CHAPITRE Xyi
quand même ils sont arrivés à Tune et à l'autre par quelque honteux moyen. Il est évident que si cette blâmable indulgence ne donnait pas k ces hommes Tassurance de Timpu- Dite devant le tribunal d'ailleurs si sévère de Topinion publique , ils n'oseraient jamais se livrer aux actes déshonorants qu'ils se permettent.
Si je voulais entrer ici dans quelques détails a ce sujet, combien ne pourrais-^je pas signaler de fortunes mal acquises, aussi bien que des honneurs et des dignités auxquels une foule de gens sont arrivés par des moyens qui répugnent à rhonnéte homme, tels que l'hypocrisie, la bassesse, la flatterie, rintrigue, le charlatanisme, la fraude, la turpitude, la corruption et le parjure?
Mais pourrais-je trouver des termes assez sévères pour exprimer toute l'indignation dont on se sent pénétré contre ceux qui, méconnaissant tout principe de justice, de morale et de charité, osent, poussés par la plus infâme cupidité, enlever des hommes à leur liberté et k leur bonheur domestique pour les vendre comme des animaux à d'autres qui , tout aussi coupables qu'eux, les reçoivent sans scrupule, en considérant leurs malheureux frères réduits à l'esclavage comme une propriété légitimement acquise? Mais ces gens, aussi froidement coupables du plus odieux des crimes, osentils espérer qu'ils n'auront pas un jour à en rendre compte devant le tribunal auguste du Très-Haut ?
Les devoirs sacrés que chacun doit au contraire remplir envers son prochain , à quelque race que celui - ci appartienne, sont, ainsi que je viens de le dire, d'une part, une conséquence directe de h parfaite égalité de tous les hommes devant Dieu, et, d'autre part, une conséquence de la justice, fille de cette égalité; et enfin, ces devoirs ressortent en outre d'eux-mêmes des conventions librement ou tacitement conclues entre plusieurs ; conventions qui ne sont elles-mêmes également que des conséquences rigoureuses de la justice.
Dieu ayant accordé a rhomme seul le plus haut degré d'intelligence, qui peut aller jusqu'à la raison illimitée, et^n outre d'autres facultés qui le rendent capable d'exécuter les travaux les plus difficiles , il le priva en conséquence , comme étant par là inutile, de tout autre moyen qui puisse le protéger soit contre 1 intempérie des saisons, soit contre la destruction par ses ennemie.
En effet , nous avons vu en parlant de l'organisation de rhomme, que seul , parmi tous les animaux à sang chaud, il est presque entièrement dépourvu de tout vêtement naturel qui puisse le garantir de l'intempérie de Tair, en même temps qu'il est obligé de se nourrir de productions végétales et animales fort différentes; tandis quil n'a en luimême aucune arme qui lui permette de se procurer les animaux dont il a besoin ; mais il en trouve les moyens dans son industrie , qui lui donne également la faculté de se procurer les vêlements et l'abri qui lui sont nécessaires.
Quoiqu'il soit, à la rigueur, possible à 1 homme de vivre isolément, il tire toutefois d'immenses avantages de la vie en société, où le concours de plusieurs permet d'exécuter des travaux utiles, qu'il serait impossible à chacun de faire en particulier. Et c'est cet intérêt qu'ont les hommes de vivre et d'agir ensemble, joint à l'instinct de la sociabilité que le Créateur a mis en eux , qui ont en tout temps engagé les hommes à vivre réunis en nombre plus ou moins considérable, afin de se venir en aide dans le besoin.
Dieu ayant créé les hommes suivant leurs espèces , sans doute sur divers points de la terre (1), ainsi que le prouvent à la fois les pays que ces races occupent encore aujourd'hui et l'histoire de leur propagation , il a nécessairement dû résulter de leur accumulation dans chacun de ces lieux que , la contrée propre à chacune ne pouvant plus suffire pour satisfaire aux besoins d'une aussi grande population , elle fut
(1) Voyez la note n* 30.