D (XI, 1, p
23. Voir ARNOU, Platonisme..., col. 2325-2327, 2330; WILLMS, op. cit., pp. 20-22: FESTUGIÈRE, Contemplation. pp. 264 sq. Plotin voit aussi dans le père sa première hypostase et dans la cause sa seconde; cf. v, 1, 8 (p. 25 sq.).
S'il ne peut être question pour Aristote de parenté avec les Idées, à cause de sa critique du platonisme sur ce point, il semble cependant d'accord avec son maître sur la parenté avec les dieux-astres. Et il a trouvé pour cela dans le dialogue Sur la Philosophie, dont parlent Cicéron et d’autres auteurs, la théorie de l’éther, cinquième élément, essence intellectuelle, d’où sont tirés à la fois les astres et les esprits humains. Il croit ainsi donner une base plus positive à la conception platonicienne, qui restait toujours enveloppée dans les brumes du mythe. D'autre part une certaine idée de la parenté entre les esprits humains et l'esprit divin semble impliquée par la conception de la vénsts vonsewç suivant laquelle Aristote pense le Premier Moteur, et par celle de la contemplation intellectuelle, activité des dieux et activité suprême de l’homme ?4,
La doctrine de la parenté se retrouve dans le stoïcisme primitif: Dieu, âme ou raison (Logos) du Monde, est comme un souffle igné qui pénètre toutes les parties de l’univers, et dont la tension (révos) empêche leur séparation. Ce rôle hégémonique et provident que Dieu accomplit dans le macrocosme et qui explique la sympathie universelle — d’où vient la parenté entre les hommes et Îles astres, car ils sont les uns et les autres des parties de l’univers, auxquelles Dieu est présent comme Intelligence — l’âme individuelle, souffle igné qui a son siège dans le cœur, le remplit dans ce microcosme qu’est l’homme. Cette parenté paraît devoir être conçue de façon panthéiste, lPâme humaine étant une parcelle ou une émanation (éréoraoux) de l’âme universelle. Cependant la morale et la prière du Stoïcien, qui atteint la mystique dans l’Hymne à Zeus de Cléanthe, s'adressent à un être transcendant, père des hommes et réglant tout dans l’univers pour leur bien : l’idée d’imitation n’est pas absente non plus du Portique. La notion de filiation, de parenté au sens propre, se substitue alors à celle de partie ou d’émanation ?5.
Le terme d’image de Dieu appliqué à l’homme se rencontre incidemment chez quelques écrivains latins, qu’on rattache souvent au Stoïcisme Moyen de Posidonius d’Apamée (11 et 127 siècles avant Jésus-Christ) : ainsi Cicéron, Manilius, Ovide, Sénèque #%. Son
24. FESTUGIÈRE, La révélation. 11, Le Dieu cosmique, p. 252 sq. ( quinta quaedam natura, ab Aristotele inducta primum, haec et deorum et animorum » (CICÉRON, Tusculanes, 1, 26, 65). Origène mentionne cette théorie aristotélicienne de l’éther, cinquième élément : » (Aristote et les Péripatéticiens) disant que l’éther est immatériel, et qu’il forme une cinquième nature en plus des quatre éléments » (CC, 1v, 56. G. C. S. 1, p. 320, L. 13-15). Et dans le PA 1x, 6, 6 (G. C.S., v, p. 288, 1. 21 sq.) : la foi de l’'Eglise ne reçoit pas ce que prétendent certains philosophes grecs, qu’il y ait en plus des quatre éléments un cinquième corps, quod per omnia aliud sit et diversum ab nostro corpore : une telle théorie ne peut trouver aucun appui dans l'Écriture. Sur la vénoic voñoswc voir E. BRÉHIER, Histoire de la Philosophie, t. I, pp. 221 sq et sur la contemplation, pp. 249 sq. :
25. Voir dans FEsTUGIÈRE, La révélation. 11, Le Dieu cosmique, pp. 310 sq., sur l’'Hymne à Zeus de CLÉANTHE. os
26. Cf. MERKI, ob. cit, pp. 67 sq. Philon relève aussi de Posidonius : nous en parlons avec la tradition judéo-chrétienne.
origine est à la fois la parenté stoïcienne et la platonicienne Posidonius, commentateur du Timée, a subi les deux influences. Cette image de Dieu ne semble pas désigner l’âme humaine seule, mais l’homme dans son entier. En effet les passages de Cicéron et d’Ovide ?? qui associent l’image ou la parenté à la stature droite ne permettent pas d’exclure le corps. D'ailleurs le dualisme platonicien est hors de la vision du Portique : l’unité que forment le corps et l’âme est l’image de celle que constituent le monde et la divinité.
La toile de fond de cette conception stoïcienne est toujours le culte des astres. Pline l’Ancien loue l’astronome Hipparque (du 11° siècle avant notre ère) « pour avoir établi, mieux que personne, la parenté (cognationem — ovyyéverav) des astres avec l’homme, et montré que nos âmes sont une parcelle du feu céleste » ?. Franz Cumont ?* attribue à Posidonius la grande vogue que connaîtra la religion astrale dans les générations suivantes, où elle sera l’éducatrice du mysticisme des méso- et des néoplatoniciens, substituant son extase sereine et contemplative aux débordements des cultes dionysiaques et phrygiens. La parenté de l’âme avec les étoiles vient de ce qu’elle est de nature ignée #0,
Si, pendant les deux siècles qui précèdent et les deux siècles qui suivent l’ère chrétienne, la philosophie maîtresse est un éclectisme formé surtout de stoïcisme et de platonisme, le stoïcisme prédomine cependant avant Philon et le platonisme après lui. Alors que les tenants du Moyen Stoïcisme — Posidonius excepté, s’il faut en croire Fr. Cumont #l — ne semblent pas croire en l’immortalité de l’âme individuelle, cette immortalité devient l’un des dogmes du Moyen Platonisme. L’attitude du Stoïcien devant le monde est optimiste, puisque Dieu pénètre l’univers : il faut donc accepter la condition où Dieu nous a mis et travailler en accord avec la raison universelle; on retrouve cette idée chez les trois principaux représentants de l’école
27. CicÉRON, De Legibus, 1, 7-8; Ovipe, Métamorphoses, 1, 83-84. Voir aussi MANI- LIUS, Astronomica, 1V, 888 sq.