CHAPITRE XIII
RBMARQDES SUR LA THiOGOHUE ET LA COSMOGORUE DSS AHGISIU.
Celle fietioD» trop facilement acceptée comme «ne mérité, que Dieu n*est qu'un homme trèft-puiasant , auquel on sup* pose même divers défauts , tels que la faiblesse , la colère et même la vengeance , est tellement entraînante pour la faible intelligence de la plupart des hommes , que nous trouvons cette croyance, non-seulement aujourd'hui chez tous les peuples sauvages , mais encore dans toutes les religions des nations les plus civilisées. En remontant dans Thistoire , nous la voyons même être la base des croyances religieuses des peuples anciens, et, jusqu'à un certain point, de celle des Philosophes de l'Antiquité, du reste si haut placés par l'éminence de leur intelligence. Mais c'est surtout dans la doctrine mosaïque qu'on trouve, comme on le verra plus loin , cette idée que Dieu est un Être bon jusqu'à la plus grande faiblesse, en même temps qu'il y est représenté comme capable des actes de la plus révoltante cruauté; opinion exprimée presqu'k chaque page de l'Ancien Testament, dans des termes faits pour soulever la plus vive indignation.
Cette fiction étant partout acceptée comme une vérité fondamentale des diverses religions des peuples anciens , forme assez généralement la base de la Théogonie de ces derniers , et, par suite , celle de toutes ces histoires fabuleuses qui con* stituent ce que nous appelons la Mythologie. A travers toutes ces légendes ou mythes, on voit toutefois luire la vérité comme une lumière dont Téclat ne saurait rester inaperçu à ceux qui la cherchent.
En lisant les ouvrages des anciens Philosophes , où ils ont exposé leurs doctrines religieuses » on voit que tous » à Tex*
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œptioD de quelques Sophistes , ont parfaitetnent compris qu'il existait une In tellioengc suprême qui régit l'univers ; mais malgré les efforts qu'ils ont faits pour en connaître Tessence , ils n'ont jamais pu arriver qu'à de simples hypothèses plus ou moins ingénieuses , en s'arrétant toujours , 8oit k des comparaisons, soit h la fiction dont je viens de parler, de considérer la Divinité comme un Être ayant la plus grande analogie avec les hommes , mais tout-puissant , et devant , en conséquence k l'instar de l'espèce humaine , avoir eu un commencement; d'où les diverses opinions des anciens Philosophes sur l'origine même de Dieu ou leur Théogonie , qui constitue la base de la Mythologie , devenue plus tard si compliquée par les inventions des Poètes ; inventions qui ont facilement passé pour des faits réels, auxquels, sinon les savants, du moins le peuple, ajoutait foi.
En effet, si la Mythologie nous parait aujourd'hui un r^ eaeil d'histoires chimériques, absurdes dans leurs détails et de la dernière immoralité, c'est qu'ayant d'abord été écrite dans des termes généraux et nécessairement vagues, par ceux qui, les premiers, ont conçu l'idée d'une Théogonie et d'une Cosmogonie , dont ils n'ont pas pu concevoir parfaitement les véritables principes, à jamais insaisissables pour la première de ces sciences, elle fut plus tard altérée par les innombrables fictions qu'on y a mêlées. L'existence de la Divinité ne nous étant révélée que par les résultats de son action que nous sommes k même d'apprécier, mais nullement par les caractères de son essence , on n'a, en tout temps, pu faire à regard de cette dernière que d'inutiles hypothèses, qui, quelles qu'elles fussent, n'ont jamais exprimé au fond que la même idée, c'est-k-dire celle d'Intelligence^ d'Omnwcience, de Toute-puissance , A' Éternité et d'Immatérialité ; qualités qui constituent en effet les attribats de la Divinité, qu'on s'est figurée sous la forme de différents objets , auxquels on a cru reconnaître, sous ces divers rapports , quelque analogie avec la puissance créatrice. Mais reconnaissant la vanité de toutes
ces hypothèses, déjà Moïses, le plus ancien historien et tbéosophe connu, se dégageant de toutes ces questions, admit purement et simplement Texistence d'un Créateur Toutpuissant et Éternel, sans chercher à expliquer quelles pouvaient être son essence et son origine.
Chez les Païens, la théogonie égyptienne est bien une des plus anciennement connues, mais elle parait toutefois n'avoir été qu'une modification de celle des anciens Indiens et des Ethiopiens, peuples qui ont apporté leur civilisation aux Égyptiens, et avec elle leurs principes théologiques ; principes que ceux-ci ont transmis k leur tour aux Grecs , qui nous les ont fait connaître par leurs écrits, après y avoir toutefois fait d'innombrables changements et additions ; au point que, d'abord toute simple et fort ingénieuse dans les temps les plus anciens, la théologie est devenue a la fin, et surtout par les images poétiques, un mélange d'histoires plus absurdes les unes que les autres, dans lesquelles on ne trouve plus que çà et la quelques traces des véritables principes sur lesquels elle repose; où le plus souvent la même histoire est présentée sous plusieurs formes qui n'ont presqne aucune analogie entre elles.
Mais quelle qu'ait été l'idée que les anciens Philosophes se soient formée de la nature et de l'origine de la Divinité, il est certain qu'il existait dans tous les pays, e( spécialement en Egypte et en Grèce, véritablement deux cultes. L'un public , pour le peuple ; où , pour être compris , les prêtres furent obligés d'avoir recours, soit k des comparaisons souvent peu naturelles, soit k des images qui les ont conduits au style figuré , et de Ik k la fable , que les poêles ont ensuite chargée outre mesure dans leurs poèmes , ainsi que cela a encore lieu aujourd'hui dans la poésie, où Ton se plait, k leur exemple, k tout personnifier. C'est ainsi que déjà dans les temps les plus reculés de l'histoire, les poêles ont créé, suivant leur fantaisie , dans leur ardente imaginalion , cette foule de divinités subalternes dont les hisloites supposées,