CHAPITRE XV!. Mui
cha^ir est faible, et que Dieu infiniment bon et miséricordieux leur pardonnera leurs fautes , lorsque enfin elles auront à comparaître devant son auguste tribunal. C'est sur cette fausse croyance que Thomme ne peut rien sans la grâce du Très-Haut que sont même rédigées la plupart des prières qu'on entend débiter non-seulement par les diverses personnes en particulier, mais qui plus est par des prêtres dans Texercice de leurs fonctions sacerdotales ; prières qui ont pour effet que les gens, loin de faire quelques efforts pour prendre une bonne résolution , se fortifient au contraire , dans la certitude que ce n*est pas k eux à chercher k se corriger, vu qu'ils ne le peuvent pas : mais que c'est k Dieu à produire le miracle de les forcer à bien faire; déplorable conviction qui les conduit nécessairement h croire que si ce miracle n'a pas lieu , c'est que Dieu ne le veut pas, et qu'il ne peut en conséquence jamais les punir de ne pas avoir fait ce qui leur était impossible.
Cependant, quoique l'homme réellement religieux craigne de demander à Dieu quelque bienfait que dans son cœur il sent n'avoir pas pu mériter, il arrive que dans les grandes afflictions, lorsqu'il se voit abandonné dé tous, son Esprit se tourne en quelque sorte malgré lui vers l'Être Suprême, le seul bienfaiteur qui puisse encore l'assister, pour lui demander son appui : élan naturel que lui inspire h la fois la nécessité du moment et la confiance qu'il a dans la bonté du Très-Haut.
De même aussi l'homme profondément ému d'un bonheur dont il ne connaît pas l'auteur sent toutefois dans son cœur la nécessité de le rapporter k quelque cause bienfaitrice intelligente a laquelle sa reconnaissance a besoin d'offrir l'expression de sa vive gratitude. Or à qui peut-il l'adresser si ce n'est k l'Être Suprême, le tout-puissant bienfaiteur de l'univers entier, qui seul peut l'en avoir gratifié dans son adorable bonté.
Que dis-je?le sentiment d'une profonde reconnaissance
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est en lui-même l'objet d'une vive jouissance morale qui augmente considérablement le prix du bienfait reçu, et contribue puissamment k rendre Thomme meilleur ; l'engageant h se rendre digne de la bienveillance du bienfaiteur.
§ II. Devoirs envers les hommes.
Le fait de la seule adoration ne saurait suffire pour complaire à Dieu , à moins de prendre ce terme dans son acception la plus rigoureuse; c'est-k-dire que celui qui adore sincèrement l'Être Suprême doit nécessairement l'aimer du fond de son cœur et chercher en conséquence k lui plaire non -seulement par son amour pour lui , mais aussi par toutes les actions de sa vie ; et c'est ainsi , en effet , qu'on doit eiltendre l'amour de Dieu ; d'où il résulte que celui qui aime l'Être Suprême doit nécessairement être irréprochable envers son prochain. Prise au contraire dans un sens restreint, celui où l'on pourrait penser, ainsi que le font une foule de personnes, qu'il suffit uniquement d'aimer Dieu et de lui rendre les hommages de dévotion qu'on lui doit, sans que cela ait du reste aucun effet sur la conduite k tenir k l'égard des hommes, celte dévotion ainsi mal entendue serait loin de pouvoir être favorablement agréée par l'Eternel. En effet, cette adoration pure et simple n'implique par ellemême que les devoirs envers Dieu, tandis qu'on a aussi des devoirs k remplir envers le prochain , envers soi-même et même envers les animaux; le tout comme conséquence naturelle de l'amour de Dieu pris dans son acception rigoureuse.
Enfants du même Père Céleste, tous les hommes ont, k ce titre, un égal droit k sa bonté et k sa protection, droit que par cela même nous devons respecter dans chacun, pour ne pas contrevenir aux lois immuable^ de la justice du Très- Haut; et en conséquence pour ne pas encourir sa désapprobation dans notre conduite dans ce monde.
Or ces devoirs envers les autres hommes ne comprennent
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pas seulement les simples égards que nous devons a leurs personnes, mais encore ceux que nous imposent envers eui les lois convenues entre tous : devoirs que Jésus-Christ a si admirablement formulés en disant : « Ne failes pas ava autres ce que wus ne voudriez pas qu*on vous fit; » sublime précepte que la plupart des gens transgressent tous les jours ; et de ce nombre sont non-seulement ceux qui se montrent d'ordinaire tièdes dans leur foi religieuse , mais aussi ceux qui affectent la plus grande piété, soit qu'ils pensent qu'il suffit pour plaire à Dieu de suivre assidûment les cérémonies religieuses , soit que leur empressement dans les temples de lÉternel ne soit de leur part qu'un vain simulacre sous lequel ils cherchent à cacher leurs vices; cagots parfaitement connus , précisément par ce choquant contraste qui existe entre leurs actes de piété et leur con<duite envers leur prochain, où les mauvaises qualités de leur cœur se montrent à tout instant k nu; classe de gens d'autant plus dangereuse et plus méprisable qu'elle cherche à se cacher derrière T autel qu'elle profane.
Tout le monde sait généralement que ces hypocrites, à peine sortis de leurs sacrilèges prières, se permettent envers leurs frères toute espèce de méfaits, dont la médisance et la calomnie sont souvent les moins révoltants, mais encore Tintolérance , le vol et jusqu'à Tassassinat.
Qui ne sait les horribles persécutions religieuses exercées en tous temps, au nom même de la religion, et encouragées par ceux-là même qui par leur ministère étaient chargés de prêcher au nom de Jésus-Christ l'amour du prochain, le pardon des fautes, et de recommander même la bienveillance envers les ennemis?
Qui ne connaît les nombreux synonymes diminutifs du mol voler qu'on a imaginés pour les accommoder aux divers degrés de susceptibilité des gens ,que l'épithèle de Voletir pourrait blesser, quoiqu'au fond elle leur soit parfaitement applicable ; termes différents sous lesquels une foule de per-
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sonnes soi-disant honnêtes et fréquentant les églises cherclient a amoindrir leurs coupables moyens de s'emparer du bien d'autrui, sans avoir l'air de penser qu'elles sont déshonorées si Ton parvient a découvrir leurs fraudes.
C est ainsi que personne ne voudra jamais souffrir qu'on le traite de Voleur, le mot paraissant exprimer une trop dure vérité; mais plusieurs déjà ne s'élèvent que fort peu contre les titres de Fripon, de Trompeur, de Trichard, et même de Filou et d'Escroc, etc. ; un plus grand nombre ne rougit pas k la preuve d'avoir vendu à fausse mesure, genre de vol que le magistrat même ne punit que d'une légère amende ; et personne pour ainsi dire ne se fait scrupule de Faire passer, suivant le terme consacré dans le commerce soi disant honnête, une marchandise défectueuse qu'on vend pour bonne; ou bien de profiter soit du manque de connaissance de l'acheteur, soit même de sa confiance , pour lui faire accepter à un prix exorbitant des objets qu'il veut acquérir ; et la plupart des gens, souvent fort haut placés dans la société, ne rougissent non-seulement pas de leurs tromperies, mais se glorifient même de leur talent dans ce genre de vol qu'ils appellent savoir faire aller le commerce, et trouvent même dans le monde de nombreuses personnes qui les honorent; tandis que pour l'homme réellement religieux el de là vraiment honnête et probe, tous ces moyens ne sont que le méprisable vol sous des dénominations différentes, n'exprimant toutes que la manière illégale et honteuse d'acquérir la fortune. ' /
Le Cagot enfin se permet même l'assassinat et le vol sur les grands chemins, avec la croyance que tout lui sera pardonné au moyen de quelques actes religieux accomplis dans les églises. C'est ainsi qu'aujourd'hui encore personne ne peut voyager en sécurité chez certains peuples très-réputés pour leur religiosité apparente , l'état de Bandit étant national dans le pays, où le clergé n'est jamais parvenu, ni par ses enseignements, ni même par la manifestation de sa sim-
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pie volonté, à corriger ce vice si profondément enraciné dans les mœurs de la nation ; vice qa*il tolère honteusement ; il lui suffit pour être satisfait que ces mêmes bandits fréquentent souvent les églises ; ne pensant pas que de tels hommes profanent les temples de Dieu par leur seule présence.
Quel défaut ensuite est plus général chez les hommes que celui de la médisance , à laquelle ils se livrent le plus souvent pour la simple satisfaction de soutenir une conversation, et même en y ajoutant souvent Tinfàme calomnie, en répandant des mensonges sous là seule garantie de Von dit, sans se faire le moindre scrupule du tort qu'ils font a ceux dont ils attaquent l'honneur, et sans se reprocher de manquer ainsi âu principe sacré de la charité qui commande de ne point faire aux autres ce qu'on ne voudrait pas qui fût fait à soi-même; sublime précepte fondé sur l'amour du prochain^ et renfermant à lui seul toute la morale ; mais malheureusement la plupart des gens le violent avec la plus blâmable légèreté. Si quelqu'un pouvait même se croire assez vertueux pour n'avoir rien a redouter de la médisance, opinion orgueilleuse qui prouverait déjà le contraire; cette personne devrait du moins comprendre qu'elle n'est toutefois pas à l'abri de la calomnie , dont il lui serait le plus souvent impossible de se justifier, par cela même qu'elle ne saurait se douter qu'on répand des mensonges sur son compte.
Or les personnes qui se permettent la médisance savent parfaitement qu'elle porte préjudice à ceux contre qui elles rapportent des. faits désobligeants, et que le tort qu'elles font par un seul mot indiscret ne saurait plus jamais être réparé. Que dis-je? combien n'a-t-on pas lieu d'être scandalisé en entendant des gens ainsi déchirer la réputation de ceux même dont ils se disent les amis, et a qui ils font du reste le plus affectueux accueil en faux témoignage de leur soidisant amitié, tandis qu'eux-mêmes offrent par leurs défauts bien plus de prise à la médisance ; mais leur orgueil leur
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fait croire que seuls ils sontàTabri de tout reproche, et qu'ils inspirent plus que tout autre par leurs vertus, le respect et la vénération k quiconque les connaît.
La plupart des personnes ne se croient surtout pas obligées de garder le secret sur des faits qu'on ne leur a pas expressément défendu de divulguer, et se pronorettent de les publier partout où le besoin de parler de quelque chose leur en offre l'occasion, quoique la plus légère réflexion devrait Ipur faire comprendre que cette défense ne pourrait être faite à chacun qu'en la faisant insérer dans les journaux : encore ces feuilles n'arrivent-elles pas k tout le monde; excuse dont le plus simple bon sens devrait faire comprendre toute Tabsurdité.
Quoiqu'on écoute assez généralement par curiosité la médisance et même la calomnie, sans se permettre, par politesse, d'en relever l'inconvenance, les personnes qui se livrent à ce vice devraient du moins concevoir qu'elles se rendent elles-mêmes odieuses a ceux qui les entendent.
Mais si les événements de la vie privée constituent la propriété la plus précieuse de Thomme, et se trouvent placés sous la sauvegarde de la charité de tous , cette haute protection ne saurait être due aux actes de la vie publique , que chacun a le droit de censurer, comme y étant personnellement intéressé. Se taire ici sur les fautes , c'est non-seulement les tolérer, mais encore les prendre tacitement sous sa protection spéciale, en engageant par le silence les hommes vicieux à se livrer à leurs coupables actions , sans crainte d'être accusés et flétris par l'opinion publique. Or c'est précisément là qu'on trouve la plus blâmable indulgence chez la plupart des personnes qui, non-seulement ne repoussent pas avec mépris ceux qui se sont rendus indignes de l'estime de leur prochain , mais leur rendent inéme hommage par le bon accueil qu elles leur font dans la société. Il suffit le plus souvent que ces gens soient plus ou moins haut placés dans le monde , soit par leur fortune , soit par leur rang ,