‹ Théologie cosmogonique; ou, Reconstitution de l'ancienne et primitive loiChapitre 97 sur 154 · LES ALBIGEOIS · texte numérisé non relu

LES ALBIGEOIS

Au commencement du xiii» siècle quehjues populations du midi de la France se révoltèrent à la vue et à la pensée des richesses terrestres dont les ordres religieux et les seigneurs temporels et ecclésiastiques étaient en possession et qui contrastaientsi formellement avec les principes de pauvreté du christianisme. Les Vaudois comme les Albigeois espéraient en un nouveau messie qui réaliserait l'égalité évangelique dans la société, sans prêtres, sans nobles et sans riches, et oui rétablirait la vie en commun des premiers chrétiens, et Qontla tradition ne s'était jamais perdue parmi eux.

Le célèbre saint François d'Assises avait sur les biens terrestres possédés par les riches laïcs et les sacerdotes, les mêmes idées que les Albigeois. Il renonça à la fortune , et . en dépit des richesses dont jouissaient les communautés bénédictines, il fonda un ordre de moines mendiants , qu'il

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eut grand'peine à faire approuver par le pape Innocent III (1209). L'opinion était fortement prononcée en faveur des moines franciscains et le mépris des richesses qu'ils prêchaient. Le pape Innocent III n'avait approuvé qu'avec difficulté et que provisoirement leur établissement. En 4223 Honoré III sanctionna solennellement cet ordre.

Mais il paraît que, pour neutraliser les suites des prédications des franciscains, qui, expression claire et nette de l'opinion et surtout de l'opinion des masses travailleuses et popiilaires, avaient un grand succès, le parti propriétaire d'alors engagea un chanoine d'Osma , en Castille , occupé de la conversion des Albigeois depuis l'année 1205, de fonder à Toulouse un nouvel ordre religieux. Mendiants par leurs statuts, ces moines prêchaient dans l'esprit de la cour de Rome et dans l'intérêt des heureux du siècle qui détenaient la presque totalité des biens de la terre. Par leurs prédications, ils faisaient le contrepoids de celles des franciscains. En 1216 le pape Innocent III donna sa sanction à l'ordre des dominicains nommés /ra(re« prœdicatores.

Il ne faut pas se borner à voir une simple querelle de dogmatique religieuse dans les troubles occasionnés par les Albigeois. L'église de Rome et ses écrivains veulent le faire croire ; les auteurs du temps ne parlent aussi que des hérésies de ces populations , mais ces hérésies ne portaient pas uniquement sur des articles de foi , mais bien sur la jouissance des riches , sur l'abus de la grande propriété et ses contradictions avec les enseignements du fondateur du christianisme. Or, ces abus étaient portés à leur comble par le clergé, les évêques comme les prêtres inférieurs , et surtout par les grandes congrégations religieuses. Lorsque les croisés riches et puissants assiégeaient, en 1213, Béziers, ceux qui défendaient la ville jetaient hors des remparts le livre des Evangiles, en prodiguant l'insulte aux assiégeants: Voilà , disaient-ils, votre loi , nous n'en avons que' faire : gardez-la (1). Les Albigeois s'étaient aperçus, à ce qu'il paraît, que cette loi était resiée une lettre morte , et que , loin de la suivre, les propriétaires d'alors, prêtres et laïcs , l'avaient enfreinte sur tous les points tout en voulant la faire respecter par les pauvres. La ville de Béziersfut prise, pillée et brûlée, et on fit un grand carnage de ce que les auteurs ecclésiastiques du temps nomment les infidèlei. C'est à cette

(1) Grande chronique de Matthieu Paris, règne de Jean sans Terre, année 1213.

occasion et dans l'embarras où l'on était de distinguer les hérétiques des orthodoxes , qu'Arnold , abbé de Cîteaux, hqmme féroce, véritable nature arabe, s'écria : « Tuez-les tous, le Seigneur connaîtra bien ceux qui sont à lui (1). » On exécuta si bien les ordres de ce prêtre, que 17,000 Biterrois furent ou massacrés ou brûlés. Philippe Auguste ne voulut pas se mêler de la croisade contre les Albigeois : il se contenta de la permettre à ses vassaux. « J'ai aux flancs, écrivit-il au pape, deux lions grands et terribles, Othon, empereur, et Jean d'Angleterre ; ainsi je ne puis sortir de France : c'est assez pour le présent de permettre à mes barons de marcher contre les perturbateurs de la foi. »

La révolte des Stedinges, peuple germanique habitant sur la rive gauche du Weser, a quelque analogie avec les troubles du midi de la France. Les Stedinges, fiers de leur indépendance, ne purent supporter le joug et les abus du pouvoir des prêtres et des seigneurs. Révoltés en 1233, une croisade fut envoyée contre eux. En 1234 plus de quatre mille d'entre eux succombèrent sous le fer de leurs féroces ennemis.

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