CHAPITRE XV
blime doctrine , les moyens de ne pas tomber dans la tentation; car par qui et de qui les hommes auraient-ils été rachetés? L'Ecriture dit tantôt que c'est Dieu qui, k cet effet, a livré son propre fils pour la rémission de leurs péchés (Saint Paul, Épître aux Romains^ Chap. YIIl, 32), et tantôt que c*est Jésus-Christ qui s* est sacrifié lui-même vo* lontairement pour sauver les hommes. Mais dans Tun el dans Tautre cas de qui le genre humain a-t il été racheté? Nécessairement d'un tiers qui le possédait dans sa déchéance. Or ce tiers n'aurait pu être , par la conséquence la plus naturelle tirée de ce dogme même, que Satan; opinion qui constitue un horrible blasphème, supposant que Dieu ait pu ainsi traiter avec le Diable et lui livrer quoi que ce soit comme rançon , voire même son propre fils , ou lui-même. On voit que cela devient par trop absurde, et il est impossible de ne pas arriver k cette conséquence.
Mais ce n*est pas tout encore. De quel péché dit-on que le genre humain a été ainsi racheté , et par conséquent affranchi? L Écriture dit que c'est du péché originel, et cependant la même doctrine enseigne aussi que , nonobstant ce rachat , ce péché continue toujours de peser sur la postérité d'Adam ; contradiction manifeste qui détruit le dogme qu'on a youIu établir par le sacrifice de Jésus-Christ.
Je ferai remarquer en outre que , le genre humain entier n'ayant pas adopté tout de suite , et pas même encore de nos jours, les lois de la morale religieuse de la doctrine du Christ , le sacrifice du Sauveur pour le rachat des hommes n'aurait ainsi pas eu le résultat voulu ; ce qui indique implicitement que ce sacrifice n'a pas été accueilli favorablement , et que le pouvoir du mauvais génie a été plus puissant que celui de Dieu, auquel il a résisté avec avantage : autre absurdité qui ressort forcément de ce dogme.
D'autres fois, Ton dit que Jésus-Christ s'est sacrifié pour la rémission de nos péchés. Ce n'est ainsi plus , comme on voit, un rachat^ une rédemption^ mais une victime offerte en m. 10
holocauste à TËtre Suprême, suivant Tantique usage des Israélites et des païens, qui offraient ainsi des sacrifices h Pieu pour obtenir par là le pardon de leurs fautes. C'est du paganisme tout pur que les sectateurs de Moïses ont conservé et dont ils firent un ample usage jusqu'à l'arrivée de Jésus-Christ, qui fut, dit-on, la dernière victime offerte à l'Être Sppréme; mais ce fut cette fois le Fils même de Dieu, voire le Créateur lui-même , suivant la croyance des chrétiens. Opinion dont la raison ne saurait être soutenue, tombant, comme la première, entièrement dans la plus complète absurdité.
D'après les remarques que je vieps de faire , on voit qu'il n'y a eu d'aucune manière rachat des péchés des hommes par la mort de Jésus-Christ, dans le sens propre de ce mot, paais bien dans le sens figuré ; et voici comment. Les hommes, enclins k la sensualité par l'effet de l'intluence trop connue de la partie matérielle de leur Être sur leur Esprit, se sont de )à, dès l'origine du monde, adonnés, chacun en particulier, au péché ; mais non pas en héritant de celui d'Adam et d'Éva, leur§ prepiiers parents, qui ont, comme tous, péché par la même cause ; c'est-k-dire par l'influence des sens que le Créateur même leur a donnés. D'où l'Être Suprême ne saurait les punir de l'usage qu'ils en font, tant qu'ils restent renfermés dans les bornes qu'il a prescrites aux conditions qu'ils ont k remplir , mais dont les hommes abusent en contrevenant par la k la volonté divine. Or, si même Adam et Êvd p'eussent pas fait de fautes , leurs descendants n'en auraient pour cela pas été exempts ; le péché étant inhérent k leur (condition d'Êtres matériels, sensibles au bien et au mal physiques, ce qui est dans l'instinct de tous les animaux, parmi lesquels Pespèce humaine prend rang; se trouvant en principe faite comme eux.
Le mol de Rédemption ne peut donc être accepté ici qu'uniquement dans ce sens que Jésus Christ a ramené les hommes par t^es sublimes enseignements a la véritable idée