y aurait rien là d'absurde ni de faux , m d'anarchique pour la société ; mais avoir en soimême des idées, de certaines idées que l'on indique, et les présenter comme étant celles de Dieu , les arché-types des choses ! voilà l'aberration, voilà l'absurde, et qui aurait mérité à Platon, si l'anarchie des âmes et l'anarchie politique n'eussent déjà été au comble, une réprimande sévère.

En effet, ce pernicieux système conduisait directement et de toute nécessité, à l'abandon de l'élude des réalités objectives, pour parler comme les philosophes allemands; il devait conduire au savoir purement nominal et apparent en place du savoir réel et véritable. Elcomme le domaine, l'étendue de cette apparence provenait ou allait provenir dïi Ira-

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vail des ima<;inations, rimap;ination la plus fertile en inventions , en créations cérébrales , en fables , serait réputée la plus savante ; les livres, la grosseur des ouvrages ne pouvaient manquer d'aller en augmentant; c^r ils devenaient pour leurs auteurs , des titres à la gloire. Dans cette voie erronée, deux grandes fractions ou deux écoles ne pouvaient manquer de se former et de venir se partager la société : Tune allait se composer de tous ceux qui, dans les actes de la vie, suivent les impulsions de la raison , se gouvernent exclusivement par la tête; Taatre, de tous ceux qui se gouvernent par les sentiments du cœur, suivent les impulsions de la charité et de l'amour. Dans le premier camp, devaient passer tous les mathématiciens, tous les juristes, tous les hommes de raisonnement, d'analyse, d'observation, mais d'observation terre à terre, manquant de ce qui rend l'observation généralisa trice et synthétique, le cœur ; et dans le second , tous les hommes à sentiment, tous les poètes, tous les cœurs généreux, mais tous étroits qu'ils sont devenus, parce que la donnée générale et objective qui servait d! étoile du matin, de phare, de route, dans le culte établi, et le gouvernement p»olitique de la terre a été perdue par I'idéologie anaxagorienne et platonicienne-socratique, et l'analyse desséchante aristotélique, tous produits du phénicianisme. Le gouvernement du monde, à partir de là, est donc devenu, et ne pouvait manquer de devenir ï enjeu, le prix général de la lutte qu'allaient se livrer les deux écoles.

Pendant que la foi en Vancien culte subsiste encore dans les masses , la fraction sentimentale doit l'emporter sur la place publique et le champ de bataille, dans toutes les luttes ; et c'est ce qui arrive aussi par Philippe qui parvient à se faire reconnaître pour èénéral en chef de la Grèce. Son âls Alexandre lui succède dans ce poste par la môme raison, et il pourra môme, au moyen do l'anarchie intellectuelle de la Grèce, introduite par les guerres, les voyages et les rapports dans toute la partie occidentale des domaines du roi de Perse , faire la conquête de la Perse : et c'est ce qui a lieu. Quant à l'autre fraction, la fraction abstraite, se gouvernant par la tête, comme à aucune époque dans l'antiquité les masses ne furent athées, précisément par la force de vérité de l'ancien culte , qui , battu toujours par toutes ces hordes de sophistes qui entouraient la Méditerranée, se relevait pourtant toujours, elle ne put s'en faire une armée et meUteun des siens sur le trône.. Gela n'arriva bien que plusieurs siècles après , sous quelques empereurs ro^

mains , où une majorité des siens se trouva dons le'sénat et dans les hautes places , sous la recommandation , comme aujourd'hui, d'hommes de pratique et d'application, et au moyen aussi surtout, d'une certaine claâse moyenne, sceptique ou athée même comme elle , conduite par les juristes, par les disputes sur les biens , comme on le voit encore aujourd'hui. Ces derniers arrivent même, par l'épaisseur des ténèbres, à devenir prépondérants ju^gu'enpoiitigue dans l'empire; alors elle eut des moments de règne.

Platon , en partant, soit d'une dualité éternelle , soit d'un Dieu non premier et triple, comme il a été posé plus haut, ne pouvait manquer d'anarchiser la terre : puisqu'il supposait dans sa doctrine et qu'il en résultait, en effet, une lutte perpétuelle entre les deux principes, lutte au surplus qui existe encore aujourd'hui au plus haut degré dans l'esprit et les actes de tous ses partisans en Europe. Cette lutte entre ses partisans actuels est entre les principes des choses sensibles, et consiste en ce que la ville se modèle toujours sur la conception que l'homme se fait des deux. La conséquence d'un pareil système , soit qu'on se place au point de vue de l'homme^ politique , soit qu'on se place au point de vue de l'homme privé, est que toute l'éducation de l'homme, toutes ses observations doivent être dirigées dans le but, non d'arriver à la connaissance de la vérité, mais d'apprendre à être habile, le plus habile possible, s'il y a concurrence ou compétition d'avantages à acquérir. Et comme dans l'habileté, la ruse, la dissimulation, \ astuce, sont les premiers moyens de réussir, qu'il est légitime de les employer, alors aussi dans les poursuites judiciaires à exercer contre les méchants, ce ne sera pas la criminalité des actions en ellesmêmes , la perversité qu'elles feront supposer chçz . leurs auteurs qui les fera poursuivre ; mais la manière, le mode , l'habileté ou la maladresse que l'individu aura mise à les accomplir.

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