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165. Ezéch., XXXIV, 31 : ce n’est pas une citation littérale,
166, Joan., x, 27:
portée par saint Jérôme et Justinien: Origène aurait, à la fin du premier livre du Peri Archon, professé la métempsychose, sous sa forme la plus grossière, la transmigration de l’âme humaine dans un corps animal, telle que la tenaient platoniciens et pythagoriciens. Saint Jérôme 1$7 cite un texte d’Origène qu’il traduit ainsi: « C’est l’œuvre d’une grande négligence et d’une grande paresse, de faire tomber quelqu'un peu à peu, et de le vider tellement de luimême, qu’il puisse à cause de ses vices, être lié au corps grossier d’une bête sans raison ». Et dans le paragraphe suivant il présente de la sorte la pensée d’Origène : « Après avoir traité tout cela de façon variée, affirmant que le diable n’est pas incapable de vertu, mais qu’il ne veut cependant pas encore vivre vertueusement, à la fin du livre, il discute abondamment pour savoir si un ange, une âme humaine ou un démon — il affirme qu’ils sont de même nature, mais de volontés diverses — ne peut pas devenir une bête à cause de sa grande négligence ou de sa grande sottise, et préférer aux tourments des châtiments et à l’ardeur du feu d’être un animal, qui habite dans les flots, ou de prendre le corps de telle ou telle espèce de bestiaux : nous devrions craindre ainsi de recevoir le corps non seulement d’un quadrupède, mais d’un poisson! Et à la fin, pour ne pas être accusé d’être un tenant de la métempsychose pythagoricienne, après une si abominable discussion qui a blessé l’âme de son lecteur, il ajoute : Nous ne présentons pas cela comme des doctrines à tenir, mais comme des questions, que nous ne devions pas négliger entièrement de traiter ». Et Justinien cite dans le même sens deux fragments du Peri Archon : « En tombant du bien, en s’inclinant vers le mal, et en y demeurant longtemps, l’âme, si elle ne se repent, est bestialisée (&moxrnvodroa) par sa sottise, et rendue sauvage (&roBnptodrou) par sa méchanceté. — Pour devenir déraisonnable (&\oyw0fve) elle choisit, pour ainsi parler, la vie aquatique (évupov); et c’est peut-être en punition de sa chute dans le vice, qu’elle revêt le corps terrestre (obSeÿ, venant vraisemblablement de obBac, terre, mot que Delarue et Mansi corrigent en ÿ3xpñ, aquatique, et que Koetschau supprime) de l’animal sans raison que voici (rosodSe) » 168, D’après la traduction de Rufin Origène exposerait la théorie de la métempsychose comme conséquence des vices, mais la rejetterait nettement: Delarue, dans une note de son édition, reproche à Rufin d’avoir falsifié la vraie pensée de l’auteur, que conserveraient Jérôme et Justinien. Cependant cette accusation est bien invraisemblable. Huet 169
167. Ad Avit., 3-4 (P. L. xx, col. 1061, 1063). Saint Jérôme croit convaincre à nouveau Origène de tenir la métempsychose dans le livre 4 du Peri Archon (Ad Avit., 14 col. 1071), à propos d’un texte qui ne semble guère l’affirmer, même dans la traduction que saint Jérôme en donne.
168. PA 1, 8, 4 (G. C.S. v, p. 104, I. 8 sq. ou P. G. x, col. 180 B sq. ou Mansi 1x, col. 529 C). Pour l'explication de la traduction que nous donnons de la dernière phrase, voir p. 204, note 181.
169. P. G. xvu, col. 015 B sq., voir ibid., Apol. Pamph., col. 608 B sq.
donne une liste abondante de textes origéniens condamnant la métempsychose, et parfois en termes très forts. Et on ne peut même pas parler d'évolution à ce sujet dans la pensée d’Origène, puisque cette même condamnation est contenue dans un fragment du Ile Livre du De Resurrectione, conservé par l’Apologie de saint Pamphile, et le De Resurrectione est, suivant Eusèbe, de la même période que le Peri Archon 17, On peut citer encore le VIe Livre de l’In Joannem 17, plusieurs passages de l’In Matthaeum 12, du Commentaire sur l’Épître aux Romains F8, de l’In Canticum Canticorum 1%, un fragment grec édité avec l’Homélie IV sur Luc15, un fragment sur les Proverbés conservé par saint Pamphile 1%, et enfin plusieurs morceaux du Contre Celse, dirigés contre Pythagoriciens et Platoniciens 177, Devant cette abondance de textes, Huet ne peut s'empêcher de conclure : « Maintenant au lecteur équitable de juger s’il ne faut pas accorder plus de foi à tant de témoignages si clairs qui suppriment la métensomatose l’8, qu’aux allégations de Jérôme et de Justinien qui prétendent l’établir » 1,
Mais les deux accusateurs n’ont pas inventé cependant ce qu’ils ont lu, et les mêmes affirmations se retrouvent dans l’un et dans l’autre : notamment l’allusion à la vie aquatique et à la chute dans un corps animal. Huet suppose que Jérôme et Justinien n’ont pas compris qu’ils attribuaient à Origène la doctrine que justement ce dernier combattait, en la mettant dans la bouche d’un adversaire : à la différence de Delarue, il semble donc considérer la version rufinienne comme valable. D'ailleurs saint Jérôme rapporte les paroles d’Origène affirmant qu’il s’agit simplement d’une question posée et non d’un point de doctrine, mais il ne semble pas croire à la bonne foi de son adversaire, et il considère cela comme une manière hypocrite de faire passer des opinions vicieuses.
Nous serait-il permis, en l’absence du texte original, de hasarder une autre explication ? Il se peut qu’Origène ait exprimé des idées analogues à celles que nous avons examinées dans cette partie de chapitre, sur les images bestiales, sur la ressemblance des animaux
170. P. G. x1, col. 94 D ou Apol. Pamph., P. G. xvix, col. 596 C. Pour la date du De Resurrectione voir EUSÈBE, Hist. Eccl. vi, 24, P. G:. xx, col. 577 B.
171. In Jo., VI, 10-14 (7) (G. C. S. IV, pp. 119, L. 24 sq.).
172. In Mi., vit (d’après Apol. Pamph., P. G. xvur, col. 608 C), x, 20, XI, 17, XII, 1-2 (GC: Sx;'p.27, 1. 25 6q., p. 64, L'T8 sq. p: 173, Lx sq.).