‹ Théologie de l'image de Dieu chez OrigèneChapitre 106 sur 276 · n970. 12 (GACMSS AV, ps · texte numérisé non relu

n970. 12 (GACMSS AV, ps

sous peine d’un grave contre-sens, mettre sous les mots A6yoc ou ratio (chez Rufin) ce que nous entendons par raison, sous les mots Aoytxév ou rationabile le sens de notre mot raisonnable. La signification de ces termes n’est pas principalement philosophique et naturelle, elle est théologique et surnaturelle : la meilleure traduction de Aoyuxés serait « verbifié ». Dans la doctrine des Pères la jonction s’est faite entre le Logos-Raison des Stoïciens et le Logos-Parole, c’est-à-dire Révélation, de la tradition biblique et johannique : en outre la confusion qui s’est opérée dans le Moyen Stoïcisme et le Moyen Platonisme entre le Logos stoïcien et la deuxième hypostase du Platonisme, le Démiurge et le Modèle du Timée, donnait déjà au Logos grec tout un contenu mystique, qui préparait cette jonction. En dépit des apparences stoïciennes que peuvent présenter son vocabulaire et certains de ses textes, Origène se préoccupe peu du sens naturel, il n’a guère en vue que le surnaturel. Est logikos celui qui garde une participation surnaturelle au Verbe : le logos qui est en chacun de nous se confond avec le selon-l’image 264, Nous nous contentons d’affirmer pour le moment le caractère surnaturel de l’image et de la participation au Logos, afin d'éviter toute méprise : nous l’établirons plus tard, quand nous étudierons le contenu du selon-l’image en l’homme. Que le lecteur ne s’étonne donc pas de nous voir parler du logos qui est en chacun, ou des êtres logika, en conservant en français les mots grecs, car les mots raison et raisonnable l’égareraient, lui suggérant une signification qui a peu de rapports avec le sens authentique.

Deux points nous paraissent jouer un rôle décisif dans la christologie origénienne. D'abord le Christ est l’image avant tout par sa divinité, secondairement par son humanité. Et comme sa médiation est inséparable de sa qualité d'image — il est une image intermédiaire — il est principalement médiateur en tant que Logos, et non en tant qu'Homme-Dieu. Ensuite si Origène professe vraiment la consubstantialité et l’unité de la nature divine, il se représente cette nature comme le bien propre du Père, qui le communique au Fils et à l’Esprit : il ne distingue pas la question de la nature de celle de l’origine. La conclusion de ces deux conceptions sera sa tendance au subordinatianisme. Il paraîtra réduire le Logos-Dieu à son rôle de médiateur, et refuser d’en faire le terme de la prière, conjointement avec le Père. Il risquera de se représenter le Christ dans sa divinité comme une copie diminuée de Dieu. Enfin, si la nature divine est le bien premier

264. In ÿo., 11, 23 (17), x, 45 (29) (G. C. S., 1v, p. 79, 1. 27, p. 224, 1. 11). Le saint seul est logikos : In Jo. 11, 16 (10) (G. C. S., IV, p. 73, 1. 14).

du Père, elle semble lui appartenir à un titre supérieur à celui des deux autres Personnes. ù

Origène donne au mot image appliqué au Christ un double sens. Une signification contemplative : le Fils fait connaître le Père en le dévoilant intérieurement à l’âme; celui qui voit le Verbe connaît à travers lui le Père, puisqu’il est l'Image de Dieu. Une signification active : l’unité de volonté et d’action est totale entre les deux Personnes; le Fils est comme la volonté qui exécute ce que l'intelligence divine a décidé; il manifeste Dieu par son action, et son Incarnation nous révèle tout spécialement l’amour et la bonté de Dieu. Cet accent mis sur la volonté et sur l’amour fait sortir Origène de l’intellectualisme strictement contemplatif qui est celui de son condisciple Plotin.

Mais si l’image s’applique avant tout au Logos-Dieu, l'humanité qu’il a revêtue est aussi une image, une image médiate, qui se rapporte directement au Logos, non au Père. Elle a aussi un rôle exemplaire à l'égard des hommes. Il nous faut donc étudier la place de l’Incarnation dans la doctrine de l’image.

Page 1