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CHAPITRE III

Si la Rédemption par le Christ, jointe à notre pénitence personnelle, nous redonne l’image reçue à la Création, l’œuvre de notre assimilation à Dieu n’en est pas pour autant achevée. Le progrès spirituel ne consiste pas seulement à nettoyer l’effigie du roi des souillures qui la cachent : c’en est simplement l’opération préliminaire. Il ne suffit pas à l’homme d’être marqué, comme une monnaie, par l’empreinte divine : cela n’est qu’un point de départ. L'image n’est qu’une divinisation inchoative, en puissance. Le but, c’est de ressembler à Dieu le plus possible, par l’intermédiaire de son Verbe. La distinction de l’image, donnée au début, et de la ressemblance, fin de la vie humaine, que nous avons trouvée chez les Platoniciens, chez Irénée et Clément, garde aussi une place importante dans la doctrine origénienne de l’image.

Nous étudierons d’abord cette distinction chez Origène. Puis nous verrons les différentes voies du progrès spirituel, en tant qu’elles ont rapport avec l’image : l’imitation de Dieu et du Verbe, en corrélation avec d’autres thèmes, qui expriment la même réalité, mais font plus nettement du Logos l’agent principal de cette ascension; la contemplation qui nous transforme en l’image du Christ; la réception du Saint Esprit dans l’âme. Et pour conclure, nous examinerons la solution que donne ainsi Origène au problème que pose l’action de la grâce et de la liberté humaine.

$ 1. — La distinction de l’image et de la ressemblance

Il faut remarquer tout d’abord qu’Origène ne se tient pas plus fidèlement que Clément à cette distinction. Certains textes disent que l’homme a été créé dès le début selon l’image et selon la ressemblance 1. Dans d’autres passages, inspirés de saint Paul, l’image est présentée

1. PA 11, 11, 3 (G. C.S. v, p. 186, 1. 12), HGen., 1, 13 (G. C. S. vi, p. 16, 19 r8 sq), xx, 4 (cbid., p. 119, 1. 23 sq.), Sel in Ps., 4, 3 (P. G. xu, col. 1140 B), HLev., 11, 2 (G. C. S. vi, p. 290, L. 22 sq.), HLuc, XxXxIxX (G. C.S. 1x, p. 229, 1. 7 sq.), In Jo., ur,

23 (17) (G. C. S. 1V, p. 79, I. 3 sq).

comme le but du progrès spirituel, sens ordinairement réservé à la ressemblance ?.

L’exposé le plus clair est fait par le Peri Archon . « Le bien suprême, vers lequel se hâte toute la nature raisonnable, celui qu’on appelle la fin de toute chose, est aussi défini de la sorte par de nombreux philosophes : devenir semblable à Dieu dans la mesure du possible 4. A mon avis, ils ne l’ont pas trouvé d’eux-mêmes, mais pris aux livres saints. Cela Moïse l’a le premier signifié, lorsqu'il raconte la première création de l’homme : Dieu dit, faisons l’homme selon notre image et notre ressemblance. Puis il ajoute: Et Dieu fit l’homme, il le fit à l’image de Dieu, il le fit mâle et femelle et les bénit. Par ces mots : Il le fit à l’image de Dieu, en ne parlant pas de la ressemblance, il montre que l’homme a reçu, dans sa première création, la dignité de l’image, mais que la perfection de la ressemblance est réservée pour la fin : à savoir que lui-même doit l’acquérir par ses propres efforts en imitant Dieu, afin qu’ayant reçu au début par la dignité de l’image une possibilité de perfection, il puisse la consommer à la fin en parfaite ressemblance par l’accomplissement des œuvres. Mais l’apôtre Jean affirme qu’il en est ainsi avec plus de clarté et d’évidence lorsqu’il dit : Mes petits enfants, nous ne savons pas encore ce que nous serons; lorsqu'il nous sera révélé — il parle sans aucun doute du Sauveur — nous lui serons semblables. Par là il montre avec certitude ce que sera la fin de toutes choses, qu’il dit encore ignorée, et la ressemblance divine qui nous attend, en proportion de nos mérites ». Origène se base donc sur la Genèse 1, 26-27, et sur la Prima ÿoannis, 111, 2 : pour ce qui concerne le premier passage il prend occasion de ce que la ressemblance est mentionnée par Dieu dans l’expression de son projet, non dans sa réalisation. Dans ce texte Origène met fortement l’accent sur l’effort personnel, mais nous verrons dans la suite qu’il est loin de passer sous silence l’action de la grâce et qu’il lui donne même la première place. Enfin la ressemblance s’acquiert par l’imitation de Dieu.

On retrouve la même distinction dans l’In Yoannem 5 : il nous faut pour obtenir la ressemblance aller consciemment vers Dieu, en laissant tout attachement pour la matière. Le Commentaire sur l’Épître aux Romains 6 reprend l’exégèse de Gen. 1, 26-27 : pour devenir semblable à Dieu il faut se confier à lui. De même l’Homélie XIII sur Ézéchiel 7 qui cite en outre Z Yoan., 111, 2. On lit dans le Peri Euchès : « Le vrai pain 8 est celui qui nourrit le vrai homme, l’homme fait selon l’image

. Voir le $ 3 sur la contemplation transformante, pp. 232 sq.

. PA 111, 6, 1 (G. C. S. v, pp. 280, 1. 2 sq.).

. PLATON, Théétète, 176 B : vVIIx, 2, p. 208.

. In Ÿo., XX, 22 (20) cf. p. 145.

In Rom., 1v, 5 (P. G. xiv, col. 078 B).

. HEs., xin, 2 (G. C. S. vin, p. 446, 1. 7 sq.).

. Vrai par opposition à « en image » : ce vrai pain est le Christ.

NI un PSN

de Dieu : celui qui s’en nourrit devient en outre selon la ressemblance du Créateur »°. Enfin Origène reproche à Celse de ne pas voir la différence des deux concepts : « Si Celse connaissait la distinction du selon-l’image et du selon-la-ressemblance — Dieu a dit d’après l’Écriture : Faisons l’homme selon notre image et notre ressemblance: mais il l’a fait selon l’image de Dieu et non encore selon la ressemblance —, il ne prétendrait pas que nous nous croyons entièrement semblables à Dieu » 1, Nous trouvons donc ce thème dans toute la carrière d’Origène, et aussi bien dans les œuvres conservées en grec que dans les traductions latines. L’In Canticum Canticorum voit de même dans l’âme une double beauté, celle qu’elle a reçue lorsqu’elle fut créée selon l’image, celle qu’elle obtient en s’approchant du Verbe divin 4, Et le Peri Archon compare l’image reçue à la naissance à l’esquisse que l’artiste achèvera en un tableau complet. « Le peintre, avant de commencer son tableau, en trace légèrement le dessin sur la toile, pour la préparer au travail du pinceau, et faciliter l’exécution de l’œuvre; ainsi le crayon du divin artiste esquisse déjà en notre âme, durant la vie présente, une ébauche de l’image parfaite, que nous destine la vie future 12, »

Comme ce texte nous l’apprend, ainsi que la citation de la Prima Joannis, la ressemblance complète ne peut être obtenue dès cette vie : elle est pour le siècle à venir. On peut seulement ici-bas s’y préparer et s’en rapprocher. « Ceux qui participent en cette vie à la sainteté et à la connaissance de la vérité n’ont que partiellement (x uépouc) le don de connaissance et de prophétie : ce don leur vient de la plénitude du Christ, mais ils n’ont pas sa plénitude » #, On ne peut recueillir dans la vie présente que des semences de la gloire future I,

L'In foannem exprime des idées analogues à propos de la qualité de fils. Le point de départ est dans les paroles suivantes : « Je sais que vous êtes la semence (oxépux) d'Abraham, mais vous cherchez à me tuer, parce que ma parole ne trouve pas place en vous 15 » et « si vous êtes les fils d'Abraham, faites les œuvres d'Abraham 16 », Origène tire de là une distinction entre « être la semence d'Abraham » et « être fils d'Abraham », oxépux et réxvov. « Avoir la semence de quelqu'un, c’est avoir en soi les logoi de celui qui sème, encore inagissants et cachés » 17, On reconnaît là les logoi spermatiques des Stoïciens. Si on

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