‹ Théologie de la nature (volume 2)Chapitre 64 sur 79 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

la haute dignité de la race humaine , si fière de son pouvoir absolu.

L'obserration de la Nature , et les conséquences que nous pouvons en tirer sans prévention , montrent , au contraire , que chaque espèce animale fut créée dans le pur intérêt de sa propre conservation, sauf par elle k chercher k la maintenir elle-même par les moyens mis en son pouvoir, sans prééminence de droit d'aucune espèce. C*est ainsi que tout animal carnassier est , par Teffet même de l'organisation qu'il reçut de la Toute-Puissance divine, dans l'obligation de se nourrir de chair, et souvent de chair vivante, sans laquelle il ne saurait exister, d'où il a le droit naturel de se la procurer partout où il le peut ; et l'espèce humaine, évidemment omnivore, devant se nourrir k la fois de tout, a, en conséquence aussi nécessairement le droit , comme toute autre espèce , de sacrifier k son entretien les objets propres k cette fin. L*hommeest, en conséquence, fait, tout aussi bien que la faible gazelle , pour servir de pâture aux lions et aux panthères, sauf par lui de chercher les moyens d'éviter d'aussi dangereux ennemis. Or l'homme a, au même titre que les animaux, le droit de prévenir sa propre destruction par celle des espèces qu'il doit redouter, droit constituant celui de sa légitime défense. Mais il y a loin de Ik au prétendu droit naturel k la suprématie dans le monde entier , pouvoir dont il s'est simplement emparé , ainsi que je viens de le dire, par l'effet de son intelligence et de son adresse, en y attachant la folle croyance que tout, voire même les astres , n'a été créé que pour servir k sa satisfaction.

Si Dieu , en créant l'espèce humaine telle qu'elle est , lui a donné implicitement le pouvoir de maintenir son existence aux dépens de tous autres Êtres vivants, ce droit ne saurait toutefois pas s'étendre jusqu'au point de lui permettre de les réduire k l'esclavage de la domesticité , et moins encore de leur faire subir le moindre mauvais traitement, les animaux étant, aussi bien quel'hommo, Tobj tde rineiïable bonté

du Ciéaleur. Mais quoi qu'il en soit, si par Teffet de la grande multiplication des hommes sur la terre , il leur est devenu impossible de se passer des avantages qu'ils tirent soit de la propagation des animaux utiles, soit de la destruction des espèces nuisibles aux intérêts de la société humaine , cet égoïsme, déjà fort injuste en lui-même, devrait au moins engager les hommes k traiter les animaux avec douceur et bonté, en témoignage de leur reconnaissance pour les services qu'ils leur rendent. Aussi rien ne saurait jamais justifier les actes de durelé et de brutalité que des personnes inaccessibles à tout sentiment de pitié , et cent fois plus cruelles que les bêtes féroces, se permettent d'exercer envers les malheureux animaux soumis a leur puissance, et tout aussi sensibles que nous a la souffrance du corps ; cruautés dont auront k rendre compte devant l'inflexible justice de Dieu, ceux qui s'en rendent coupables. Aussi dit-on que dans ses vieux jours, Haller, le célèbre physiologiste du xvm' siècle, se sentit cruellement tourmenté par les remords qu'il éprouva des nombreux animaux qu'il s'était permis de disséquer tout vifs , dans le but d'éclairer ses recherches scientifiques ; atrocités qui se pratiquent encore de nos jours , et cela ouvertement dans des cours publics , sans le moindre avantage pour l'instruction , malgré les lois qui, en Angleterre et depuis peu en France, punissent ceux qui se rendent coupables de mauvais traitements envers lei^ animaux. Tout le monde parle avec horreur des animaux féroces et malfaisants \ mais qui plus que l'homme mérite ces épithètes injurieuses , lui qui seul , parmi tous les Êtres de la Nature, fait le mal pour l'unique plaisir de le faire, ainsi qu*il le montre non-seulement par son goût pour les émouvants spectacles que lui ofi'rent les courses de taureaux et d'autres combats, même ceux des gladiateurs; mais surtout par celui pour la chasse dont je parlerai un peu plus bas, où souvent il descend jusqu'k la plus hideuse cruauté pour satisfaire ses caprices dans sa passion pour le meurtre;

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et ce qui le prouve , c*e8t qu'il ne recherche certaine espèce de chasse que pour Thorrihle jouissance de massacrer ; voyant mourir les animaux dans les plus affreux tourments d'une agonie prolongée, qu'ils contemplent comme l'objet des plus agréables émotions que le cœur puisse éprouver ; genre de jouissances que, sans aucun doute, beaucoup étendraient s'ils l'osaient jusqu'à l'assassinat de leurs semblables. En effet, combien n'a-t-on pas d'exemples de braconniers qui ont tué des gardes , ou des gendarmes qui les surprirent en flagrant délit de chasse! Je suis même persuadé qu'un grand nombre de ceux qui se battent dans les révoltes populaires ne le font que pour la satisfaction qu'ils trouvent à tuer des hommes sans en être punis par l'échafaud , poussant , dans o^s circonstances, leur passion pour le meurtre jusqu'à exposer leur propre personne à être tuée.

On se sert partout du terme de Brutauté pour désigner le caractère violent et dur ; c'e^t-à-dire du terme exprimant le caractère de la brute tandis qu'on emploie celui d*HuMA- NiTÉ pour indiquer le caractère et leê êentiment$ dotueet bienveiïUmti ^ soi-disant propres à ïeepèce humaine; mais en bonne logique, et surtout en morale, ne devrait* on pas ici échanger leur signiQeation f En effet , quelle est la brute qui , sortant de son caractère naturel , descende jusqu'aux actions grossières et cruelles de l'espèce humaine f Aucune que je sache, toutes étant naturellement plus ou moins affectueuses, capables de reconnaissance, de dévouement et même de la plus généreuse pitié pour ceux qui souffrent (1); sentiments dont le chien surtout donne de si nombreuses preuves, à la honte de l'espèce humaine, quoiqu'il soit naturellement carnassier , et en conséquence sanguinaire. Généralement doux et généreux, les grands chiens ne mordent jamais les jeunes, ou des enfants, qu'ils savent n'avoir pas à craindre; et bien rarement

^m^ÊmmJiÊm

(1) Voyez la noté n* 82.

âlO THÉOLOGIE DE tA NATURE.

même on les voit attaquer les grandes personnes, tant qu'ils n'y sont pas excités. Que dis-je? les animaux les moins intelligents et les plus redoutables par la volonté du Créateur lui-même , qui les a munis d'un venin actif et facile à employer, tels que sont les serpents, les guêpes, les scorpions, fuient généralement le danger, ne faisant usage de cette arme si efficace que lorsqu'ils y sont forcés par la nécessité d'une légitime défense. Combien de personnes , au contraire, et même celles qui font le plus parade de leur sensibilité et de la bonté de leur cœur, ne manquent pas de tuer tout animal , quelque inoffensif qu'il soit , s'il a iseuiement le malheur de déplaire k leurs yeux; et cela en accompagnant cet acte de véritable férocité, d'un témoignage de haine qu'il leur serait difficile de justifier par une raison quelconque , autre que celle de leur satisfaction de tuer ; ne s'apercevant pas , dans leur entraînement au mal, qu'elles donnent par la le démenti le plus formel aux sentiments généreux qu'elles affichent , et surtout à cette douceur de caractère qu'elles prétendent avoir. Enfin d'autres personnes, plus blâmables encore, se font un plaisir de tourmenter les animaux pour le simple agrément qu'elles trouvent à les faire souffrir, exerçant leur cruauté jusque sur les Êtres les plus inoffensifs de la Nature , tels que de simples insectes qu'ils aiment k mutiler.

Or ce que nous appelons d'ordinaire les animatix féroces^ ne tuent jamais d'autres animaux que lorsqu'ils y sont obligés par la faim, ou excités par le sentiment de la crainte, quand leur existence leur parait menacée ;. hors ces deux circonstances , le lion même est doux et affectueux envers les Êtres plus faibles que lui , avec lesquels il vit souvent en société ; et si son instinct carnassier l'oblige k tuer sa proie, de quel droit lui appliquerait-on les épithètes de cruel et de féroce , tandis qu'on ne veut rien voir dé semblable dans l'action de certains hommes, tels que les bouchers, les cuisiniers et une foule d'autres , dont le métier est de tuer froi-

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