‹ Théologie de la nature (volume 2)Chapitre 58 sur 79 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

voirs est digne du plus souverain mépris ; ayant promis devant l'autel de rester fidèle à celui qu'elle a choisi pour époux , détruisant le bonheur moral de son mari et de toute sa famille. Mais le même manque de foi doit-il être moins blâmé chez Fhomme, où il cause pour la femme un malheur tout aussi grand? Et cependant le public se montre en cela encore très-indulgent envers lui , quoiqu'il manque de même à la foi jurée. Or cela ne prouve-t-il pas également que ce genre de vice est tellement fréquent chez les hommes qu'il est presque devenu l'objet d'une conduite permise et honorable; tandis que chez la femme, que le monde regarde généralement comme plus vertueuse que l'homme, ce manque du devoir est considéré pour cela, comme l'acte d'une conduite odieuse , qui contraste le plus avec la haute opinion qu on a de sa moralité.

C'est en vain qu'on dit que l'inconduite du mari est moins préjudiciable k la famille que celle de la femme, et qu'en conséquence on peut accorder au premier quelque indulgence à cet égard.

Mais cet argument, qui n'est déjà en lui-même qu'un sophisme fort immoral, ne saurait diminuer en rien le tort qu'on veut pallier, qui ne constitue pas moins le crime de trahison de la foi jurée et la cause du plus afDigeant malheur pour la femme ; d'où il n'est pas plus excusable que l'adultère dé celle-ci.

Parlerai-je ici de la supériorité de la femme par sa candeur qui la distingue si éminemment? Citerai-je sa pudeur, signe caractéristique de sa vertu plus délicate et plus austère, son aménité en toute chose , où Ton ne remarque que par de rares exceptions ces habitudes d'intempérance, ces formes rudes dans le caractère que les hommes se permettent d'ordinaire sans croire manquer a la bienséance, et dénote un tact moins délicat. Enfin ce n'est pas que jusque dans la recherche de §a mise, témoignage de la délicatesse de son goût, dans l'ordre et la minutieuse propreté qui

régnent chez elle, qu'elle se distingue avantageusement Qu'on compare sous ces différents rapports les établisse ments où les hommes sont réunis en nombre, avec ceux du même genre où se trouvent des femmes appartenant aux mêmes familles , et par conséquent aux mêmes classes de la société, tels que les Hôpitaux, les Couvents et les Pensionnats , et Ton pourra se convaincre de la rigoulreuse vérité de ce que j'avance ici sur la prééminence des femmes. Les hospices d'hommes desservis par des Infirmiers sont de véritables écuries; ceux où sont les femmes sont des palais; et une différence presque aussi grande existe entre les Collèges et la Maison de la Légion d'honneur de Saint-Denis.

Si je fais ressortir ici les éminentes qualités si nombreuses qui élèvent la femme au-dessus de Ihomme, je dois toutefois reconnaître aussi que celui-ci en possède également qui, sous d'autres rapports, l'élèvent au dessus d'elles; mais je n'en coupais réellement que trois : la hauteur de la taille, la force physique et un amour plus vif pour l'autre sexe, qualités auxquelles plusieurs Philosophes croient devoir joindre , ainsi que je l'ai déjà dit, celle d'une portée d intelligence plus élevée, par laquelle l'homme serait capable d'arriver aux plus hautes conceptious philosophiques, degré que la femme parait ne pas pouvoir atteindre. Mais je dois rappeler ici ce que j'ai dit un peu plus haut, que cette supériorité de fait n'est qu'acquise parl'eflet des études auxquelles l'homme seul se livre , et n'est nullement due à une faculté qui serait réellement propre au sexe masr culin , ainsi qu'on a voulu l'admettre.

Pour, ce qui concerne la taille et la force physique de l'homme, ce sont des faits trop généralement connus pour qu'il soit besoin d'entrer k ce sujet dans la moindre explication pour prouver cette vérité ; et quoique les femmes en soient les victimes, elles doivent trouver ces avantages trop peu en harmonie avec les qualités délicates et nobles qui les caractérisent sous tous les autres rapports pour se trouver

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en principe blessées de ce genre de supériorité des hommes; quoique ce soit par Teffet de ces avantages que ceux-ci leur ont imposé leur domination » ainsi que les lois dont elles ne pourront jamais s'affranchir.

Si Ton voulait inférer du fait de la plus grande force de Ihoinme que Dieu Ten a doué pour qu'il puisse dominer la femme , il serait facile de faire ressortir tout ce qu'il y a de faux dans ce sophisme, en faisant remarquer que cette opinion serait évidemment contraire aux dogmes de la su^ blime sagesse et de Tineffable bonté du Créateur, et que cette domination par la force n'est aucunement nécessaire au maintien de Tordre dans la famille, et enûn que la sagesse divine aurait, pour ne pas laisser son œuvre aussi manifestement imparfaite, accordé aussi k Thomme, d'une part, une sensibilité plus exquise pour les maux de ceux qu'il serait appelé à gouverner, et de l'autre une plus grande justesse de raisonnement qui le dirigerait dans ses actes, et enfin une douceur plus affectueuse qui ne lui permettrait pas d'abuser de sa puissance : toutes des qualités que l'observaiion est loin de confirmer en lui, vu que c'est précisément le contraire qui a lieu.

Quant à cette Intelligence plus élevée qui serait si nécessaire à celui qui doit gouverner les autres, elle n'est en rien au-dessus de celle de la femme; l'observation prouvant éga* lement que sous ce rapport existait Tégalité la plus parfaite entre les deux sexes. Or toutes ces contradictions doivent faire comprendre aux Philosophes et aux Moralistes qu'ils ne sauraient admettre que la sagesse divine ait jamais pu arriver à une semblable inconséquence entre le but qu'elle s'est proposé et les moyens qu'elle aurait employés pour l'atteindre; et je trouve ailleurs, ainsi que je l'ai dit plus haut, des explications plus rationnelles de la prédominance de la force physique de l'homme, explications plus conformes k ridée de sagesse et de justice du Créateur; principes fondamentaux qui doivent servir de base à tout.

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En effet, par cet avantage de la force, l'homme devient encore naturellement le protecteur de la société entière , sans laquelle la famille ne saurait guère subsister.

Il découle ensuite de ces diverses conditions comme conséquence plus éloignée qu*aux hommes revient plus naturellement aussi la direction des affaires publiques, dont ils peuvent seuls s* occuper sans inconvénient pour le bienêtre de la famille dont ils doivent souvent s*absenter ; tandis que les soins domestiques conviennent au contraire infiniment mieux aux femmes, qui y sont de plus propres par toutes les qualités d'ordre , de soins bienveillants et de tendresse pour les enfants dont elles ont également été douées par la Providence, afin de leur rendre ces soins non-seulement plus faciles , mais même agréables par la satisfaction que leur cœur sensible et bienfaisant en éprouve.

Il est vrai que par cela même que Thomme doit se charger des occupations extérieures, dont la plupart exigent des travaux et des recherches pour lesquelles il a besoin de moyens artificiels acquis par létude, il est nécessaire qu*il reçoive ^ cet effet une éducation scientifique ou simplement artistique , généralement inutile à la femme, à qui on ne la donne en conséquence pas , ou k un bien moindre degré d'élévation , suffisant toutefois pour satisfaire à ses occupations domestiques, ou pour seconder son mari; et souvent aussi pour avoir ce qu'on appelle une éducation distinguée ; talents et savoir qui, maintes fois, sont plus nuisibles qu'utiles au bien-être de la communauté.

Or cette haute éducation que les hommes seuls reçoivent souvent contribue non-seulement beaucoup h éclairer leur intelligence et à rectifier leur jugement . mais elle les rend encore capables de s'élever par Tesprit jusqu'à la solution des questions les plus abstraites, où ils finissent par comprendre et par suivre jusqu'à l'infini Tenchainement le plus compliqué des idées, en arrivant aux conceptions de la philosophie la plus transcendante; faculté qui n'est principalement due,

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ainsi que je viens de le dire, qu*k l'habitude de ce genre de travail ÎDiellectuel , secondé par le génies travail auquel les femmes ne se livrent pas, par Tefifet d'un autre genre d'éducation qu'elles reçoivent, où l'usage reçu ne leur permet pas de franchir des limites très-restreintes, sans attirer sur elles le blâme de la société ; et non parce que leur inteUi^ence n'est pas capable de s'élever aussi haut.

Par l'effet de cette différence d'éducation, l'homme î^cquiert en conséquence une facilité de conception à laquelle la femme ne peut arriver; miais comme cette faculté n'est qu'artificielle et nullement innée, T homme ne saurait s'en prévaloir pour prétendre à une supériorité de droit naturel. Or c'est là toute la différence qui existe sous le rapport de l'intelligence entre le$ deux sexes ^ et cela est si vrai qiie partout où des femmes ont franchi par leur volonté cette barrière opposée au développement de leurs facultés intellectuelles, elles se sont généralement élevées au niveau des hommes les plus marquants. Je citerai encore ici toutes les Reines qui , en qualité de souvelraines absolues, ont gouverné des États , reines dont rarement une a régné avec faiblesse ; la plupart, et cela depuis la plus haute antiquité, ayant gouverné leurs peuples avec gloire; ce qui tendrait même k prouver, par l'effet d'une simple supputation statistique, que les femmes sont phis que les hommes capables de hautes conceptions, ainsi que d'une grande énergie de caractère. Si l'on n'a jamais connu de femme qui se soit placée au niveau des hommes les plus illustres par leur haute capacité intellectuelle, tels qu'ont été Pythagoras, Selon, Socrate, Platon, Kant, Leibnitz et autres Philosophes du même mérite, c'est évidemment parce qu'elles ne se sont jamais occupées de ces hautes spéculations de l'intelligence, comme n'entrant pas dans le cadre de leurs études habituelles ; et ce n'est en efiét, qu'à ce degré le plus éminent des conceptions de Vespritque les femmes ne sont ainsi jamais arrivées. Or si l'on admettait même, ce que je conteste en principe, que m. 13

les homines sont par leur intelligence innée seuls capables de ces hautes investigations philosophiques ^ cela ne serait toutefois vrai que pour un très-petit nombre, peut être pour nn par siècle dans tout Tunivers ; et quel est le mari qui oserait prétendre que c'est lui qui, occupant cette suprême position dans le monde , possède par là le droit naturel de commander la soumission à sa femme, même dans les affaires purement domestiques? Mais aussi quel supplice moral ne doit pas éprouver une femme d'une intelligence élevée, d'un jugement juste et d'une volonté énergique pour le bien, de se voir forcée de soumettre sa raison k l'orgueilleuse sottise d'un homme qui n*a que la force brutale pour argument, et d'injustes lois qui lui confèrent le droit despotique de commander pour faire obéir sa femme à sa volonté, en dépit de toute démonstration qui lui prouve qu'il devrait faire autrement.

Ce qui prouve d'ailleurs, jQsqu'k la dernière évidence, que les grandes conceptions de sauraient avoir lieu sans une étude approfondie du sujet, c'est que tous les hommes d'une haute capacité d'esprit ont été des savants , qui avaient fait d'excellentes études préliminaires, en laissant infiniment loin derrière eux la foule de ceux qui se sont moids perf)ectiotinés par l'exercice de leurs facultés intellectuelles, et qui se trouvent ainsi k leur égard dans les mêmes eonditioosqueles flemmes. Cela est si vrai^ que, les hommes sans éducation et de Ik d'une inteUigence non exercée, sont teilement bornés dans leurs fa^ cultes intellectuelles, qu'iMeur est impossible de dépasser les dégrés \eÈ plus inférieurs du raisonnement où leur entendement se trouble déjà et devient bientôt complètement confus, lorsqu'ils, veulent s'élever davantage par la pensée. C'est Ik la raison pourquoi les grands Philosophes n'ont paru que chez les nations les plus éminemment civilisées, et que jamais un sauvage n'est arrivé a des conceptions sensiblement au-dessus de celles du vulgaire de sa horde ; et c'est Ih aussi la cause qui retient ces peuples sans culture intellectuelle si

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