CHAPITRE XVI
obligée de s'étendre dans tous les sens. Ces différentes races humaines ou simplement leurs diverses subdivisions en nations, ayant fini par se rencontrer et se gêner mutuellement dans leurs besoins de subsistance, il en est résulté inévitablement de nombreux conflits, et bientôt d'innombrables guerres , dont les séries , partout presque non interrompues, ont, en tous temps, désolé toutes les contrées de la terre.
Or les horribles calamités qui résultaient de ces incessantes guerres ont bientôt fait comprendre aux diverses nations qui s'avoisinaient qu'il était nécessaire, pour empêcher leur mutuelle destruction, de conclure des conventions recevant la force de Lois sacrées , par lesquelles elles fixèrent des limites qu'elles s'engageaient k ne point franchir, afin que chacune, assurée dans la possession du sol qu'elle occupait, pût considérer les produits de celui-ci comme sa propriété, et vivre tranquille sans avoir rien à craindre de ses voisins. Malheureusement tous ces Traités de paix ^ toujours conclus comme devant être définitifs, n'ont jamais été respectés longtemps, et cela, par le seul effet de l'égoïsme des hommes, qui les porta, pour satisfaire leur cupidité, à chercher à s'emparer des avantages que d'autres nations venaient d'acquérir; d'où sont résultées de nombreuses guerres d'envahissement et de pillage qui ont, dans tous les temps, désolé le genre humain. Honteux brigandage, auquel chacun s'honorait de prendre part, et se trouvait d'autant plus estimé qu'il y avait contribué à commettre plus de massacres et de vols; et c'est à peine dans ces derniers temps qu'on a commencé a comprendre toute l'indignité de ces guerres dévastatrices, qui n'avaient d'ordinaire pour causes que l'insatiable passion de la domination des Rois , le désir de la possession de grandes richesses pour les autres chefs de tous les degrés , et l'espoir du pillage des menus objets pour la masse de leurs nombreux soldats. '
C'est ainsi que déjà, dans les premiers temps de l'histoire,
m THEOLOGIE DE LA NATURE.
des nations entières s'entr'égorgeaient , à la façon deïin^ terdit, suivant réimpression de TAncien Testament, soit pour s'emparer des pays les plus fertiles et des richesses de leurs habitants, soit, de la part de ceux-ci, pour défendre leur patrie et leurs familles contre leurs éternels assaillants.
Dans les temps moins reculés, ces guerres d'invasion perdant déjà un peu de leur cruauté, consistaient k cherchera s'emparer des pays et de réduire leurs habitants à un servage plus ou moins rigoureux, sans précisément les exterminer, alors qu'ils se soumettaient à la force qui les accablait.
Plus tard, alors que les effets de la morale chrétienne s'étaient déjà fait notablement sentir chez les divers peuples, les guerres, quoique ayant toujours la passion de la domination des Rois pour principale cause, prirent toutefois des caractères. moins horribles. Les conquérants reconnaissant qu'il y avait plus d'avantage pour eux de commandera des nations riches, (ju'ils pourraient exploiter plus tard, plutôt qu'à des peuples réduits à la misère par les dévastations de tous les genres , se réservèrent seuls le droit au pillage en masse, sous le nom de contributions de guerre, pour avoir moins de dégâts; et ne permirent plus que par tolérance le pillage en détail à quelques chefs supérieurs, comme moyen de se les mieux attacher ; les subalternes et les soldats ne remplissant que les conditions d'auxiliaires obligés de seconder l'ambition de leurs souverains.
Enfin , de nombreux peuples reconnaissant leur dignité nationale , secouèrent le joug dégradant de la souveraineté absolue des rois, et firent comprendre par leurs glorieuses guerres d indépendance, que le véritable honneur ^lilitaire consistait à défendre sa patrie contre toute oppression; et que les hommes ne devaient plus permettre qu'on les considérât à l'égal de la brute , comme la propriété de ceux qui prétendent régner sur eux, par un prétendu droit divin, inhérent à leur caste soi-disant supérieure; droit par lequel ils ont cru pouvoir considérer les peuples, qu'ils appelèrent
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leurs Sujets , comme la vile monnaie avec laquelle ils se procuraient la possession des pays qu'ils désiraient soumettre à leur puissance.
Les peuples, mieux éclairés aussi sur leur égalité de droits comme enfants du même Dieu , ont compris de même que la guerre ne saurait être permise qu'en punition de Tinfractien aux traités loyalement acceptés , ainsi qu'au manque de respect au droit imprescriptible de la souveraineté nationale, fondée également sur la parfaite égalité de tous les hommes.
Ce sentiment de leur propre dignité s'étant par là réveillé dans le cœur de tous les hommes capables d'en éprouver les nobles émotions, les peuples ont compris aussi qu'il était honteux de servir ainsi en esclaves l'ambition de ceux qui se proclamaient gratuitement leurs supérieurs légitimes; et que dupes jusqu'alors de la fausse opinion de leur infériorité de races, qu'on avait eu soin d'entretenir chez eux, afin de mieux les faire servir de dociles instruments de l'ambition des Rois , ils ne doivent plus consentir à jouer ce rôle dégradant et ne prendre en conséquence part qu'aux guerres d'indépendance nationale où ils auraient à défendre leurs droits et leur honneur.
C'est dans ces sentiments généreux et nobles que nous avons vu se former naguère ces Congrès de la Paix , où des hommes, confiants dans les sentiments de justice des peuples, ont conçu l'espoir d'arriver k l'heureux résultat de prévenir les guerres en faisant comprendre que tous les hommes étant les enfants du même Père céleste, avaient tous un égal droit à sa bou^é et à sa protection ; et qu'en conséquence ils ne pourraient pas désirer le pillage et la domination chez leurs frères, sans encourir la désapprobation de l'Être Suprême et le blâme de tous les peuples.
Par l'effet du même besoin de se procurer les subsistances nécessaires à l'entretien de la vie dans les lieux où . le nombre des hommes s'est considérablement accru, est
bientôt né aussi la nécessité d'avoir recours à des moyens artificiels de se les procurer en quantité suffisante pour chaque personne en particulier. Or, comme ces moyens nécessitaient des travaux et des soins plus ou moins pénibles et souvent même dangereux, il était naturel que chacun voulût profiter seul de ses peines particulières sans en livrer le résultat à d'autres, à moins d'un dédommagement convenable. Il était de là de toute justice que les premières lois convenues entre les hommes d'un même groupe ou Société , garantissent à chacun la libre possession du fruit de son labeur, en défendant à tout autre d'y porter atteinte; objets qui devinrent par là sa Propriété , sur laquelle il avait seul un droit inviolable; principe naturel qu'on trouve en effet non-seulement chez tous les peuples, même les moins civilisés, mais même instinctivement chez les animaux qui vivent en société.
De ce droit à la propriété justement acquise, et par suite a l'avantage du bien-être, ainsi que de l'affection instinctive des parents pour leurs enfants, est ensuite nécessairement né aussi l'mtérét de famille plus sacré encore, comme fondé sur la louable passion de l'amour pour les siens, que dans sa sublime sagesse le Créateur a placé dans le cœur de tous les Êtres animés. C'est par la conséquence la plus naturelle de cette vive affection qu'ont nécessairement été établies, dès l'origine du monde, les lois qui règlent, dans l'intérêt de chacun , le droit de Famille , afin de déterminer les droits et les devoirs de chacun , tant a l'égard de la famille de son prochain qu'à l'égard de la sienne propre.
L'homme naissant dans un état de faiblesse extrême, longtemps prolongé, où il est, plus que tout autre Être vivant, hors d'état de pourvoir à ce qui est nécessaire à sa frêle existence, état où fl a éminemment besoin du secours de ceux qui peuvent prendre quelque intérêt à lui , Dieu a paré aux inconvénients qui pourraient en résulter pour l'enfant, en mettant <lans l'instinct de ses parents, et d'ailleurs