CHAPITRE XT. i
çpit pas non plus , pourquoi Dieu , dans l'intérêt même de son Messie, u'ait pas laissé ignorer sa naissance au cruel Hérode, et pourquoi il a inspiré, au contraire, à ce dernier l'envie de le faire mourir; d'où Dieu se vit ensuite obligé de faire transporter Jésus en Egypte , pour le soustraire k la per-* sécution de ce même roi.
On ce n'e$t pas seulement un singulier rôle que l'Évan* gélî^te ait prêté k rËternel, mais il n'est en outre pas trèsreligieux de rabaisser ainsi la Divinité, en la soumettant de la sorte au caprice d'un seul homme, disant que Dieu fut obligé d'user de stratagème pour sauver l'enfant . en faisant cqnpaitre par un songe a Joseph qu'il devait fuir avec lui en Egypte , où il devait rester jusqu'à ce que Dieu l'en rap« pelât, et qu'en effet, il lui fut ordonné après la mort d*Hé« rode , et cela encore par un songe , de retourner dans sa pa-^ trie : n^aii^ que cette fois Vavis était fatix, Dieu $'étant mépris sur Inopportunité de ce voyage^ Arghélaùs, fils d'Hérode» régnant k la place de son père en Judée ; d'où Joseph apprit encore par un songe (car c'est toujours par des songes qu'il se détermina) qu'il devait aller s'établir k Nazareth, ville de Galilée. Mais malheureusement SAiMT Luc (Chap. II, 39), en parlant de la naissance et de la circoncision de Jésus , ainsi que de sa présentation dans le Temj;)le de Jérusalem pour être consacré k Dieu , en sa qualité de premier-né , vient encore contredire ce que Saint Matthieu affirme au sujet de la fuite en Egypte , disant qu'après cette dernière cérémonie et la puriûcatÎQn de Marie, Joseph retourna de suite k Nazareth , d'où il était, et vint ensuite tous les ans k Jérusalem, pour y faire la Pâque. D'après cet Evangéliste,^ Joseph et sa famille n'auraient donc pas été en Egypte; et en effet , pourquoi se serait-il expatrié pour sauver le saint enfant , s'il trouvait chez lui , en Galilée , la même sécuritél
Si vers I^ fin de sa vie, Jésus -Christ s'est plus particulière* n^ent nopimé le Fils de Dieu , c'est, ainsi que je l'ai déjk dit , uqiquement parce qn'il se regardait comme plus si>éciale-'
ment animé de l'Esprit divin que l'Éternel avait mis en Ini ; pensée exprimée dans le passage cité plus haut, (Saint Jean» X , 35) , où il dit : La loi appelle Dieu ceux à qui la parole de Dieu est adressée: mais on ne trouve nulle part qu'il ait jamais attaché à ce titre de Fils de Dieu l'acception ordmaire du mot fils; et c'est bien évidemment aussi de même que l'entendaient les Évangélistes , qui, tout en le nommant le Fils de Dieu , le firent toutefois descendre en ligne directe de David.
J'ai, du reste, déjà fait remarquer plus haut que cette opinion que Jésus était le Fils unique de Dieu, conçu du Saint Esprit , conception annoncée k Sainte Marie par l'ange Gabriel , ne se trouvait exprimée que dans Saint Luc ; l'Ëvangéliste qui n'était point apôtre, mais simplement un historien compilateur qui réunit , ainsi qu'il le dit lui-même, tous les renseignements et les traditions qu'il put recueillir au sujet de Jésus-Christ; d'où l'on peut fort bien expliquer pourquoi les Évangélistes apôlres ne parlent aucunement de ce fait, d'une si haute importance cependant, et que Saint Luc ne l'a accueilli que d'après de simples dires, ou des contes faits sur la vie de Jésus-Christ. Opinion qui prend même le ca- , ractère de la certitude , par cela que dans la famille même de Jésus-Christ , on ne croirait ni k sa descendance divine , ni même k sa mission comme envoyé de Dieu , ainsi qu'on l'a vu plus haut.
Quant k la croyance aujourd'hui généralement adoptée par la plupart des chrétiens , et dont il a déjk été parlé plus haut, que Jésus-Chrisl n'est autre que le Créateur incarné, «lie n'a non-seulement jamais été soutenue par Jésus-Christ lui-même, qui a, au contraire, protesté contre, mais encore, parmi les Évangélistes , Saint Jean est le seul qui l'ait dit dans son premier chapitre, formant une espèce d'introduction k son histoire de Jésus-Christ, où il en parle , non pas en narrateur , mais dans un style figuré et poétique , dû , comme je l'ai déjk dit, k l'exaltation de son esprit pour son
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sublime maître, qui lui avait voué spécialement une affection toute particulière , et pour lequel ce disciple devait naturellement éprouver le sentiment de Fadmiration la plus parfaite , et un dévouement sans bornes ; dévouement qui a dû lui faire adopter , plus qu'à tout autre , Topinion que Jésus- Christ était plus qu*un simple mortel , et vraiment d'une, essence divine.
Jésus*-Christ, en voyant Tascendant qu*ii avait sur Tesprit de tous ceux qui Técoutaient, et surtout sur celui de ces disciples, qui dans leur admiration le nommaient le Messie et le Fils de Dieu , a dû naturellement le croire ; et c*est par là qu'on peut expliquer facilement le sens de ce passage des Évangiles, où il est dit qu'il fut tenté par le Diable, passage, du reste, évidemment allégorique. En effet, il est dit dans Saint Matthieu ,Chap. IV , 1) : « Alors Jésus fut emmené par V esprit dans un désert , pour être tenté par le Diable, »
2. « Et après qu'il eut jeûné pendant quarante jours et quarante nuits y il eut faim. »
3. 9^Et le tentateur s' étant approché de lui, lui dit : Si tu es le Fils de Dieu^ dis que ces pierres deviennent des pains, »
4. « Mais Jésus répondit : Il est écrit : L'homme ne vivra pas seulem^ent de pain , mats t{ vivra de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »
5. ^ Alors le Diable le mena dans la ville sainte, et le mit sur le haut du Temple , »
6. « Et il lui dit : Si tu es le Fils de Dieu , jette-toi en bas , car il est écrit qu'il ordonnera à ses anges d'avoir soin de toi ; et ils te porteront dans leurs mains, de peur que ton pied ne heurte contre quelque pierre. »
7. « Jésus lui dit : Il est aussi écrit: Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu, )>
8. «£« Diable le mena encore sur une montagne fort haute, et lui montra tous les royaumes du monde et leur gloire ; »
9. nEt lui dit: Jeté donnerai toutes ces choses , si, en te prosternant , tu m'adores. »
ilO THKOLOMS Dt LA MATURE.
10. « Alors Jésus lui dit: Retire-toi^ Satan; car il est écrit: Tu adoreras le Seigneur ton Dim , et tu le seirviras lui seuL »
1 1 . « Alors le Diable le laissa ; et aussitôt des anges ùnret^t et le servirent. »
Prendre ce passage a la lettre , serait vraiment absurde ; car il faudrait d'abord admettre Texistence du Diable , c'està-dire d'une Divinité malfaisante , dont le pouvoir , opposé à celui de l'Être Suprême, le contre-balancerait, et le surpasserait même le plus souvent pour faire triompher le vice , ainsi que le pensaient les anciens païens, et comme Tobservation de tous les jours semble en effet le prouver.
Mais tout réels que soient ces faits comme résultats, peuton , avec quelque bon sens , attribuer le mal que produit le vice a Ji'action d'un Être intellectuel malfaisant réel , aussi puissant que Dieu même, et qu'on nomme le Diable, Satan ou DÉMori ? et n'est-il pas au contraire plus conforme au bon sens de désigner sous ces dénominations le vice personnifié? Et c'est bien certainement dans ce dernier sens que rÉvaùgéliste a employé ces termes dans le passage, évidemment allégorique , que je viens de rapporter, sur les tentations de Jésus.
En effet, comment peut-il entrer dans rintelligence d'un chrétien qui croit à la divinité de Jésus-Christ, que celui-ci ait, en cette qualité , jamais pu être tenté par le Diable , qui lui aurait proposé de se prosterner devant lui et de T adorer? Et comment Satan peut-il avoir offert en outre à la Divinité tùus ka biens de la terre pour prix de cette adoration? Car toute proposition suppose qu'elle puisse être acceptée. Cela devient tellement absurde que réellement on ne peut y ré^ pondre, et il ne serait en effet pas possible de pousser le blasphème plus loin que d'admettre que de semblables pro^ positions puissent être faites à Dieu par le démon. D'où il est impossible que les Evangélistes qui ont écrit ce passage aient pu voir dans Jésus-Christ^la Divinité incarnée ; si toutefois ils ont cru, ainsi que beaucoup de personnes le pensent
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encore, k l'existence réelle de Satan , comme étant un Être puissant et intelligent.
Quel pouvait être d'ailleurs TEsprit qui a emmené ainsi Jésus dans le désert pour le faire tenter par le Diable? Ce n'était évidemment pas Satan lui-même; car FÉvangéliste fait dans ce qu'il dit une distinction d'individualité entre eux. Etait-ce l'Esprit de Dieu ? Outre qu'un acte aussi indigne ne saurait être attribué à TÉtre Suprême, quoiqu'on en trouve plusieurs équivalents dans la Bible, telle que l'histoire dé lob , il est tout à fait constant que l'Évangéliste fait là une distinction entre cet Esprit, qui serait Dieu, et Jésus ; c'est-a-dire qu'à ses yeux Jésus n'était pas Dieu luioaème. Et admettant pour le moment qu'il fût le Fils de Dieu, c'est-à-dire un Être différent de l'Éternel, mais cependant de même essence, ce qui établirait, comme on voit, la pluralité des Dieux; comment le Créateur avait- il besoin, voulant connaître l'immuable foi et la vertu inébranlable de Jésus-Christ, d'employer l'office du Diable pour l'éprouver, voire même pour le tenter ? Cela supposerait d'abord à ce dernier une faculté que Dieu lui-même n'avait pas , et ensuite quel est le rôle qu'on fait jouer ici à la Divinité?
Celui d'un indigne agent provocateur!!! Quelle religion!!!
Il est dit aussi que Jésus-Christ après avoir jeune pendant quarante jours, eut faim. Mais s'il était Dieu , comment pouvait- i] faire pénitence de sês péchés par le jeûner la faim?
A la proposition de Satan , de convertir des pierres en pains, l'Évangélistedlt que Jésus-Christ répondit que V homme ne vivra pas seulement de pain, mais II vivra de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Cette réponse ne satisfait d'abord pas à la question, vu qu il est évident que si Thomme ne vit pas seulement d'aliments qui entretiennent l'existence matérielle du corps, cette nourriture est toutefois né< eessaire quand on a faim après un jeûne de quarante jours ; et c'est ainsi bien dans le sens direct que la première propo*
ili THÉOLOGIE M LA HATOftE.
sition de Satan doit être prise , demandant simplement ^ Jésus de faire un miracle pour prouver qu'il est réellement le Fils de Dieu, ou du moins le Messie; tandis que la réponse du Sauveur s'applique évidemment k la nourriture spi* rituelle , et n'a , du reste , rapport qu'à lui-même , mais elle prouve surtout qu'il ne se considérait du moins pas comme étant Dieu le Créateur lui-même, dont il parle à la troisième personne. Vérité qui ressort du reste aussi de foutes ses autres réponses , où Jésus-Christ repousse avec indignation les propositions du mauvais génie de se prosterner devant lui , pour obtenir par Ta tous les biens de la terre.
Mais en ne voyant dans ce passage de Saint Matthieu qu'une simple allégorie, le sens en devient parfaitement clair et logique. En effet, Jésus-Christ considéré non comme une divinité mais comme un sage , qui voyait dès le début de sa vie évangélique tout l'ascendant qu'il avait sur le peuple par ses enseignements, on comprend que des idées ambitieuses ont dû se former dans son esprit , qui le jeta d'abord dans le vague de l'incertitude sur ce qu'il avait k faire ; état que l'Évaugéliste désigne ici sous le nom de désert. Pendant ce temps^ le vice de l'ambition, personnifiée sous le nom de Satan, Texcite à se détourner du chemin de la vertu pour se livrer k ce même démon.
Dans cette tentation , la pensée lui venant qu'il était un Être surnaturel , le Messie {Fils de Dieu), capable de faire ce qui était impossible aux autres hommes, l'Évangéliste a présenté cette tentation sous la forme du Diable, proposant à Jésus - Christ de convertir des pierres en pains, ou bien de se Jeter en bas du haut du temple , chute dont il ne devait éprouver aucun mal , si réellement il était le Messie ou l'oint de Dieu. Mais reconnaissant que cette épreuve marquerait un doute , une incertitude dans sa vie, il en repoussa l'idée, en disant : Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu. Enfin , il a vu dans son imagination le peuple oppressé par l'étranger, s'unir à lui comme à un Sauveur ou le Messie, et lui offrir
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en perspective la possession de V empire de David^ rétabli par son pouvoir; mais sa foi en Dieu , et sa sublime vertu triom* pha également de ces suggestions du mauvais esprit, sentant que de telles pensées étaient indignes de la haute mission qu'il avait de ramener sa nation , et par elle tout le genre humain, au vrai culte plus éclairé de Dieu ; et repoussant à la fois avec Tindignation d'une âme aussi pure que la sienne , toutes ces idées comme des inspirations du mauvais génie, il y répondit en disant d*abord : « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et le serviras lui seul. » Et ensuite à tous les vices en général : (( Retire-toi, Satan, » et : « Alors le Diable le laissa. » Affranchi dès lors de tonte pensée mondaine incompatible avec sa fervente foi en Dieu, « aussitôt des Anges vinrent et le servirent. » C'est-k-dire que son Esprit ne s'occupait plus que de la grande œuvre de ramener sa nation à la vraie doctrine religieuse , celle qui a pour dogmes fondamentaux la
CROYANCE EN UN SEUL DiEU ET A L*lMMOflTALlTÉ DG L*ESPRIT, AVEC LA BÉATITUDE ÉTERNELLE POUR LES PERSONNES VER- TUEUSES ; dogmes qui ont constitué partout la base de ses enseignements.
Jésus-Christ ayant par sa foi inébranlable en Dieu aussi noblement triomphé de tontes les suggestions de Fambition, il conserva toutefois par là même, la pensée qu'il était le Messie promis par les Prophètes au peuple dlsraêl ; c*estk-dire Tidée qu'il était l'envoyé de Dieu pour régénérer la croyance religieuse des Juifs, mais non un libérateur temporel politique, ainsi que le voulait la croyance que les Israélites attachaient k ce nom. Cette dernière opinion était même si généralement admise, que ses propres Apôtres ne l'ont jamais pensé autrement, et ne comprirent en conséquence pas Jésus-Christ quand il leur parlait de son royaume d'un autre monde. La pensée qu'il était un chef spirituel fut même si peu dans Tesprit de ses disciples, qu'au moment du danger, quand il fut saisi par les archers de Pilate, tous l'abandon nèrentén prenant la fuite; et cela jusqu'à Saint Pierre qui, m. 8
^ien qu^l lui eût juré fidélité juj^qu*à la mort, n'osa le suivre qnp de loin dans cette circonstance, et le renia même ju^qu'^ trois fois devant ses ennemis. Cette croyance, que Jésus-Christ n'était qu'un chef politique, se trouve du reste souvent exprimée par ses disciples ipémes dans les quatre Evangiles et surtout dans celui de Saint Luc, au Chap. XXIV, 21, déjà cité plus haut, où Ton trouve que Cléopoas, Fundes disciples qui rencontrèrent Jésus après sa résurrection , sur le chemin de Jérusalem k Emmaûs, lui dit ; « Nom espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël , et cependant voici déjà le troisième jour que ces choses sont arrivées » (la mort de Jésus Christ). Cette croyance des Juifs était si vraie que, pendant presque tout le temps de ses pr,édications , le Sauveur ne se nommait lui-même que le Fils de l'Homme, ainsi que je Tai fait remarquer plus haut; tandis que vers la fin seulement, il se donnait tantôt la qualilication de Messie et tantôt celle de Fils de Dieu. Mais on voit partout dans ce qu'il a dit qu'il n'attachait à ce dernier titre que l'idée de Fils spirituel; et la preuve en est qu'il denjanda un jour k ses Apôtres (Saint Matthieu , XVI , 13), question déjà rapportée plus haut ; « (?m disent les hommes que je suis , wot, le Fils de C Homme ? Et vous^ que dites-A)ous qy^eje suis? > Et c'est alors seulement que Saint Pierre lui répondit, 4aos son adipiratioo pour son maître : « Tu es le Christ , le fils du pieu vivant. »
Enfin, s'il faut en croire Saint Matthieu (Chap. XXVIJ, 46), la foi de Jésus aurait même fléchi un instant dans l'angoisse de l'agonie , où '}ï se serait écrié : » Mon Dipu , mor^ Dieu^ pourquoi m'as-tu abandonné? » Ce qui prouve que cet Apôtre l'a supposé capable de cette faiblesse; tandis que, suivant Saint Luc (Chap. XXIII, 46), les (j^rnières paroles du Sauveur exprimèrent au contraire une sublime résignation , s' écriant : « Mon Père , je remets mon Esprit entre tes mains El ayant dit cela , il expira ; » exclamation plus confornie à son inébranlable foi. Enfin Saint Jean, qui
CtiAPITRB XT. iiS
était présent au crucifiement, dit (Chap. XIX, 30), que Jésus-Christ n'aurait simplement exprimé que ces paroles : < Tout est uceompU; ^t )3aissant la tète , il rendit FEsprit , » expression de la satisfacLion d*avoir dignement rempli sa sublime mission.
Mais si par un saint respect pour Dieu le Créateur, le seul Être éternel et parfait^ la conscience ne doit pas permettre de considérer Jésus-Christ comme son fils unique , d'une égale essence que lui, et moins encore comme identique avec sa personne , il n'en est pas moins vrai qu'il peut à juste raison être nommé le Messie y en hébfeu lHéschiah, ou le Christ; c'est-à-dire VOint ou le Béni de Dieu; mais dans ce sens seulement ^uHl a été parfait entre les hommes ^ en faisant seul bien devant Dieu, comme disaient les anciens Israélites en parlant de ceux qui vivaiept dans l'amour de l'Ëternel , ayant mjérité copame homme toute notre admiration, ainsi que notre éternelle reconnaissanc^ , et, par la, notre profond respect pour sa sublime veflu, sa foi inébranlable en Dieu , à qui il rapportait lui-même tout ce qu'il faisait.
S'il a dit qu'il était venq dans ce monde pour le rachat des hommes, c'est évidemment dans ce sens qu'on peut l'entendre, que faisant comprendre à ses coreligionnaires, etpareuxhtoutlegenrehunjain, quels étaient leurs vrais devoirs envers Dieu et leur prochain , i| cherchait à les ramener sur le chemin qui seul pouvait les conduire à la félicité éternelle au sein de leur Créateur, pt qu'il les affranchissait par là des péchés qu'ils pourraient commettre. En effet, comment pouvait-il racheter autrement le genre humain, qui n'était aliéné a personne? C'est-k-dire qu'on doit considérer le Christ comme ayant rempli les conditions d'un Ange tutélaire qui ramena les égarés aux véritables principes de la vertu et a l'amour de Dieu , dont ils s'étaient écartés par leur penchant au péché qui leur avait attiré la réprobation djvine ; déchéance d'où Jésus-Christ les a relevés
llr» THEOLOGIE 1)Ê LA NATUAE.
au prix de son sang , versé pour les affermir dans leur foi et dans la persévérance dans le bien , et non comme ayant été une victime qui s'est volontairement offerte en holocauste a la Divinité irritée , pour le rachat des péchés des hommes ; ainsi que cela était en usage dans Tancien culte de divers peuples, et spécialement chez la nation juive, qui croyait qu'on pouvait ainsi racheter ses fautes par des sacrifices d'objets divers, et ainsi que le font même encore de nos jours une foule de chrétiens , qui pensent obtenir le pardon de leurs péchés par des prières soldées faites par autrui, ou bien par des dons faits à des établissements religieux.
C'est dans ce sens aussi que , sans avoir été d'extraction divine, Jésus fut le Sauveur des hommes , les ayant relevés de l'état dé perdition dans lequel ils étaient plongés, et qu'il les ramena par ses sublimes enseignements au vrai culte de TÉternel. Enfin, comprenant parfaitement dans sa sublime vertu et la pureté de ses principes, la position dans laquelle il se trouvait à l'égard de l'accomplissement de ses devoirs envers la Divinité, il a pu dire avec vérité que Dieu était en tui; c'est-k-dire que tout le bien qu'il faisait, soit par ses acles, soit par son enseignement, c'était à Dieu qu'il fallait l'attribuer, comme lui en ayant donné le pouvoir ; et c'est de même aussi qu'il a pu dire quil était en Dtete, pour exprimer son entier dévouement à rÉternel. Enfin c'est dans le sens d'une semblable solidarité qu'il a établie entre lui et ses disciples , qu'il dit souvent qu'il était en eux comme ils étaient en lui.
Mais s'il est vrai que Jésus-Christ a racheté ou plutôt ramené les hommes à leur devoir, cela ne peut toutefois s'entendre que de ceux qui suivent individuellement sa doctrine, car eux seuls ont été ainsi mis sur la voie qui conduit à Dieu; tandis que les autres, quand même ils auraient été consacrés à l'Être Suprême par le baptême, ne sauraient être rachetés s'ils continuent a marcher dans le sentier du péché et du vice ; mais malheureusenient un petit nombre seulement de soi-disant chrétiens suivent ces sublimes en-
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seigiiemeiits , tandis que la plupart des autres , rebelles aux préceptes de Jésus , se trouvent dans des conditions moins favorables que ceux qui n'ont jamais joui de la connaissance de la doctrine du Christ; et ceux-ci ont de là tout le droit de trouver miséricorde devant la justice et la bonté de rÉternel, comme n'ayant jamais connu la bonne voie qu^ils avaient à suivre. Aussi est-il absurde dé croire et d'enseigner que la félicité éternelle n'existe que pour ceux à qui l'on a fait connaître, dans l'âge d'enfance ^ la doctrine du Sauveur; âge où ils étaient , par la faiblesse de leur intelligence , hors d'état d'en comprendre toute la sublimité; et cela d'autant moins que la plupart cessent dès lors d'en appliquer les priocipes à leur conduite. Enfin il est plus absurde encore de dénier le bienfait de la vie éternelle à cette multitude de peuples qui ont vécu sur la terre sans que jamais même le nom de Jésus-Christ ait retenti à leurs oreilles !
Le plus simple bon sens devrait en effet empêcher de croire que Dieu , parfait dans son incomparable bonté ainsi que dans sa rigoureuse justice y ait pu créer des milliards d'hommes pour les vouer k Téternelle damnation ; tandis qu'il n'aurait fait annoncer qu'à quelques Juifs de la Palestine la doctrine conforme à sa volonté, et qu'il ait en même temps mis les plus grandes entraves h la propagation de la vraie foi, ainsi que nous le voyons par l'histoire, qui nous apprend que les premiers'sectateurs de Jésus-'Christ ont éprouvé les persécutions les plus cruelles avant que leur croyance ait prédominé par l'effet de la raison , et que ce n'est même encore aujourd'hui qu'une faible partie du genre humain qui jouit du bienfait du Christianisme; d'où il faudrait admettre qtie la prétendue malédiction divine pèse encore et pèsera encore longtemps sur d'anciennes nations. Quelle moralité chez des gens qui prétendent jouir d'une haute civilisation , et prétendent être les disciples du fils même du Dieu juste ! ! !
Avant de déclarer ainsi proscrite de la félicité^ éternelle ni. 8*
i i 8 THÉOLOGIE De LA NATURE.
la majeure partie des enfants du même Dieu , qui n'ont sciemment encouru aucun reproche d*avoir manqué k leurs devoirs envers la Divinité , il faudrait qu'on pesât du moins toute rénormité d'une aussi épouvantable injustice; et cela précisément par le respect sans bornes que , suivant renseignement de Jésus-Christ, Ton doit avoir pour Dieu, qui n'est que bonté, justice et miséricorde. Or ces mêmes chrétiens qui se disent si fervents dans la foi qu'ils expriment du bout des lèvres , feraient bien de suivre l'exemple du sublime fondateur do leur religion , qui enseigna à ses disciples, dans la parabole du Samaritain (Saint Luc , X , .29), que tous les hommes sont leurs frères et en conséquence leurs prochains , quelle que soit leur croyance religieuse , pourvu qu'ils soient hommes de bien.
Quoique la doctrine de Jésus-Christ diffère notablement de celle de Moïses par un plus grand développement qti'iï lui donna et une plus juste appréciation des différents dogmes qu elle admet, tels que ta foi en la bonté , la justice et la miséricorde divine, mais surtout par la croyance à une vie future et à une rémunération après la mort ^ dogme qui, ainsi que je l'ai fait remarquer, n'est nulle part clairement formulé dans l'Ancien Testament, où il n'est parlé que de récompenses matérielles terrestres pour ceux qui restent fidèles à la 4oi Mosaïque.
C'est de même que Jésus-Christ proclama aussi pour la première fois Tégalité de tous les hommes devant Dieu; les déclarant tous frères , comme enfants du Père céleste , en les désignant souvent sous la dénomination de Prochain ; tandis que les anciens Israélites se disaient être seuls le peuple dé Dieu ; et Jésus-Christ né dans cette religion ne l'a non-seulement jamais condamnée dans ses principes , mais en a, ainsi que je l'ai déjà dit plus haut y toujours rempli rigoureusement les devoirs jusqu'au dernier moment de sa vie, sans avoir une seule fois dit qu'il avait l'intentioh.de la réformer ; ne cherchant dans ses enseignements qu'à la
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faire mieux comprendre ; recommandant à ceux qui Técoutaient de rester fidèles k la loi Mosaïque, en observant exactement ses prescriptions, comme le seul moyen de complaire à Dieu , pour mériter ses bienfaits. C'est ainsi qu'il dit aux Juifs, Saint Matthieu, V, 17 : « ]Vc pensez point que je sois venu abolir la loi ou les prophéties; je suis venu^ non pour les abolir, mais pour les accomplir; »
18. « Car je vous dis en vérité que^ jusqu'à ce que le ciel et la terre passent y il n'y aura rien dans la loi qui ne s'acebmplisse\, jusqu*à un seul iota^ et à un seul trait de lettre. »
19. « Celui donc qui aura violé Vun de ces plus petits commandements^ et quiaurd ainsi enseigné les hommèè, sera estimé le plus petit dans le royaume des deux; mais celui qui les aura observés et enseignés , celui-là sera estimé grand dans le royaume des Cieux. »
21 . « Vous avez entendu qu'il a été dit aux anciens : Tu ne tuera^ê point; et celui qui tuera sera punissable par les juges. j>
22. « Mais nioi je vous dis que quiconque se met en colère contre son frère ; sans cause, sera puni par le jugement; et celui qui dira à son frère, Raca^ sera pUni par le conseil; et celui qui lui dira fou, èerd puni par le géhenna du feu, »
Et Jésusr-Chrîst cotititiiie, dans le reste du Chapitre, à expliquer et k élucider d'autres passages.
De même aussi, au Châp. XIX, 16, il est ditque « ... . quelqu'un s' approchant lui dit : Moh bon Maître , que dois je faire pour avoir la vie éternelle? »
17. « /i lui répondit : Pourquoi ih'appélles-tu bùri? Il n'y à qu'un seul bon; &est Dieii. Que si tu veux ehtrèr dans la vie , garde les commandements, »
Je pourrais citer encore plusieurs autres passages des Évangiles où lé Sauveur Recommande k ses disciples de rester fidèles au texte de la M mosaïque, ainsi qu'aux prescriptions des Prophètes, qu'il a lui-même scrupuleusement
observés jasqu à sa mort; et ce n'est que plus tard que ses disciples, en proclamant la divinité de leur maître, se sont par la séparés des sectateurs de Moïses, ^sous le nom de Chrétiens^ croyance qu*ils n'ont, du reste, jamais pu justifier que par une foi sans examen dans lopinion de quelques Apôtres , et que Jésus-Christ a lui-même repoussée en faisant toujours une différence entre sa personne et Dieu; croyance que les Juifs ne purent adopter sans détruire dans leur religion le principe de Tunité du Dieu éternel, base essentielle de leur foi , et que Jésus a lui-même constamment appuyé de son autorité.
On a d'ailleurs vu dans ce qui précède , qu*^ lisant attentivement les Evangiles, on ne pouvait non-seulement pas considérer Jésus-Christ comme ayant été d'une essence divine , soit qu'on veuille le regarder comme identique avec l'Être Suprême qui serait venu sur la terre en prenant la forme d'un homme, sous le nom de Jésus, ainsi que le croient la plupart des chrétiens , soit qu'on le considérât comme étant le Fils de Dieu, conçu du Saint Esprit, ainsi que le prétendent également les chrétiens, ce qui implique déjà en soi- même contradiction , vu que par la force d'un axiome, il ne peut pas être Dieu le Créateur et en même temps son propre fils , mais encore le titre de Messie ou de Christ, qu'il a reçu, etquil s'est lui-même donné, ne saurait être pris dans l'acception rigoureuse, qu'il a été comme tel, c'est-à-dire comme Y Oint ou le Béni de Dieu, envoyé sur la terre pour y instruire les hommes et les amener au vrai culte de Dieu ; cette croyance étant à la fois contraire à la bonté de Dieu, ainsi qu'à sa justice et à sa miséricorde; vu qu'il n'a instruit qu'un fort petit nombre. Enfin les actes même de Jésus-Christ, tout sublimes qu'ils sont, comme émanés d'un Être purement humain, ne s'accordent, dans une foule de cas , aucunement avec l'idée que nous devons nous faire de la sagesse ineffable et de la toute-puissance de l'Éternel.