FIN
Plusieurs faits mentionnés dans cet ouvrage n'ayant pas pu être sufiSsamment expliqués là où il en fut parlé, j'ai cru devoir joindre ici quelques notes servant à compléter, autant que possible , ces passages , et en les classant par numéro, suivant leur ordre alphabétique.
Note n** I. Affinité chimique.
Le mot affinité a deux significations fort différentes en français ; il indique , d'une part , un rapport, une liaison ou une analogie entre deux choses, et d'autre part il signifie, comme terme de chimie ^ tendance à s* allier ; c'est dans cette dernière acception que nous avons à le considérer ici.
Les diverses substances dont se compose l'Univers ont, par l'effet d'une foule de propriétés qui leur sont inhérentes, des tendances plus ou moins grandes à s'unir de molécule à molécule , en se combinant dans diverses proportions pour produire des composés dont les propriétés sont le plus souvent extrêmement différentes de celles des matières qui les constituent, prises séparément; d'où naissent d'innombrables substances binaires , ternaires ou quaternaires , suivant les diverses alliances qui se font ainsi. Ces combinaisons ne sont toutefois pas possibles dans toutes les proportions, étant soumises à des lois rigoureuses qui régissent la matière en général, et réglées en outre dans les quantités contributives de chaque substance en particulier, et surtout déterminées, quant à la force avec laquelle leur alliance ou, comme on dit en terme de chimie, leur affinité, a lieu.
Les anciens n'admettaient que quatre éléments: le Few, l'itr, VEau et la Terre, dont ils crurent que tout était for-
ââ2 THÉOLOGIE DE LA NATURE.
më; et en effet, cela est nécessairement ainsi, vu que ces quatre objets renferment tout ; mgis ils étaient grandement dans Terreur quant à la signification du mot élément^ qai indique des substances simpleè , eî en conséquence indécomposables (voyez la Note n" 13), ce qui n'est aucunement le cas pour les quatre éléments des anciens , dont les trois derniers sont au contraire plus ou moins complexes ; tandis que nous connaissons aujourd'hui jusqu'à cinquante-quatre véritables éléments.
Ces substances simples sont ensuite susceptibles de s'unir k deux , à trois , ou à quatre , dans diverses proportions déterminées pour chaque alliance , en formant des substances composées , jouissant, ainsi que je viens de le dire , de propriétés ordinairement tout k fait différentes de celles de chacun des éléments qui les constituent; et cette union est plus ou moins forte selon le degré d^affinité qui existe entre ces mêmes éléments, diaprés les propriétés inhérentes à chaque espèce , depuis qu'elle a été créée.
Ces diverses combinaisons n'ont toutefois Heu que dans des conditions déterminées pour chacune en particulier, sans lesquelles ces mêmes éléments restent en contact sans qu*il y ait aucune alliance entre eux , si ce n^est celle d'un simple mélange , dont là masse offre naturellement les caractères formant tes termes moyens entre ceux de chacun des coniposants; tandis que lorsqu^il y â réellement combinaison^ les caractères sont entièrement différents.
C'est ainsi, par exemple, que tous les métaux sont susceptibles de se combiner avec Voxygéne, dans des ptoporlions rigoureusement déterminées pour former des oxjjdes(l ). Telles sont les diverses Rouilles de fer: le Vert de-gris, qui est un oxyde de cuivre; le Minium, qui est un oxyde de plofiob, YEau^ qui n*est qu*un oxyde d'hydrogène, etc.
(1) Terme dérivé à'owygène; ou plutôt oe dernier nom dérive d'oiyde comme signifiant en grec générature iVoxyde»
Or ces combinaisons de l'oxygène avec les divers métaux et autres substances , pour former des oxydes , peut avoir lieu au plus à quatre degrés différents. Selon la quantité en poids ( c*est ainsi qu'on compte en chimie, la pesanteur ne variant jamais dans |es substances) qui entre dans la composition , et désignée dans la nouvelle nomenclature chimique par les syllabes Prot, Deul ou Bi^ et 7Vt(» qui commence le nom spécifique , et k laquelle on ajoute le mot oœyde aveo celui de la substance qui en est la base ; ces mots signifient eo grec : Premier^ Second et Troisième. G*est ainsi que le Massicot constitue le Protoocyde de Plomb y le Minium le Veutoxyde de ce même métal , et un autre plus oxygéné en-^ core, forme le Tritoxyde de Plomb. Cest-k-dire que ce mé* tal n*est susceptible de se combiner avec l'oxygène que dans trois proportions ou degrés , où le Deutoxyde renferme le double d'oxygène que le Protoxyde, et le Tritoxyde trois fois autant. Certaines substances sont toutefois capables de former encore un autre oxyde contenant une fois et demie autant d'oxygène que le Protoxyde, et qu'on désigne, en conséquence, sous le nom de Sesquioxyde. Enfin on est convenu de nommer Peroo^de , l'oxyde le plus fortement oxygéné , quel que soit du reste son degré ; dénomination eo conséquence complètement inutile, et qui devient fausse lorsqu'on découvre un oxyde supérieur.
C'est ainsi qu'il suffit de connaître le nom d'un oxyde pour savoir de quels éléments il est formé et a quel degré d'oxygénation il se trouve.
De même que , pour les métaux , l'oxygène peut se combiner à deux degrés avec l'hydrogène, en formant un Protoxyde d'hydrogène ^ qui est l'Eau, et un Deutoxyde d'hydrogène , qui , k la première vue , ressemble à de l'eau, mais jouit de tonte autre propriété ^ étant même un assez violent poison .
Il en est de même pour plusieurs autres éléments tels que le Carbone^ le Phosphore^ Y Iode ^ le Chlore et Tilxote) avec
lesquels rOxygène se combine également k plusieurs degrés, en formant ce qu'on devrait également appeler des Oxydes, mais qu'on est convenu dé diviser, fort à tort selon moi, en deux classes, dont Tune, formée des ces composés binaires qui ne sont pas aigres, conservent seuls ce nom; tandis que les aigres reçoivent la dénomination à* Acides ; propriété signalée par diverses actions , et plus spécialement par celle que ces substances ont sur la couleur bleue du Tournesol^ qu'elles font très-facilement passer au rouge. Or il résulte de cette classificatio]i que souvent l'un des composés des mêmes éléments appartient à l'une de ces classes , pendant qu'un autre, d'un degré simplement différent, se trouve dans l'autre , et cela sans aucune règle.
Cette irrégularité ne se borne pas là. Par cela même que les combinaisons acides peuvent avoir lieu par des quantités différentes d'oxygène , on est convenu de distinguer les produits qui en résultent également par la forme qu'on donne à leurs noms : mais ici ce n'est plus en faisant précéder le nom de Toxygène par une préposition , mais bien en donnant une certaine désinence au nom de la base. C'est-à-dire que pour le degré supérieur on ajoute ique , pour celui qui est immédiatement au-dessous, on met la syllabe eux^ et pour l'inférieur on place encore en avant le mot hypo. C'est ainsi qu'on a formé les noms des Acides hypo-azoteux , azoteux et azotiques; des Acides arséniey,x et arsénique; manganéseux et tnanganésique ; molybdeuxeXmolybdique; sélénieux et sélénique; tellureux et tellurique; titanique et tungsténique, qui, à l'exception du premier, ne sont réellement que des oxydes métalliques aigres.
Il en est de même des combinaisons acides que l'oxygène forme avec d'autres éléments, où il produit les Acides borique^ bromique, carbonique, hypo-chloreux , chloreux, chlorique^ fluorique, hypo^phosphoreux , phosphoreux, phosphorique; hypo-iodeux ^ iodeux^ iodique; hypo-sulfureux , sulfureux et sulfurique.
NOTE I. !2!2a
Mais outre ces acides simples il en existe encore un nombre considérable de plus composés, tels que ceux où il entre un troisième élément , et qu'on désigne en y ajoutant le nom de ce dernier. G*est ainsi que se constitue une petite famille qui contient de plus que les acides binaires aussi de Thydrogène, et formant les Acides hydrobromique, hydrochlorique , hydrosulfureux , hydrosulfurique , hydrophiO" rique, hydrosélénique et hydrotellurique.
EnGn il existe beaucoup d'acides formés d'oxygène combiné à diverses matières végétales et animales, elles-mêmes plus ou moins complexes.
Mais outre l'oxygène, quelques autres éléments, tels que Yhydrogène et le chlore , sont également susceptibles de former des acides en se combinant avec diverses bases , quoique ces produits n'aient , par leur composition , aucune analogie avec ceux formés par l'oxygène : ce qui prouve également que cette classe de substances complexes est peu naturelle; et cela est si vrai que les chimistes les en ont distingués par la composition des noms qu'ils leur ont imposés.
Quand Yhydrogène se combine avec un autre élément seul, formant un composé binaire analogue aux oxydes, et comme eux à deux degrés, ces produits sont également acides ou non acides. Quant aux premiers, je viens de les indiquer, et les seconds on les distingue , sans raison fondée , en ceux qui affectent la forme solide et en ceux qui sont gazeux. Ceux-lk, on les désigne en terminant leur nom en ure, d'où l'on a les noms hydrure ou hydriodure d'arsenic et i'hydrure de tellure, tandis que pour les produits gazeux on ajoute simplement un é au nom de la base, d'où ils sont nommés hydrogène carboné, hydrogène sulfuré.
Enfin , pour ce qui est des autres éléments qui jouent le rôle de l'oxygène , leurs produits sont désignés de la même manière que ceux de l'hydrogène.
C'est ainsi qu'on dit Arséniure d'hydrogène , Arséniure trihydrique de Berzèlius ( hydrogène arsénié).
dS6 THEOLOGIE DB tA NATURE.
C'est ëgatemeiit dinsi que te Chlore se eombinatit au diwt» diitre$ éléments y forme ce qu'on appelle des ehlorur9i : tels sont les MorutM d'azote, de carbone^ de ph09phor$, de sou/rc , de sodium (sel de coisine) , le protochlorure de cuivre, le protochlorure de mercure», le d^utooftlortire de mercure , le cftlorur« i^ argent , le chlorure de Msmuth , le cfclof wrc d'onfimo^né et le chlorure de tellure.
Il en est de même de Y Iode produisant des lodures de péiassium , de plomb ^ i^ mercure et d^azote; du Brome qui for aie des bromures ; enfin r/est ainsi qu'il existe des Phoiphures , des Phtorures et des Carbures.
On voit par cette simple énumération , combien la liomenclature chimique est irrégulière , et surtout combien la classe des acides est peu naturelle , ses espèces se tfouvafit réparties entre un grand nombre de composés binaires , et d'autres substances plus complexes encore : telles sont touâ les acides végétaux et animaux ; tandis qu'il serait bien plud conforme à une véritable classification naturelle de ranger ensemble tous les corps suivant leur composition binaire, ternaire et quaternaire , ainsi que suivant leurs degrés de eombinaison ^ sous des dénominations du reste analogues à celles qu'on emploie.
Comme le nom d'Oxyde était connu et appliqué aux substances provenant de l'alliance des métaux avec Foxygène, on aurait dû le prendre pour base . en terminait de mêtne en ide tous les composés binaires analogues^ acides ou noD» sans introduire dans le langage chimique la terminaison en ure employée peur les autres composés binaires.
On aurait également dû mettre plus de régularité dans la composition des noms des substances plus composées. C'est ainsi que les noms d'Acide chloreux et d'Acide chloriqw n'indiquent pas que ce sont des composés à divers degrés d'oxygène et de chlore, le noin premier de ces éléments ne s'y trouvant pas. Si Ton voulait qu'il fût sous-entendu dans le mot acide , donné à tous les composés aigres d'oxygène ,
NOTE I. 2^î
c6 qui d*abord n'est pas, il en résulterait qu'aucune autre substance ne pourrait former des acides, et il faudrait nommer autrement les acides hydrosulfurique, hydrochlorique, etc., vu que ce ne seraient pas des acides.
Un certain nombre d'oxydes et autres composés binaires, ayant la propriété de ramener au bleu les corps de cette couleur rougis par les acides , ou du moins de changer cette couleur en une- autre, ou bien encore de faire verdir la teinture (jaune) de Cureuma, ont, en conséquence, reçu de là le nom commun A' Alcali , du nom ancien de la soude.
Ces substances ont , en outre , la propriété de pouvoir se combiner à des acides , en formant avec eux des composés ternaires ou quaternaires, qui reçoivent le nom commun de Sels^ emprunté à celui dont on fait généraleinent usage dans l'art culinaire.
Pour nommer ces substances, dont plusieurs ont seules été connues autrefois , et avaient des noms propres , on se sert aujourd'hui également de l'assemblage de tous les noms de leurs composants, en suivant une certaine méthode de composition dont on est convenu. Cette nomenclature consiste à former , avec la partie initiale du nom de Tacide , un mot terminé par la syllabe aie, lorsque le nom de l'acide est en ique, et d'y ajouter le nom de l'alcali. C'est ainsi que le sel de cuisine, qu'on crut formé d'acide hydrochlorique , combiné avec la soude on oxyde de sodium, fut appelé par les chimistes hydrochlorate de soude ; mais on reconnut plus tard qu'en mêlant cet acide à la soude, l'un et l'autre se décomposaient, que Yhydrogène de l'acide se combinait avec V oxygène de la soude pour former de Veau , et que le chlore de l'acide s'unissait au sodium pour produire \eselde cuisine, qui n'était en conséquence plus qu'un simple c/i{orure de sodium, quoiqu'il ait donné son nom de sel à toute la classes des Sels , dont il se trouve aujourd'hui exclu.
Lorsque l'acide qui entre dans la composition du sel est d'un degré inférieur, ayant son nom terminé en eux, le nom
de ce sel finit en ite. C'est ainsi quel*acide sulfureux forme des sels nommés sulfites.
L'hydrogène pouvant également former des acides en se combinant k d'autres substances simples , on désigne ces acides sous des noms formés de la syllabe initiale hydro, à laquelle on ajoute le nom de la base, d*où Y on a formé les noms d'Acide hydrochlorique , etc.
Quant k la dénommation des autres substances binaires ou ternaires, le premier nom est en tde, quand la seconde substance est un métal électrovitré ou un métalloïde. C'est ajnsi qu'on dit sulfite d'arsenie , etc.
Quand la combinaison peut avoir lieu k plusieurs degrés, on se sert, comme pour les oxydes, des initiales Proto, Deuto et Trit. C'est ainsi qu'on a des Proto-sulfites , etc.
Lorsqu'on mélange diverses substances composées, et cela dans des circonstances favorables, il se produit entre elles une décomposition en leurs éléments, suivie d'une nouvelle recomposition, mais d'après d autres combinaisons, pour former des corps d'ordinaire fort différents de ceux qu'on a réunis. Cette transformation a lieu par l'effet de la tendance plus ou moins grande de la force d- affinité qu'ont ces éléments de s'associer entre eux. C'est-k-dire que, dans les cas où ces éléments sont dans des conditions qui leur permettent de s'unir suivant cette affinité, la plus puissante détruit la plus faible, pour former d'autres combinaisons.
Pour que cette transmutation puisse avoir lieu , il faat qu'au moins un certain nombre des substances élémentaires mises en contact soient dans un état de fusion tel que
leurs molécules! , libres dans leurs mouvements, puissent se transporter facilement vers celles qui les attirent avec le plus de force pour s'allier avec elles ; et c'est précisément cette liberté qui constitue la principale condition favorable à la nouvelle combinaison dont j'ai parlé un peu plus haut. Cette disposition est tantôt obtenue par une simple dissclution des corps composés dans un liquide qui tient leurs molécu-
HOTE I. â;29
les en suspension , en leur donnant par Ik toute la liberté de mouvements dentelles peuvent avoir besoin. D'autres fois, c'est au moyen d'une fusion ignée que la même faculté leur est donnée. Mais cela ne suffit pas toujours, la décomposition, d'une part, et la recomposition, de l'autre, exigeant le plus souvent encore un certain degré de température, variable selon les substances , et fort souvent aussi l'intervention de rélectrîcité.
Deux corps simples ou composés se trouvant réunis dans ces conditions ; ceux de leurs éléments qui ont la plus forte affinité les uns pour les autres s'attirent et s'unissent mole culairement en formant un nouveau composé, et si l'un des éléments est déjà lié par une composition préalable dans Tane des deux substances, l'affinité qu'il y a est rompue comme plus faible, et la substance à laquelle il était uni devenant libre, se combine, si cela se peut , avec un autre élément libre comme elle , ou bien elle reste indifférente en prenant telle disposition qui lui est naturelle. Si elle est insoluble dans le liquide qui tenait le tout en dissolution/ elle touche au fond sous forme de dépôt ou de Précipité ; si elle est, au contraire, soluble, elle reste fondue dans le liquide; et enfin , si par sa nature elle est gazeuze, elle s'échappe dans Tatmosphère.
C'est ainsi que si de Y Alun ^ ou Sulfate d'alumine^ sel formé ëC Acide sulfurique combiné à de \* Alumine , se trouve dissous dans de l'eau, et qu'on y verse une dissolution également aqueuse de Soude, il arrive que l'acide sulfurique ayant une plus grande affinité avec cette dernière substance quavec Talumine, abandonne c^le-ci pour s'unir k la soude en formant avec elle du Sulfate de Soude (sel de Glau^ ber) , et que Talumine étant par elle - même insoluble dans l'eau, tombe au fond sous forme de précipité, d'où Ton peut la retirer par un simple filtrage. C'est un des moyens qu'on emploie pour analyser les substances, dans l'intention de savoir de quoi elles sont composées.
Certaines substances , et entre autres plusieurs métaux , ont une telle affinité avec d'autres , qu'on ne les trouve jamais dans leur état simple dans la nature. C'est ainsi que le métal nommé Calcium a une si forte affinité pour Toxygène, qu'k l'instant où il se trouve en contact avec lui k Tair, il se convertit si rapidement en oxyde ou Chaux qu'on n'a pas le temps de le voir ; oxyde, du reste, très- abondant partout.
Dans d'autres métaux cette affinité est encore très-forte quoique beaucoup moindre. C'€st ainsi que le Fer se couvre facilement d'oxyde ou Rouille pour peu qu'il soit exposé k l'air, surtout dans certaines conditions d'humidité. Il eu est de même du Cuivre^ qui se convertit en Yert-de-gris; VÊtain, le Plomb et le Zinc, au contraire, sont beaucoup moins oxidables dans l'état habituel où ils peuvent se trouver; enfin VArgml, \0r et le Plaline ne s'oxydent jamais , si ce n'est dans des conditions rares, d'où vient que ces mélaux peuvent rester pendant des siècles exposés à l'air ou à l'humidiié sans s'y altérer.
D'autres substances encore , telles que la plupart des métaux , ne peuvent même jamais se combiner entre elles pour former deô corps différents, n'ayant absolument aucune affinité l'une pour l'autre, et nous offrent, sous ce rapport, un véritable exemple d'absence de toute propriété qui rappelle l'idée du chaos primitif, état qui a existé pour tous les éléments, avant que Dieu, par sa toute-puissance, eut créé les propriétés des matières brutes.
C'est ainsi que du Cuivre et du Zinc peuvent être fondas et parfaitement mélangés , état où ils reçoivent le nom de Laiton^ sans changer, du reste, en rien dans leurs propriétés, qui offrent en toute chose le terme moyen entre les deux composants.
non II* 994
Note n"" IL Amour réciproque des deux Sexes.
J'ai dit dans cet ouvrage que Dieu ayaot accordé aux ani maux les facultés de rinteUigence et du mouvement volontaire, il put aussi leur conGer en grande partie le soin de la propagation de leurs races, et qu'il lui a suffi pour cela de les portera l'accomplissement de cet acte si important par la jouissance qu'ils y trouvent. Or, comme Tinstiact qui amène k cet effet les femelles ne les porte à souffrir l'approche des maies qo'k des é^ioques déterminées, elles restent, hors ces moments, fort indifférentes k Fég^rd de ces derniers ; tandis que chez ceux-ci le sentiment d'attrait pour les femelles est permanent, quoique faible, auxépo ques ordinaires , et devient l'objet de la passion la plus vive an iemps du rut , tandis que les femelles restent dans la plus grande indifférence. La preuve de ce fait, c'est qu'on voit rarement des mâles faire le moindre mal à des femelles , même hors le cas de l'accouplement, où les animaux paraissent devoir être complètement indifférents les uns pour les autres ; et ce n'est que Tespèce hum^ne qui se dégrade au point de violer cette loi de l'amour en descendant ainsi au-dessous de la brute*
C'est ainsi que le ChieUt fnévke hors le temps de la chaleur de la Chienne y ne fait jamais le moindre mal k celle-ci ; tandis que cette dernière , n'ayant aucun sentiment d'affection pour lui , ne manque pas de le mordre lorsque , dans une ciiPCOfistance quelconque , elle a lieu de lui faire éprouver sa mauvaise humeur ; et alors pnéme le chien ne s'en venge pas. C'est également ainsi qu'on ne voit jamais un Étalon mordre ou Irapper une Jument , et il en est de même pour tous les autres animaux , où l'amour passionné , instinctif des m&les pour les femelles, et la froideur portée jusqu'à la plus complète indiffé|«Qce de celles-ci envers
eux, se montrent partout, jusque chez les moindres animalcules.
Voyez le Paon , lorsqu'il est animé par la présence de sa femelle , faire la roue , pour étaler k ses yeui Téclatante magnificence de son superbe plumage, tourner voluptueusement autour d'elle avec tous les signes d'un véritable délire amoureux ; tandis que la Paonne , complètement indiflerente à tous ces témoignages d'une aussi vive passion , se promène au hasard en cherchant, quelques grains dont elle pourrait se nourrir, sans faire la moindre attention à celui qui fait tout pour lui exprimer sa passion.
Voyez le Pigeon roucouler autour de la Colombe pour lui exprimer les sentiments de la tendre affection qu elle lui inspire; pendant que celle-ci reste également indifférente k son égard.
C'est encore par l'effet de ce même sentiment d'affectiou pour sa femelle que le Coq l'appelle , par un cri particulier qu'elle comprend, pour lui livrer une graine qu'il vient de trouver, aimant mieux la lui offrir que d'en faire son propre profit : mais souvent aussi il emploie ce moyen par ruse pour attirer la Poule k lui, afin de s'éviter la peine de 'lui courir après quand il désire l'avoir; sachant fort bien qu'elle fuirait devant lui.
C'est par le même sentiment d'un vif amour que le Papillon voltige passionnément autour de sa femelle , dans l'espoir de pouvoir l'atteindre, pendant qu'elle semble l'y exciter par les poses les plus voluptueuses , et lui refuser subitement tout accès, au moment où il croit le moment venu de jouir du bonheur qu'il espère. On voit souvent cette agacerie durer fort longtemps , où le mâle poursuit sa femelle de station en station , où il plaît k celle-ci de s'arrêter, sans autre motif que ses convenances ; et enfin, impatienté de ces pruderies, on voit le mâle s'éloigner comme s' il renonçait k toute espèce de succès , mais revenir bientôt k tire-d'aile auprès de celle qui lui a si longtemps résisté.
NOTE m. 233
C'est surtout chez les Papillons nocturnes que le contraste est le plus grand. Les mâles, souvent très-agiles , cherchent partout avec vivacité leurs femelles qu'ils savent découvrir partout où elles se cachent pour dormir, et s'accouplent avec elles sans que celles-ci s'éveillent même aux caresses empressées de leurs mâles. Enfin il n'est pas jusqu'aux moindres petits insectes, jusqu'aux plus petits êtres du Règne animal , où l'on ne voie les mâles rechercher leurs femelles avec le plus vif empressement, pendant que cellesci, complètement insensibles à l'amour, ne reçoivent les mâles qu'avec la plus complète indifférence, les évitant même avec soin lorsqu'elles le peuvent
Cette différence entre le degré d'amour des deux sexes étant l'effet d'une véritable loi générale de la nature , elle existe également pour l'espèce humaine , quoiqu'à de bien moindres degrés, Téminence des facultés intellectuelles modifiant considérablement chez elle l'influence des penchants purement instinctifs. C'estainsi que la concordance des caractères, les s^timents de la reconnaissance pour l'attachement dont on a été l'objet , l'admiration morale, et surtout la beauté physique, viennent ennoblir, chez l'Homme et la Femme, leur inclination naturelle, en élevant leur affection réciproque jusqu'à l'amour platonique, le sentiment le plus sublime dont l'espèce humaine soit capable.
Note n"* IIL Analogie entre les organes appendiculaires
des Végétaux.
De même que chez les animaux , les organes des plantes forment sur le même individu des séries d'analogues, dans lesquelles ils se transforment graduellement les uns dans les autres , de manière à changer entièrement de forme et de fonction , en ne conservant à la fin plus aucune ressemblance , et cela au point que leurs caractères étant entière-
ment changés , il serait impossible de reconnaître leur affinité si Ton n'en avait la preuve dans certaines espèces , où cette transformation est presque insensible de l'un de ces organes k l'autre.
Or celte dégénérescence est même telle que tous les organes appendiculaires du même végétal ne sont au. fond partout que la même chose, sous des formes et avec des propriétés |)lus ou moins différentes. C'est ainsi que l' j^corce, formant la tunique générale qui revêt toute la plante, ne fait que se modifier légèrement pour devenir successivement d'une organe k l'autre, les Écailles des bourgeons, les Feuilles qui se développent dans ces derniers , les Folioles des Calices, les Pétales, les Ètamines, le Fruit, et plus loin les diverses enveloppes successives de la graine que ce dernier renferme , telles que les Tuniques de celles-ci, ses Cotylédons , et enfin la Plantule du nouveau sujet que la graine contient. En un mot tout le végétal n'est qu'une agrégation d'une foule d'organes en apparence fort différents , et au fond pourtant les mêmes en principe, mais diversement développées, sous des formes plus ou nH)ins variées.
On savait, depuis assez longtemps, que les fleurs doubles n'offraient cette forme que par l'effet de la transformation des Ëtammes en Pétales ; mais ce n'est guère que depuis une vingtaine d'années que les Botanistes ont reconnu que tous les autres appendices dont je viens de faire Ténumération n'étaient également rien autre que des feuilles ordinaires modifiées.
Cette dégénérescence est très-facile k voir dans plusieurs végétaux, où la modification d'un organe k l'autre est si légère qu'il est impossible de ne pas la reconnaître. C'est ainsi que dans le Marronnier d'Inde , les écailles des bour* geons ne sont que des prolongements en forme de petites lamelles fort minces , ovales de YÈcorce de l'arbre , qui s'imbriquent les unes sur les autres en nombre asses considérable pour former un abri à la partie intëriettre du bcAir-
NCTB IIL 835
geon , qui doit produire Tannée suivante une branche ou une fleur.
Lorsqu'au printemps la végétation se ranime dans cet arbre, ces écailles s'écartent, les intérieures se développent de plu$ en plus, les premières deviennent simplement un peu plus grandes qu'elles n'étaient en hiver, pendant que celles qui les suivent présentent déjà sur leurs bords de petites dentelures vertes, premiers rudiments analogues aux grandes feuilles à cinq folioles qu'auront les suivantes ; ces parties de la feuille se développent graduellement de plus en plus , pendant que la partie répondant à l'écaillé proprement dite des bourgeons répond au Péiiole de la feuille composée. En effet, ce dernier, d'abord très-large, fort mince et simple dans les écailles extérieures, s'allonge et se rétrécit graduellement dans les suivantes, de manière à présenter encore un aplatissement fort sensible dans les premières feuilles déjà bien palmées.
Quant à la transformation de la feuille en parties de la fleur, le Rosier églantier, et le Rosier cent feuilles , qui n'est qu'une variété monstrueuse de ce dernier, en montre parfaitement la modification graduelle. On sait que les feuilles ordinaires de ce charmant arbuste sont composées d'une tige portant des folioles latérales et une terminale; eh bien! la dernière de ces feuilles, près de la fleur, est déjà fort petite , et ne diffère guère de la première écaille du calice qu'en ce que celle-ci est encore plus petite , et que son pétiole moyen est élargi en lame ovale formant la feuille du calice. Dans les quatre autres lamelles de ce dernier, la dégénérescence gagnant ensuite de proche en proche, les folioles de la feuille primitive diminuent progressivement et disparaissent con^plétement à l'un des côtés de la cinquième écaille du calice , pendant que la partie répondant au pétiole s'élargit de plus en plus en s'amincissant en lamelle.
Je dois faire remarquer ici que, par l'effet d'une double série de feuilles, qui existe naturellement sur la plante en-
S36 THÉOLOGIB DE LA NATURI.
tière, aUernant k droite et \k gauche de la brindille de branche , il en résulte que la seconde écaille du calice ne fait pas dans la même série suite à la première , mais constitue la première de la sienne ; et c'est la troisième et la cinquième du calice qui continuent la série de la première, pendant que la quatrième fait suite à la seconde. Or c*est aussi dans cet ordre qu'on trouve le plus de ressemblance entre les cinq écailles du calice; c'est-à-dire en allant de la première k la troisième, puis k la cinquième , k la seconde et k la quatrième. Dans cette dernière , qui a en conséquence subi la plus forte transformation , non-seulement les folioles de la feuille ordinaire ont complètement disparu, mais d'un côté même elle est déjk assez fortement modifiée, le bord des écailles étant aminci en pétale, et même coloré en rose.
En suivant la série plus loin , on arrive en conséquence k la corolle , formée proprement de cinq Pétales dans la fleur naturelle ou simple , dont la transformation est subitement beaucoup plus grande. Mais si l'on pousse Texamen plus loin dans les fleurs doubles, on remarque k Tun des bords de la plupart des pétales, mais surtout aux intérieurs, une petite tache jaune sur l'un des bords des pétales intérieurs, tache qui constitue le premier rudiment de V Anthère de l'Étamine dans ce même pétale. Plus loin , cette tache jaune se prononce de plus en plus , se renfle graduellement en un petit bouton , et produit un filet blanc qui descend le long du bord du pétale jusqu'à la base, et qui n'est en effet que le filet de l'étamine. Aux pétales les plus intérieurs, ce rudiment d'étamine se développe de plus en plus, tandis que la partie formant le pétale se réduit graduellement, celui-ci finit par ne plus être qu'un simple petit appendice d'une véritable étamine.
Dans d'autres fleurs, et surtout sur les Tulipes^ on trouve sous la véritable fleur des feuilles ordinaires déjk plus ou moins colorées en pétales.
NOT« tu. 237
Les Botanistes ont fait voir ensuite que de même le fruit n*est autre chose qu'un emboîtement de plusieurs feuilles successives , jusqu'à l'Embryon de la nouvelle plante que renferme la semence.
C'est ainsi que la chair d'une Prune ou d'un Abricot n'est qu'une fouille très-charnue roulée sur elle-même en enveloppant d'autres, et dont on voit encore d'un côté une rainure indiquant la suture des bords de la feuille. Dans son intérieur se trouve le Noyau, dont la partie ligneuse est formée de deux feuilles; plus en dedans, V Amande^ dont la Pellicule extérieure est une autre feuille enveloppant les deux Cotylédons : ceux-ci constituent les deux premières Feuilles du germe de la jeune plante renfermée dans le fruit.
L'analogie de tous ces organes appendiculaires des végétaux est en outre prouvée par le fait que, suivant la culture qu'on donne k la plante , on peut presque toujours transformer a volonté ces diverses parties Tune dans l'autre , toutes étant dans l'origine la même chose comme germe; c'est-àdire que, si la végétation est très-vigoureuse, tous ces germes deviennent des feuilles et des branches , tandis que là où la végétation est moins forte , tous ces germes deviennent des fleurs et Aes fruits; et enGn, quand elle est trop faible , il ne se produit également que des feuilles , répondant à celles qui précèdent les fleurs.
C'est ainsi que tout arbre très- vigoureux qui a trop de sève pousse fortement en bois et en feuilles , mais ne produit pas de fruits, et réciproquement. Les Jardiniers connaissaient ce fait, et réglaient leurs cultures en conséquence; mais ils en ignoraient les causes.
Ayant remarqué que des arbres très-bas , des Poiriers , par exemple, produisaient de plus beaux et de meilleurs fruits que lorsqu'ils sont fort haut, on a imaginé de les tenir près de terre en les taillant tous les ans; mais dès lors les racines fournissant une sève trop abondante, ces arbres
â38 THÉOLOGIE DE LA NATURE.
ne produisaient plus que de très-vigoureuses branches et des feuilles fort grandes. Pour ramener, en conséquence, ces arbres ain«i mutilés à n'avoir que la quantité de sève proportionnée au branchage, et propres à former des fruits, on greffe les Poiriers, arbres naturellement très-élevés et à grandes racines, sur des Cognassiers^ arbuste qui, n'ayant que de fort petites racines , ne peut fournir au poirier qu'il porte que Juste la sève dont il a besoin pour produire des fruits.
C'est en me fondant sur ce même fait physiologique que j'ai amené des arbres trop vigoureux k porter du fruit, en leur coupant tout simplement quelques racines pour diminuer la quantité de sève.
Note n" IV. Atomes.
Les Philosophes de l'antiquité ont déjà reconnu que la matière, par cela même qu'elle existe physiquement et qu'elle est limitée dans ses masses , ne saurait être divisible h Vinfini , Vinfini ne pouvant se trouver dans le fini. Cela n'est possible que mathématiquement ou par la petisée, vu que rien n'empêche de supposer qu'on prentie successivement et toujours la moitié, le tiers ou le quart , etc., d'une partie précédemment obtenue de cette manière; mais on ne saurait le faire en réalité , c'est-a-dire physiquement^ quand même on ne serait pas arrêté par lextrême petitesse des dernières particules; celles-ci devant nécessairement arriver à la fin à une limite; sans cela le volume de la dernière particule serait infiniment petit , ou en d'autres termes égal à zéro. Or, comme on ne peut jamais arriver a former un volume quelconque en ajoutant tant de fois qu'on le voudra zéro à zéro, la somme restant toujours égale à rien, il est évident que les dernières particules dans lesquelles un corps est divisible doivent avoir un volume déterminé , quoique
d'une petitesse telle, il est vrai, que les microscopes les plus puissants, capables de nous montrer les petits corps sous un volume appai^ent de plus de 10,000,000,000 de fois aussi grand que le corps naturel. Or ces appareils sont, malgré cette immense amplification, complètement impuissants k nous laisser apercevoir ces dernières molécules d*un corps quelconque, dont les dimensions sont, sans aucun doute, beaucoup au-dessous. Cette subdivision de la matière existe cependant dans toutes les dissolutions physiques, telle qu'elle a lieu pour une petite quantité de sel de cuisine dis^ soute dans de Teau pure, où elle se trouve ainsi subdivisée dans ses dernières particules , au delk desquelles la division n'est plus possible sans diviser cette particule de sel dans ses éléments constituants , où elle cesse d'être du sel et se décompose en particules de Sodium et de Chlore , les deux substances élémentaires dont le sel est formé. (Voyez les Notes n*** 1 et 13.) C'est-à-dire que ce sel est une substance en elle-même composée de deux autres simples ou ses Éléments , dans lesquels la dernière particule ou Molécule de sel se décompose , si l'on pousse la subdivision plus loin , et là l'extrême limite est atteinte.
Les anciens Philosophes ont si bien reconnu l'indivisibilité k l'infini de la matière, qu'ils ont assigné a ses extrêmes particules le nom d'Atomes, terme dont l'étymologie signifie en grec , qui ne peut pas être coupé ou divisé, de a, particule négative, et de tomi, couper.
Les atomes sont ainsi les dernières particules d'une substance élémentaire ou simple , que rien ne saurait détruire , pas même la puissance divine, selon l'opinion de ceux qui considèrent la matière comme coéternelle avec Dieu, et delà comme non créée.
Ces atomes difieraut, sans aucun doute, dans les diverses espèces de substances élémentaires, sont susceptibles de pouvoir s'attirer un k un ou un k deux ou k trois, de l'une de ces espèces complexes k l'autre , mais très-probablement
SiO THEOLOGIE DE LA NATURE.
toujours en fort petit nombre et dans certaines espèces seuiament, pour former par là des particules ou Molécules constituantes de substances composées; molécules en conséquence binaires, ternaires ou quaternaires, et dont les propriétés sont d'ordinaire entièrement différentes de celles des substances élémentaires qui les forment, et reçoivent de là des noms différents. C'est ainsi que le sel de cuisine dont je viens de parler est formé dans sa Molécule constituante de Sodium (un métal) et de Chlore (substance naturellement gazeuse) ; il reçoit de là le nom chimique de chlorure de sodium.
Note n" V. Attraction.
La propriété active la plus importante de la matière est bien évidemment l'attraction que chacun de ses atomes exerce même à grandes distances sur tout autre atome de quelque nature qu'il soit, et cela partout comme force égale. Cette propriété étant universelle, elle sert de règle et de mesure dans toutes les observations et expériences où Ton peut en avoir besoin.
La force d'attraction étant attachée à Tatome. il en résulte naturellement qu'elle est dans un corps quelconque en somme d'autaat plus forte que celui-ci contient plus de ces corpuscules , d'où nait la loi formulée pour la première fois par Newton que « les corps s* attirent en raison directe de leurs masses. » (On nomme ma^se la quantité de matière réelle, ou, en d'autres termes, d'atomes qu'un corps renferme ; masse qui diffère de là notablement du volume ou grandeur apparente, qui peut varier considérablement dans ses dimensions sans que la quantité de matière change ; et cela suivant que le corps est plus ou moins poreux.) C'està-dire que des corps dont les masses sont comme 1, 2, 3, 4, etc., attirent tout autre corps avec des forces qui se trouvent dans les mêmes proportions.
NOTE V. â41
Une autre loi , découverte également par Newtou , est que les corps s'attirent aussi « en raison inverse du carré des distances. » Cette loi , plus difficile k comprendre au premier abord , demande de là quelques explications.
Le calcul la démontre , mais on peut aussi la faire faci lement concevoir au moyen d'une simple image. Admettons que la force attractive d'un corps quelconque A (PI. I, fig.i) soit*représentée par une quantité innombrable de ûis sortant de son centre, ou se dirigeant dans tous les sens, comme le font les rayons lumineux d'une lampe. On conçoit que, si Ton place un autre corps {bcdef) près du premier, et que , pour plus de facilité , je suppose être carré, il sera rencontré , et par conséquent attiré par un nombre de ces fils attractifs compris dans le faisceau ^c de /", nombre représentant, en conséquence, la force totale avec laquelle le corps est attiré. Si Ton place ensuite le même corps à une distance double, en g , il ne sera plus rencontré que par le quart du nombre de ces fils attractifs qui lui sont arrivés dans sa première position. En effet, ces fils s' écartant k la fois du double de bas eu haut et autant de droite a gauche , en s'éparpillant sur une surface quadruple hife I , le corps ainsi deux fois si éloigné de  , ne recevra plus par conséquent sur une surface gmhn égale a la sienne, que le quart des fils attractifs qu'il recevait dans sapositition bcdef, c'està-dire qu'il ne sera plus attiré que par le quart de la même force ; et c'est Ik ce que la loi formulée par Newton exprime : la distance de A g étant double de Ab^Xe rapport direct des distances est comme 1 est k 2 , et le carré comme 1 est k 4 (carré de 2) ; d'où la raison inverse exprimée par la loi est comme 1 est k 1/4.
On ferait voir de même qu'en reculant le corps 6 k des distances 3,4,5,6, etc. , il ne serait plus attiré que par des formes 1/9, 1/16, 1/25, 1/36, etc., les raisons inverses des carrés de ces distances.