‹ Théologie de la nature (volume 2)Chapitre 26 sur 79 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

qui , ayant été Tun et l'autre Apôtres, auraient du moins dû s* accorder entre eux , s'ils n'avaient écrit que ce qu'ils ont vu et entendu? Le dernier surtout, qui parait n'avoir jamais quitté Jésus-Christ , comment concevoir qu'il ne fait absolument aucune mention d'une foule d'événements dont parlent les autres Évangélistes, tandis qu'il rapporte, au contraire , seul d'autres faits sur lesquels ceux-ci se taisent complètement , Saint Jean ne parlant guère que de ce qui est arrivé vers la fin de la vie du Sauveur et immédiatement après sa résurrection , où , k l'instar de Saint Matthieu et de Saint Marc , il termine son récit.

On ne conçoit pas non plus que bien que les prédications de Jésus- Christ aient duré trois années , les Ëvangélistes ne rapportent cependant qu'un fort petit nombre de traits de son histoire , quoique Saint Jean dise que le monde entier ne saurait contenir les Livres qu-'on pourrait écrire sur les miracles qu'il a faits; car, à lire leurs écrits , on dirait que tout s'est passé dans l'espace d'un mois. En considérant même les détails minutieux dans lesquels ils entrent pour les moindres choses, on voit que ce n'est ni le temps ni l'importance des événements qui les ont obligés de se borner k ne relater que les faits les plus remarquables; d'où l'on doit conclure qu'ils n'en ont pas connu d'autres, chacun ne rapportant que ce qui est venu k sa connaissance , en se copiant souvent k la lettre près.

Cette vérité, que chaque Évangéliste ne raconte que le petit nombre de faits de l'histoire du Sauveur venus k sa connaissance, soit qu'il en ait été témoin, soit qu'il les ait recueillis de tous côtés, ressort surtout de, cela que chacun rapporte des événements dont les autres ne font absolument aucune mention-, tandis que, d'autre part, ils se copient servilement entre eux. D'où résulte que les quatre Évangiles , même ensemble , ne sauraient être considérés comme une véritable histoire de la vie dé Jésus-Christ , mais simplement comme des fragments réunis par tous les moyens

74 THiOLOGlB DE LA RATURE.

possibles , ainsi que l'aYOue, pour lui-même , Saint Lue dans son premier Chapitre.

Quant à Saint Marc , il commence même son Evangile au beau milieu d'un sujet , parlant de Saint Jean-Baptiste et de ses baptêmes comme d'une chose généralement connue , sans parler de ce qui est relatif k Jésu^-Ghrist avant cette époque; ce qui seihble déjk indiquer qtie son oiivrage à'est qu'un simple fragment d'un plus grand travail , oii bien également un assemblage de tioties recueillies çk et Ik , mises plus tard en ordre, et souvent purement copiées de Saint Matthieu , qui , avec Saint lean , étaient seuls Apôtres dé Jésus-Christ , dès lors ténloius de ses actes , et en cohséquence seuls Évàngélistes originaux: Enfin Saint Jean dit en terminant son Évangile , que lui-même ne rapporte (|uMn petit nombre des événements de la Vie dû Sauveur.

Il est surtout remarquable iifUe Skmt Jean , Tami intime Ae Jésus-Christ , ne parle nulle part des événèmehts qui ont précédé et suivi immédiatement là naissance du Sauveur; événements qui , s'ils étaient vraiis ^ eussent pourtant bien mérité d*étre rapportés dans l'histoire de sa vie.

En effet , comment se fait-il que l'annonciation de l'Ange Gabriel à la Yierge Marie , qu'elle donnerait naissance au Messie, ne soit ëxclusiveiHent rapportée que par Saint Lue, le seul Évangéliste évidemment compilateur, ainsi tfU'il Fâvoue lui-même ; tandis que les trois autres , et précisément ceux qui étaient Apôtres n'en fbnt absolument aucune mention, n'y faisant même nulle part allusion? Je ne dirai Hën ici du miradé qu'il y a datis la conception de h Yièrge immaculée, voulant laisser k chacun, selon sa conscience, la faculté de croire ou de ne pas clrdire k sa possibilité ; mai^ je la discuterai simplement sous le rapport purement historique.

Suivant Saint Luc (1,8), l'Ange Gaëriel annonça à Zaeharie , sacrificateur, qu'H lui naîtrait un fils qu'il nommera Jean (appelé plus tard plus particulièrement Jeàn^Baptistc: , pour le distinguer de lean l'Apôtre) ; que cet enfant serait

grand devant le Seigneur et rempli du Saint-Esprit dès sa naissance; « qu'il convertira plusieurs deè enfants d' Israël au Seigneur leuir Dieu , et marchera devant lui dans T esprit et dans la vertu d'Èlie , pour tourner les cœurè des pères ters les enfûhtSy et les rebélliss â là sagesse des Justes ; àjiû de préparer au Seigneur un peuple bien disposé (Versets 15 , 46 et 17) . >J

Saint Jeaii -Baptiste n'était donc pas Élie ressuscité, coriiine Saint Matthieu le fait dire h Jésus-Christ (Chap. XI, 14 , et Gnxè. XVII, 11) , taais imatchait sifllplement feur sies traces dans le chemin de la vertu.

L^ même ange GabHel annonça aussi quelques mois après à Sainte Marie (Saint Luc ,Chàp. I, 26) , « qu'elles concei^ra dit Snint'Esprit , et ^ue V enfant qu'elle ihettra ait jour elle devra le nommer Jésds ; que cet enfant sera grand , et sèrû appëè Fils du Très-^Htiut , leî '^Ue lé Seigneur Dtëb Zltt donnera le trône àe David Èûn p%re. Qu'il régnerai éterneltemtni sur la inaison dfe Mcoh , «n/îti qu'il h' 'g aura point dé fin à son règne. » Or Sainte Marie, au Heu de faire part dé feet évëilëment si extraordinaire k Sâiht Joseph à qui elle était fiancée, ce qui eût été si essentiel pour Tun et pour l'autre. Vu là circonstance d'un prochain mariage qUi devait les unir, d*bù il était pour lui de la plus gratide importance ^u*il le sût ,• pour être convaincu de la purfeté de fea ffemîhe, elle alla au contraire au pays des knontàgnes , datis tiiie ville de la tribh de lehouda , chez sa cousine Élisaëeth^ aidrs eniceiiite de Jeân* Baptiste, lui faire part de ce qui teilâlt de lui arriver, et y resta trois tnôis ; après qubi seulistbetit iBllé iietournà chiei elle, et toujours sans en instruire Joseph, son fiancé, qui ne rapprit pas d'elle^ maid plt)s tard par uU diiilple songe [Saint MatlMm , ï ^ 20) .

L'enfant de Zacharie et d'Elisabeth sa fekùme étafat venu au mdnde , on voulut l'appeler Zàchàrie , du noni de son père; mais celui-ci et Elisabeth s'y ôpposërefat, et le hoinmèrent Jean, ainsi que cela leur avait été prescHt pat TAtigtê Gabriel-

Au même instant Zacharie fut rempli du Saint-Esprit et il praphédsa et dity suivant Saint Luc (Chap. I) :

Verset 68. « Béni soit le Seigneur ^ le Dieu d* Israël ^ de ce quHl a visité et racheté son peuple, »

69. « El de ce qu'ilnous a suscité un Sauveur y dans la mai-son de David son serviteur; »

70. c Comme il en avait parlé par la bouche de ses sairUs prophètes , qui ont été depuis longtemps; »

71. « Que nous serions délivrés de nos ennemis ^ et de la main de tous ceux qui nous haïssent, »

72. « Pour exercer sa miséricorde envers nos pères , et se souvenir de sa sainte alliance ; >

73. « Selon le serment qu'il avait fait à Abraham notre père, »

74. « De nous accorder, qu'après avoir été délivrés de la main de nos ennemis, nous le servirions sans crainte^ »

75. « Dans la sainteté et la justice y en sa présence, tous les jours de notre vie. »

Ainsi, d'après F Ange Gabriel lui-même, Jésus, nommé le Fils du Très-Haut, devait recevoir de Dieu le trône de David, et régner éternellemsnt sur la maison de lacob ; c'est-à-dire posséder le règne temporel comme lavait possédé David, et non le règne spirituel, dont il n'est évidemment pas question ici. Et dans les expressions qu'il régnerait éternellement sur la maison de David on ne peut aussi voir que la pensée k un ^ règne temporel de père en fils, exprimée en style hyperbolique ; le successeur au trône de David ne pouvant pas régner lui-même éternellement. Or on ^ait que les Juifs ont toujours cru, d'après les Prophètes, que leur Messie devait être un puissant Roi temporel qui les délivrerait de l'oppression des étrangers. D'où il est naturel que TÉvangéliste ait rédigé sa phrase suivant cette pensée dominante ; tandis que Jésus- Christ lui-même n'a jamais parlé que de sonrègne spirituel, çt par Ik éternel.

C'est aussi celte idée d'un règne terrestre qui est exprimée

CHAPITftfi XV. 77

dans la Prophétie de Zacharie , disant , Verset 71 , que nous serions délivrés de nos ennemis et de la main de tous ceux qui nous Missent. Mais Ton sait combien peu de Prophéties se sont réalisées ; Jésus, au lieu de délivrer le peuple juif de la main des étrangers , et de régner en roi sur cette nation , lui commanda, au contraire, la soumission k Pautorité deVempereur romain , en disant de donner à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu^ et qu'au lieu d'avoir été reconnu pour le Messie si impatiemment attendu des Juifs, ils le repoussèrent et le firent mettre k mort. Et Ton sait que c'est de ce moment que commença aussi, d'une part, contrairement aux prophéties, la dispersion du peuple d'Israël, et de l'autre la persécution de ceux qui ont adopté la doctrine de Jésus - Christ. Si le Sauveur règne aujourd'hui sur toutes les nations civilisées , et plus tard probablement sur l'univers entier , lorsque tous les hommes auront compris la sublimité de sa doctrine, ce n'est certainement pas dans le sens dans lequel en ont parlé l'ange Gabriel , Zacharie , et avant eux tous les Prophètes ainsi que les Apôtres, jusqu'k la mort de Jésus- Christ, qui leur enleva par Ik tout l'espoir de voir en lui un Roi terrestre.

Il est aussi étonnant que Saint Luc, qui parla seul de l'apparition de l'ange Gabriel k Sainte Marie, pour lui annoncer que Dieu l'avait choisie entre toutes les femmes pour être la mère du Messie et qui savait si bien ce qui est arrivé alors de plus secret dans la famille de Joseph , ne dise absolument rien de ce qui s'est passé entre ce dernier et sa fiancée , quand elle lui apprit qu'elle était enceinte ; l'Évangéliste passant de suite au second chapitre , où il raconte ce qui est arrivé lors de la naissance de Jésus-Christ, disant seulement, aux Versets 1 k 5, que , l'empereur ayant ordonné qu'on fit le dénombrement de la nation juive, Joseph alla de Galilée en Judée k la ville de Bethléhem, pour s'y faire enregistrer avec Marie sa femme, qui était enceinte. C'est ainsi que, bien qu'ils fussent Galiléens, leur enfant naquit k Bethléhem , nommée la ville de

?8 THÀ>LO«fe OS L4 NAtUlŒ.

David. Mais Saint MATraiEU, au contraire, remplit en partie cette lacune, disant, Chap. I, après avoir donné la généa* logie de Joseph coniaie Père de Jésus- Christ, Yer4et 18: »Or,la naissance de Jésu$ arriva ainsi ; Marie sa mère ayant été fiancée à Joseph , elle se trouva enceinte par la verêu du Saint-'Esprit, avant qu'ils fussent ensemble, n

19. « Alors Joseph son époux ^ étant un homme de btm, et ne voulant pas la diffamer y voulut la quitter secrètement; »

20. « Mais comme il pensait à cela , un Ange du Seigneur lui apparut en sor^e et hit dit : Joseph , fils de David , ne eraim point de prendre If art« pqur ta femme , car ce qu'elle a conçu est du Saint^Esprii; »

21 . m Et elle enfanterai un fils ^ et tu lui donneras le nom de Jésus; ear c'est lui qui sat/^vera sonpeuph de leurs pé^ chés. »

39. « Or, tout cda arriva ^ afin que s' accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète » ( Iéschaïa VU , 14):

33. <E Voici , une Vi^ge sera enceinte ei elle enfantera un fils, et on le nomm^era Emmanuel ; ce qui signifie : Dieu avec nous. j>

34* c Joseph donc étant réiœiUé de son sommeil , fit comme fange du Seigneur lui avait commandé^ et il prit sa femme. »

3^. « Jfat^ tl ne la connut point jusqu'à ce qu^elle eél enfanté sim fils premier-^é, et il lui donna h nom d« Jésus. «

Ici rÉvfiagéliste passe au second chapitre , o|i il parle de Farrivée des Mages et de la fuite de Joseph en Egypte. Qt comment s'est-il fait que Joseph , si bien renseigné dans son rêve, par F Ange, il se soit permis de nommer Tenfant Jésus et non Emmanuel, comme il lui avait été formellement commandé? C'est bien ce que Saint l^atth^eu aurait dA expliquer, si toutefois il a été en état de le faire.

Sainte Marie ne parla ainsi k Saint Joseph de sa grossesse que fort peu de temps avant leur mariage , et peut*étre

GftÀPItRB tV. 19

-même après seulement; car le texte est, comme on sait, fort équivoque sur cette question , donnant d'une part h ce dernier le titre d'époux ée Marie lorsquMl s'aperçut qu'elle était enceinte , et que se sentant blessé dans son honneur, il voulut la quitter secrètement pour ne pas la diffamer. Or s'ils n'avaient été que fiancés il n'aurait pas eu besoin de la quitter secrètement ^ il n'aurait eu qu'k renoncer au mariage; et quant à la diffamation , elle n'en existait pas moins pour elle, et de plus pour lui, aux yeux du public, pour avoir épousé une femme enceinte ; à moins de déclarer publiquement qu'elle l'était par la vertu du Saint-Esprit et le faire croire par là à tout le monde. Or cette croyance que Jésus était le Messie existait si peu dans le pays et dans Nazareth même , que lorsque Jésus-Christ commença ses prédications et fit des Miracles , les habitants de cette ville en furent tellement étonnés , qu'ils se disaient (Saint Matthieu , XIII , 54) : < D'où viennent à cet homme cette sagesse et ses miracles? i>

58. « N'est-ce pus le fils du charpentier? Sa mère ne s'ap-^ pelle-t-eUe pas Marie, et ses frères , Jacques , Joses , Simon et Jude? »

56. c Et ses scBurs ne sont-elles pas toutes parmi nous? D*où lui viennent donc toutes ces choses ?

57. 9. De sorte qu'ils se scandalisaient de lui. Mais Jésus leur dit : Uni prophète n^est méprisé que dans son pays et dans sa maison, ».

. ,58. « Et il ne fit là que peu de miracles , à cause de leur incrédulité. T»

Saint Marc , Chap. YI , rapporte également ce fait à peu près dans les mêmes termes.

Verset 1 . « Jésus étant parti de là , vint en sa patrie , et ses disciples le suivirent. »

2. « Et quand le sabbat fut venu , t'I commença à enseigner dans la synagogue ; et plusieurs de ceux qui V entendaient , s étonnaient et disaient f D'où viennent toutes ces choses à cet homme ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée , et

d'où iHent que de si grands mircLcles se font par ses mains? »

3. « N^est-^e pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques , de Joses , de Jude et èe Simon ? Ses sœurs ne sont-elles pas ici parmi nous? Et ils se scandalisaient à son sujet. »

4. < Mais Jésus leur dit : Un prophète nest méprisé que dans son pays , parmi ses parents et ceux de sa famille. »

5. ft Et il ne put faire là aucun miracle, si ce n'est qu'il guérit quelque peu de malades , en leur imposant les mains. »

Page 1