In Jo., xXVIIT, 18 (14), XXXIL, 3, cf. p
d’Origène, l’âme de Jésus, y participe. Mais cette expression « l’âme de Jésus » exige d’abord que nous exposions comment Origène se représente la fusion du Dieu et de l’homme, l’union hypostatique : d’autant plus que la fusion du Verbe et de l’âme fait de cette âme l’image du Verbe. Or, pour éclairer la doctrine christologique d’Origène dans la mesure où elle concerne le Verbe incarné, nous devons donner de l’anthropologie de notre auteur quelques notions, qui nous serviront plus tard à étudier le selon-l’image en l’homme. Nous
commencerons donc par là.
Parfois Origène est dichotomiste, distinguant le corps et l’âme suivant l’usage du platonisme. Mais la plupart du temps, il voit selon l'Écriture trois éléments dans l’homme: l'esprit, l’âme et le corps. Il a recours à cette trichotomie, quand il s’agit d’expliquer son idée de l’homme, et il l’expose, chaque fois qu’il rencontre dans les textes une expression qui la suggère : et cela tout au long de sa carrière littéraire 8, Saint Paul représente ainsi l’âme disputée entre la chair et l'esprit; on retrouve la même distinction chez les gnostiques valentiniens, avec leur division des hommes en pneumatiques, psychiques et hyliques. Au sujet du tripartisme platonicien de l’âme Origène déclare qu’il ne le voit pas confirmé par l’Écriture. Il l’utilise cependant, appliquant le Oôuoc et l’ëmuvulx à la partie inférieure de l’âme, principe des imaginations et des passions ?.
8. Origène s’en sert pour exposer sa théorie des trois sens de l’Écriture dans HLev., v, 1 suivant un fragment grec (G. C..S. vi, p. 333, 1. 17 sq., p. 334, 1. 18 sq), que corrobore PA, 1v, 2, 4 (11) (G. C. S. V, p. 312, 1. 8 sq.), conservé lui-même en grec par la Philocalie. On peut lire sur la division trichotomique H. DE LuBac, Histoire et Esprit, p. 152 sq. Le Père de Lubac étudie les origines de cette division. IL voit dans le pneuma une ambiguïté : tantôt l’esprit paraît lié à l’âme, tantôt il la déborde: c’est pourquoi tantôt Origène le mentionne, tantôt il ne garde que la dichotomie âme-corps. « La trichotomie qui ne peut être comprise que dans la perspective d’une anthropologie dynamique et non pas comme description statique d’une essence n’est donc pas incompatible avec la distinction âme-corps » (p. 157). L’anthropologie origénienne est comme celle de saint Paul plutôt d'ordre tendantiel que d’ordre substantiel : il faut la comprendre en fonction du combat spirituel.
Etant donné la place dominante que nous semble tenir la représentation trichotomique, nous ne sommes guère d'accord avec M. BarDY qui écrit (art. cit., D. T. C., x1, col. 1534-1535) : « Mais cette seconde division (— la trichotomique), qui lui est en quelque sorte imposée par quelques passages de l’Ecriture, ne joue aucun rôle dans son enseignement, elle semble même contredire ce que nous avons appris concernant la chute des esprits et leur refroidissement, car l’âme nous est alors apparue comme un esprit déchu et alourdi ». Il est vrai que dans son enseignement sur la préexistence des âmes il n’est pas question du pneuma : cette doctrine est d’origine platonicienne, et suit ainsi le langage du platonisme. Mais elle est loin de constituer tout ce qu’Origène professe sur l’âme, et la division trichotomique est présente dans les chapitres mêmes du Peri Archon qui parlent de la préexistence (ainsi 11, 8). Quant à la contradiction que trouve M. BarDY, elle semblerait faire oublier que le mot français esprit est ambigu, quand il s’agit de traduire du grec et du latin, car il rend pareillement voÿc et nveüua, mens et spiritus. La duxh était dans la préexistence un vois et non un nvebua. Le pneuma exprime une certaine participation de ce noûs à la nature divine, qui subsiste dans la psyché déchue. Nous reviendrons sur ce sujet, quand il s’agira de situer le lieu de l’image de Dieu en l’homme : voir pp. 156 sq., 233 Sq:, 239.
9. Voir PA ut, 4, 1 (G: €: S., v, p. 264, L. 12 sq.), Sel in Ps., xvxr, 29 (P. G., xux, col. 1236 A) et les textes cités par KARL RAHNER, Le début d’une doctrine des cinq sens
L'esprit, rvedua, spiritus (par opposition au voÿs ou mens, qui est une partie de l’âme, la partie supérieure, et que nous traduirons par intelligence) est l'élément divin présent à l’âme. Il ne peut recevoir le mal en lui-même 1, Le Commentaire sur l’Épître aux Romains met en lui la conscience morale, qui en fait le pédagogue de l’âme : « Puisque je vois en lui une si grande liberté, puisque je vois sa joie et son allégresse dans les bonnes actions, alors qu’on ne lui reproche pas les mauvaises — lui-même les reproche à l’âme à laquelle il adhère — je juge qu’il s’agit ici de l’esprit : l’apôtre nous dit, nous l’avons enseigné plus haut, que l’esprit est associé à l’âme comme un pédagogue et un guide, pour lui apprendre le bien, la châtier et la réprimander quand elle pèche » 4, Mais cet esprit est à distinguer du Saint Esprit présent dans l’âme : « L’apôtre affirme clairement que cet esprit est autre que l'Esprit de Dieu, même quand le Saint Esprit est présent en nous, en plus de l’esprit de l’homme qui est en lui. Tantôt il déclare : Cet Esprit témoigne avec notre esprit que nous sommes des enfants de Dieu ©, Tantôt : Personne ne connaît ce qui concerne l’homme, si ce n’est l'esprit de l’homme qui est en lui; de même personne ne connaît ce qui concerne Dieu, si ce n’est l'Esprit de Dieu 1 ». Cet esprit est cependant une certaine participation au Saint Esprit : «Il y a plusieurs esprits, mais un seul procède vraiment de Dieu, et il donne à tous les autres la grâce de son nom et de sa sainteté 4». Aïnsi le sceau du Saint Esprit rend saint l’esprit qui est en nous 15. Dans l’application au Christ de la division trichotomique par un texte du Commentaire sur l’Épître aux Romains, la place du pneuma est
spirituels, p. 126, note 93. Dans HEz., 1, 16 (G. C.S. viux, p. 340, 1. 3 sq.), il essaie de concilier le tripartisme platonicien avec sa propre division : l’homme représente la partie raisonnable, le lion l’irascible, le veau la concupiscible, et l’aigle « l'esprit (spiritus) qui préside à l’âme, je veux dire l’esprit de l’homme qui est en lui » : à propos des quatre faces des Chérubins d’Ezéchiel.
10. In Fo., xxxi1, 18 (11) (G. C.S. 1V, p. 455, 1. 20 sq.) : de même HLew., 11, 2 (G.C.S,. Vi, p. 202, 1. 17 sq.). Dans PA 11, 8, 4 (G. C. S., V, p. 162, L. 11 sq.), Origène prétend qu’il est question d'âme dans l'Evangile à propos de trouble et de passion (Joan. XII, 27, Matth., xxVi, 38), et d’esprit lorsque le Christ se remet à son Père. Mais il est moins affirmatif en In ÿo. xxx11 18 (11) (1. 12 sq.), car il a lu en Ÿoan., XIII, 21-22 que Jésus fut troublé « en esprit ». Il explique alors que tout ce que fait ou souffre le juste, il le fait et il le souffre en esprit. Dans Fragm. in I Cor.,x (F. T.S. 1x, p. 239 sq.): « L'esprit scrute tout, même les profondeurs de Dieu. Seul l'esprit peut tout scruter. L'âme de l’homme ne peut pas tout scruter, mais il faut pour cela qu’il y ait en nous un esprit meilleur; puisque cet esprit est présent en nous, puisqu'il scrute tout, même les profondeurs de Dieu, puisqu'il est mélangé à nous, nous pouvons tout scruter avec lui, même les profondeurs de Dieu ».