CHAPITRE PREMIER
Nous avons vu qu’Origène distingue nettement la condition du Logos et celle de l’homme au sujet de l’image. Le Christ seul peut être appelé image de Dieu : l’image chez lui s’identifie avec la filiation, car il possède la divinité et les vertus qu’elle comporte de façon substantielle. L’homme n’est que « selon l’image » ou « image de l’image », image médiate de Dieu, image immédiate du Logos, qui est l’intermédiaire entre Dieu et lui; il est comparé à une image plastique qui ne saurait, à la différence de l’image filiale qu’est le Fils, reproduire fidèlement tous les traits du modèle; il possède les vertus de façon accidentelle, car elles sont susceptibles de croître ou de décroître en son âme.
Cette doctrine de la participation humaine à l’image, Origène la rattache exclusivement à l’Écriture. Mais il n’ignore pas qu’elle se trouve aussi chez les philosophes grecs. Il cite quelques phrases de l’Épître II de Platon 1, où est affirmée la parenté entre l’âme humaine et les réalités divines, et il prend plusieurs fois à son compte cette doctrine platonicienne ?. Aïnsi dans l’Exhortation au Martyre®: « Voici un homme qui aime la vie avec la persuasion que la substance de l’âme raisonnable a quelque parenté avec Dieu: ces deux êtres sont intelligibles, invisibles, et, comme le montre un décisif raisonnement, incorporels ». De même pour la ressemblance: « Le bien suprême, vers lequel se hâte toute la nature raisonnable, celui qu’on appelle la fin universelle, est aussi défini de la sorte par beaucoup de philosophes : devenir semblable à Dieu dans la mesure du possible #. Mais ils ne l’ont pas trouvé en eux-mêmes, ils l’ont pris, je pense, aux livres saints » 5. Conformément à son propos qui est d’être, non un philosophe, mais un interprète de la Bible, seules les affirmations de la Genèse et de saint Paul sont prises par lui en considération, même lorsqu'il les charge de spéculations plus ou moins helléniques d’origine.