CHAPITRE XVI
Pour connaître la véritable supériorité qui peut exister naturellement entre les deux sexes de I espèce humaine, il ne faut en conséquence pas partir, ainsi que le font assez souventles Philosophes et les Moralistes, de Topinion préconçue et trop généralement adoptée, que Thomme est par Tefiet de son sexe doué de plus d'intelligence innée que la femme; faux principe dont on conclut facilement que le mari doit, par cela seul , être le directeur de la communauté , et partant son chef et son despote.
Cette croyance a bien quelque chose de spécieux, vu que l'éducation qu'on a Thabitude de donner aux hommes et aux femmes, et dont j'ai déjk parlé, ne permet guère à celles-ci d'arriver au même degré de connaissances scientifiques et artistiques que ceux-là ; d'où résulte, sous ces deux rapports seulement, une supériorité artificielle acquise qu'on fait ensuite valoir comme supériorité naturelle, et de là comme établissant un droit de domination qui n'est réellement qu'usurpé. Pour ne pas tomber de premier abord dans ce genre d'erreur , le Philosophe doit examiner et comparer entre elles chacune des qualités tant bonnes que mauvaises qu'on remarque chez l'homme et chez la femme, sans en excepter une seule, si cela se peut, pour les mettre ensuite chacune en parallèle avec celle qui lui correspond dans l'autre sexe, en compter \e nombre, en reconnaître l'in- Duence, et tâcher enfin, de les juger sans prévention. Or ce moyen conduit précisément à cette vérité que sous presque tous les rapports la femme l'emporte en bien sur l'homme, comme Être supérieur et plus noble ; sans chercher des preuves pour ou contre dans les exceptions , toujours faciles à trouver; arguments qui ne conviennent qu'aux sophistes, qui les avancent avec une certaine emphase d'éloquence , dans l'espoir de captiver ceux qui, par leur esprit trop faible ou leur intérêt particulier, sont plus faciles à convaincre.
Je viens de dire que la femme l'emportait sur l'homme en presque toute chose par l'éminence de ses qualités. En
effet, sous le rapport physique, elle est plus belle, ses formes sont plus gracieuses, plus délicates; sa voix, plus douce et plus mélodieuse, exprime déjh plus de douceur dans le caractère et une sensibilité plus exquise, qui la rend plus compatissante au sort des malheureux et plus disposée à en adoucir la rigueur. Sous le rapport moral , elle est plus généreuse dans le pardon que réclame son mari des offenses qu*il lui a faites, pardon qu'il peut mériter par son retour à des procédés plus conformes k Tentretien de la bonne intelligence; la femme oubliant avec une admirable indulgence les fautes souvent graves commises précédemment, pour n'y répondre que par le témoignage du dévouement le plus tendre ; tandis que rhomme, plus emporté et plus vindicatif, ne pardonne que rarement des fautes plus légères de sa femme. C'est elle aussi qui, plus dévouée que son mari à ses devoirs et k ses enfants, cherche moins que lui les plaisirs étourdissants que l'extérieur leur offre, et vit par Ih plus dans la retraite pour ne consacrer son temps et ses soins qu'au bonheur de sa famille; noble et admirable résignation qui ne se rencontre que fort rarement chez les hommes. C'est également ainsi que , plus compatissantes au malheur d'autrui , elles se vouent en grand nombre , avec une parfaite abnégation d'elles mêmes, aux soins de ceux qui souffrent, sans se laisser repousser par les occupations les plus capables d'éloigner ceux qui n'auraient pas comme elles la véritable passion pour tout ce qui est bien ; soins auxquels les hommes ne se livrent guère que poussés par un autre intérêt que celui du bienfait.
Si l'homme expose souvent sa vie pour le bien des autres, c'est sans doute aussi par l'effet de ce sentiment de générosité admirable qui lui fait oublier qu'il court des dangers; et je suis en conséquence bien loin de vouloir diminuer en rien le mérite de ces élans de dévouement dont nous avons de nombreux exemples partout où les circonstances leur permettent d'en donner des preuves ; mais je ferai simplement