CHAPITRE XVI
peut dans le monde qu*k leurs seuls efforts , malgré le manque de fortune qui tendait h les retenir dansTobscurité; tandis que personne n'est plus digne de blâme que ceux qui, nés dans Topulence qui leur offre tous les moyens de culti* ver leur intelligence, se laissent tomber au dernier rang par leur ignorance et leur conduite déréglée, ainsi qu'on en a eu de trop nombreux exemples , et n'espèrent arriver aux dignités et au pouvoir que par la faveur et Fintrigue , au détriment des hommes de mérite.
Si l'administration des affaires publiques exige que les divers fonctionnaires chargés de gouverner l'Élat soient soumis h une Certaine hiérarchie, et par tk à une certaine subordination les uns îi Tégard des autres, le droit de supériorité des chefs ne saurait être légitime et juste que lorsqu'il est librement consenti par tous les membres de la même société, comme rigoureusement égaux devant Dieu et la justice des hommes.
§ lit. Devoirs des Hommes envers les Animatàx.
Quant îi la domination que les hommes se sont en tous temps arrogée sur les autres Êtres de la Nature, elle n'est en réalité qu*un pouvoir tyrannique qu'ils leur ont imposé par la force et la ruse, et n*est nullement due îi un droit naturel exclusif que Dieu aurait indiqué quelque part que ce soit dans la vaste œuvre de la création ; et si ce pouvoir existe partout de fait, il n'est fondé, comme toute tyrannie, que sur le droit du plus fort et sur d'égoïstes prétentions tirées, du texte de la Bible, où il est dit que Ihomme étant fait k rimage de Dieu , il doit régner en maître sur le monde entier, créé exclusivement pour lui : formule que l'orgueil seul a pu inspirer k l'auteur de cette prétendue loi de la Nature.
En effet, si ce principe était vrai , il faudrait que le genre humain fût h peu près aussi ancien que tous le^s antres Êtres
organisés, sur lesquels il aurait été appelé a régner en despote. Or il est prouvé de la manière la plus évidente, par les faits géologiques que nous trouvons dans la superposition des restes fossiles des animaux antédiluviens dont il a déjà été parlé ailleurs, que Texistence de l'homme est toute ré-
^ cente sur notre globe, ne remontant au plus qu'à l'époque du dernier cataclysme qui a bouleversé la terre (1) , et qu'avant, pendant des millions d'années peut-être, une foule d'Êtres vivants , et entre autres des animaux de toutes les classes , ont vécu sur la terre, sans avoir, en conséquence, été subordonnés k aucun maître absolu. Pour qui étaient donc
^ faits alors ces Êtres innombrables ? Oserait-on soutenir que c'était pour l'homme , venu si longtemps après , après plusieurs créations successives dont les Êtres organisés , produits chaque fois, ont disparu en tout ou en partie, par l'effet de cataclysmes qui ont bouleversé le monde . et où ils furent remplacés par d'autres exclusivement propres à chacune de ces créations subséquentes? Ce seul fait, aujourd'hui parfaitement constaté parles géologues, ne rend-il pas complètement absurde le prétendu droit naturel de l'homme à la domination sur les autres Êtres qui peuplent la terre , tandis qu'il n'en est que le tyran , dont le pouvoir ne se trouve que dans les moyens que lui procurent son astuce et son adresse ?
Il semble même que Dieu , prévoyant cette orgueilleuse prétention , ait voulu en montrer toute la vanité en créant, en même temps que l'espèce humaine, la vermine destinée k larongertoute vive, animaux immondes qui, ne pouvant vivre que sur l'homme , prouvent que ce superbe maître du monde n'est fait a son tour que pour servir , tout vivant , de pâture aux Êtres les plus dégradés (2) . Or ce seul fait est propre k rabaisser k sa juste valeur l'assertion mosaïque de
(1) Voyez la note n* 16.
(2) Voyez la note n" 10.