CHAPITRE XVi
longtemps dans cette condition d'abrutissement dans laquelle nous les voyons, quoiqu'il^ soient, je n'en doute pas, aussi perfectibles que les nations européennes;
Mais une supériorile réelle de Tbomme sur la femme se fait remarquer, ainsi que je Tai dit, dans un sentiment plus vif de Tamour, qui arrive généralement chez Thomme pur et moral) à rendre dans l'exaltation de son esprit^ un véritable culte k la personne objet de son affection ; sentiment que n'éprouve que bien rarement le cœur d'une femme^ chez qui l'attachement pour l'homme ressemble beaucoup pliis à cette amitié tendre et affectueuse qu'elle éprouve aussi pour une autre femme son amie. Si quelquefois l'amour prend cfaez elle le caractère violent de la passion^ c'est généralement moins par l'effet d'une affection innée pour les hommes qiie par celui des obstacles qu'elle rencontre ; et le plus souvent son attachement nait de la reconnaissance que son cœur éprouve de l'amour qu'elle a fait naitre dans celui qui lui adressie ses hommages passionnés. D'autres fois son amour nait de l'intérêt qu'elle prend au malheur, ou bien encore , et cela arrive assez souvent, elle s'attache k tel homme pour son mérite ; mais rarement, et jamais peut-être, l'amour de la femme n'arrive a ce sentiment exailé d'admiration et de haute vénération qui ressemble si bien chez l'homme k une véritable déification;
Ce sentiment passionné de l'homme pour la femme n'est d ailleurs, ainsi que je Tai fait voir dans le second volume de cet ouvrage » que Feffet d'une loi générale de la nature , par laquelle le Créateur a, dans sa sublime sagesse , assuré le succès de la propagation des races; cette loi s'étendant sans exception k toutes les espèces animales, et même en quelque sorte jusqu'aux plantes; où l'on voit dans quelques-unes, telle que la Rue^ un certain simulacre d'une démonstration d'amour par lequel lesÉtamines s'inclinent successivement vers le Pistil pour féconder ses germes ; tandis que cet organe femelle reste immobile dans cet acte si important. En effet la fe-
melle devant partout recevoir la fécondation et non la donner, elle pouvait rester ainsi plus ou moins passive, tandis que le mâle doit nécessairement rechercher la femelle avec instance pour communiquer aux germes qu'elle porte le principe de la vie individuelle par l'effet de son pouvoir prolifique. Quant aux animaux cela est si rigoureusement vrai, que partout, jusque chez les plus minimes insectes , les mâles seuls montrent de Tardeur et de l'empressement auprès de Vautre sexe (1).
Je regrette de ne pas pouvoir reconnaître égalenient ici la supériorité de la femme ; mais mon devoir avant tout est de dire ce que je crois rigoureusement vrai , et non de flatter des personnes qui , sous tous les autres rapports , m'ont toujours inspiré, par leur haute distinction et leur mérite, le sentiment du plus respectueux hommage.
Mais si Tamour pour Tautre sexe est moins vif chez la femme que chez l'homme, il n'en est pas de même de rattachement pour leurs enfants ; c'est là où la passion de la première éclate avec toute sa véhémence , ainsi que je l'ai fait déjà remarquer ailleurs; tandis que le père n'éprouve généralement pas ce sentiment au même degré de force. Voyez avec quelle jouissance portée jusqu'au délire la mère imprime un baiser sur la joue de son enfant , tandis que son mari ne reçoit jamais d'elle un aussi vif témoignage de son amour.
Or ce sentiment passionné pour son enfant n'est d'ailleurs pas uniquement inné k la femme; la sublime providence en a également pénétré le cœur de toutes les mères, afin d'assurer par là à leur progéniture les soins affectueux et incessants que réclame la frêle existence de ces jeunes Êtres qu'elles mettent au jour, soins que la mère seule peut leur donner.
Ce vif attachement de l'homme pour la femme que je
(1) Voyei la note n** 2* .