In Rom., v, 1, VI, 8 (P. G. xIv, col. 1015 AB, 1083 À
174. In Cant., 1 (G. C. S. vx, p. 147, 1. 9 sq., P. G. ximr, col. 126 CD).
1751 G7 CS 1Ix, p.29; 8:84.
176. P. G. xt, col. 17 À ou Apol. Pamph., P. G. xvur, col. 613-614 D.
177. CC ini, 75, IV, 17, V, 49, VI, 30 (G. C. S.1, p. 267, 1. 11 sq., p. 286, 1. 24 sq.; 11, p. 54, L. 1 sq.: p. 245, L. 24 sq.). Dans CC v, 29 (G. C. S. 11, p. 31, 1. 7). Origène distingue nettement de la métempsychose sa théorie de la descente des âmes dans les corps.
178. C’est le terme habituel d’Origène, plutôt que métempsychose. .
179. Au sujet de cette accusation de saint Jérôme voir aussi G. BArDY, art. Origène (D. T. C.), col. 1533.
que nous contractons par nos vices, sur la déchéance des logika en &oyx par le péché: non évidemment au sens corporel pour prôner la métempsychose, mais au sens spirituel, comme dans tous les passages que nous avons étudiés. Les textes cités par saint Jérôme et par Justinien peuvent être compris dans cette perspective si on remarque : que la vie aquatique, dont il est question chez les deux, désigne dans la symbolique d’Origène un mode de vie démoniaque 1°; que le corps grossier ou le corps terrestre 181 d’une bête sans raison, dans lequel l’âme humaine se verrait précipiter, peut ne pas désigner, à proprement parler, un corps d’animal, mais le corps humain lui-même, qui est animal par sa nature, semblable à celui des bêtes 12, Ces textes viseraient donc la descente des âmes dans des corps terrestres par suite du péché, la seconde création de l’homme : car en revêtant le corps matériel, l’homme a superposé à sa nature raisonnable, au sens origénien, une nature déraisonnable, à l’image de Dieu les images bestiales, ou, ce qui est pareil, l’image du diable, le « premier Terrestre » 183, Jérôme et Justinien auraient donné à ces affirmations, qui ont un sens spirituel, une signification littérale, prenant les mots prout sonant, sans comprendre le perpétuel symbolisme de la pensée origénienne, et les textes clairs exprimés ailleurs. Rufin n’y aurait pas compris davantage, mais, connaissant les condamnations que porte Origène contre la métempsychose, il aurait cru, suivant sa thèse habituelle, le texte interpolé, et y aurait ajouté un désaveu tiré d’ailleurs 184,
180. Voir p. 195, note 125. La formule iv’ oÿrwc eïro, « pour ainsi dire », montre bien qu’il s’agit d’une « vie aquatique » symbolique.
181. Le texte de l’Epître à Ménas que nous avons cité n’est pas sûr. DELARUE et MANst1 portent : couata oùden rouobôe Coov &A6yov (Mansi écrit où 7%, ce qui est incompréhensible) : tous deux corrigent oùôeñ en 55xpñ, aquatique. KOETSCHAU lit : o@ua <rot»obde à touobôe &Abyou Coov. Tous trois croient que ce passage exprime la métempsychose et le modifient en conséquence, Delarue et Mansi en fonction de la vie aquatique dont il est question juste avant. Nous sommes d’avis de garder la leçon telle quelle, et de faire de oùdeñ l’accusatif pluriel neutre d’un adjectif oùôeñc, qui viendrait de où5ac, terre. Cet adjectif est à notre connaissance un hapax, mais un adjectif oùSñeuc est attesté par l'Odyssée, v, 334 et x, 136, selon ce qu'y lisait Aris= tote (édition V. BÉRARD, Collection des Universités de France, tome I, p. 159, tome II, p. 60, d’après les notes critiques). Le mot vrouodSe ({éov &A6you) a un sens démonstratif : tel que voici, tel que tu me vois et peut donc s'appliquer au corps humain.
182. Il est vraisemblable que la traduction de saint Jérôme est orientée par le sens qu’il lui donne, et il est possible que les fragments de Justinien ne soient pas d’une authenticité absolue dans tous leurs détails,
183. Il faut remarquer que d’après le texte de Justinien en question la descente des âmes dans les corps n’est présentée que d’une façon hypothétique téxx (« peutêtre ») : il en est de même pour la préexistence qui lui est liée (voir p. 132 et p. 136, note 49 pour la préexistence de l’âme du Christ).
184. Un texte de l’In Matthaeum (x1, 17 : G. C. S. x, p. 64, 1. 18), à propos des petits chiens qui mangent les miettes tombant de la table des maîtres, confirme notre hypothèse : « D’autres, étrangers à l’enseignement de l’Eglise, prétendront que les âmes passent de corps humains dans des corps de chiens par suite de leur grande malice. Mais nous, nous n’avons rien trouvé de semblable dans les divines Ecritures : nous disons en conséquence que trop de paresse et de négligence peuvent diminuer chez un homme sa qualité de logikon; et de même celui qui se trouve dans une disposition d’esprit déraisonnable, parce qu’il a négligé le Logos, peut progresser
La confusion commise par saint Jérôme et Justinien peut bénéficier d’une excuse. Le thème des images bestiales est une véritable transposition de la métempsychose, professée par bien des philosophes grecs, mais étant symbolique et morale, cette transposition reste dans l’orthodoxie chrétienne. Ou plutôt chez les Grecs, la transformation morale de l’homme en bête précède la transformation physique dont elle est la cause: on le voit encore chez Plotin 15, Mais Origène n’a conservé que le premier stade du processus, seul compatible avec le dogme, l’assimilation de l’homme à l’animal par la passion et le péché.
Le P. Hugo Rahner, qui a consacré quelques pages 186 aux thèmes que nous venons d’étudier, juge cette « théologie animale étrangement profonde » (die seltsam tiefsinnige Tier-T'heologie). Il signale des développements analogues chez Philon 187, Un texte des Homélies sur Josué, conservé en grec par la Philocalie 188, développe une idée vraiment étonnante : il a pour but d’exhorter ceux qui ne comprennent pas les Écritures à ne pas perdre courage et à continuer leur lecture : car, même si « leur intelligence reste inféconde », les paroles sacrées n’en agissent pas moins sur eux à leur insu, à la manière d’une incantation qui charme leurs tendances. Les « puissances » (Guvéuerc) 189 bonnes qui sont en eux s’en trouvent fortifiées, car
jusqu’à redevenir logikos, et celui qui était un petit chien, qui aimait à manger les miettes tombant de la table des maîtres, peut recevoir la condition de fils. La vertu contribue grandement à faire de nous des enfants de Dieu, mais la malice, les paroles injurieuses et rageuses, l’impudeur, méritent à un homme, selon l’Ecriture, le nom de chien. On peut penser de même de toutes les autres appellations d'animaux sans raison ». On voit d’après ce texte : que la métempsychose est contraire à l’enseignement de l’Eglise — de même dans In Ÿo., VI, 10-14 (7), cité p. 203, note 171 : seul l’adversaire de cette doctrine est qualifié d’éxxAnotuorixôs —; que la négligence et la paresse diminuent notre caractère de logika; que les vices nous assimilent d’une certaine façon aux animaux.
185. « Chaque fois que Plotin fait allusion à la métensomatose, il prend soin de noter que les récompenses et les châtiments qui suivent la mort ne sont que les suites logiques de la vie antécédente et pour ainsi dire l'empreinte qu’elle a laissée dans l’âme elle-même... Ainsi interprétée, la métensomatose prend une valeur morale authentique tout en gardant un sens pour ainsi dire physique » (GANDILLAC, op. cit., pp. 37-38). Toute âme est composée pour Plotin d’une partie raisonnable et d’éléments inférieurs qui sont bestiaux (Enn., 1, 1, 7 : pp. 44, L. 2 sq.) : l’homme laisse par la passion la bestialité dominer sur lui. Ces idées se retrouvent chez Platon : cf. GOLDSCHMIDT, La religion de Platon, pp. 75 sq. |
186. Das Menschenbild.…., pp. 222-226. Voir aussi T'AVARES BETTENCOURT, op. cit., PP-+ 49-50. £ 4 ;
187. De Abrahamo, 32-33 (V, p. 7) : à propos de l’appellation donnée à Noé «homme juste ». « Il ne faut pas ignorer que par le mot homme n’est pas désigné suivant la signification commune l’animal raisonnable et mortel, mais celui qui l’est par excellence et qui réalise vraiment ce nom, parce qu’il a chassé de son âme les passions sauvages et furieuses, la méchanceté bestiale. Et en voilà un signe : au mot homme il ajoute le qualificatif juste, parlant d'homme juste, comme si aucun injuste n’était homme — il faudrait parler plus exactement de bête à forme humaine —, comme si seul était homme celui qui a le zèle de la justice ».