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entre lui et elles une différence, non de degré, mais de nature 18 : cette conclusion ressort de tout ce que nous avons dit. Mais comment Origène explique-t-il alors la différence entre la participation du premier et celle des secondes à la divinité du Père. Certes les logika ne participent à la nature divine qu’à travers le Logos : mais cela n’est pas suffisant. « La gloire de la Sagesse (une ëxivoux du Fils) est dite avec raison très pure et très limpide, pour la distinguer de cette gloire qui n’est ni pure ni sincère. Car toute nature convertible et changeante, même si elle est glorifiée par la justice et la sagesse de ses œuvres, par le fait qu’elle a une justice et une sagesse accidentelles, et que tout ce qui est accidentel peut déchoir, ne peut pas être dite une gloire sincère et limpide. Mais la Sagesse de Dieu, qui est son Fils Unique, parce qu’elle est en toutes choses inconvertible et immuable, qu’elle
186. Signalons quelques textes sur la distance qu’il y a entre le Logos et nous. In Mt., xv1, 16 (G. C. S., x, p. 527, L. 22 sq) : il s’agit de l’ânesse et de l’ânon qui portaient Jésus le jour des Rameaux et qui représentent les croyants d'Israël et ceux des nations : « Par comparaison avec le Logos-en-soi (œdréAoyov) et avec la grandeur de Dieu, nous sommes comme des bêtes, et pas seulement nous, mais les plus intelligents et les plus sages parmi nous : ainsi si on nous mesure à la raison du berger nous sommes ses brebis, et si on compare le logos (raison, mais surtout participation surnaturelle au Verbe) qui est dans les hommes, et même dans les plus parfaits, au Logos-en-soi, il y a plus de distance entre eux, qu’entre l’âme (au sens biologique) d’un âne ou d’un ânon, ou encore d’une brebis, et l’homme.
Un magnifique passage des Homélies sur l’Exode 111, 1 (G. C. S., vr, p. 161, 1. 19) développe la même idée : Moïse, si éloquent et instruit dans la sagesse des Egyptiens, se trouve muet devant le buisson ardent : « J’ai la voix grêle et la parole embarrassée » (Ex., 1v, 10). « Il avait cependant, au jugement des Egyptiens, une voix sonore et une éloquence incomparable, Mais quand il entendit la voix de Dieu et perçut les divines paroles, il sentit que sa voix était faible et grêle, il comprit que sa langue était lente et embarrassée.. Lorsque quelqu’un contemple le Verbe divin et considère la divine Sagesse (car c’est le Verbe qui lui apparaît, et non le Père, comme dans toutes les théophanies), quelles que soient son érudition et sa sagesse propre, il se reconnaîtra devant Dieu comme un animal muet, et bien plus qu’une bête en comparaison d’un homme. C’est assurément ce que voulait exprimer le bienheureux David, lorsqu'il disait, se pesant lui-même au poids de la Sagesse divine : J'ai été devant toi comme une bête de somme (Ps. 72, 22)... Tout homme, en comparaison du Verbe divin, est non seulement sans éloquence, mais vraiment muet ».
Les vertus des justes ne sont rien si on les met en parallèle avec celles du Christ : l'Homélie IX sur Ezéchiel (3, G. C.S., vurx, p. 411, 1. 15 sq.) nous l’enseigne : « Abraham était juste, Moïse était juste, tant d'hommes célèbres ont été justes : mais, comparés au Christ, ils ne sont pas justes. Leur lumière, rapprochée de la sienne, s'avère ténèbres. De même que la clarté de la lampe est obscurcie par les rayons du soleil, elle s’enténèbre alors comme une matière opaque, de même leur lumière, si brillante aux yeux des hommes, ne brille pas en présence du Christ. Il n’est pas seulement écrit : Que votre lumière brille, mais : Qu'’elle brille aux yeux des hommes. Car, en présence du Christ la lumière des justes ne peut briller. La lune éclatante et les astres étincelants du ciel resplendissent là-haut avant le lever du soleil : mais quand le soleil a paru, ils se cachent. De même la lumière de l'Eglise, semblable à celle de la lune, brille aux yeux des hommes avant la venue de la Vraie Lumière, celle du Soleil de Justice : mais quand le Christ sera là son éclat disparaîtra devant lui ». Il s’agit évidemment de la seconde venue du Christ à la fin des temps. Les mêmes idées sont développées en grec dans 1n Ÿo., 11, 17 (11) (G. C.S., 1V, p. 74, 1. 11 sq).
« C’est pourquoi ton Dieu t’a oint » dit le Ps. 44, 8. Origène commente : « Toute la puissance des cieux reçoit l’onction par sa contemplation des êtres. Mais l’onction du Christ dépasse celle de tous ceux qui participent à lui, car elle a pour origine sa connaissance de l’unité (divine) ». On pourrait aligner bien d’autres textes montrant la supériorité de la connaissance du Christ sur celle des hommes : seul il a accès direct près de Dieu (Pitra 111, pp. 40-41 sur Ps, 44, 3).
possède tout bien substantiel qui ne peut changer ni se transformer, est appelée pour cela une gloire pure et sincère 187 ». Dans les Scholies sur l’Apocalypse « Saint et vrai, non par participation (uerovoiæ), mais par essence (odoix), est le Logos-Dieu, celui qui a la clef de David » 188, « Le fidèle et le vrai, c’est le Sauveur, et non parce qu’il participe (ueréyeiv) à la foi et à la vérité, mais parce qu’il l’est par son essence d’une façon stable 15, » Ces textes sont confirmés par le fait qu’Origène représente partout le Christ comme étant toutes les vertus, Vérité, Sagesse, Justice, etc., et les hommes comme participant à lui dans la mesure où ils possèdent ces vertus 10,
Nous pouvons en conclure que la participation du Fils à la divinité est d’un ordre tout différent de celle des créatures. Elle est d’une part complète : le Christ est le reflet de toute la gloire de Dieu, tandis que les créatures n’en reçoivent que des reflets partiels 1; sa puissance s'étend partout où parvient celle de Dieu #?; il accomplit toute la volonté du Père, ce qu'aucune créature n’est capable de faire 1®, Il possède les vertus sans possibilité de chute, en substance, ou plutôt il est ces vertus. Aussi le mot français participation, avec l’idée de partie qu’il contient, rend mal le mot ueroyh que traduit mieux communication 1%: il veut dire que le Père et le Fils possèdent en commun une nature, dont le Père est l’origine et qu’il communique au Fils. Au contraire le terme de participation s’applique bien aux créatures, qui en reçoivent seulement une partie qu’elles peuvent accroître ou diminuer. En somme on peut résumer en trois points les différences qui existent entre la participation du Fils et celle des logika : la première est totale, la seconde partielle; la première est substantielle, c’est-à-dire immuable, la seconde accidentelle, pouvant grandir ou déchoir; enfin le Fils est l’intermédiaire entre les créatures et le Père.
187. PA 1,2, ro, cf.1, 2, 13; 1, 4, SIG) (GA CS 2; p 44, l'rr sqhip. 48, L'Ustsa: p. 360, 1. 12). De même In o., VI, 38 (22) (G. C. S. 1v, p. 146, 1. 27), CC 1v, 5 (G. C.S. 1, p. 277, l. 25 sq) : le Christ ne subit pas les changements qui affectent la nature humaine qu’il a revêtue. Dans In Jo., 11, 17 (11) (G. C. S. 1v, p. 74, 1. 34) le Christ n’est pas représenté comme immuable, mais il s’agit certainement du Christ Incarné, puisqu'il est mort. Dans PA 11, 6, 6 (G. C.S. v, p. 145, 1. 20) l’âme humaine du Christ est dite posséder le Verbe de façon totale, alors que les saints n’en ont qu’une partie: et de façon inamissible, tandis que les saints qui sont sur terre peuvent le perdre : l’âme du Christ participe donc au caractère substantiel du Verbe. Voir aussi ANum. x1, 8 (G. C. S. vi, p. 90, 1. 7 sq).