‹ Theologie de la nature (volume 3)Chapitre 61 sur 77 · CHAPITRE |xyi · texte numérisé non relu

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remarquer que ces exemples de dëvouemeni sont plus communs chez les femmes, qui vont d*ordinaire tranquillement au-devant des circonstances qui peuvent leur fournir Yoccasion de mettre leur affectueuse compassion en pratique ; tandis que les hommes ne se trouvent le plus souvent amenés à des actes de dévouement qu'à la vue du danger même que courent ceux auxquels ils peuvent porter secours ; et cela par l'effet de leur générosité et de leur courage; conséquence de la puissance qu'ils sentent dans leur force , pour arriver au résultat désiré d'être utiles. Or si, dans les cas où la grande force est nécessaire au succès , les femmes ne montrent pas toujours le même dévouement, c'est par l'efTct de la conscience qu'elles ont de leur faiblesse, qui fait naître en elles l'idée de l'impossibilité de réussir; idée k laquelle on doit seule attribuer leur manque de résolution dans l'exécution du bienfait; donnant dans une foule d'autres cas, les preuves les plus évidentes de leur courage à secourir les malheureux, lorsqu'elles entrevoient la possibilité de réussir dans leur noble et généreuse abnégation d'elles-mêmes.

Les femmes sont encore supérieures aux hommes par l'absence, ou du moins par la moindre fréquence de nombreux défauts, tels que l'emportement, la grossièreté, la brutalité ; et les crimes contre les personnes , les mauvais traitements envers les animaux sont bien plus rares et moins violents que chez les hommes. Elles sont aussi infiniment moins adonnées aux mauvaises habitudes , telles que le jeu et surtout l'ivrognerie, défauts au contraire tellement habituels chez les hommes, qu'ils s'en montrent même fiers; chantant ce dernier vice par de nombreux couplets, comme s'il constituait une vertu dont on peut se glorifier; tandis que les femmes qui s'enivrent se déshonorent. Or cette différence si grande, que l'opinion publique fait entre l'homme et la femme pour tous ces défauts, plus blâmés chez elle que chez lui, est déjà la preuve évidente de l'idée de supériorité que tout le monde a des qualités morales etdes mœursdes femmes,

chez qui le plus faible de ces défauts parait en conséquence, une monstruosité, contrastant d*une manière si fâcheuse avec leurs vertus habituelles, la pureté de leur conduite et la noblesse de leurs sentiments. Chez les hommes, fiu contraire , la fréquence du vice de l'ivrognerie fait que nonseulement on n\ fait pas attention , mais qu'on Texcuse même par l'effet d'une blâmable indulgence pour Thabitude de ce travers , qu'on considère en quelque sorte , comme inhérent a leur naturel ; lui accordant même une véritable approbation par l'absence de blâme et la facilité qu'on offre aux hommes de se livrer à cette dégoûtante habitude, et enfin par l'espèce de plaisir et de satisfaction qu'on leur témoigne de les voir dans ce honteux état, où perdant plus ou moins leurs facultés intellectuelles , ils descendent au-dessous de la brute : et alors encore on les excuse.

Que peut-on même dire de la moralité de ces hommes malheureusement en si grand nombre . qui se faisant un jeu du bonheur d'autrui; ne craignent pas de porter la désolation dans les familles, en détournant les femmes de leurs devoirs envers leurs maris? Vice tellement commun, que le public même ne le flétrit pas par son souverain mépris, comme il devrait le faire ; tandis qu'il blâme sévèrement la femme même libre , qui ne doit rien k personne , lorsque, vaincue par les sentiments d'un affectueux attachement qu'on a fait naître dans son cœur, elle cède h celui qui lui a promis de Taimer toujours, mais qui, le plus souvent, la trahit honteusement , en divulguant même ce qu'il a juré devoir rester h jamais un éternel secret, sans être honteux d'une aussi odieuse conduite , et que l'opinion publique ne le flétrit même pas ; et cela toujours pour la même raison , celle que c'est un vice presque universel chez les hommes.

Quant à la fidélité conjugale, que tant de détracteurs des femmes ont prétendu être souvent enfreinte par elles, je demanderai seulement si elle l'est moins par les hommes? Sans doute la femme qui manque jusqu'à ce point a ses de-

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voirs est digne du plus souverain mépris ; ayant promis devant Tautel de rester fidèle à celui qu'elle a choisi pour époux, détruisant le bonheur moral de son mari et de toute sa famille. Mais le même manque de foi doit-il être moins blâmé chez Thomme, où il cause pour la femme un malheur tout aussi grand? Et cependant le public se montre en cela encore très-indulgent envers lui , quoiqu'il manque de même k la foi jurée. Or cela ne prouve-t-il pas également que ce genre de vice est tellement fréquent chez les hommes qu'il est presque devenu l'objet d'une conduite permise et honorable; tandis que chez la femme, que le monde regarde généralement comme plus vertueuse que l'homme, ce manque du devoir est considéré pour cela, comme l'acte d'une conduite odieuse , qui contraste le plus avec la haute opinion qu'on a de sa moralité.

C'est en vain qu'on dit que l'inconduite du mari est moins préjudiciable k la famille que celle de la femme, et qu'en conséquence on peut accorder au premier quelque indulgence à cet égard.

Mais cet argument, qui n'est déjk en lui-même qu'un sophisme fort immoral , ne saurait diminuer en rien le tort qu'on veut pallier, qui ne constitue pas moins le crime de trahison de la foi jurée et la cause du plus affligeant malheur pour la femme ; d'où il n'est pas plus excusable que l'adultère de celle-ci.

Parlefai-je ici de la supériorité de la femme par sa candeur qui la distingue si éminemment? Citerai-je s^a pudeur, signe caractéristique de sa vertu plus délicate et plus austère, son aménité en toute chose, où l'on ne remarque que par de rares exceptions ces habitudes d'intempérance, ces formes rudes dans le caractère que les hommes se permettent (l'ordinaire sans croire manquer à la bienséance, et dénote un tact moins délicat. Enfin ce n'est pas que jusque dans la recherche de sa mise , témoignage de la délicatesse de son goût, dans l'ordre et la minutieuse propreté qui

régnent chez elle, qu'elle se distingue avantageusement Qu'on compare sous ces différents rap[)orts les établisse ments où les hommes sont réunis en nombre, avec ceux du même genre où se trouvent des femmes appartenant aui mêmes familles, et par conséquent aux mêmes classes de la société, tels que les Hôpitaux, les Couvents et les Pensionnats , et Ton pourra se convaincre de la rigoureuse vérité de ce que j'avance ici sur la prééminence des femmes. Les hospices d'hommes desservis par des Infirmiers sont de véritables écuries; ceux où sont les femmes sont des palais; et une différence presque aussi grande existe entre les Collèges et la Maison de la Légion d'honneur de Saint-Denis.

Si je fais ressortir ici les éminentes qualités si nombreuses qui élèvent la femme au-dessus de 1 homme , je dois toutefois reconnaître aussi que celui-ci en possède également qui, sous d'autres rapports, l'élèvent au dessus d'elles; mais je n'en connais réellement que trois : la hauteur de la taille^ la force physique et un amour plus vif pour Vautre sexe y qualités auxquelles plusieurs Philosophes croient devoir joindre , ainsi que je l'ai déjà dit, celle d'une f>or^ée d intelligence plus élevée, par laquelle l'homme serait capable d'arriver aux plus hautes conceptions philosophiques, degré que la femme parait ne pas pouvoir atteindre. Mais je dois rappeler ici ce que j'ai dit un peu plus haut, que cette supériorité de fait n'est qu'acquise par l'effet des études auxquelles l'homme seul se livre , et n'est nullement due à une faculté qui serait réellement propre au sexe masculin , ainsi qu'on a voulu l'admettre.

Pour ce qui concerne la taille et la force physique de l'homme , ce sont des faits trop généralement connus pour qu'il soit besoin d'entrer à ce sujet dans la moindre explication pour prouver cette vérité; et quoique les femmes en soient les victimes, elles doivent trouver ces avantages trop peu en harmonie avec les qi^alités délicates et nobles qui les caractérisent sous tous les autres rapports pour se trouver

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en principe blessées de ce genre de supériorité des hommes; quoique ce soit par Teffet de ces avantages que ceux-ci leur ont imposé leur domination , ainsi que les lois dont elles ne pourront jamais s'affranchir.

Si Ton voulait inférer du fait de la plus grande force de Thomme que Dieu Ten a doué pour qu'il puisse dominer la femme , il serait facile de faire ressortir tout ce qu'il y a de faux dans ce sophisme, en faisant remarquer que cette opinion serait évidemment contraire aux dogmes de la sublime sagesse et de l'ineffable bonté du Créateur, et que cette domination par la force n'est aucunement nécessaire au maintien de Tordre dans la famille, et enfin que la sagesse divine aurait, pour ne pas laisser son œuvre aussi manifestement imparfaite, accordé aussi à l'homme, d'une part, une sensibilité plus exquise pour les maux de ceux qu'il serait appelé à gouverner, et de l'autre une plus grande justesse de raisonnement qui le dirigerait dans ses actes, et enfin une douceur plus affectueuse qui ne lui permettrait pas d'abuser de sa puissance : toutes des qualités que l'observation est loin de confirmer en lui, vu que c'est précisément le contraire qui a lieu.

Quant à cette Intelligence plus élevée qui serait si nécessaire à celui qui doit gouverner les autres, elle n'est en rien au-dessus de celle de la femme; l'observation prouvant également que sous ce rapport existait l'égalité la plus parfaite entre les deux sexes. Or toutes ces contradictions doivent faire comprendre aux Philosophes et aux Moralistes qu'ils ne sauraient admettre que la sagesse divine ait jamais pu arriver à une semblable inconséquence entre le but qu'elle s'est proposé et les moyens qu'elle aurait employés pour l'atteindre; et je trouve ailleurs, ainsi que je Tai dit plus haut, des explications plus rationnelles de la prédominance de la force physique de Thomme, explications plus conformes à ridée de sagesse et de justice du Créateur; principes fondamentaux qui doivent servir de base à tout.

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En effet, par cet avantage de la force, rhomme devient encore naturelfement le protecteur de la société entière , sans laquelle la famille ne saurait guère subsister.

Il découle ensuite de ces diverses conditions comme conséquence plus éloignée qu'aux hommes revient plus naturellement aussi la direction des affaires publiques, dont ils peuvent seuls s'occuper sans inconvénient pour le bienêtre de la famille dont ils doivent souvent s'absenter ; tandis que les soins domestiques conviennent au contraire infiniment mieux aux femmes , qui y sont de plus propres par toutes les qualités d'ordre, de soins bienveillants et de tendresse pour les enfants dont elles ont également été douées par la Providence, afin de leur rendre ces soins non-seulement plus faciles , mais même agréables par la satisfaction que leur cœur sensible et bienfaisant en éprouve.

Il est vrai que par cela même que l'homme doit se charger des occupations extérieures, dont la plupart exigent des travaux et des recherches pour lesquelles il a besoin de moyens artificiels acquis par létude, il est nécessaire qu'il reçoive à cet effet une éducation scientifique ou simplement artistique, généralement inutile à la femme, à qui on ne la donne en conséquence pas , ou à un bien moindre degré d'élévation, suffisant toutefois pour satisfaire a ses occupations domestiques , ou pour seconder son mari ; et souvent aussi pour avoir ce qu'on appelle une éducation distinguée; talents et savoir qui, maintes fois, sont plus nuisibles qu'utiles au bien-être de la communauté.

Or cette haute éducation que les hommes seuls reçoivent souvent contribue non-seulement beaucoup k éclairer leur intelligence et à rectifier leur jugement , mais elle les rend encore capables de s'élever par l'esprit jusqu'à la solution des questions les plus abstraites, où ils finissent par comprendre et par suivre jusqu'à l'infini Tenchaînement le plus compliqué des idées, en arrivant aux conceptions de la philosophie la plus transcendante; faculté qui n'est principalement due,

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ainsi que je viens de le dire, qu*à l'habitude de ce genre de travail intellectuel , secondé par le génie ; travail auquel les femmes ne se livrent pas, par Teffet d*un autre genre d'éducation qu'elles reçoivent, où l'usage reçu ne leur permet pas de franchir des limites très-restreintes, sans attirer sur elles le blâme de la société; et non parce que leur intelligence D*est pas capable de s'élever aussi haut.

Par Teffet de cette différence d'éducation, l'homme acquiert en conséquence une facilité de conception k laquelle la femme ne pout arriver; mais comme cette faculté n'est qu'artificielle et nullement innée, l'homme ne saurait s'en prévaloir pour prétendre à une supériorité de droit naturel. Or c'est la toute la diflférence qui existe sous le rapport de l'intelligence entre les deux sexes ; et cela est si vrai que partout où des femmes ont franchi par leur volonté cette barrière opposée au développement de leurs facultés intellectuelles, elles se sont généralement élevées au niveau des hommes les plus marquants. Je citerai encore ici toutes les Reines qui , en qualité de souveraines absolues^ ont gouverné des États , reines dont rarement une a régné avec faiblesse; la plupart, et cela depuis la plus haute antiquité, ayant gouverné leurs peuples avec gloire; ce qui tendrait même à prouver, par l'effet d'une simple supputation statistique, que les femmes sont plus que les hommes capables de hautes conceptions, ainsi que d'une grande énergie de caractère. Si l'on n'a jamais connu de femme qui se soit placée au niveau des hommes les plus illustres par leur haute capacité intellectuelle, tels qu'ont été Pythagoras, Solon, Socrate, Platon, Eant, Leibnitz et autres Philosophes du même mérite, c'est évidemment parce qu'elles ne se sont jamais occupées de ces hautes spéculations de l'intelligence, comme n'entrant pas dans le cadre de leurs études habituelles ; et ce n'est en eflét, qu'a ce degré le plus éminent des conceptions de Tespritque les femmes ne sont ainsi jamais arrivées. Or si Ton admettait même, ce que je conteste en principe, que

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les honoines sont par leur intelligence innée seuls capables de ces hautes investigations philosophiques , cela ne serait toutefois yrai que pour un très-*petit nombre , peut être pour un par siècle dans tout Tunivers ; et quel est le mari qui oserait prétendre que c'est lui qui, occupant cette suprême position dans le monde, possède par là le droit naturel de commander la soumission à sa femme, même dans les affaires purement domestiques? Mais aussi quel supplice moral ne doit pas éprouver une femme d'une intelligence élevée, d'un jugement juste et d'une volonté énergique pour le bien, de se voir forcée de soumettre sa raison a l'orgueilleuse sottise d'un homme qui n'a que la force brutale pour* argument, et d'injustes lois qui lui confèrent le droit despotique de commander pour faire obéir sa femme à sa volonté, en dépit de toute démonstration qui lui prouve qu'il devrait faire autrement.

Ce qui prouve d'ailleurs, jusqu'à la dernière évidence, 4}ue les grandes conceptions ne sauraient avoir lieu sans une étude approfondie du sujet, c'est que tous les hommes d'une haute capacité d'esprit ont été des savants, qui avaient fait d'excellentes études préliminaires, en laissant infiniment loin derrière eux la foule de ceux qui se sont moins perfectionnés par l'exardee de leurs facultés intellectuelles, etqui se trouvent ainsi à leur égard dans les mêmes conditions que les femmes. Cela est si vrai, que, leshommes sans éducation et de là d'une intelligence non exercée, sont tellement bornés dans leurs facul^sinteUeetuelids, qu'il leur est impossible de dépasser les degréa les plus inférieurs du raisonnement où leur entendement se trouble déjà et devient bientôt complètement confus, lorsqu'ils veulent s'élever davantage par la pensée. C'est là la raison pourquoi les grands Philosophes n'ont paru que chez les nat'ons les plus éminemment civilisées, et que jamais un sauvage n'est arrivé à des conceptions sensiblement au-dessus de celles du vulgaire de sa horde ; et c'est là aussi la cause qui relient ces [leuples sans culture intellectuelle si

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