CHAPITRE PREMIER. LE MONDE SELON LE PRÂTRE CHRÉTIEN
tous les cas , il est bien sûr que le phénomène qui apparaît au parvis à l'homme sortant de l'église et dont nous parlions tout à l'heure . est frappant, conséquent et écarte une foule d'hommes raisonnables des pratiques et des cérémonies de l'église, aussi bien protestants que catholiques.
Des malheurs frappent-ils un homme ou un peuple , malheurs que souvent ils auraient pu empêcher ou atténuer, le prêtre dit aue c'est Dieu qui vient éprouver par eux le juste ou châtier les méchants. Des sinistres physiques frappentils des nations et des contrées , c'est encore Dieu qui les éprouve ou les punit. Non satisfait des désastres naturels et produits par les nécessités inévitables qui proviennent de la structure du monde et de son organisme intérieur, le prêlre chrétien en allègue et en crée d'artificiels avec sa classe pour arriver à ses fins. En méprisant la raison , en dédaignant la science , c'est-à-dire la pénétration des choses , il travaille à faire croupir la société dans l'ignorance et l'abrutissement, dans la superstition et le fanatisme, ou à l'y mettre. Voilà dix-huit siècles et demi que cela dure !
Par l'ignorance et l'abrutissement, le prêtre gouverne les multitudes, travaille à les rendre craintives et dociles à ses vues; par la superstition et le fanatisme, il les fait se révolter en les excitant à exterminer les hommes d'intelligence et de cœur qui , par leurs travaux et leur expérience cherchent à éclairer leurs semblables , en leur communiquant les lumières acquises , soit par une intuition naturelle , soit par l'élude et l'observation du monde et des scènes multipliées et variées qu'il présente.
Il n'y eut jamais un état aussi désolant , aussi çlésespéré , une situation aussi relâchée, un abaissement aussi profond, un asservissement aussi puissant, une aussi vaste ruine'de tout bien et de tout beau , que dans le monde romain du ii* au V'sièclede l'ère vulgaire. C'était lefait des prêtres chrétiens qui occasionnaient une immensité de maux ; puis ils montraient ces maux pour dégoûter de la vie active et établir leur thèse , que la terre n'était quune vallée de larmes. En sorte qu'ils créaient les arguments fâcheux , et puis montraient le fâcheux pour prouver qu'ils avaient raison.
Non content de présenter aux mortels la terre, ce reflet de l'esprit producteur , comme un enfer , le prêtre fort a travaillé et travaille sciemment encore tous les jours , tandis que le faible travaille à son insu à l'abîmer moralement et matériellement pour le rendre un véritable enfer. Son problème et son but sur le travail laïc , sont d'en détacher les
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bommee le plus posfiible , de la conquérir, de la posséder entièrement , d'en jouir exclusivement, et de savourer seul avec ceux de sa caste toutes les joies, tous les plaisirs, tous les bonheurs , toutes les fêtes , toutes les voluptés que le Créateur avait conçus pour tous les hommes , selon les degrés de leur organisation , l'élévation de leur intelligence et la mesure de leurs vertus. Car la jouissance des biens n*est pas arbitrairement laissée au hasard par les lois divines. Il faut savoir les gagner , il faut les mériter, il faut savoir les apprécier, les utiliser pour sa satisfaction personnelle dans de justes limites et pour celle des autres selon les mesures des lois normales. La véritable théologie l'enseigne et le montre ; mais le prêtre chrétien et son dogme vide laissent flotter tous les biens au gré des malhonnêtes gens et des imbéciles. Quelle triste et désespérante doctrine !