‹ Théologie cosmogonique; ou, Reconstitution de l'ancienne et primitive loiChapitre 3 sur 154 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Tous les syslènies socialistes des temps modernes, ^ua exception , partent d'un point vague et non déterminé par la science. Ce point de départ est une critique et une néjra'^ tion de tout ce qui existe, ou bien une affirmation abstraite qu'on peut nier avec autant de justesse qu'on a mis de présomption et d'audace à la formuler. Il n'y a qu'une seule base solide sur Inquelle on puisse fonder les prémissesd'une nouvelle doctrine sociale; c/esl le résumé do la science développée par les lois d'ordre, de nombre etdef7if«tire, qut régissent l'univers dans son ensemble et dans ses détails. Pour parvenir à la connaissance de ces lois, il faut embrasser celles de T astronomie, de la statique, de la géologie, dola physique, de la chimie, de la dynamique, de la mécanique, de l'optique, de la climatorogie , do la musique, de.<« mathématiques, etc., etc.; car l'isolement dos sciences conduit infailliblement au désordre social. La science pour la* science , sans son application à toutes les généralisations imaginables, n'en fait qu'un instrument au profit de Té-^ goisme et qui nuit toujours à la société. L'idée qui n'admet pas rinfluencedes sciences sur le gouvernement des hommes, est une idée niaise, absurde ou déloyale. Les sciences nedoivent pas seulement satisfaire la curiosité humaine, mais elles doivent encore être utiles par leur application philosophique et concourir ainsi à notre bonheur terrestre , eiv créant pour nos rapports sociaux l'ordre, et par consé(iuentïharmoniê qu'on remarque aussi dans toutes les uarU^s ^isi^ l'univers et qui n'est point aecidentelio. Lo buV ^c^ \ai ^\qv\^^-

Il INTRODUCTION,

est l'amclioralion de la condition humaine sous le point de vue intellectuel et moral et sous le point dé vue matériel.

La connaissance des lois sociales , la connaissance do celles qui peuvent et doivent donner la paix et le bonheur à la société, régler surtout le pouvoir politique ou exécutif, ordonner et maintenir les rapports que les hommes, vivant en société, sont naturellement appelés à avoir entre eux, cette connaissance , disons-nous , est accompagnée d'une grande diversité d'études et de savoir. Nous appelons l'attention des hommes bons" ef^sérieux^sup ca SBjet important. L'homme d'état ou l homme politiqde doit être capable de mieux réussir à l'aide de toutes les sciences dont il a pris connaissance, que tous ceux qui excellent par une industrie ou une profession quelconques et particulières, dans chacune des nombreuses sciences positives, naturelles et morales.

Qu'on se rassure sur la nécessité des vastes connaissances que nous semblons imposer à l'homme d'Etat. Nous ne demandons que ce qui est possible. U n'est pas nécessaire ^ue l'homme df'Ëtat soit aussi bon chimiste que Fourcroy ou Chaptal , aussi bon astronome que Newton ou Herschell , aussi bon géomètre qu'Ëuclide ou Archimède, aussi bon musicien que Mozart ou Beethoven ; mais il faut au moins qu'il sache qu'il y a des lois invariables dans la ohimie , l'astronomie, les mathématiques et la musique qui rentrent dans des sciences supérieures ou qui se font sentir dans des sciences inférieures ; il faut qu'il en connaisse les éléments , les ré> sultats et la vérité. Car son esprit individuel est incapable d'atteindre à la perfection de tant de connaissances aussi excellentes et aussi diverses. Des organisations comme celles d'Aristote et de Léonard de Vinci sont rares et exceptionnelles. Nous disons qu'il faut que Ihomme d'Ëtat possède le résumé des principes et des éléments des sciences et leur vérité , afin qu'il puisse arriver à cette conviction nécessaire que , ce n'est que 'par l'observation de la régularité et de l'analogie des lois d'ordre qui font constamment mouvoir l'univers dans l'immuable harmonie qui l'anime dans toutes ses parties, qu'il arrivera à fonder à leur image et avec leurs éléments un ordre social où se reflétera l'ordre naturel et éternel qu'on remarque partout où l'on porte attentivement ses regards, dans le monde tant physique qu'intellectuel. Ce n'est pas avec des abstractions, ce n'est pas avec les sentiments du cGeur sailset avec Ja morale qu'on en fait découler, (|u'on (khU fonder un ordre social rationnel et

ranoDrcTroN. m

stable : rexpéricnco l'a assoz prouvi\ Los abstractions , les sentiments ot la morale qu'on en déduit sont maticro à discussion. Los lois du monde, au contraire, ne so discutent pas , et c^uand on les a étudiées , et quand on les connaît , elles deviennent autant d'a\iomes ou de propositions évidentes par elles-mêmes. Il n'y a pas de doute que l'égoïsto heureu:i et l'ignorant aveugle les nieront quant à leur application à l'ordre social , lun par intérêt personnel , l'autre par défaut de science. Mais Inomme bon , désintéressé et généreux , l'homme éclairé et instruit les admettra , les affirmera , et il donnera les preuves de ses convictions.

Nous disons que le désintéressement et la science doivent régir les destinées de l'humanité. Le contraire a lieu depuis une longue suite de siècles , et voilà aussi pourquoi la société a été dans un désordre continuel qui a amené de fréquentes révolutions. Nous sommes un ami passionné do 1 ordre , mais do l'ordre naturel , justo , et point de cet ordre fallacieux et arbitraire qui parque la société en heureux et malheureux , et qui amène d'incessantes secousses. Ce qui est grave et désastreux , c'est qu'à tout choc nouveau l'espèce se dégrade davantage et devient par conséquent plus malheureuse. Pour nous, l'ordre est un état où tous les hommes se trouvent heureux dons le cercle où leur organisation et les lois naturelles les auront placés. La science seule peut produire un tel ordre. Abandonné aujourd'hui à l'action individuelle, l'homme est le jouet , et lo plus souvent encore, la victime du sort et du hasard , et un tel ordre social menace de perdre la société européenne. — ... « Les mouvements^qui ont lieu dans notre léte, dit Platon (1), ayant été altérés dès la naissance, chacun de nous doit les redresser en étudiant les harmonies de l'univers , et c'est ainsi qu'en rendant semblable ce qui contem^)le à ce qui est contemplé , comme cela devait être dans 1 état primitif, nous devons atteindre à la perfection de cotlo vie excellente proposée aux hommes par les dieux pour le présent et pour l'avenir. »

A un point de vue secondaire ou inférieur, lo monde physique a eu ses -secousses et ses révolutions d'après de certaines lois naturelles et rationnelles qui le modifièrent et qui le modifient dans le temps et dans l'espace. Mais depuis qu'il a pris son assiette , il se meut et existe avec ordre et harmonie. Le monde intellectuel , au contraire, a été calme et ordonné à son origine, puis il a eu ses désordres , ses socousses

(1) Tim«5c, Etudes par M. Honri Martin, 2 vol, in-S, 1. 1, p. 241.

IV iNTllODUCnOX.

et ses révolutions qui conlinuenl toujours. Quelle en est la cause? C'est que les hommes s'obstinent à le faire mouvoir et exister eu dehors des lois naturelles , qui seules peuvent lui rendre le calme et la tranquillité. L'arbitraire de la force sans la vertu ou de la ruse et de l'égoïsme, s'est mis à leur

f>lace et perpétue Tanarchiesociale, qui estuneanomalie dans 'univers. Cet arbitraire ne s'est cependant pas introduit instantanément dans la société; il s y est infiltré insensiblement et principalement par les idées religieuses et la corruption du commerce. Lorsque la science première des choses s'obscurcit, de déplorables ténèbres assombrirent l'esprit humain. Alors aussi une autre phase religieuse commença , où nous voyons poindre les premiers éléments des abstractions qui jetèrent une si profonde et une si longue perturbation dans la société. Dans celte seconde phase les idées religieuses ne se basent plus sur la science , mais elles prennent leur origine dans une idéologie irrationnelle et dans des intérêts égoïstes de personnes.

La religion a le môme objet, le môme but que le développement de l'intelligence ou le progrès , dont les tendances * n'ont d'autre mission que de codifier les lois naturelles pour les faire entrer ensuite dans la politique, et concourir à l'accord du grand concert universel : avec cette différence cependant, que ce que le progrès et la science opèrent par des procédés particuliers et dérobés à la nature elle-même ou à ses lois, la religion , telle qu'on l'entend ordinairement, a la prétention de l'opérer sans moyens, ou ce qui revient à peu près au même , par les moyens surnaturels de la foi , des sacrements et-de la sorcellerie. La religion telle qu'on doit l'entendre au contraire, c'est-à-dire la connaissance des lois du monde et leur application dans la vie pratique aux affaires humaines a été un moyen puissant de civilisation. Mais dans des temps où elle n'est plus cela, où elle n'est plus qu'une affaire de sentiment . une abstraction vide de science, une chose puroniont nominale, unedoctrined' avenir céleste, la religion se met au lieu etplacede la barbarieetde l'ignorance, et devient enfin l'implacable ennemie de toute civilisation progressive et du rétablissement de toute justice sur la terre. Tous les documents des temps les plus reculés de l'histoire nous font aisément distinguer deux grands courants intellectuels dans la société humaine , celui de la vérité basé sur la science théologique du monde , connu dans la Thrace et par les races pélasgiques autochthones en Grèce, en Italie et en Egypte ; et celui clu mauvais orientalisme , sans science ,

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