MMARQDXS SUR LA COSMOGONIE DES PHILOSOPHES MATÉRIALISTES
§ I. Généraiion spontanée.
Certains Philosophes penseurs, mais qui bien certaine-ment n'ont jamais regardé de près les objets dont ils parlent, ont cru que pour tout expliquer il suffisait d'admettre que, dans Forigine des temps, alors que le monde était en^ core désert, tous les Êtres animés, dont les innombrables espèces le peuplent aujourd'hui, s'y sont formés eux-mêmes au moyen de la généraiion spontanée. Mais comme leur conscience ne leur permettait toutefois pas de croire, ou du moins de dire , que des espèces aussi grandes et surtout aussi admirables dans leur structure que le Cheval , par exemple, et YHomme lui-même , ont pu se former ainsi de toute pièce par une sorte de fermentation qui se serait établie fortuitement , on ne sait comment , au fond de quelque marais ou boarbier d'où ces Êtres si remarquables seraient ensuite sortis avec l'étonnante complication de leur organisme , ce qui parait en effet absurde à tout le monde ; ils n'ont point em devoir aller jusque-là, mais ont pensé pouvoir toutefois établir cette hypothèse pour expliquer la première origine d'animaux beaucoup' plas petits. Mais forcés par les preuves les plus évidentes de reconnaître que cela était également impossible, ils finirent par ne plus soutenir cette opinion s^vec quelque assurance que pour les animaux infiniment petits , ceux qui échappant a la vue simple , paraissent par là ne point permettre la preuve du contraire; animalcules qu'ils supposaient très-gratuitement devoir être aussi sim-
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pies dans leur stracture qu'ils étaient petits à leurs yeux. Mais Thabile observateur, TAbbé Spallamzani , les a également débusqués de ce dernier retranchement dans lequel ils s*étaient réfugiés, en prouvant par de rigoureuses expériences, que ces Êtres infiniment petits, aussi bien que les plus grandes espèces , devaient leur existence S des iiidividhs semblables à ceux qui les produisaient (1).
Si ces Philosophes spontanèistes avaient d'ailleurs voulu examiner cette grande question d*un peu plus près, ils se seraient facilementconvaincus de leur erreur, en reconnaissant que malgré leur iniiiiie petitesse les animalcules même les plusinréricUt'sont encore une organisation aussi admirable ^iie les animaux qui nous étonnent par leurs énbrines didiënsions , d*o(l la Spontanéité de leur origine est tout aussi impossible.
En se fondant sur ce fait hypothétique que dès animaux Ifès-simples dans leur structure peuvent être produits fortbitfethent, les Spontanèistes pensent que ces animalcules se Sotlt ensuite développés en se perfectionnant de génération en gëhération, et sont ainsi devenus, après de nombreuses ret)rOductions, les animaux de toiibs espèces , et VHoînme ndème, dont nous admirons aujourd'hui la surprenante composition du corps.
Mdis ces Savants hë se font ëvideniment pas une idée ëlàire et Vraie de ce qu'iU a[)pelletit st facilement dans leur hypothèse surcomposée, dés animalcules excessivement simpl^ , et ne cobçoivent sans doute pas non plus comment il est (possible que les descendants de ces derniers aient pu devenir k la fiti des Hommes; car ceux qui ont vu et étudié les aniihbh.ulesles pliis inférieurs, les trouvent déjk fort compliqués dans leur striicture ; d'où résulte , du moins pour les observateurs, rimpossibilité de croire à leur origine spontanée, t%ht aussi difficile à concevoir que celle du Cheval^ animai
(1) Voyez la note n» 19.
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éotit cei^ndant aucuti de ces Philosophes n'a , ainsi que je ^iens de le dire, osé prétendre qu'aucun individu ait jamais pu être fotmé ainsi ab fond d*un bourbier. Or, si même l'iin OU' l'autre voulait souteiiir cette opinion , au moins pour le premier individu produit dans l'origine des temps , et pour Y Homme même , la question la plus naturelle k faire serait celle de savoir pourquoi ces phénomènes extraordinaires , autrefois si communs , ne se rejproduisent pas de nos jours sous les yeux de tout le monde, où il existe, comme toujours, de nombreux bourbiers en fermentation, etc. Or comme bet opfnion est insoutenable, et qu'eux-mêmes n'y croient pas , on est parfaitement eti dtoit de ne pas la croire vraie non plus pour les plus minimes animalcules , tout aussi merveilleux dans leur structure.
On croit avoir prévenu toute objection en disant que les animaux excessivement simples peuvent se former ainsi spontanément; mais ceux qui avancent cette opinion se fodtils une idée de ce que c'est qu'un de ces animalcules pohr en parler si légèrement, comme de presque rien? S'ils voulaient y regarder, ils pourraient se convaincre que la petite monade est déjà un monde tout entier, aussi merveilleux dans sa composition que l'Homme même , qtioiqiie fol*mé siir un autre plan. La difficulté de concevoir la formation d'un Être organisé ne réside d'ailleurs pas dans la grandeur ou le nombre des organes qui constituent son cot*ps, nombre qu'on suppose, du reste, à ttirt ou ï raison, comnle très-faible, mais elle réside essentiellement dans la formation de chaque iUment organique et (ki^ns les fonctions que celui-ci exerce ; élé-* ments qui sont en eux-iliêmes déjh des prodiges aux yeux du savant; et le plus faible animalcule, quelque simple qiiil puisse être , est loin de ne renfermer qu'un seul de ces éléments, mais bien des milliers, et cela d'espèces et de fonctions complètement différentes, âtànt entae eux des rapports savamment CALCULÉS. Or s'il parait absurde à tout le monde qu'un superbe cheval ait jamais pu avoir été formé fortuite-
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ment au fond d*un marais avec Tadmirable eompositîon de son corps, cela est, par la raison que je viens de donner, tout aussi inconcevable pour le plus imperceptible animalcule; Tun ne différant en principe de Tautre que par le nombre des éléments organiques qui constituent leurs corps. Or ce qu*il y a d'inconcevable pour le Naturaliste philosophe dans l'organisme animal n'est point l'immense complication des parties du corps , mais bien l'existence pure et simple de ses éléments; car s'il peut s'en former un seul, il peut aussi en être produit des milliers par les mêmes moyens; et la puissance qui assigne k chacun sa forme et sa fonction spéciale peut aussi l'assigner à tous; puissance qui ne saurait exister fortuitement dans un tas de matière en décomposition. Eu effet, ce qu'il y a de réellement incompréhensible, même pour l'esprit le plus profond , est précisément la formation des éléments organiques ou organes simples, le savant arrangement dans lequel ils sont disposés et enfin l'inconcevable fonction que chacun exerce. C'est ainsi que Tintelligence la plus élevée ne saurait jamais concevoir comment ont pu se former par elles-mêmes une seule fibre musculaire, une seule glandule sécrétoire, une simple fibrille nerveuse , etc. , etc. , dont le nombre est si considérable même dans l'Être qui échappe à la vue par son infime petitesse. Il ne suffit pas d'exprimer ainsi une idée quelconque, il faut aussi en concevoir toute la portée dans sa rigoureuse signification. En parlant d'un Être très-simple, il faut pouvoir se faire une image de sa simplicité, et concevoir par Ik ses conditions d'existence -, sans cela ce qu'on dit n'est que des mots sans signification réelle, sur lesquels on cherchera en vain k fonder un principe, et bien moins encore des théories entières, ainsi qu'on croit souvent pouvoir le faire.
Mais le système des Spontanéistes ne se borne pas uniquement k chercher k expliquer la formation des espèces animales les plus petites : ce n'est Ik que leur point do départ pour arriver k l'explication de l'existence des espèces les