‹ Théologie cosmogonique; ou, Reconstitution de l'ancienne et primitive loiChapitre 4 sur 154 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

par conséquont ténébreux clanarchique, anti social. Cost dans ce courant que se traînèrent toutes les tribus arabes. Le premier des deux domine déjà dans les croyances do l'Inde; il a donné naissance à un système intellectuel qui a onfanté ridéalisme rationnel le plus antique; le second avait pour essence l'imagination vide. Le premier s'est répandu généralement dans tout l'Orient; le second trouva à la longue un lit stable dans le christianisme . et, se mêlant aux productions oblitérées et complexes du sol do l'Occident , il a enfanté les créations du moyen âge et des temps modernes, mais aussi l'impasse dangereuse où se trouve acculée la société contemporaine. Le premier a produit dans rheliénisme la beauté la plus sublime, l'idéal le plus élevé de l'art par la solution môme de l'unité absolue.

Nous avons à envisager dans le courant de cet ouvrage deux civilisations distinctes: celle de l'Asie occidentale, les Arables , de l'imagination orientale , et celle de l'Europe, de l'intelligence occidentale, qui se résume en Grèce. Ces deux civilisations ont été longtemps en lutte, jusqu'à ce qu'enfin , la politique aidant , mais une politique corrompue , égoïste et mesquine, celle qui est sortie de l'imagination ou do la civilisation asiatique méridionale, vainquit violemment celle de la raison, en développant de plus en plus son empire pour être anéantie enfin à son tour quinze siècles plus tard, par la renaissance de l'ascendant de la raison etde l'inlelligonce. Nous aurons ensuite à exposer l'origine et le dévelop|)emcnt du commerce, sa simplicité primitive, son incontestable utilité et sa moralité, lorsqu'il fut exercé dans le but de satisfaire aux besoins légitimes et naturels de la société ; ensuite l'histoire de sa corruption lorsqu'il devint le mercantilisme et poar ainsi dire le monopole d'une certaine race qui chercha è corrompre le cœur humain et à faire naître des besoins artificiels et pernicieux pour l'ordre social, et cela uniquement dans le but de se défaire des produits inutiles et surabondants de son industrie exagérée , pour se procurer un lucre prodigieux dans l'oisiveté, et s adonner enfin à tous les plaisirs exclusivement sensuels.

Dans une antiquité infiniment plus reculée que celle que nous avons l'habitude de nous représenter et d'admettre , mais dont il nous reste cependant aes preuves et des débris certains, qui s'augmentent journellement par de nouvelles découvertes et de nouveaux travaux scientifiques, il y avait

VI INTILODUCTION.

uue science sociale parfaite et très développée, basée sur la connaissance approfondie des choses. Cette science avait produit une société où la vérité était connue et pratiquée , et dans laquelle les hommes vivaient en paix, dans la prospérité et dans le bonheur. La cause principale de cet état neureux , était surtout la connaissance théorique et TappUcation pratique des lois qui doivent régir et développer les rapports infinis que les nommes ont <entre eux sur la terre qu'ils habitent , rapports qui ne sont qu'une continuation, qu'un prolongement des rapports des choses du mon<ie. L'intuition de Dieu chez l'homme, de l'-intelligeiice de toutes choses , de l'Etre principe, existait dans toute sa plénitude, et avec elle existait aussi l'intuition philosophique et rationnelle de l'harmonie générale de l'univers , intuition dont les conséquences se manifestèrent vivement dans le gouvernement politique de la. terre. Dans cette antiquité aucun égoïsme , aucune méchanceté n'avaient encore fait descendre la connaissance du monde dans le domaine étroit et vain de la spéculation purement théorique et intéressée. Les grandes généralités des sciences et de leurs lois étaient connues par les esprits (^ui pouvaient ou qui voulaient les saisir, et ceux qui les ignoraient involontairement ou sans prouver le besoin de les connaître , vivaient tranquillement sous l'influence gouvernementale de l'aristocratie d'intelligence et de moralité , la seule naturelle et légitime , parce qu'ils vivaient dans un ordre qui les rendait l^ureux et contents. Le bonheur terrestre n'était que le décalque du résultat matériel de l'harmonie produite par le Jeu régulier des lois qui régissent le monde. L'empire' des abstractions n'existait pas encore, et l'imagination reléguée au second plan . n'avait nulle influence sur le gouvernement politique des nations. En un mot , la vérité régnait sur la terre.

11 n'est pas croyable que jamais la vérité n'ait été donnée ni reconnue par les hommes depuis qu'ils existent. 11 n'est

Eas croyable que l'être , seul doué de la raison , des plus rillantes facultés de la perfectibilité dans tous ses développements , ait été abandonné à l'incertitude et à l'erreur jusqu'à ce jour, tandis que la brute ou l'animal le plus infime , les plantes , toute la nature , suivent leur vérité à eux , leur instinct et leur loi. La vérité a été donnée à l'homme du moment qu'il est entré dans le monde visible , au*il a eu un corps , et, comme sa mémoire, faculté portée aans l'homme à son plus haut degré , est une partie iiihé-

IlfTRODUCTIOR. Til

renie de son être , identifiée avec lui dèâ rinslaol de sa conceplion et de aa naissance matérielle , en venant sur cetle 'terre il y a apporté la mémoire at le souvenir de «on origine , de la cause qui Tavait produit et des lois enfm par lesquelles il avait vu le jour. Cestdans cet instant suprême

2u*il vit Dieu face à face (1) , c'est-à-dire qu'il lui fut donné e reconnaître l'harmonie générale des lois de l'univers, les nombres , Tordre et la mesure , et cette scène auguste fut perpétuée dans la conscience et le savoir des hommes aussi longtemps oo'ils conservèrent intacte la loi des choses universelles, c estr-à-dire 1^ science rationnelle qui établit les droits et Jes devoirs des êtres de leur espèce, la connaissance de Dieu , de Tbomme et des lois de l'univers. De là dérivait tout naturellement la morale , c'est-à-dire la doctrine de la destinée complète de Tbomme , doctrine qui n'a rien à faire aTec cette morale sentimentale, avec cette morale réputée du cœur, créée par l'imagination vagabonde et ignorante , et fondée en système par l'école socratique en Grèce , d'où elle passa à Alexandrie et ensuite dans TAsie occidentale en s apauvrissant de plus en plus. Alors aussi elle s'éioigna toujours davantage de la vérité par de ¥ai]^ et de fausses spéculations, et par conséquent de la posdRlité pratique dans les sociétés humaines. Nous ne tenons pas le moindre compte de la doctrine du péché originel , parce qu'elle est une pure fiction , contraire à toutes les lois de ;û natnre et de la raison , inventée par l'évoque d'Hippone Augustin au v^ siècle. Nous aurons occasion plus bas de réfuter cette absurde et funeste hérésie , de démontrer son inconsistance et l'appui qu elle prête au vice et à la perversité.

« U est 'venu jusqu'à nous des anciens et de nos ancêtres une anticfoe tradition enveloppée -de mythes , enseignant que les astres sont des dieux et que la divinité embrasse la natore entière. L'anthropomorphisme et les fables ont un bot civil et politique , ils furent inventés pour le bien et la persuasion du vuljgaire. ils prétendent que les dieux sont semblables aux hommes et leur donnent aussi une ressem-

(1) Cest alors que Thomme put entendre Quelque chose de semblable à ce verset des hymnes chantés à cfeux chœurs dans les temples égyptiens , dont parle DémétriuB de Phalère , cHé par Clément d'AAexftDdri^ : Moi, le Dieu de majesté, le Dieu impérissable; les sept sons primitifs m'exhalent comme le père de toutes les choses créées, qui iie connaît pas le repos !

Vrti INTRODUCTION.

btence avec d'autres êtres vivants, et leur rapportent maintes choses semblables à ce qui vient d'être dit. Mais elle est divine assurément , cette tradition que les essences premières sont des dieux. Plusieurs fois peut-être les sciences et ^ arts ont été perdus et retrouvés par les hommes , et iî*^oïi peut croire que nous avons ici les restes heureusement •sauvés des opinions d'un ancien âge. C'est ainsi seulement •que nous acceptons la croyance des anciens et de nos ipères (1). » — Voilà ce que disait un des plus grands maîtres 'de la pensée , Âristote . le disciple de Platon et le maître •d'Alexandre de Macédoine, mort eo 322 avant l'ère vulgaire Nous voyons que dès cette époque et malgré les •erreurs qui commençaient à envelopper et à obscurcir le ■monde antique , il y avait cependant encore une trace , un vestige , une tradition d'un temps où l'on avait connu la vérité et où son origine était attribuée à la Divinité ellemême. Mais l'erreur allait toujours croissant et elle nous sépare de la vérité bientôt depuis vingt-cinq siècles! Les sophistes et les éclectiques de toutes écoles, nuls aujotird"tjwi par rapport au courant Ihéologique vers la vérité qu'ils ne peuvent plus détourner, le contesteront sans aucun doute. Mais qu'est-ce que cela fait? Nous nous adressons aux nalur&s bonnes et au grand nombre, aux hommes à études solides, aux cœurs honnêtes qui , en mettant de côté les préjugés, le» enseignements erronés qu'ils ont forcément été obligés de recevoir de docteurs ignorants ou intéressés à leur cacher la vérité , reconnaîtront, guidés par les jalons que nous leur posons , la rectitude et la droiture du chemin que nous parcourons à travers l'histoire de l'antiquité.

A l'époque où la société était assise sur ses véritables bases, chaque individualité agissait et se développait à volonté, mais toujours d'après les règles qu'elle voyait ou sentait constituer et maintenir son milieu ou son centre. Alors aussi le pouvoir n'était ni âpre ni rude, mais au contraire bon et tolérant. Il ne se fâchait ni à la vue de la colère ni à la vue de la gaîté, qui restaient l'une et l'autre dans les mesures ; car la vérité enseignait que c'est Dieu lui-même qui fait la colère et la gaîté. Mais il ne faut pas s'imaginer que la vérité, appliquée au gouvernement politique des peuples , comme aux individus qui les composent , en fasse une existence tristement monacale , une monotonie comme

(1) Arislote, Métophy^iqvCy liv. xii, ch. 8.

l!VnoiH'CT10!(. IX

celle qui fut instîtaée à Sparte par Lycurgue , ou celle ()ui fui amenée par les castes dans certains lieux dans l'anliqoité. Le contraire sera prouvé dans les pages qui vont suivre. Toutes ces formes diverses appartiennent à l'époque où le vice et la force avaient déjà obscurci la vérité en fait de gouveniement. Rousseau a pressenti avec une grande justesse la nécessité du rétabliss^^ment d'un ordre social comme celui qui a existé primitivement parmi les hommes , quoiqu'il ne le connût pas , lorsqu'il disait dans son Contrat Social, au sixième chapitre du livre prenner : « Trouver une forme d'association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et )>ar laquelle chacun , sunissant à tous, n'obéisse pourtant qu'à lui-même et reste aussi libre qu'auparavant. > On a cherché depuis un siècle, et l'on n'a rien trouvé, parce qu'on cherchait dans le néant ou le vide , au lieu de s'adresser à la raison , à la science et à la nature.

Lorsque Thomme veut découvrir et connaître les lois de la chimie, de la physique ou de toute autre science, il n'opère pas dans le vide, son travail ne se fait pas sans la matière et uniquement par le raisonnement; il prend des substances offertes par la nature , il les manipule , les ordonne , les mesure , jusqu'à ce qu'ayant réitéré plusieurs fois ses opérations, il arrive enfin au résultat qu il s'était proposé, et qui satisfait aussi les personnes qui recommencent les mêmes opérations Pour découvrir et arriver à la connaissance des lois qui seules doivent et peuvent régir la société, il faut s'y prendre de la même manière. Mais comme leur essence et leur application sont multiples , qu'elles embrassent toutes choses , autant intellectuelles que matérielles , pour les saisir et les connaître , pour les appliquer ensuite au but qu'on se propose . il faut de toute nécessité saisir et connaître dans leurs généralités les lois de la nature de toutes choses. Le chantier des opérations est rempli , encombré même de matériaux admirables , mais qui gisent gratuitement çà et là ! C'est en les rassemblant en un faisceau , en les comparant , en les proportionnant , Qu'on arrive à la vérité appuyée et prouvée par la science des choses.

La constitution primitive des peuples de l'antiquité . fondée sur la connaissance de Dieu , de Thomme et des lois du monde, peut être comparée à un vase brisé , dont certains débris sont éparpillés et d'autres anéantis. Mais si l'on se donne la peine de rassembler les débris épars , e\. %v Q^i Vfe%

X INTRODUCTIOM.

compare entre eux, on peut, jusqu'à uo certain point, reconstituer ceux qui manquent ou qui sont perdus. Or les débris isolés et subsistants de ces anciennes constitutions nous conduisent impàrieusement à un ordre social infiniment plus développé, plus par£ait et plus vrai que ce qu'on s'imagine hamtuellement , et cet ordre social était basé sur une constitution tirée des lois générales du monde , et dans laquelle il n'y avait ni abstractions ni arbitraire. *

Dans une antiquité très reculée , il y avait dans une partie de rOrient et en Occident , surtout en Grèce , une haute science ésotérique , conservée dans les sanctuaires religieux et dogmatiques. Cette science donnait aux initiés , aux intelligences pénétrantes, cultivées et douées de vertus, qui sentent et voient de l'œil de l'esprit, la clef sacrée de l'ordre admirable et majestueux qui règne dans le monde physique et intellectuel; elle leur onvrait la connaissance de la loi de l'univers. Cette science privilégiée , mais donnée à l'aristocratie de l'intelligence et de nu>ralité , avait deux branches : 1° la branche Indo-chinoise-orphique , qui s'étendait par l'Egypte , sur la Phénicie et la Syrie , et par le Caucase , sur la Grèce et l'Italie ; 2" la branche Zoroastrien ne-mosaïque , qui enveloppait les peuples sémitiques. De là, les différentes analogies dans les différents pays. A cette époque l'esprit humain était encore à jeun , vierge de toutes les spéculations abstraites développées depuis ; l'esprit était uniquement synthétique , composé d'idées fondées sur l'observation et l'expérience. Il était ensuite désintéressé dans la recherche de la vérité et ne la poursuivait que pour l'amour du bien. 11 est impossible d'assigner une époque précise à l'origine du code de la loi générale , parce que nous manquons de documents historiques écrits sur cet objet. L'origine des associations des francs-maçons , des frères maçons libres , constructeurs du moyen âge , ne nous est-elle pas parfaitement inconnue aussi ? ce qui ne les empêche pas cependant d'avoir existé. Leur histoire est fragmentaire, parce que leur science était secrète , et par conséquent orale ; on ne confiait ni au parchemin ni à la pierre la clef des secrets del'arl.ll en a été ainsi pour les collèges hiératiques , conservant dans la haute antiquité la loi suprènoc de l'univers.

L'esprit de l'époque dont nous nous occupons était plus cncyclo()édique qu'analytique. L'individualité cherche depliis des siècles à reconquérir l'âge dor par l'analyse; elle

Page 1