CHAPITRE XVI
pie volonté, à corriger ce vice si profondément enraciné dans les mœurs de la nation ; vice qu'il tolère honteusement ; il lui sulfit pour être satisfait que ces mêmes bandits fréquentent souvent les églises ; ne pensant pas que de tels hommes profanent les temples de Dieu par leur seule présence.
Quel défaut ensuite est plus général chez les hommes que celui de la médisance , à laquelle ils se livrent le plus souvent pour la simple satisfaction de soutenir une conversation, et même en y ajoutant souvent l'infâme calomnie, en répandant des mensonges sous la seule garantie de Yon dit, sans se faire le moindre scrupule du tort qu'ils font à ceux dont ils attaquent Thonneur, et sans se reprocher de manquer ainsi au principe sacré de la charité qui commande de ne point faire aux autres ce qu'on ne voudrait pas qui fût fait à soi-même; sublime précepte fondé sur l'amour du prochain, et renfermant k lui seul toute la morale ; mais malheureusement la plupart des gens le violent avec la plus blâmable légèreté. Si quelqu'un pouvait même se croire assez vertueux pour n'avoir rien à redouter de la médisance , opinion orgueilleuse qui prouverait déjà le contraire ; cette personne devrait du moins comprendre qu'elle n'est toutefois pas à l'abri de la calomnie , dont il lui serait le plus souvent impossible de se justifier, par cela même qu'elle ne saurait se douter qu'on répand deç mensonges sur son compte.
Or les personnes qui se permettent la médisance savent parfaitement qu'elle porte préjudice a ceux contre qui elles rapportent des faits désobligeants , et que le tort qu'elles font par un seul mot indiscret ne saurait plus jamais être réparé. Que dis-je? combien n'a-t-on pas lieu d'être scandalisé en entendant des gens ainsi déchirer la réputation de ceux même dont ils se disent les amis, et a qui ils font du reste le plus affectueux accueil en faux témoignage de leur soidisant amitié, tandis qu'eux-mêmes offrent par leurs défauts bien plus de prise â la médisance ; mais leur orgueil leur
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fait croire que seuls ils sont à Fabri de tout reproche , et qu'ils inspirent plus que tout autre par leurs vertus , le respect et la vénération à quiconque les connaît.
La plupart des personnes ne se croient surtout pas obligées de garder le secret sur des faits qu'on ne leur a pas expressément défendu de divulguer, et se promettent de les publier partout où le besoin de parler de quelque chose leur en offre l'occasion , quoique la plus légère réflexion devrait leur faire comprendre que cette défense ne pourrait être faite à chacun qu*en la faisant insérer dans les journaux : encore ces feuilles n'arrivent-elles pas à tout le monde ; excuse dont le plus simple bon sens devrait faire comprendre toute l'absurdité.
Quoiqu'on écoute assez généralement par curiosité la médisance et même la calomnie, sans se permettre, par politesse, d'en relever Tinconvenance , les personnes qui se livrent k ce vice devraient du moins concevoir qu'elles se rendent elles-mêmes odieuses k ceux qui les entendent.
Mais si les événements de la vie privée constituent la propriété la plus précieuse de l'homme, et se trouvent placés sous la sauvegarde d« la charité de tous , cette haute protection ne saurait être due aux actes de la vie publique , que chacun a le droit de censurer, comme y étant personnellement intéressé. Se taire ici sur les fautes, c'est non-seulement les tolérer, mais encore les prendre tacitement sous sa protection spéciale, en engageant par le silence les hommes vicieux k se livrer à leurs coupables actions, sans crainte d'être accusés et flétris par l'opinion publique. Or c'est précisément Ih qu'on trouve la plus blâmable indulgence chez la plupart des personnes qui, non-seulement ne repoussent pas avec mépris ceux qui se sont rendus indignes de l'estime de leur prochain , mais leur rendent même hommage par le bon accueil qu elles leur font dans la société. Il suflit le plus souvent que ces gens soient plus bu moins haut placés dans le|monde , soit par leur fortune , soit par leur rang ,