CHAPITRE IX
c'est-à-dire qu'il s'en forme une nouvelle sous celle qui existe déjà, et quand elle a pris tout son développement , la chenille se dégage de ses anciens téguments , en exécutant successivement dans les diverses parties de la longueur de son corps , des contractions et des dilatations alternatives au moyen desquelles elle fait glisser en arrière ses téguments , devenus un simple fourreau qui l'enferme, et qui enfin , trop fortement tendu sur la tête, s'y fend; et l'animal, en continuant les mêmes mouvements, s'en dégage entièrement, en sortant de cette enveloppe , avec sa nouvelle peau , déjà toute garnie de poils ou d'épines, lorsque l'espèce doit en porter.
Enfin , k l'époque de la métamorphose , la chenille mue une dernière fois ; mais alors au lieu de sortir sous la même forme de ses anciens téguments , elle parait sous une forme tout« différente, celle du Papillon, dont toutes les parties sont encore tellement imparfaites et si délicates , qu'on peut ^ peine les toucher sans les blesser ; et l'animal ne jouit d'au cun autre mouvement que de celui de la flexion dans ses segments abdominaux. C'est cette transformation qui constitue sa première Métamorphose apparente , où la chenille prend lëtat de Nymphe ou de Chrysalide , dont je viens de parler.
Ce changement si considérable qui s'opère dans tout l'organisme de l'animal, a cependant lieu, au fond, comme par miracle, dans le court espace de deux ou trois jours , pendant lequel la chenille demeure comme engourdie , ses organes, qui se transforment, ne pouvant, pour la plupart, plus fonctionner. Mais déjà, un ou deux jours avant, elle reste immobile, et cesse de prendre de la nourriture, afin de se débarrasser des substances grossières dont elle a vécu jusqu'alors, et qui ne peuvent plus lui convenir plus tard sous sa douvelle forme de Papillon , où la Nature lui en a destiné une plus délicate, qu elle trouvera dans le miel que les fleurs lui préparent, et pour laquelle tout son appareil digestif doit subir, en conséquence, de notables transformations.
30i THBOLOGIB DB LA IIATURK.
Après ce premier repos, on voit la chenille courir avec empressement à la recherche d*an lieu convenable où elle puisse subir dans la plus parfaite tranquillité la grande métamorphose qu*elle doit éprouver^ lieu que chacune choisit par instinct selon Tespèce k laquelle elle appartient. Un trèsgrand nombre s'enfoncent pour cela en terre; d'autres se logent souvent dans quelque cavité où elles peuvent trouver un abri; ou bien elles s'en construisent un elles-mêmes, et dans lequel elles se trouvent en sécurité; enfin tous les Papillons dilrnes, sans exception, se contentent de se fixer simplement contre quelque corps solide exposé k tout accident, et s'y abandonnent au hasard.
Les premières se creusent dans le sol une petite cavité sufiisante pour ne point y être gênées , et en tapissent les parois de quelques fils de soie , afin de les maintenir et les empêcher de s'écrouler sur elles.
Les secondes, et surtout les troisièmes, auxquelles appartient le Ver à .so/e, restante Tair libre, s'établissent dans une demeure connue sous le nom de Cocon, qu^elles construisent avec la soie quelles produisent; demeure qu'elles doublent intérieurement en s'y enfermant, jusqu'à ce qu'il ait la solidité nécessaire à leur espèce. Enfin les Papillons DIURNES se distinguent encore en deux catégories pour la manière de se fixer. Les unes, telles qi;e la chenille du Papillon blanc du chou si commun partout, commencent par tapisser de soie un petit espace a peu près aussi long que leur corps, d'une surface verticale solide, et y forment, vers la partie inférieure, un petit monticule de soie. Se plaçant ensuite verticalement au-dessus de ce dernier, elles s'y accrochent au moyen delà dernière paire de pattes membraneuses, dont elles enfoncent les petits crochets dans la soie. Une fois ainsi fixées, dans cette position, elles s'entourent d'une ceinture de soie, en plusieurs doubles, qu'elles attachent latéralement au même disque de soie. Ce dernier moyen de sécurité établi , la chenille reste immobile, attendant tranquillement