CHAPITRE XVÏ, IGri
chair est faible, et que Dieu infiniment bon et miséricordieux leur pardonnera leurs fautes , Jorsque enfin elles auront à comparaître devant son auguste tribunal. C'est sur cette fausse croyance que i'bomme ne peut rien sans la grâce du Très-Haut que sont même rédigées la plupart des prières qu'on entend débiter non-seulement par les diverses personnes en particulier, mais qui plus est par des prêtres dans Pexercice de leurs fonctions sacerdotales ; prières qui ont pour effet que les gens, loin de faire quelques efforts pour prendre une bonne résolution , se fortifient au contraire , dans la certitude que ce n'est pas à eux à chercher h se corriger, vu qu'ils ne le peuvent pas : mais que c'est à Dieu à produire le miracle de les forcer à bien faire; déplorable conviction qui les conduit nécessairement à croire que si ce miracle n'a pas lieu , c'est que Dieu ne le veut pas, et qu'il ne peut en conséquence jamais les punir de ne pas avoir fait ce qui leur était impossible.
Cependant, quoique l'homme réellement religieux craigne de demander à Dieu quelque bienfait que dans son cœur il sent n'avoir pas pu mériter, il arrive que dans les grandes afflictions, lorsqu'il se voit abandonné de tous, son Esprit se tourne en quelque sorte malgré lui vers l'Être Suprême, le seul bienfaiteur qui puisse encore l'assister, pour lui demander son appui : élan naturel que lui inspire à la fois la nécessité du moment et la confiance qu'il a dans la bonté du Très-Haut.
De même aussi l'homme profondément ému d'un bonheur dont il ne connaît pas l'auteur sent toutefois dans son cœur la nécessité de le rapporter k quelque cause bienfaitrice intelligente à laquelle sa reconnaissance a besoin d'offrir l'expression de sa vive gratitude. Or a qui peut-il l'adresser si ce n'est à TÊtre Suprême, le tout-puissant bienfaiteur de l'univers entier, qui seul peut l'en avoir gratifié dans son adorable bonté.
Que dis-je?le sentiment d'une profonde reconnaissance
est en lui-même Tobjet d'une vive jouissance morale qui augmente considérablement le prix du bienfait reçu, et contribue puissamment a rendre l'homme meilleur; l'engageant à se rendre digne de la bienveillance du bienfaiteur.
§ IL Devxnrs envers les hommes.
Le fait de la seule adoration ne saurait suffire pour complaire ^ Dieu , îi moins de prendre ce terme dans son acception la plus rigoureuse; c'est-k-dire que celui qui adore sincèrement TÉtre Suprême doit nécessairement Taimer du fond de son cœur et chercher en conséquence à lui plaire non -seulement par son amour pour lui , mais aussi par toutes les actions de sa vie ; et c'est ainsi , en effet , qu'on doit entendre l'amour de Dieu ; d'où il résulte que celui qui aime FÊtre Suprême doit nécessairement être irréprochable envers son prochain. Prise au contraire dans un sens restreint, celui où l'on pourrait penser, ainsi que le font une foule de personnes, qu'il suffit uniquement d'aimer Dieu et de lui rendre les hommages de dévotion qu'on lui doit, sans que cela ait du reste aucun effet sur la conduite à tenir à l'égard des hommes, celte dévotion ainsi mal entendue serait loin de pouvoir être favorablement agréée parrEternel. En effet, cette adoration pure et simple n'implique par ellemême que les devoirs envers Dieu, tandis qu'on a aussi des devoirs k remplir envers le prochain , envers soi-même et même envers les animaux; le tout comme conséquence naturelle de l'amour de Dieu pris dans son acception rigoureuse.
Enfants du même Père Céleste, tous les hommes ont, k ce titre, un égal droit a sa bonté et k sa protection, droit que par cela même nous devons respecter dans chacun, pour ne pas contrevenir aux lois immuables de la justice du Très- Haut; et en conséquence pour ne pas encourir sa désapprobation dans notre conduite dans ce monde.
Or ces devoirs envers les autres hommes ne comprennent
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pas seulement les simples égards que nous devons à leurs personnes, mais encore ceux que nous imposent envers eux les lois convenues entre tous : devoirs que Jésus-Cbrist a si admirablement formulés en disant : « Ne faitêê p(M auâs autres ce que vou$ ne votidrie^ pas qu'on vous fît; » sublime précepte que la plupart des gens transgressent tous les jours ) et de ce nombre sont non-seulement ceux qui se montrent d'ordinaire tièdes dans leur foi religieuse , mais aussi ceux qui affectent la plus grande piété, soit qu'ils pensent qu'il suffit pour plaire à Dieu de suivre assidûment les cérémonies religieuses , soit que leur empressement dans les temples de l'Éternel ne soit de leur part qu'un vain simulacre sous lequel ils cherchent k cacher leurs vices ; cdgots parfaitement connus , précisément par ce choquant contraste qui existe entre leurs actes de piété et leur conduite envers leur prochain, où les mauvaises qualités de leur cœur se montrent à tout instant à nu; clause de gens d'autant plus dangereuse et plus méprisable qu'elle cherche k se cacher derrière l'autel qu'elle profane.
Tout le monde sait généralement que ces hypocrites, k peine sortis de leurs sacrilèges prières, se permettent envers leurs frères toute espèce de méfaits, dont la médisance et la calomnie sont souvent les moins révoltants, mais encore rintolérance , le vol et jusqu'k Tassassinat.
Qui ne sait les horribles persécutions religieuses exercées en tous temps, au nom même de la religion, et encouragées par ceux-lk même qui par leur ministère étaient chargés de prêcher au nom de Jésus-Christ l'amour du prochain, le pardon des fautes, et de recommander même la bienveillance envers les ennemis?
Qui ne connaît les nombreux synonymes diminutifs du mot voler qu'on a imaginés pour les accommoder aux divers degrés de susceptibilité des gens que Tépithète de Voleur pourrait blesser, quoiqu'au fond elle leur soit parfaitement applicable ; termes différents sous lesquels une foule dé per-
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sonnes soi-disant honnêtes etfréquentant les églises cherchent à amoindrir leurs coupables moyens de s'emparer du bien d'àutrui, sans avoir Tair de penser qu'elles sont désho^ norées si Ton parvient a découvrir leurs fraudes.
G est ainsi que personne ne voudra jamais souffrir qu'on le traite de Voleur, le mot paraissant exprimer une trop dure vérité; mais plusieurs déjà ne s'élèvent que fort peu contre les titres de Fripon, de Trompeur, de Trichard, et même de Filou et d'JEscroc, etc. ; un plus grand nombre ne rougit pas à la preuve d'avoir vendu à fausse mesure, genre de vol que le magistrat même ne punit que d'une légère amebde ; et personne pour ainsi dire ne se fait scrupule de Faire passer, suivant le terme consacré dans le commerce soi disant honnête, une marchandise défectueuse qu'on vend pour bonne; ou bien de profiter soit du manque de connaissance de Tacheteur, soit même de sa confiance , pour lui faire ac* cepler à un prix exorbitant des objets qu'rl veut acquérir ; et la plupart des gens, souvent fort haut placés dans la société, ne rougissent non-seulement pas de leurs tromperies, mais se glorifient même de leur talent dans ce genre de vol qu'ils appellent savoir faire aller le commerce, et trouvent même dans le monde de nombreuses personnes qui les honorent; tandis que pour l'homtne réellement religieux et de la vraiment honnête et probe, tous ces moyens ne sont que le méprisable vol sous des dénominations différentes, n'exprimant toutes que la manière illégale et honteuse d'acquérir la fortune.
Le Cagot enfin se permet même l'assassinat et le vol sur les grands chemins, avec la croyance que tout lui sera pardonné au moyen de quelques actes religieux accomplis dans les églises. G* est ainsi qu'aujourd'hui encore personne ne peut voyager en sécurité chez certains peuples très-réputés pour leur religiosité apparente , l'état de Bandit étant national dans le pays, où le clergé n'est jamais parvenu, ni par ses enseignements, ni même par la manifestation dis sa sim-