DIEU SE FAIT REPRÉSENTER SOUS LA FORME DE L'HOMME SON IMAGE
Les anthropomorphismes divins qui se trouvent dans la Bible tiennent une grande place dans la polémique d’Origène en faveur du sens spirituel des Écritures, et lui fournissent bien des arguments. Car il ne peut accepter, à l'encontre de nombreux chrétiens de l’époque, que ces expressions aient un sens physique, c’est-à-dire que Dieu possède un corps: nous l’avons vu à propos du lieu où se situe le selon-l’image 1. Ses adversaires sont à la fois les Anthropomorphites au sein de la grande Église 2, les hérétiques gnostiques qui calomnient le Dieu de l’Ancien Testament en lui prêtant des passions à, enfin les idolâtres 4.
L’explication qu’il donne de ces locutions est que des réalités d'ordre spirituel leur correspondent. « Tout ce qui est dit de Dieu corporellement, que ce soit ses doigts, ses mains, ses bras, ses yeux, sa bouche, ses pieds, ne désigne pas selon nous des membres humains, mais certaines puissances (wrfutes) sont signifiées par ces appellations de membres corporels5, » De même il ne faut pas s’imaginer que Dieu puisse éprouver des passions. « Lorsque l’Écriture dit que Dieu se lamente ou se réjouit, hait ou exulte, il faut comprendre que cela est exprimé de façon figurée ou anthropomorphique. La nature divine n’est jamais affectée par la passion et le changement, elle demeure toujours immobile et inébranlable au faîte de la béatitudes. »
Nous n’insistons pas là-dessus, car ce n’est pas ce point qui nous intéresse, mais la question suivante que se pose Origène : pourquoi Dieu se fait-il représenter, dans les expressions qu’emploie la Bible, sous des formes d'homme ou même d’animal ? Il se demande cela spécialement dans l’In Matthaeum au sujet des paraboles évangéliques qui figurent Dieu sous forme de propriétaire de domaine, de
. Voir pp. 153-155.
à In Fe ne P. G. xiv, col. 871 A), HGen., 1, 13 (G. C. S. V1, p. 15, L. 14 sq.), Sel. in Gen., 1, ee XII, 93 nt . PA II, 4, ACSSAV, p-137. 1: 248d-).
7 FIRE (G. C.S. = p. 148, 1. 21 sq.), In Rom., 1, 16-19, 1v, 5 (P. G. xiv, col. 861 C sq., 978 AB), CC vi, 3 (G. C. S. 11, p. 72, 1. 21 sq.). 5. PA 11, 8, 5 (G. C. S. v, p. 162, 1.24 sq.). 6. HNum., xxut, 2 (G. CS. XII, p. 213, L. 29 sq.).
père de famille, de roi. Il trouve la solution dans cette phrase du Deutéronome?: « Dieu a pris tes manières (èrporopépnoë 6e) 8 comme un homme prend les manières de son fils ». De même qu’un adulte parle un langage enfantin quand'il s'adresse à un enfant, pour être compris de lui, de même Dieu, condescendant à notre faiblesse, se fait représenter sous forme humaine, pour que nous puissions le comprendre. Il agit ainsi par oixovouix, par souci de gouvernement et d'éducation, afin de nous mener progressivement à l’état adulte, c’est-à-dire à n'être plus hommes, mais dieux. À ce moment il nous apparaîtra en Dieu.
Ainsi raisonne un passage de l’In Matthaeum, qui prend son point de départ sur cette expression : « Le royaume des cieux fut comparé à un homme qui était roi (&v0poTe Buorret) »°. «Tant que nous sommes hommes, il ne nous convient pas de contempler la richesse de la bonté de Dieu, l’immensité de sa bonté qui nous est cachée, afin que sa connaissance ne nous nuise pas. C’est pourquoi le royaume des cieux est nécessairement comparé à un homme qui est roi, pour qu’il parle en homme aux hommes, et qu’il gouverne les hommes qui ne peuvent pas supporter d’être gouvernés par Dieu en tant que Dieu : il le fait lorsqu'il parle par les prophètes, et lorsqu'il gouverne les hommes. Le royaume des cieux cessera d’être comparé à un homme, lorsque cesseront les rivalités, les jalousies, et les autres passions et péchés, ainsi que toute conduite trop humaine, et que nous deviendrons dignes d’entendre Dieu nous assurer : J'ai dit, vous êtes tous des dieux et les fils du Très Haut !, ou de son Christ. Nous ne ferons plus alors les actes qui nous méritent ces paroles : Mais vous, vous mourrez comme des hommes 1, » Dieu cessera alors d’être représenté sous des formes animales, panthère d’Ephraïm ou lion de Juda , ourse en temps de disette 1, Il ne sera plus feu dévorant, car il n’y aura plus de péché à consumer 4. Ce sera le moment où nous verrons Dieu face à face 5, On trouve les mêmes citations et les mêmes idées dans un scholie sur Luc 16, que résume cette phrase : « Chez nous, hommes, il a été assimilé à un homme; mais chez ceux qui ont été divinisés, à un Dieu... Car Dieu, dit l’Écriture, siège dans l’assemblée des dieux » 17,
7. Deut.,1, avdans In ME, Nu 6etx7(GC.LS:x p/504 1.10 :p. 625,125).
8. Ainsi lit Origène. Le texte le plus courant porte non tporopopeïv mais rpopopopeïv, nourrir.